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Comment le vieux porc Souabe a rendu leur dignité aux éleveurs allemands de Hohenlohe

Au début des années 1980, Rudolph Bühler, un jeune ingénieur agronome allemand, rentre au pays reprendre la ferme familiale après quelques années passées en Asie à travailler dans l’humanitaire. Pleins d’idéaux et d’envies, le jeune Bühler se lance dans l’agriculture paysanne pour explorer des pistes alternatives à l’industrie agroalimentaire qui promet des profits élevés avec des races importées jugées plus productives. Ainsi sur le territoire de Hohenlohe, les producteurs de porcs élèvent depuis quelques temps un cochon venant de Hollande jugé plus productif que les races locales car produisant plus de viande mais néanmoins mal adapté à son environnement, car souvent malade et traité aux antibiotiques.

     Convaincu par ses années passées sur le terrain que les variétés locales supportent bien mieux la nourriture et le climat régional que les animaux importés, Rudolph Bühler s’allie à d’autres agriculteurs pour sauver de l’extinction une ancienne race porcine locale – issue d’un croisement entre le cochon chinois Meishan importé au 19e siècle – et une race allemande. Bien vite leur petite production se développe. Les journaux locaux titrent « Une viande de porc qui a du goût ! ».

     Fort de leur succès, les agriculteurs vont plus loin et établissent un système de tarification communautaire : les prix de la viande et les montants de production sont fixés en commun. Mais les coûts de production des porcs souabes sont environ 12 % plus élevés que pour les autres races dîtes « industrielles ». Au lieu de devenir un fardeau économique pour les éleveurs ceux-ci redistribuent une partie de leur bénéfice au réseau comme un soutien financier. Ces mesures garantissent ainsi un revenu stable et une juste part des bénéfices, tout en permettant une stabilité dans le processus de production.

 

Pour le chercheur en science politique Brendan Coolsaet, qui porte le projet JustConservation du Cesab de la FRB, ce cas est devenu un sujet d’étude.

     « Ce qui m’a intéressé chez les éleveurs allemands de Hohenlohe, c’est qu’il s’agissait d’un cas européen qui différait radicalement du système dominant, autant dans sa dimension agricole que dans sa dimension politique. » Pour le chercheur, prendre en compte ce type d’alternative permet d’apporter des solutions en matière de conservation de la biodiversité. « Je me suis inspiré des travaux sur la justice sociale et environnementale pour étudier le combat de ces éleveurs pour la conservation du porc Souabe. Je me suis particulièrement intéressé au concept de la « reconnaissance », qui je pense est clé pour tenter de comprendre les nouveaux mouvements sociaux pour l’environnement en général, et pour la conservation de la biodiversité en particulier. En effet, reconnaître et respecter la différence ce n’est pas seulement une question éthique ou morale, la recherche montre comment la reconnaissance des différences culturelles dans le contexte de la conservation permet d’apporter des solutions alternatives utiles, voir même vitales. » La conservation de la biodiversité agricole est à ce titre un bon exemple.

     Elle nécessite des connaissances agronomiques propres au milieu, que les agriculteurs ont progressivement perdues avec la modernisation. « L’agriculture industrielle a standardisé et centralisé les connaissances et les pratiques agricoles à travers le monde, et a conduit à un déclin massif de la biodiversité agricole, » poursuit Brendan Coolsaet. Reconnaître d’autres pratiques permet l’émergence d’alternatives, qui dans le cas du cochon Souabe sont à la fois respectueuses de l’environnement, du bien-être animal et des communautés rurales.

 

Afin de faire reconnaître leurs pratiques, les éleveurs allemands de Hohenlohe se sont employés à créer des espaces d’apprentissage collaboratifs autogérés et à s’associer à des universités allemandes pour lancer un projet commun dans le cadre du programme de recherche Horizon 2020 de l’Union européenne, en étudiant les liens entre les aliments traditionnels comme l’herbe et l’amélioration de la qualité de la viande par exemple. Rudolf Bühler ne s’est pas arrêté là.

     Cet été, invité par l’ONU au Forum politique de haut niveau pour le développement durable, l’éleveur a appelé à ce que les objectifs de développement durable (ODD) soient mis en œuvre au niveau local et d’ajouter que le passage à l’agriculture biologique et la gestion naturelle ne suffisait pas : « l’agriculture doit aller de pair avec une économie solidaire axée sur le bien-être animal et la justice sociale, en particulier sur la scène internationale. »

   En attendant, le porc Souabe fait des petits. Aujourd’hui, près de 1 500 fermes en Allemagne élèvent ce vieux cochon sauvé de l’extinction.

[FRB-Cesab] Deux appels ouvrent en ce début décembre 2019

  • Lancement de l’appel FRB-Cesab / CIEE

La biodiversité à l’ère des changements globaux

 

L’Institut canadien d’écologie et d’évolution (CIEE) et le Centre de synthèse et d’analyse sur la biodiversité (Cesab) de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) proposent un appel conjoint s’adressant à des groupes de travail constitués de chercheurs basés principalement au Canada et en France, sur le thème « La biodiversité à l’ère des changements globaux ».

 

Deux groupes de travail de huit chercheurs seront financés pour deux réunions chacun (la première en 2020 à Vancouver – Canada ; la seconde en 2021 à Montpellier – France).

 

Les propositions complètes seront à envoyer au plus tard le 31 janvier 2020 et les résultats seront annoncés le 06 mars 2020.

 

Consultez la page de l’appel.

 

  • Appel FRB-Cesab/CeMEB : ouverture le 9 décembre 2019

Invitation de chercheurs étrangers – séjour courte durée (2-3 mois)

 

Le Labex Centre méditerranéen environnement et biodiversité (CeMEB) et le Centre de synthèse et d’analyse sur la biodiversité (Cesab) de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) proposent de financer l’accueil de deux chercheurs au sein du Cesab pour un séjour de courte durée (2 mois minimum – 3 mois maximum).

 

Les propositions complètes seront à envoyer au plus tard le 12 mars 2020 et les résultats seront annoncés le 15 mai 2020.

 

Consultez la page de l’appel.

[FRB-Cesab] Défis et opportunités de la conservation de la biodiversité à grande échelle

Défis et opportunités de la conservation de la biodiversité à grande échelle

 

Le groupe de travail Pelagic du Centre de synthèse et d’analyse de la biodiversité (Cesab) vous convie à Montpellier pour un symposium en anglais le vendredi 29 novembre 2019. Au cours de cette journée, un groupe de chercheurs internationaux présentera les nouveaux défis associés à la surveillance de la faune et des activités humaines dans les aires protégées à l’aide des technologies les plus récentes. 

 

Comité d’organisation :

  • David MOUILLOT (Université de Montpellier,FR)
  • Tom LETESSIER (Zoological Society of London, UK)

 

Intervenants :

  • Jessica MEEUWIG (University of Western Australia, AU)
  • Tom LETESSIER (Zoological Society of London, UK)
  • Marc CHAUMONT (LIRMM Montpellier, FR)
  • Ana NUNO (University of Exeter, UK)
  • Rachel JONES (Zoological Society of London, UK)

La synthèse de données au service de la flore tropicale africaine menacée

Il y a deux ans, une trentaine de chercheurs nationaux et internationaux rendaient public Rainbio une base de données unique en libre accès, offrant le premier état des lieux jamais réalisé sur la flore d’Afrique tropicale. Cette synthèse d’envergure a été réalisée au Cesab de la FRB, un centre de synthèse unique en France permettant de rassembler de très nombreuses informations dépassant les simples jeux de données collectés lors de travaux individuels.

   Grâce au Cesab, mis en place il y a 10 ans par la FRB, l’équipe de recherche menée par Thomas Couvreur – chercheur à l’IRD – a pu enregistrer plus de 600 000 occurrences végétales en Afrique tropicale, provenant de plus de 25 000 espèces de plantes vasculaires.

 

Ce mois-ci, trois études s’appuyant de façon directe ou indirecte sur la base de données Rainbio ont dévoilé des résultats sans précédent sur l’état et le devenir de la flore africaine ainsi que sur les espèces rares à l’échelle mondiale.

 

 

  • Plus d’un tiers des plantes sur terre sont considérées comme extrêmement rares et menacées par le changement climatique et le changement d’usage des Terres

 

Pour la première fois à l’échelle planétaire, une étude parue le 27 novembre dans la revue Science Advances a pu déterminer que 36,5 % des 435 000 espèces végétales de la Terre sont à considérer comme extrêmement rares. Ces résultats sont basés sur BIEN, une immense base de données ayant intégré Rainbio. Les scientifiques ont localisé les régions qui les abritent et conclu qu’elles se situent majoritairement dans des régions climatiques stables. Or les événements extrêmes provoqués par le changement climatique risquent de bouleverser ces climats et avoir un impact majeur sur les espèces rares. D’après les prévisions, les Andes méridionales et l’Asie du Sud-Est devraient enregistrer les plus fortes baisses. Le changement d’usage des terres fait aussi partie des grandes menaces. Si rien n’est fait pour préserver la flore rare planétaire dans les années à venir, c’est environ 158 000 espèces de plantes qui sont menacées d’extinction.

 

Enquist, B.J., Feng, X., Boyle, B., Maitner, B., Newman, E.A., Jørgensen, P.M., Roehrdanz, P.R., Theirs, B.M., Burger, J.R., Corlett, R. and Donoghue, J.C., 2019. The commonness of rarity: Global and future distribution of rarity across land plants. Science Advances5(11). DOI: 10.1126/sciadv.aaz0414

 

Rainbio Cesab CP

Fig. Where are rare species distributed geographically?

 

 

  • Près d’un tiers de la flore tropicale africaine est menacée d’extinction

 

Le 20 novembre dernier sortait la première évaluation du statut de conservation préliminaire réalisée de la flore tropicale africaine. L’article a révélé que près d’un tiers – 31,7 % – de cette flore pourrait être menacé d’extinction. En superposant les cartes de distribution des espèces et celles de l’utilisation des terres – des plus préservés aux plus exploitées – réalisées à partir de la base de données Rainbio, les chercheurs sont parvenus pour la première fois, à évaluer le statut de conservation potentiel de la flore tropicale à l’échelle du continent. « Cette étude constitue la première évaluation du statut de conservation potentiel de la flore à une échelle continentale, suivant la méthodologie de l’UICN », souligne Thomas Couvreur, botaniste à l’IRD qui a coordonné l’étude. « Ces évaluations pourraient fournir des informations cruciales pour améliorer la gestion de la biodiversité et favoriser un développement économique durable en Afrique. »

 

Stévart, T., Dauby, G., Lowry, P.P., Blach-Overgaard, A., Droissart, V., Harris, D.J., Mackinder, B.A., Schatz, G.E., Sonké, B., Sosef, M.S.M. and Svenning, J.C., 2019. A third of the tropical African flora is potentially threatened with extinction. Science Advances5(11). DOI: 10.1126/sciadv.aax9444

 

Fig. Spatial distribution of threatened plant species across tropical Africa.

 

 

  • Du rôle vital joué par les montagnes pour la biodiversité végétale tropicale africaine

 

Dans l’étude parue dans la revue New phytologist le 30 octobre dernier, les scientifiques ont pu déterminer où les plantes d’Afrique tropicale se diversifient et persistent au cours du temps en s’appuyant sur la base de données Rainbio. Leur étude souligne le rôle vital joué par les montagnes agissant simultanément comme berceaux et lieux de persistance de la biodiversité végétale tropicale africaine. En revanche, les forêts tropicales des basses terres de l’Afrique de l’Ouest et Centrale servent principalement de musées, pour la diversité générique (i.e. régions où les genres persistent au cours du temps). Ces résultats permettent de comprendre la répartition de la biodiversité et les stratégies de conservation au niveau de la région.

 

Dagallier, L.P.M., Janssens, S.B., Dauby, G., Blach‐Overgaard, A., Mackinder, B.A., Droissart, V., Svenning, J.C., Sosef, M.S., Stévart, T., Harris, D.J. and Sonké, B., 2019. Cradles and museums of generic plant diversity across tropical Africa. New Phytologist. DOI: 10.1111/nph.16293

 

Rainbio Cesab CP

Fig. Map of the protected areas of Africa overlaid onto categorical analysis of neo- and paleo-endemism (CANAPE) results.

[Publication] Le Conseil scientifique de la FRB publie ses Fronts de sciences 2019

En 2019, le Conseil scientifique (CS) de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) renouvelle l’exercice de mettre en lumière certaines des évolutions de la recherche sur la biodiversité, offrant ainsi un aperçu de plusieurs actualités scientifiques et des défis auxquels la recherche fait face.

 

En 2019, six fronts de sciences en plein développement :
1/ Sciences participatives et conservation de la biodiversité : structuration, pratiques, effets
2/ Satellites, mégadonnées et biodiversité marine : vers une quantification de la pression de pêche
3/ Prédire et modéliser la dynamique de la biosphère à larges échelles
4/ Microbiotes, holobiontes et réseaux microbiens : la revanche d’une biodiversité invisible
5/ Invasions biologiques et biodiversité : prévenir et guérir
6/ Impact des organismes et des écosystèmes sur le climat : comprendre et prédire

 

Découvrez la publication complète ci-dessous :

Fronts de sciences 2019

 

Face au déclin accéléré de la biodiversité, la recherche est fortement interrogée par les acteurs publics et privés. Or, dans de nombreux domaines, il reste des questions non résolues, des obstacles et des freins à l’avancée de la connaissance.

 

En 2019, le Conseil scientifique (CS) de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) met en lumière certaines des évolutions de la recherche sur la biodiversité et offre ainsi un aperçu de plusieurs actualités scientifiques et des défis auxquels la recherche fait face.

 

Consultez la publication dans les ressources téléchargeables ci-dessous.

[Ipbes 7] Messages-clés de l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques

Le 7 mai dernier, à l’occasion de la 7e plénière de l’Ipbes, 132 États membres ont approuvé le « Résumé pour décideurs » contenant les messages clés de l’Évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques. Cette évaluation sans précédent a permis de rendre compte des changements qui se sont opérés au cours des 50 dernières années et a fourni un aperçu complet de la relation entre les trajectoires de développement économique et leurs impacts sur la biodiversité.
L’Ipbes a appelé à des changements systémiques profonds à l’échelle planétaire pour inverser les tendances et assurer l’avenir de l’humanité.

 

La FRB propose dans la brochure téléchargeable ci-dessous les principaux messages à retenir et une analyse critique de ce travail unique.

Évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques – Les principaux messages de l’évaluation Ipbes

Cette évaluation sans précédent a permis de rendre compte des changements qui se sont opérés au cours des 50 dernières années et a fourni un aperçu complet de la relation entre les trajectoires de développement économique et leurs impacts sur la biodiversité.
L’Ipbes a appelé à des changements systémiques profonds à l’échelle planétaire pour inverser les tendances et assurer l’avenir de l’humanité.

 

La FRB propose dans la brochure (téléchargeable dans les ressources ci-dessous) les principaux messages à retenir ainsi qu’une analyse critique de ce travail unique.

[Résumé pour décideurs] Quelles solutions pour éviter la propagation de l’antibiorésistance dans l’environnement ?

L’antibiorésistance est un problème majeur de santé publique avec une mortalité qui augmente et pourrait dépasser la mortalité liée au cancer si des solutions ne sont pas mises en œuvre.

 

Les principales voies de contamination des milieux par les résidus d’antibiotiques, les bactéries antibiorésistantes et leurs gènes sont les rejets des stations d’épuration et l’épandage des déchets organiques (fumier, lisier, boues) valorisés en agriculture.

Si l’environnement contient naturellement des bactéries antibiorésistantes, les activités humaines peuvent tout à la fois les favoriser ou les éliminer par le traitement des rejets et déchets. La clé de l’action étant, comme souvent, la connaissance.

 

Depuis 2017, la FRB accompagne un projet ambitieux de synthèse scientifique visant à faire le bilan des solutions efficaces pour éviter que la résistance aux antibiotiques ne continue à se propager dans l’environnement.

Ce travail mené par Anaïs Goulas, post-doctorante, appuyée par les experts d’un consortium large (piloté par l’Inserm, avec notamment l’Inra et le CNRS) et des experts méthodologiques (synthèses, statistiques), est à présent achevé. La méthode employée décrite dans un protocole1  a été publiée et l’article final est en cours de soumission dans un journal scientifique international à comité de lecture.

 

Alors que la communauté scientifique et les décideurs publics et privés français se réunissent le 20 novembre prochain pour le colloque annuel sur l’antibiorésistance dont le thème est « La surveillance de l’antibiorésistance, des données pour l’action », la FRB publie un résumé pour décideurs qui présente les principaux résultats de la revue systématique.

 

À consulter dans les ressources téléchargeables de la page dédiée à cette publication

 

1. Goulas A. et al., 2018. What are the effective solutions to control the dissemination of antibiotic resistance in the environment? A systematic review protocol. Environmental Evidence 7:3. https://doi.org/10.1186/s13750-018-0118-2

 

Quelles solutions pour éviter la propagation de l’antibiorésistance dans l’environnement ?

L’antibiorésistance est un problème majeur de santé publique. La diffusion de la résistance aux antibiotiques dans l’environnement pourrait aggraver ce problème majeur de santé publique. Comment la prévenir et préserver les capacités de résilience de l’environnement ?

 

La revue systématique de la littérature scientifique achevée en 2019 a permis d’évaluer les connaissances actuelles sur les effets de différentes stratégies sur la réduction de l’antibiorésistance, évaluée par la quantification et la qualification des bactéries résistantes aux antibiotiques, gènes de résistance aux antibiotiques ou éléments génétiques mobiles (revue complète en cours de publication).

 

Les trois stratégies étudiées sont :

  • la réduction de l’usage des antibiotiques ;
  • les traitements des eaux usées et des déchets organiques ;
  • la gestion des milieux naturels. 

 

Consultez le résumé pour décideurs dans les ressources téléchargeables ci-dessous. 

[Colloque “La biodiversité : une alliée dans la prévention de certaines maladies infectieuses ?”] Les actes et messages-clés en lignes

Au cours de la seconde moitié du 20e siècle, le nombre d’épidémies et de maladies infectieuses n’a cessé d’augmenter à travers le monde. Cette augmentation s’explique en partie par l’érosion de la biodiversité et la simplification des écosystèmes. Pour faire face à ce défi, le 3e plan national santé environnement (PNSE3) a proposé une approche intégrée entre les médecins, les vétérinaires et les écologues pour enrayer la propagation des maladies. Mais de nombreux acteurs soulignent que la prise en compte des écosystèmes reste marginale. Pour mieux intégrer leur rôle dans la prévention des maladies infectieuses, il est nécessaire de mieux comprendre le lien entre les maladies infectieuses et la biodiversité, et de faire évoluer la gouvernance opérationnelle.

 

À cette fin, la FRB et ses partenaires ont organisé en avril dernier le colloque “La biodiversité : une alliée dans la prévention de certaine maladie infectieuse”. La FRB et l’AFB vous proposent ici d’en retenir les messages clés : 

https://www.fondationbiodiversite.fr/file/2019/04/Colloque-Biodiversite-Sante-avril-2019-Messages-cles.pdf 

[Synthèse] Les aires marines partiellement protégées sont-elles des facteurs d’efficacité écologique ?

Le nombre d’aires marines protégées a augmenté de façon exponentielle au cours des dix dernières années afin de répondre aux objectifs internationaux. Cependant, la plupart de ces zones permettent l’extraction de ressources et sont donc désignées comme « aires partiellement protégées » (Partially Protected Area). L’efficacité de ces aires reste encore incertaine en raison des multiples possibilités d’usage qui y sont généralement autorisées.

 

Dans un article paru dans la revue Frontiers in Ecology and the environment, des scientifiques ont évalué l’efficacité écologique des aires partiellement protégées regroupées selon un système de classification basé sur la réglementation. Cette nouvelle classification permet une différenciation non ambiguë entre les aires protégées, en fonction des usages autorisés.

Les résultats montrent que les zones hautement et modérément protégées présentent une biomasse et une abondance plus élevées d’espèces de poissons commerciales, tandis que l’abondance et la biomasse des poissons dans les zones faiblement protégées différent peu des zones non protégées. Les auteurs soulignent notamment que l’efficacité des zones modérément protégées peut être améliorée par la présence d’une zone adjacente intégralement protégée.

Ainsi, des usages limités et bien réglementés dans les aires partiellement protégées et la présence d’une zone intégralement protégée adjacente confèrent des avantages écologiques dont découlent les avantages socio-économiques.

 

Consultez la synthèse complète.

Les aires marines partiellement protégées sont-elles des facteurs d’efficacité écologique ?

Les zones côtières du monde sont de plus en plus soumises à des pressions humaines nécessitant une gestion adaptée et stratégique. L’établissement d’aires marines protégées (AMP) est un outil couramment utilisé pour améliorer la conservation, la sécurité alimentaire et la gestion des pêches. L’étude des conséquences écologiques des aires intégralement protégées (c’est-à-dire des zones sans prélèvement) révèle que l’abondance et la taille des espèces exploitées sont généralement accrues et ce, même au-delà des zones protégées dans certains cas, grâce à un effet de débordement. Par ailleurs, ces aires intégralement protégées permettent le rétablissement des populations et des communautés de poissons et d’autres taxons marins assurant ainsi la préservation de la structure de l’habitat.

 

La mise en place de zones intégralement protégées a souvent entraîné des conflits entre les enjeux de conservation de la biodiversité et les objectifs socio-économiques, en particulier dans les zones exploitées par de nombreux utilisateurs et soumises à différents types d’usages. Ainsi, l’établissement d’aires partiellement protégées, dans lesquelles certaines activités extractives peuvent être autorisées, est devenue une option favorisée par de nombreux décideurs, car plus facile à mettre en place au vu des objectifs à la fois socio-économiques et écologiques affichés. À la suite des accords et engagements internationaux, de plus en plus d’aires marines protégées sont en cours de création, mais la plupart ne sont que partiellement protégées. Il est donc urgent de déterminer quelles formes de protection partielle peuvent apporter des avantages socio-économiques tout en conservant une pertinence en termes de protection de la biodiversité.

 

Les aires partiellement protégées dépendent du contexte et leurs réglementations varient en fonction des objectifs de gestion qui vont, à leur tour, affecter leur efficacité écologique.

 

Un nouveau système de classification des aires protégées en fonction des activités commerciales et récréatives autorisées a été récemment développé (Horta e Costa et al., 2016). Dans ce système, les aires protégées, partielles et intégrales, sont classées en fonction des impacts cumulés des activités autorisées. Il est donc essentiel de comprendre les conséquences écologiques des différents types de protection partielle, celles-ci étant très certainement liées à différents régimes de réglementation. Dans cet article, les chercheurs présentent une nouvelle approche pour étudier et déduire comment une diversité de niveaux de protection partielle peut entraîner différents niveaux d’efficacité écologique. Ils ont également examiné comment les caractéristiques des aires protégées (âge et taille) peuvent influer sur l’efficacité des zones partiellement protégées, ou comment les caractéristiques spécifiques aux aires protégées multi-zones, telles que la présence d’une zone intégralement protégée adjacente, peuvent influer sur l’efficacité de la protection partielle.

 

[Tribune] Plaidoyer pour une COP 15 Biodiversité ambitieuse et pour un rapprochement des conventions issues de Rio

Les signataires de la Tribune lancent un appel pour que cette 15e COP se traduise par des résultats concrets et surtout aussi ambitieux que possible en matière d’engagements des pays en faveur de la biodiversité.

L’appel propose aussi qu’une réflexion sur le rapprochement des trois conventions issues du sommet de la Terre de Rio soit engagée rapidement afin que les enjeux relatifs au changement climatique, à l’érosion de la biodiversité et à la désertification soient traités simultanément et de manière coordonnée. L’avenir de la planète en dépend !

 

Consultez la tribune complète ci-dessous :

Plaidoyer pour une COP 15 Biodiversité ambitieuse et pour un rapprochement des conventions issues de Rio

Fin 2020 se tiendra la quinzième Conférence des parties (COP) de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB), en Chine. Les pays adhérents à cette convention sont invités à annoncer des engagements précis en faveur de la préservation de la biodiversité.

Il serait dramatique que les États réunis à cette occasion ne s’accordent que sur un plus petit dénominateur commun en matière d’engagements et d’actions et que les décisions de la COP ne soient pas à la hauteur des enjeux relatifs à l’effondrement de la biodiversité.

Il faut que les États s’engagent en faveur d’actions claires, précises, multiples et quantifiables, en privilégiant la réduction rapide et effective des grands facteurs de pressions, tout en développant des actions de protection de grande ampleur afin de sauvegarder rapidement ce qui reste de la biodiversité et lui redonner un large potentiel d’évolution.

Il faut également que les acteurs privés accompagnent cette démarche en travaillant à la réduction de leurs pressions sectorielles sur la biodiversité.

Il faut enfin que les citoyens soient le moteur d’un changement majeur de nos modes de consommations, de perception et d’usage de la biodiversité.

 

Les deux plateformes d’expertise scientifique planétaires, qui réfléchissent d’un côté au devenir de la biodiversité (IPBES) et de l’autre à celui du climat (GIEC), s’accordent globalement sur le constat d’urgence et la nécessité de revoir rapidement des processus productifs non durables qui aggravent à la fois l’érosion de la biodiversité et le changement climatique.

 

L’IPBES souligne ainsi dans son évaluation mondiale de l’état de la biodiversité présentée en mai 2019, que la biodiversité s’érode à un rythme croissant, ce qui conduit à la dégradation du fonctionnement des sols et des écosystèmes. En conséquence, les services que les humains retirent de la biodiversité diminuent eux aussi rapidement, mettant en péril le devenir de nos sociétés. Les facteurs directs à l’origine de cette dégradation de la biodiversité sont parfaitement connus et leur importance respective a été évaluée : changement d’usage des terres au détriment des écosystèmes et des biotopes peu anthropisés, exploitation, et souvent surexploitation, des ressources marines ou terrestres, pollutions chimiques et physiques croissantes, changement climatique, multiplications des espèces exotiques envahissantes. Tous ces facteurs s’aggravent mutuellement et sont également renforcés par des facteurs indirects : la croissance démographique humaine et l’ensemble des processus socio-économiques et politiques à l’origine d’une consommation non durable des ressources de la planète.

L’IPBES insiste sur les incidences négatives multiples sur la biodiversité des systèmes de production agricoles intensifs dont deux excès sont à présent bien documentés, d’une part l’usage immodéré des pesticides et engrais chimiques et d’autre part l’accroissement de la production de protéines végétales destinées à l’alimentation animale qui induit des échanges à longue distance et délocalise les impacts dans des régions à forte biodiversité, comme les forêts tropicales. Les projections d’ici 2050 montrent que sans changements majeurs de modes de vie, l’érosion de la biodiversité et la diminution des services que les humains retirent du monde vivant vont se poursuivre.

 

Depuis la publication de l’évaluation mondiale de l’IPBES, le GIEC a produit un rapport sur les liens entre changement climatique et usage des terres, notamment au travers des activités agricoles et forestières. Les messages clés de ce rapport rejoignent ceux de l’évaluation IPBES sur la dégradation et la restauration des terres publiée en 2018. Le rapport du GIEC souligne l’importance de la contribution de l’ensemble du système alimentaire mondial à la production de gaz à effet de serre et rappelle que les modifications de couverture, d’usage et d’état des sols influencent les climats régionaux et globaux. Il rappelle aussi que le changement climatique est une source de risques accrus pour le système alimentaire mondial et la biodiversité, risques qui seront d’autant plus forts à mesure que la consommation alimentaire, les besoins en eau et la consommation de ressources multiples continueront à s’accroître. Le GIEC appelle à des actions en faveur de l’adaptation au changement climatique et à la réduction de celui-ci en soulignant les co-bénéfices que pourra en attendre la biodiversité. Le GIEC appelle donc à une gestion durable des sols et des écosystèmes, seule manière d’en stopper la dégradation, d’en maintenir la productivité et de contribuer à l’adaptation au changement climatique et à sa réduction. Le GIEC insiste sur la nécessaire réduction du gaspillage alimentaire et des déchets tout en jouant aussi sur l’évolution des choix alimentaires. Enfin, le GIEC insiste sur le besoin d’agir vite, de privilégier le court terme et met en avant dans ses projections le besoin d’accroître les surfaces forestières.

 

Par ailleurs, en septembre s’est tenue en Inde la Conférence des parties de la convention sur la lutte contre la désertification (UNCCD), la troisième des conventions de Rio, qui appelle à un arrêt de la dégradation des sols et à leur restauration pour préserver le fonctionnement et les services des écosystèmes et renforcer la sécurité alimentaire. Dans la déclaration de New Delhi appelant à investir dans la sauvegarde de terres et à débloquer toutes les opportunités d’action, la COP Désertification souligne l’importance de la prise en compte des solutions basées sur la gestion des terres pour la lutte contre le réchauffement climatique et pour la conservation de la biodiversité.

 

Enfin, l’initiative New York Declaration on Forests, initiée en 2014 par d’importantes structures de recherche et de réflexion et des ONG, constatant la poursuite de la déforestation, en particulier des forêts humides tropicales, a solennellement appelé à la protection et à la restauration de forêts de la planète, pour préserver leur biodiversité et leur capacité à séquestrer du carbone, rejoignant ainsi les COP dans leur invitation à ce que les gouvernements s’engagent dans des changements systémiques.

 

Dans tous les cas, les constats de ces instances relayent les alertes faites par les scientifiques depuis longtemps, et leurs recommandations, ont été reconnues ou approuvées par une majorité des pays dans le monde. Les gouvernants ne peuvent donc dire que l’alerte n’a pas été donnée et que l’urgence des actions nécessaires en faveur de la biodiversité n’a pas été mise en avant. Certains pays ont rapidement pris des engagements, comme la France qui a annoncé un accroissement significatif des surfaces d’aires protégées nationales, une initiative majeure, mais qui ne couvre qu’en partie les besoins d’actions indispensables, notamment à court terme.

 

Cependant, des divergences significatives persistent dès que sont abordées les stratégies et les options à privilégier pour résoudre les problèmes de restauration de la biodiversité ou de réduction du changement climatique.

 

C’est le cas, par exemple, de la prise en compte d’un fort développement des surfaces dévolues aux cultures énergétiques dans les scénarios du GIEC, cultures qui, à grande échelle, auraient un impact négatif majeur sur la biodiversité et sur lequel l’IPBES a attiré l’attention des dirigeants. Il en va de même du développement des technologies énergétiques de type BECCS (Bioenergy with Carbon Capture and Storage) ou du déploiement de stratégies d’afforestation intensive. C’est sur ces sujets que les échanges entre les experts du climat et de la biodiversité d’une part et entre les différents mécanismes de coordination stratégique et politique internationaux (Conventions et agences onusiennes) d’autre part devraient prendre toute leur importance. Il est central de rappeler que la lutte contre le changement climatique n’est pas une fin en soi, mais un moyen, urgent et indispensable, pour permettre aux vivants, humains et non-humains de poursuivre leurs trajectoires de vie et d’évolution. La lutte contre le changement climatique ne peut donc se faire en aggravant la situation de la biodiversité. Plus que jamais, le slogan de la FRB, « biodiversité et climat, même combat », reste d’une évidente actualité.

 

Au-delà de la COP 15 Biodiversité, de la COP Désertification ou des prochaines COP Climat, les Conférences des parties des trois conventions de Rio qui doivent avancer de concert, se pose la question de la nécessaire coordination mondiale des actions qui sont de nature à mettre la planète sur une trajectoire d’avenir assurant à la fois le devenir des populations humaines et celui de l’ensemble du vivant sur les continents, les îles et les mers et cela sans manichéisme et en respectant libertés et différences culturelles.

Face aux défis planétaires qui se posent à nous, il n’est plus possible de continuer à raisonner en silos, climat d’un côté, biodiversité ou désertification de l’autre, et de laisser émerger des solutions qui seront de mauvais compromis ne permettant pas de répondre simultanément, et au même niveau de priorité, à l’ensemble des grands défis planétaires.

 

Plusieurs alternatives sont envisageables pour que les solutions préconisées par les instances internationales soient pertinentes pour l’ensemble des enjeux majeurs auxquels nous devons faire face :

 

  • Fusionner les trois conventions de Rio en une seule Convention Environnement qui traiterait de l’ensemble des enjeux environnementaux sous l’égide du Programme des Nations unies pour l’Environnement, le PNUE. Cela permettrait de considérer conjointement et en pleine synergie les enjeux du climat, de la désertification des terres et de la biodiversité, et de faire remonter en direction des décideurs des suggestions d’engagements et d’actions qui ne favoriseraient pas la solution d’un problème au détriment d’un ou plusieurs autres. Cela permettrait aussi d’établir un lien plus direct avec une version actualisée des Objectifs du Développement Durable de l’ONU qui pourraient alors s’appeler les Objectifs pour une Planète Durable. Une telle fusion s’accompagnerait de celle des organes subsidiaires scientifique et technologiques (SBSTA et SBSTTA) des conventions. Il faudrait parallèlement statuer sur la nécessité d’institutionnaliser ou non les relations entre les plateformes d’expertise scientifiques, GIEC et IPBES, et veiller à ce que la fusion des trois conventions, en donnant naissance à une structure de très grande ampleur, difficile à gérer dans la pratique, ne brise pas leurs dynamiques internes actuelles.
  • Conserver les trois COP actuelles et mettre en place, sous l’égide du PNUE, une structure chapeau de coordination destinée à harmoniser et fiabiliser les décisions des COP. Il s’agirait là d’une structure légère associant secrétariat des conventions et responsables des structures d’expertise scientifique associées. Comme dans l’option précédente, les plateformes internationales d’expertise scientifique seraient invitées à collaborer de manière beaucoup plus effective qu’actuellement. Une telle structure chapeau devra fonctionner avec un impératif fort de réactivité.
  • Établir un nouveau mode de fonctionnement entre les Conventions pour qu’elles s’appuient sur l’ensemble des organes d’appui scientifiques et technologiques dédiés (SBSTA et SBSTTA) et des plateformes d’expertise scientifique internationales, en particulier le GIEC et l’IPBES. Cette option nécessitera d’institutionnaliser une plateforme d’expertise scientifique indépendante en matière de désertification, par exemple le partenariat mondial sur les sols, actuellement sous égide de la FAO.
  • Instituer formellement et rapidement une collaboration opérationnelle entre tous les organes d’appui scientifiques et techniques et les plateformes d’expertise scientifique comme le GIEC et l’IPBES de manière à ce qu’aucun rapport de l’une des plateformes scientifiques ne soit publié sans avoir bénéficié de la validation des autres groupes d’experts. Cela peut passer par la publication de rapports communs ou par une évaluation a posteriori des recommandations à destination des États avec une exclusion systématique des solutions qui porteraient atteinte aux enjeux de lutte contre le changement climatique, de lutte contre l’érosion de la biodiversité ou de lutte contre la désertification. Cette dernière option serait la plus facile à mettre en œuvre et les conventions pourraient alors pouvoir travailler à partir d’un socle d’expertise non pas nécessairement commun, mais ayant fait l’objet, en matière de recommandations, d’une mise en cohérence aussi poussée que possible.

 

Dans tous les cas, il devient urgent de favoriser des consensus scientifiques forts, qui puissent constituer les fondements de décisions internationales ambitieuses dépassant les visions sectorielles et les clivages politiques touchant notre avenir et celui de toutes les formes de vie qui nous entourent.

Les scientifiques alertent l’humanité sur les liens entre microorganismes et changement climatique

À l’occasion des 60 ans du BRGM, service géologique national et membre fondateur de la FRB, la FRB revient sur l’importance cruciale des microorganismes en mettant en avant une synthèse parue au mois de juin dernier dans la revue Nature et intitulée : « Les scientifiques alertent l’humanité sur les liens entre microorganismes et changements climatiques ».

 

Cette synthèse de connaissances rappelle le rôle central des microorganismes dans les causes biologiques du changement climatique. Elle montre comment ceux-ci affectent le climat mais aussi comment, par rétroaction, ils sont affectés par les changements globaux.

 

Les auteurs appellent à ce que cette « majorité microscopique » ne soit plus « l’éléphant invisible dans la pièce ». Les enjeux sont trop importants : intégrer leur fonctionnement, c’est se permettre de comprendre comment les êtres vivants peuvent s’adapter aux changements climatiques. À défaut, la science n’aura qu’une compréhension limitée de la biosphère et de ses réponses à ces changements, ce qui compromettra les efforts déployés dans ce domaine pour créer un avenir écologiquement durable.

 

Retrouvez la synthèse complète dans les ressources téléchargeables ci-dessous. 

[Synthèse] Les scientifiques alertent l’humanité sur les liens entre microorganismes et changement climatique

À cette occasion, la FRB revient sur l’importance écologique cruciale des microorganismes en mettant en avant une synthèse parue au mois de juin dernier dans la revue Nature et intitulée : « Les scientifiques alertent l’humanité sur les liens entre microorganismes et changements climatiques ».

Cette synthèse de connaissances rappelle le rôle central des microorganismes dans les causes biologiques du changement climatique. Elle montre comment ceux-ci affectent le climat, mais aussi comment, par rétroaction, ils sont affectés par les changements globaux.

 

Les auteurs appellent à ce que cette « majorité microscopique » ne soit plus « l’éléphant invisible dans la pièce ». Les enjeux sont trop importants : intégrer leur fonctionnement, c’est mieux comprendre comment les êtres vivants peuvent s’adapter aux changements climatiques. À défaut, la science n’aura qu’une compréhension limitée de la biosphère et de ses réponses à ces changements, ce qui compromettra les efforts déployés dans ce domaine pour créer un avenir écologiquement durable.

 

Consultez la synthèse complète ci-dessous.

[CESAB] Le projet FAIR_Data est accueilli au Cesab

Le Cesab de la FRB est une structure de recherche au rayonnement international ayant pour objectif est de mettre en œuvre des travaux innovants de synthèse et d’analyse des jeux de données déjà existants dans le domaine de la biodiversité.

Dans ses locaux montpelliérains, le Cesab offre à présent à des chercheurs l’opportunité de se retrouver pour avancer sur leurs projets mêlant synthèse de données et biodiversité. Il inaugure aujourd’hui cette nouvelle formule avec l’accueil du projet FAIR, dont il est partenaire.

 

La nécessité croissante de rendre les données de la recherche “Découvrables, Accessibles, Interopérables et Réutilisables” (en anglais : Findable, Accessible, Interoperable and Reusable, d’où les principes des données FAIR) a conduit à la constitution d’un groupe de réflexion au sein de la communauté académique montpelliéraine. L’objectif de ce groupe est de décliner les principes des données FAIR et d’élaborer des procédures permettant de les mettre en œuvre dans différents champs disciplinaires : biodiversité/écologie, agronomie, sciences de l’ingénieur, sciences humaines et sociales. Il a été constitué au printemps 2019 à l’initiative des LabEx CeMEB, NUMEV, Agro et de l’institut de convergence DigitAg.

 

Le groupe de réflexion se réunit aujourd’hui pour la seconde fois dans l’objectif de concevoir un plan de gestion des données et d’identifier les ressources terminologiques (métadonnées, vocabulaires contrôlés) pertinents pour aboutir à des jeux de données “FAIR”.

 

 

Principal Investigator :

Eric GARNIER (CNRS)

 

Participants :

Cédric BOURRASSET – ATOS ; Sophie BOUTIN – Université de Montpellier ; Marie-Christine CORMIER SALEM – AGROPOLIS ; Olivier GIMENEZ – CNRS ; François GREGOIRE – ATOS ; Mylène JONQUET – LIRMM ; Carole KERDELHUE – INRA ; Anne LAURENT – Université Montpellier ; Emmanuel LE CLEZIO – Université Montpellier ; Nicolas MOUQUET – CNRS-FRB ; Loïc MAISONNASSE – ATOS ; Antoine OLGIATI – ATOS ; Andrea PARMEGGIANI – Université Montpellier  ; Pierre PERE – IRSTEA ; Pascal PONCELET – LIRMM ; Lionel TORRES – Université Montpellier ; Olivier TORRES – UPV.

 

[Journées FRB 2019] Indicateurs et outils de mesure – Évaluer l’impact des activités humaines sur la biodiversité ?

« Plus d’un million d’espèces menacées », c’est le chiffre qui a marqué les esprits cette année, au moment de la sortie du rapport de l’Ipbes sur l’état mondial de la biodiversité et des services écosystémiques. Pertes et dégradations d’habitats, surexploitations ou encore pollutions sont autant de pressions induites ou accentuées par les activités humaines qui pèsent aujourd’hui considérablement sur la biodiversité. Le constat est désormais posé et la question de la mesure des impacts de nos activités, qui joue un rôle clé pour passer à l’action, est plus que jamais d’actualité.

 

Dans un contexte où la France accentue son engagement pour limiter ses impacts négatifs sur la biodiversité, au travers notamment du Plan Biodiversité, et participe à la préparation de la COP15 et de l’agenda post-2020 pour la biodiversité, les différents acteurs de la société ont aujourd’hui besoin d’indicateurs et d’outils de mesure. Les acteurs publics et privés, les décideurs politiques et économiques qui s’engagent, à l’échelle d’un territoire ou d’un pays, à estimer et limiter leurs impacts sur la biodiversité, sont en quête de réponses.

 

Les Journées FRB 2019 seront l’occasion d’ouvrir la question de la mesure des impacts des activités humaines sur la biodiversité et d’informer sur des indicateurs et outils de mesure existants, leur utilisation actuelle et explorer ensemble leur potentiel d’appui à la décision en faveur de la biodiversité.

 

Elles s’organiseront de la manière suivante : 

 

  • Mardi 1er octobreJournée d’ateliers, à la Fiap Jean Monnet (Paris 14e)
  • Mercredi 2 octobre – Journée plénière, à la Maison des Océans (Paris 5e)

 

[Synthèse] Coup de vieux sur l’Anthropocène

Jusqu’alors beaucoup d’entre eux établissaient son début à l’initiation de la révolution industrielle, il y a 150 ans, ou dans les années 1950, date dite de la “grande accélération”, périodes où – selon les indicateurs utilisés – l’impact des activités humaines sur la planète serait devenu prédominant. Une publication récente intitulée L’incidence précoce de l’usage des terres sur la transformation de la planète, mise en perspective au travers de l’article Comment les humains ont changé la face de la Terre, remet en question ce calendrier. En effet, les résultats très impressionnants des analyses collaboratives du type big data effectuées par le consortium ArchaeoGLOBE suggèrent que l’influence des hommes sur la planète remonte à 3 000 ans, époque des chasseurs-cueilleurs, des agriculteurs et des éleveurs.

 

À l’heure où la FRB se penche sur les indicateurs et outils de mesure des activités humaines sur la biodiversité à l’occasion de ses Journées annuelles, cette étude montre que les reconstructions mondiales existantes sous-estiment probablement l’impact de l’utilisation précoce des terres par l’Homme sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes de la Terre et invite la communauté scientifique à raisonner sur un plus long terme les émissions de carbone, les changements d’usage des terres et l’érosion de la biodiversité.

Coup de vieux sur l’Anthropocène

Comment les humains ont changé la face de la Terre

Les données archéologiques montrent que les changements anthropiques ont commencé plus tôt et se sont répandus plus vite qu’estimé précédemment.

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L’Anthropocène est la période au cours de laquelle les activités humaines ont acquis une influence majeure sur le changement climatique et l’environnement. Il est difficile d’estimer le début de cette ère, et en particulier d’estimer l’incidence de l’Homme avant la période historique et les écrits associés. L’hypothèse avait déjà été formulée que la déforestation préhistorique et la riziculture pourraient expliquer l’augmentation préindustrielle des concentrations de méthane et de dioxyde de carbone dans l’atmosphère il y a environ 7 000 ans. Pour le dernier millénaire, les chercheurs se basent sur des documents historiques et, pour la période précédente, sur les observations archéologiques et paléo-écologiques. Les données archéologiques sont d’une grande importance mais jusqu’à récemment il était difficile d’en retirer des tendances globales.

 

Les travaux de Stephens et al. rapportés ci-dessous suggèrent que la Terre avait déjà été considérablement transformée par les activités humaines il y a 3 000 ans. Ce jalon temporel pour les changements d’origine anthropique de la couverture terrestre est en accord avec les interprétations issues de l’analyse de plusieurs autres sources de données (par exemple, les reconstructions des pertes de forêts en Europe tempérée) et conforte largement l’hypothèse de Ruddiman et al. en 2016 qui voyaient une origine anthropogénique dans le réchauffement préindustriel de l’Holocène tardif.

A contrario, l’utilisation de la base de données historique sur l’environnement mondial (HYDE, Klein Goldewijk et al., 2017), qui simule la couverture terrestre mondiale passée, abouti à des conclusions en contradiction avec celles de Stephens et al. en mettant en avant un faible volume d’impacts anthropiques à l’époque préhistorique.

 

Ces différences dans les conclusions des deux types d’études peuvent être dues aux biais associés aux données archéologiques qui proviennent d’endroits habités par l’Homme et ne renseignent pas directement sur l’état des zones sauvages. Les enseignements issus notamment de données paléo-écologiques (pollens) devraient conduire à d’utiles comparaisons de dates.

 

Enfin, si de grandes régions ayant eu une longue histoire d’agriculture et de pastoralisme (Europe et Chine par exemple) au cours des six derniers millénaires devraient montrer des trajectoires globales similaires pour le changement de couverture du sol, quelle que soit la source de données utilisée, ce n’est pas le cas pour beaucoup d’autres régions. En Europe tempérée et dans le nord-est de la Chine, le modèle HYDE indique une augmentation exponentielle des terres agricoles et des pâturages il y a environ 1 000 ans alors que les résultats ArchaeoGLOBE pour ces régions font apparaître une importante conversion de terres d’origine humaine il y a 3 000 ans. Quant aux analyses polliniques, qui permettent une estimation des terres libres de toute empreinte, elles établissent plutôt cette augmentation entre 1 000 et 3 000 ans. Quelle que soit la méthode utilisée, les tendances temporelles se ressemblent uniquement dans la zone de forêt boréale européenne.

 

Quoiqu’il en soit, les résultats très impressionnants des analyses collaboratives du type « big data » effectuées par le consortium ArchaeoGLOBE indiquent que la transformation humaine de la surface de la Terre a commencé bien avant ce que certains chercheurs appellent « la grande accélération » et devraient inciter la communauté scientifique à raisonner sur un plus long terme les émissions de carbone et l’évolution de l’utilisation des terres.

 

[Synthèse] Du déclin au rétablissement de la biodiversité : l’urbanisation et l’avenir de la conservation de la biodiversité

L’urbanisation de la planète et l’amélioration de l’efficacité environnementale des villes pourraient-elles conduire au rétablissement de la biodiversité ?
Tel est le sujet d’une étude menée par Eric Sanderson et ses collaborateurs, publiée dans la revue scientifique BioScience. Leurs travaux proposent de se projeter non pas jusqu’en 2050, comme c’est souvent le cas dans les scénarios prospectifs (Ipbes, 2019), mais jusqu’en 2100. L’évolution des modes de consommation, la diminution de la pauvreté et la prise de conscience de l’impact des activités humaines sur l’environnement ouvriraient des portes vers des scénarios favorables à une meilleure qualité de vie et une biodiversité restaurée.

Du déclin au rétablissement de la biodiversité : l’urbanisation et l’avenir de la conservation de la biodiversité

Pour inverser les tendances dramatiques actuelles, l’Ipbes, dans son évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques, pose la question du rôle de la démographie humaine et de la perpétuation de systèmes de production non durables et appelle à des changements systémiques majeurs.

Peu de personnes informées doutent encore aujourd’hui de la nécessité d’une réflexion de fond sur l’évolution de nos stratégies socio-économiques comme cadre conceptuel pouvant guider l’action en faveur de la biodiversité et parallèlement du climat. Les scénarios démographiques et socio-économiques prennent alors toute leur importance pour évaluer le futur de la biodiversité et la pertinence des orientations politiques qui permettront de la sauvegarder. Qui dit orientations politiques, dit choix de société et donc nécessité d’une libre expression et d’un libre choix des citoyens. Même si la science ne porte pas une vérité, mais des théories et des hypothèses fondées sur l’analyse des données, elle doit être un élément majeur pour éclairer tant l’opinion que les décideurs.

Dans ses efforts de « porté à connaissance », la FRB se doit d’apporter sa contribution aux riches et intenses débats en cours. L’an dernier, la transcription de l’article de Cazalis, Loreau et Henderson « Devons-nous choisir entre nourrir l’humanité et protéger la nature ? Modélisation des liens entre l’environnement et la démographie humaine » avait apporté un éclairage original. Ses conclusions montraient qu’un avenir souhaitable pour l’Humanité passait par la recherche d’un équilibre entre la production alimentaire et les services de régulation et, idéalement, le maintien de la population humaine à 10 milliards de personnes. Lors de la première « Nuit de la biodiversité », nous nous sommes en particulier interrogés sur la question de savoir si les solutions préconisées par les scientifiques pour enrayer le déclin de la biodiversité seront applicables tout en préservant nos systèmes et libertés politiques. Pour poursuivre la contribution à ces réflexions majeures dans une optique aussi ouverte que possible, la FRB propose la transcription d’un article issu des réflexions de trois « conservationnistes » américains, Sanderson, Walston et Robinson.

 

Pour résumer de manière très simplifiée, les auteurs disent que l’évolution de la démographie humaine et des consommations va conduire à un déclin majeur de la biodiversité d’ici 2050, rejoignant ainsi beaucoup de scénarios actuels dont ceux figurés dans le rapport de l’Ipbes, mais que la tendance croissante à l’urbanisation de la planète va conduire, par des processus multiples, à une stabilisation et même une décroissance de la démographie humaine et que ce qu’ils considèrent comme l’efficacité environnementale plus grande des villes aura un impact positif sur l’environnement et permettra à termes le rétablissement de la biodiversité.

En effet, d’ici 100 ans, les tendances de développement montrent également que l’essentiel de l’humanité vivra dans les villes et les agglomérations dans une économie de marché interconnectée et fondée sur la technologie. Un des scénarios crédibles est que la population humaine stagne ou diminue aux environs de 6 à 8 milliards de personnes et que leur concentration dans les villes entrainera des changements socio-environnementaux important et notamment, la diminution de l’extrême pauvreté, une meilleure maîtrise de la fécondité et une évolution des modes de vie et de pensée. Le modèle quantitatif développé dans l’étude de Sanderson et al., montre tout d’abord des impacts négatifs sur la biodiversité, entrainés par ces changements, puis une inversion de la tendance avec des impacts positifs sur l’environnement. Ainsi, bien qu’il soit parfaitement clair que les impacts environnementaux augmentent au fur et à mesure que les sociétés traversent la transition démographique et s’urbanisent, la transition en cours de la fécondité et la réduction de la pauvreté résultant de l’urbanisation suggèrent la perspective d’une stabilisation éventuelle et d’une réduction à long terme des impacts globaux sur l’environnement.

 

La synthèse complète est à découvrir dans les ressources téléchargeables ci-dessous. 

Des fiches pays relatives à la réglementation APA

À la date du 9 juillet 2019, 117 pays sont Parties au Protocole de Nagoya, 62 États ont mis en place des mesures d’APA et 16 ont établi un « certificat de conformité internationalement reconnu » .

En effet, le fait qu’un État soit Partie au Protocole ou pas, ne présage pas de l’existence ou de l’absence de réglementations internes en matière d’APA.

 

  • Liste de pays qui ne sont pas parties au Protocole de Nagoya :

(Europe) Chypre, Estonie, Grèce, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovénie, Serbie.

(Hors Europe) Algérie, Australie, Brésil, États-Unis, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Ghana, Grèce, Nigeria, Russie, Turquie, Venezuela, etc.

 

  • Liste des pays non parties au Protocole de Nagoya mais signataires au Protocole de Nagoya :

(Europe) Chypre, Grèce, Irlande, Italie, Lituanie, Roumanie , Serbie, Slovénie.

(Hors Europe) Algérie, Australie, Bangladesh, Brésil, Cape Vert, Colombie, Costa-Rica, Le Salvador, Ghana, Grenade, Maroc, Nigéria, Pologne, Somalie, Thaïlande, Tunisie, Ukraine, Yémen.

 

  • Liste de pays de l’Union européenne n’ayant pas réglementé l’accès aux ressources génétiques relevant de leur souveraineté et le partage des avantages découlant de leur utilisation mais disposant de réglementation déclinant le volet Conformité du Protocole de Nagoya en application du Règlement UE 511/2014 :

Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Croatie, Danemark, Estonie, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Suède.

 

Dans le cadre du projet d’accompagnement de la mise en œuvre du Protocole de Nagoya, la FRB a établi, avec un comité de coordination et de rédaction, un ensemble de fiches-pays qui a vocation à être complété petit à petit.

Ces fiches-pays reprennent les éléments du site officiel ABS Clearing-House, plateforme d’échange d’informations sur le dispositif d’accès aux ressources génétiques et le partage des avantages découlant de leur utilisation, ainsi que les informations échangées entre les membres du groupe de travail sur l’APA et par les points focaux nationaux pour certains pays.
Les informations peuvent être inégales, cela est dû au niveau d’information disponible sur le site ABS Clearing-House et si les informations ont été traduites en anglais. Les retours d’expérience des utilisateurs permettront d’alimenter les informations concernant la procédure APA.

 

Le document est téléchargeable dans les ressources ci-dessous. 

[Communiqué] Publication dans PLoS Biology des travaux du groupe Cesab Pelagic

À la suite des travaux menés par le groupe de travail Pelagic, co-financé par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) accompagné par son Centre de synthèse et d’analyse sur la biodiversité (Cesab), une étude a été menée sur l’impact des activités humaines sur les prédateurs marins. Elle a mis en évidence, dans une publication scientifique publiée le 6 août 2019 dans PLoS Biology, que les prédateurs marins se regroupent principalement sur des récifs isolés et des monts sous-marins situés à plus de 1 250 km des ports de pêche.

 

Cette étude a été menée par une équipe internationale, dirigée par la Société zoologique de Londres (ZSL), de 15 chercheurs de 12 instituts de recherche différents, parmi lesquels l’Université de Montpellier et l’IRD.

 

Consultez le communiqué de presse.

 

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Références de l’article :

Letessier TB, Mouillot D, Bouchet PJ, Vigliola L, Fernandes MC, Thompson C, et al. (2019) Remote reefs and seamounts are the last refuges for marine predators across the Indo-Pacific. PLoS Biol 17(8): e3000366. https://doi.org/10.1371/journal.pbio.3000366

Les monts sous-marins éloignés de l’Homme comme derniers refuges des prédateurs marins

Références de l’article :

Letessier TB, Mouillot D, Bouchet PJ, Vigliola L, Fernandes MC, Thompson C, et al. (2019) Remote reefs and seamounts are the last refuges for marine predators across the Indo-Pacific. PLoS Biol 17(8): e3000366. https://doi.org/10.1371/journal.pbio.3000366

Publié dans PLoS Biology, le 6 août 2019 

 

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La pêche industrielle est en pleine expansion depuis les années 1950, et ce, à l’échelle mondiale. Le volume de la pêche industrielle représente plus de 80 millions de tonnes aujourd’hui, contre 20 millions en 1950. Au total, ce sont 55 % des zones océaniques qui sont exploitées par la pêche industrielle. Afin de remplir leurs filets, les pêcheurs doivent maintenant aller de plus en plus loin. Les derniers refuges de la faune marine, c’est-à-dire les espaces situés au-delà de la zone d’influence humaine détectable, sont ainsi de plus en plus rares. De vastes aires marines protégées (AMP), où la pêche est interdite, ont été établies depuis le début des années 2000 afin de préserver la biodiversité des océans. En 2015, les AMP atteignaient 3,4 % de la surface des océans mais nous manquons de connaissances sur la distribution globale de la biodiversité, de l’abondance et de la taille des prédateurs marins.

 

C’est dans ce contexte que l’équipe de recherche, co-financée par la FRB et accompagnée par son Cesab, s’est attachée à analyser des données recueillies dans les océans Indien et Pacifique entre 2012 et 2015. La richesse (nombre d’espèces), la taille et l’abondance de plusieurs prédateurs marins, dont des requins, ont été estimées à l’aide de systèmes vidéo avec appâts sur plus de 1 000 sites. Aucun animal n’a été manipulé directement.

Publiés le 6 août 2019 dans PLOS Biology, les résultats démontrent que, bien que la richesse des espèces ne soit pas impactée par les activités humaines, la taille du corps et l’abondance des requins sont fortement corrélées avec la distance aux pressions anthropiques et notamment l’éloignement des ports de pêche. Ainsi, l’équipe de chercheurs a constaté que le nombre de requins diminuait de moitié dans les mers les plus proches des villes de plus de 10 000 habitants. Proche de l’Homme, la plupart des caméras n’ont pas enregistré la moindre présence de prédateurs qui, notamment les plus gros individus, se concentrent dans des zones situées à plus de 1 250 km des ports.

 

Malheureusement, comme les chercheurs le font remarquer, ces derniers refuges de prédateurs sont peu couverts par les AMP. Les travaux du projet Pelagic attirent donc l’attention sur la nécessité d’établir de nouvelles stratégies prenant en compte les habitats préférentiels des prédateurs marins, essentiels au maintien de la biodiversité dans nos océans et du fonctionnement des systèmes océaniques. Il s’agit d’établir au plus vite de nouvelles AMP comprenant des régions côtières comme des régions plus éloignées en mer.

 

L’auteur principal de l’étude, Tom Letessier (ZSL), a déclaré : “Seulement 13 % des océans de la planète peuvent maintenant être considérés comme “sauvages”, mais les requins et autres prédateurs sont beaucoup plus abondants et plus grands à des distances supérieures à 1 250 km des activités humaines. Cela suggère que les grands prédateurs marins sont incapables de prospérer à proximité des populations humaines et constitue un autre exemple clair de l’impact de la surexploitation humaine sur nos mers.”

 

[Cesab] Appel à projets CESAB- sDiv SYNERGY

 

 

Le Cesab et le sDiv sont des instruments de la FRB (Fondation française pour la recherche sur la biodiversité) et de l’iDiv allemand (centre de recherche allemand sur la biodiversité). Ces deux centres accueillent des groupes de chercheurs travaillant sur une meilleur utilisation des données, des informations et des connaissances existantes pour favoriser une réflexion synthétique dans le domaine de la recherche sur la biodiversité. Ils lancent un appel conjoint appelé “synergy ” pour financer deux groupes  de 5 à 7 chercheurs qui partageront leurs réunions entre les deux centres.

 

Le thème principal de l’appel est “Coexistence et stabilité dans les communautés à haute diversité”. La théorie moderne de la coexistence fournit un cadre utile pour comprendre la coexistence des espèces dominantes, mais elle se limite à quelques espèces en interaction et n’est ni prédictive ni extensible à des contextes nouveaux ou réels. Cet appel conjoint vise à favoriser une synthèse pour comprendre la coexistence et la stabilité dans des communautés typiques à haute diversité qui sont souvent composées d’un nombre relativement faible d’espèces dominantes et de nombreuses espèces à faible abondance. Les approches de modélisation, à la fois mécanistes et statistiques, pourront être nouvelles ou élargir les cadres existants. 

 

Une pré-sélection de projets sera opérée par les membres des comités scientifiques de la sDiv et du Cesab , dans un délai de deux semaines après la réception des pré-propositions. 

 

Plus d’informations sur l’appel à projet (en anglais).

 
Contact : cesab@fondationbiodiversite.fr 

[IPBES7] Changement d’usage des terres et biodiversité : halte à l’uniformisation

À l’occasion du nouveau rapport de l’IPBES sur l’état de la biodiversité mondiale dont le résumé pour décideurs est paru en mai 2019, la FRB donne chaque mois la parole à des scientifiques qui travaillent sur les menaces qui pèsent sur la biodiversité, mais aussi sur les solutions pour y remédier. Juristes, économistes, biologistes de la conservation sont autant de chercheurs qui offriront chacun un éclairage précis sur l’état et le devenir des espèces et de leurs écosystèmes.

 

Le cinquième et dernier thème abordé est celui du changement d’usage des terres, considéré comme la 1re cause de perte de biodiversité dans le monde.

Pourquoi maintenir la diversité génétique des animaux domestiques ?

À travers le monde, 14 espèces animales produisent 90 % des protéines consommées par les humains. Les processus d’intensification et de standardisation de la production agricole poussent à une certaine uniformisation de ces espèces. Une spécialisation toujours plus importante de ces animaux est alors recherchée et aboutit à une grande inégalité dans l’usage de ces races : certaines populations de vaches, sélectionnées par exemple pour leur grande production laitière, sont présentes partout dans le monde alors que des populations plus locales voient leurs effectifs baisser ou disparaissent. Cet appauvrissement de la diversité génétique pourrait avoir des conséquences importantes pour le futur de la production et les services rendus par les écosystèmes pâturés par des herbivores domestiques, en l’absence d’herbivores sauvages en nombre et avec une diversité suffisante. Alors comment maintenir une telle diversité ? Par quels acteurs passe cette conservation ? Pour quel rôle au sein des écosystèmes ? Anne Lauvie, chargée de recherche en gestion territoriale des populations animales locales à l’Inra nous éclaire sur les enjeux de la diversité génétique chez les animaux domestiqués.

[Cesab] Postdoctorat Score-Reef

Localisation: CRIOBE – Perpignan, France et FRB – CESAB – Montpellier, France 

Salaire: 2250€ / mois

Contrat: 2 ans, temps plein

Date limite des candidatures: 31 juillet 2019

Date de prise de poste : 1er octobre 2019

 

Le projet CESAB Score-Reef  est à la recherche d’un écologiste travaillant sur des récifs coralliens, motivé pour contribuer à un projet d’étude sur l’état et les tendances des communautés benthiques et des poissons des récifs coralliens dans l’espace et le temps. L’objectif final du projet est d’évaluer la performance des indicateurs écologiques existants sur les récifs coralliens. Les résultats de ce projet auront un impact sur le réseau de surveillance existant dans les territoires français d’outre-mer. 

 

Le poste est un post-doc de 2 ans et le projet est financé par le CESAB à Montpellier (France). Les coordinateurs du projet – V. Parravicini (EPHE) et M. Adjeroud (IRD) – sont tous deux basés à Perpignan (France) et le post-doc devra être basé au CRIOBE à Perpignan, au moins pendant la première année du contrat.

 

 

Retrouvez la description complète de l’offre ici (en anglais). 

« Éviter, Réduire, Compenser » : trois clés pour limiter l’artificialisation des terres

La perte de biodiversité sur les territoires français et européens est maintenant actée. Que ce soit la perte de 30 % des espèces d’oiseaux communs en 15 ans dans les campagnes françaises (communiqué du MNHN, 2018), où la chute de plus de 75 % de la biomasse d’insectes en seulement 27 ans en Allemagne (Hallmann et al. 2017), les signaux d’alarmes sont tirés. Malgré ces alertes, l’artificialisation des terres – un des grands facteurs du déclin de la biodiversité – continu inlassablement, et ce dans toutes les régions. D’après une étude du Commissariat général au développement durable, 40 % de l’artificialisation en France se fait dans des zones où le taux de vacance de logements augmente fortement et 20 % dans des communes dont la population décroit. En l’absence de besoin apparent, comment expliquer la poursuite de ce phénomène ? Charlotte Bigard, chercheuse au centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (UMR CEFE), conduit des travaux à l’interface entre la recherche et l’aménagement. Elle nous explique les limites et les perspectives de la séquence Éviter-Réduire-Compenser, outil réglementaire majeur pour maintenir le lien entre aménagement et biodiversité.

[Synthèse] La pollution antibiotique des eaux de surface : occurrence et effets

Les antibiotiques sont des médicaments antimicrobiens qui tuent ou réduisent la croissance des bactéries. Ils sont utilisés en grande quantité depuis plusieurs décennies et la résistance d’agents pathogènes aux antibiotiques est depuis longtemps au cœur de la recherche en milieu clinique et, plus récemment, en recherche environnementale.

 

Les antibiotiques peuvent contourner les procédés de traitement de l’eau et se retrouver directement dans l’environnement. Ils sont détectés dans les rivières à des concentrations très faibles et dilués plus d’un million de fois par rapport aux concentrations observées dans le corps humain.

 

L’étude Antibiotic pollution in surface fresh waters: Occurrence and effects  démontre que les concentrations d’antibiotiques mesurées dans les eaux douces, quoique majoritairement inférieures aux concentrations cliniques efficaces, sont fortement susceptibles d’avoir des effets directs et indirects sur la composante microbienne des communautés aquatiques et pourraient avoir des conséquences importantes pour les écosystèmes et pour la santé humaine. 

La pollution antibiotique des eaux de surface : occurrence et effets

Les antibiotiques sont des médicaments antimicrobiens qui tuent ou réduisent la croissance des bactéries. Ils sont utilisés en grande quantité depuis plusieurs décennies et la résistance d’agents pathogènes aux antibiotiques est depuis longtemps au cœur de la recherche en milieu clinique et, plus récemment, en recherche environnementale.

 

Les antibiotiques peuvent contourner les procédés de traitement de l’eau et peuvent se retrouver directement dans l’environnement. Ils sont détectés dans les rivières à des concentrations très faibles et dilués plus d’un million de fois par rapport aux concentrations observées dans le corps humain.

 

Cette étude démontre que les concentrations d’antibiotiques mesurées dans les eaux douces, quoique majoritairement inférieures aux concentrations cliniques efficaces, sont fortement susceptibles d’avoir des effets directs et indirects sur la composante microbienne des communautés aquatiques. En effet, même à de faibles concentrations, ces antibiotiques pourraient avoir des conséquences importantes pour les écosystèmes et pour la santé humaine. Les antibiotiques sont spécifiquement administrés pour traiter des infections ou pour augmenter les rendements notamment en élevage et en agriculture, mais, dans l’environnement, d’autres organismes vivants qui font partie de processus écologiques, tel que le cycle des nutriments, sont inévitablement exposés.

[Les actus des derniers jours]

  • FRB, T20 et développement des infrastructures

 

Le T20 est un regroupement de think tank en appui aux discussions du G20.

Il s’est réuni les 26 et 27 mai 2019 à Tokyo et a publié ses recommandations destinées à nourrir le futur sommet du G20 (28 et 29 juin, Osaka). Ces dernières s’inscrivent dans l’objectif affiché par la présidence japonaise « à la recherche d’une société durable, inclusive et résiliente » et s’appuient sur une grande série de résumés pour décideurs disponibles sur le site du T20.

 

À la demande du co-président de la quatrième task force, Nicolas Buchoud, également membre du Cos de la FRB (www.cerclegrandparis.org), la FRB a participé au document intitulé « The Infrastructure Nexus. From the Future of Infrastructures to the Infrastructures of the Future ».

Le document d’une vingtaine de pages prend acte du développement massif et incontrôlé des infrastructures. Dans un contexte de ressources limitées, il fait le constat que les approches fragmentées en matière de développement, d’agendas et de projets urbains durables prévalent toujours, au détriment de l’évaluation des impacts sur la biodiversité et les services écosystémiques. Il préconise une nouvelle génération de connectivité science-société et connaissance-politique pour repenser les investissements et les chaînes de valeur. Le document souligne aussi le rôle sous-estimé des infrastructures de recherche dans les infrastructures de développement et propose de nouvelles priorités pour un agenda urbain plus complet au sein du G20, incluant la biodiversité, en mettant un accent particulier sur les régions critiques comme l’Amazonie et l’Arctique.

 

 

  • Biodiversity and Health in the Face of Climate Change

 

Pics de chaleur, sécheresses, inondations, événements extrêmes, invasions biologiques : le changement climatique a déjà des impacts sur le bien-être et la santé humaine. Par ailleurs, l’évaluation mondiale de l’Ipbes, publiée le 6 mai dernier, met en évidence que l’effondrement de la biodiversité menace fortement notre santé physique et mentale par la perte de services essentiels que l’Homme retire des écosystèmes comme la production d’une nourriture de qualité, l’atténuation du changement climatique, l’épuration de l’eau et de l’air, la régulation des pathogènes, l’inspiration, la récréation et la spiritualité procurée par des écosystèmes fonctionnels.

Dans un contexte d’inaction, les deux phénomènes, malheureusement se renforcent mutuellement.

 

L’ouvrage publié aux éditions Springer, auquel la FRB a contribué, pose le diagnostic et présente l’aperçu le plus complet à ce jour des travaux de recherche sur les liens entre dérèglement du climat, érosion de la biodiversité et santé.

La principale conclusion de ces travaux, variés et innovants, est que préserver la biodiversité contribuera évidemment à freiner son érosion, mais également à atténuer le changement climatique et à augmenter la qualité de vie et la santé humaine.

 

 

  • Biodiversité et maladies infectieuses : les actes désormais disponibles

 

Vous pouvez les consultez dans les ressources de la page dédiée à l’événement.  

[Cesab] Postdoctorat DiveRS

Localisation: FRB – CESAB, 5, rue de l’École de Médecine, 34000 Montpellier, France

Salaire: 2250€ / mois

Contrat: 2 ans, temps plein

Date limite des candidatures: 31 août 2019

Date de prise de poste : 1er novembre 2019

 

Le projet CESAB DiveRS est à la recherche d’un postdoctorant sur deux ans pour travailler sur l’évolution du système de reproduction des angiospermes. Le projet est le fruit d’un effort de collaboration de 15 chercheurs de différentes nationalités pour comprendre comment l’évolution du système de sélection des plantes est liée à l’évolution d’autres caractères, ainsi qu’à la spéciation et à l’extinction. 

 

 

Retrouvez la description complète de l’offre ici (en anglais). 

[3es rencontres espaces naturels protégés – recherche] Découvrez les actes

La FRB a mis en place en 2015 un groupe de travail « Espaces naturels protégés et recherche » associant ses deux conseils de gouvernance : le Conseil d’orientation stratégique (Cos) et le Conseil scientifique (CS).

 

Organisées en avril dernier, les 3es Rencontres chercheurs et gestionnaires d’espaces naturels protégés visaient à rassembler ces deux communautés pour faciliter l’émergence et la conduite de projets de recherche « changement climatique sur les espaces naturels protégés ».

 

Elles s’inscrivaient dans la continuité des deux rencontres précédentes, en 2016 et 2017, et dans la prise en compte des recommandations qui en sont ressorties.

 

Retrouver les actes du colloque sur la page dédiée à ces 3es rencontres.

[Appel à projet] Lancement de l’appel à projets thématique Cesab !

(In English bellow)

 

 Le Cesab (Centre de synthèse et d’analyse sur la biodiversité) a été créé en 2010 par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) pour promouvoir les activités de recherche de haut niveau consacrées à la synthèse des idées et à l’analyse des données dans le domaine de la biodiversité.

Tout savoir sur le Cesab de la FRB

 

 

La FRB, avec le soutien de l’Agence française pour la biodiversité (AFB), appelle la communauté de recherche à soumettre des projets de recherche et d’analyse portant sur les perturbateurs endocriniens et leurs liens avec la biodiversité, basés sur l’analyse et la synthèse de données existantes. Seront considérés les projets qui s’intéresseront à des enjeux divers relatifs à ce thème, conformément aux précisions données en annexe de l’appel.

 

L’objectif principal du Cesab est de faciliter la production de nouvelles connaissances à partir de données existantes. Il soutient les groupes d’experts internationaux qui partagent leurs expertises et mettent en commun les données disponibles, en prenant en charge l’organisation des réunions, un appui à la communication et à l’analyse de données ainsi qu’un(e) post-doctorant(e) qui accompagnera le projet.
Depuis 2019, le Cesab est localisé à Montpellier.

 

Une pré-sélection de projets sera opérée par les membres du Comité scientifique du Cesab, dans un délai de deux semaines après la réception des pré-propositions.

Celles-ci devront être soumises exclusivement par mail à cesab@fondationbiodiversite.fr.

 

 

 

 

CESAB (Centre for the Synthesis and Analysis of Biodiversity) was created in 2010 by the Foundation for Biodiversity Research (FRB) to promote high-level research activities dedicated to the synthesis of ideas and data analysis in the field of biodiversity.

All information about CESAB.

 

The FRB, with the support of the French Agency for Biodiversity (AFB), calls on the French research community to submit research and analysis projects in the field of endocrine disruption and its links with biodiversity, based on the analysis and synthesis of existing data. Projects will be considered if they address various issues related to this theme, in accordance with the details given in the annex to this call.

 

The main objective of CESAB is to facilitate the production of new knowledge from existing data. It supports international expert groups that share their expertise and share available data, by organizing meetings, supporting communication and data analysis, and a post-doctoral fellow who will accompany the project. Since 2019, CESAB has been located in Montpellier.

 

A pre-selection of projects will be made by the members of the CESAB Scientific Committee within two weeks of receipt of the pre-proposals. These must be submitted exclusively by email to cesab@fondationbiodiversite.fr.

 

 

 

Les abeilles, ces grandes mathématiciennes !

Une gageure lorsque l’on sait que derrière ce chiffre se cachent plusieurs niveaux de complexité. En effet, concevoir le « 0 », c’est être en mesure de comprendre qu’il est le reflet d’un ensemble parfaitement vide. C’est ensuite intégrer qu’il est un chiffre comme un autre, en allant jusqu’à comprendre son positionnement de manière logique dans une suite croissante ou décroissante de nombres.

La difficulté d’appréhension de la notion chez l’homme aura notamment été révélée lors d’une étude, menée en 2013, auprès d’enfants de maternelle2. Des scientifiques ont proposé un test sur tablette à vingtaine d’écoliers de 4 ans. Des formes contenant des points apparaissaient à l’écran et les enfants devaient indiquer tactilement la forme avec le moins de points. En cas de réussite, un soleil illuminait l’écran tandis qu’en cas d’échec, un écran noir s’affichait. Les chercheurs se sont ainsi rendus compte que, pour ces jeunes enfants ayant appris à compter, il n’y avait pas de difficulté à classer les chiffres les uns par rapports aux autres (de 1 à 4). Cependant, à l’intégration d’une forme vierge, beaucoup confondaient « 0 » et « 1 ». Des études chez les primates ont révélé des résultats similaires. Chez l’Homme, la compréhension de ce que représente le 0 n’est donc pas innée mais bien acquise au cours du développement.

 

Étonnamment, les abeilles n’ont pas semblé rencontrer ces mêmes difficultés. L’expérience a été menée par la chercheuse française Aurore Avarguès-Weber et ses collègues australiens3, et les résultats ont été publiés le mois dernier dans la revue Science4. S’il avait été précédemment démontré que ces insectes savaient compter de 1 à 5, les scientifiques les ont cette fois entraîné à compter de 5 à 1. Pour cela, des « cartes » sur lesquelles figuraient de 1 à 5 points étaient disposées sur un mur. À leur entrée dans l’espace dédié, les abeilles devaient alors voler vers la carte présentant le moins de points et se poser sur la plateforme attenante. Là, une boisson leur était proposée : sucrée en cas de bonne réponse, amère en cas de mauvaise.
Après s’être ainsi assurés que les insectes avaient intégré les notions de « inférieur » et de « supérieur », ils ont ajouté une carte sans point à l’expérience. À la surprise de l’équipe de recherche, les abeilles n’eurent pas de difficulté à identifier la carte vide comme une carte inférieure à 1.

 

« Pour la première fois, nous démontrons que des animaux invertébrés sont capables de comprendre des concepts complexes, là où certaines espèces de vertébrés rencontrent des difficultés, expliquent la chercheuse française. C’est une avancée inédite et qui ouvre pleins de nouvelles questions : comment le cerveau de ces insectes, bien plus petit que le nôtre fait-il pour intégrer cette notion complexe ? Mais aussi, quelle est l’utilité les abeilles tirent-elles de ce concept dans leur quotidien ? »

 

 

1. Ce n’est qu’entre le IIIe et le Ve siècle que ce chiffre a été intégré tel qu’on le connait aujourd’hui.

2. Dustin J. Merritt, Elizabeth M. Brannon, Nothing to it: Precursors to a zero concept in preschoolers, Behavioural Processes, Volume 93, 2013, Pages 91-97, ISSN 0376-6357, https://doi.org/10.1016/j.beproc.2012.11.001.

3. L’équipe est franco-australienne, un atout pour « bénéficier » de deux étés par an et pouvoir travailler en extérieur avec les abeilles toute l’année.

4. Scarlett R. Howard, Aurore Avarguès-Weber, Jair Garcia, Andrew Greentree, Adrian G. Dyer. Bees extrapolate ordered relations to place numerosity zero on a numerical continuum, Science, 2018. DOI : 10.1126/science.aar4975

[Évaluation] Une nouvelle série d’indicateurs de l’ONB évaluée

L’élaboration et la publication des indicateurs de l’Observatoire national de la biodiversité (ONB) s’inscrivent dans une dynamique d’évaluation et d’amélioration continue depuis 2012.

La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) a pour mission de réaliser une évaluation scientifique externe et transparente des indicateurs disponibles. Les résultats de ces évaluations sont mis en ligne dans leur intégralité et sans modification, ils offrent aux acteurs un diagnostic précis de la qualité des indicateurs et de leur documentation.

 

En 2018, la FRB a eu en charge une troisième vague d’évaluations scientifiques des indicateurs de la Stratégie nationale de la biodiversité de l’ONB. Ce sont ainsi une vingtaine d’indicateurs qui ont pu bénéficier d’une analyse critique grâce à l’expertise d’un pool d’experts-évaluateurs sollicités pour l’exercice.

Ce travail est désormais publié et accessible sur le site de l’ONB.

 

Retrouvez toutes les informations et rapports sur le travail de la FRB dans le cadre de sa mission avec l’ONB

Analyse scientifique des indicateurs de la Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB)

L’ONB produit et diffuse des indicateurs permettant de suivre l’état de la biodiversité, les pressions qu’elle subit et les réponses apportées aux problèmes qu’elle affronte. Les indicateurs facilitent le dialogue, la prise de décision et l’évaluation des stratégies mises en œuvre en faveur de l’environnement.

 

En 2012, l’ONB a décidé de les regrouper et de les mettre à disposition des utilisateurs potentiels en créant une base de données en ligne et en libre accès : Indicateurs de BioDiversité en Base de Données (i-BD²).

Comme les indicateurs ne fournissent que des informations parcellaires, l’ONB a rapidement souhaité bénéficier d’un regard extérieur sur ceux présentés dans i-BD². La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) a ainsi été sollicitée pour examiner leur pertinence scientifique, leur comportement au regard des caractéristiques des jeux de données et les biais pouvant apparaître dans leur construction ou leur calcul.

 

La mission confiée aux experts mobilisés par la FRB permet d’apporter un regard critique sur la base de critères scientifiques mais aussi sur les forces et les faiblesses des indicateurs afin de proposer soit des améliorations des indicateurs existants, soit la création de nouveaux indicateurs, soit l’arrêt de l’utilisation de certains.

Dans tous les cas, il s’agit d’expliquer aux utilisateurs les limites d’utilisation de chaque indicateur. Retrouvez ci-dessous la liste des indicateurs évalués, les rapports par exercice ainsi que la publication “Évaluation scientifique des indicateurs : le développement d’une méthode originale” .

Réglementation française sur l’accès et le partage des avantages (APA)

La loi française vise les accès et les activités initiés après l’entrée en vigueur de la loi du 9 août 2016, qu’ils soient réalisés par des utilisateurs français ou étrangers.

 

Elle prévoit que l’État français est le fournisseur des ressources génétiques se trouvant sous sa souveraineté, sous réserve des compétences des collectivités d’outre-mer. Il est le bénéficiaire des avantages, qui sont dans la pratique versés à l’Agence française pour la biodiversité.

 

Elle met en place différentes procédures d’APA en fonction de la ressource et de l’utilisation envisagée (formulaire de déclaration ou d’autorisation), voire de leur provenance (métropole, outre-mer).

 

Elle établit une procédure spécifique pour l’accès et l’utilisation des CTA détenues par les seules communautés d’habitants présentes en Guyane et à Wallis et Futuna.

 

Elle prévoit des dispositions sur le partage des avantages – monétaire et non monétaire –, le transfert des ressources, des sanctions pénales et financières.

 

Des formulaires de déclaration et de demande d’autorisation sont disponibles auprès du ministère en charge de l’environnement, à l’adresse suivante : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/acces-et-partage-des-avantages-decoulant-lutilisation-des-ressources-genetiques-et-des-connaissances

 

Réglementation européenne sur l’accès et le partage des avantages (APA)

Le Réglement (UE) n°511/20141 du 16 avril 2014 établit les règles concernant le respect des obligations portant sur l’accès aux ressources génétiques et aux connaissances traditionnelles associées et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation. Ce règlement s’applique aux ressources génétiques provenant des pays qui ont ratifié le Protocole de Nagoya.

 

Il a été complété par le règlement d’exécution (UE) 2015/18662 qui est entré en vigueur le 9 novembre 2015.

 

Il existe un document d’orientation (2016)3 sur le champ d’application et les obligations essentielles du règlement (UE) n° 511/2014 du Parlement et du Conseil relatif aux mesures concernant le respect par les utilisateurs dans l’Union.

Le règlement européen n°511/2014 s’applique aux ressources génétiques et aux connaissances traditionnelles associées lorsque :

  • le pays fournisseur est partie au Protocole de Nagoya ;
  • le pays fournisseur a mis en place une réglementation APA sur ses ressources génétiques et ses connaissances traditionnelles associées ;
  • l’accès aux ressources génétiques et aux connaissances traditionnelles est postérieur au 12 octobre 2014. Néanmoins, il faut vérifier dans la réglementation du pays que la période antérieure n’est pas couverte ;
  • l’activité de recherche et de développement a lieu dans l’Union européenne.

 

Les exclusions concernent :

  • les ressources génétiques et connaissances traditionnelles associées acquises avant octobre 2014 ;
  • les ressources génétiques humaines. Les pathogènes humains, les parasites et autres organismes associés porteurs de matériel génétique sont couverts par le règlement n°511/2014 ;
  • les zones situées au-delà des juridictions nationales ;
  • les échanges de matières premières ;
  • les ressources génétiques couvertes par d’autres instruments : Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (TIRPAA), Cadre de préparation en cas de grippe pandémique (PIP Framework).

 

Afin de respecter l’obligation de diligence nécessaire, les utilisateurs doivent prendre des mesures pour tracer, documenter, conserver et transférer les informations liées à l’utilisation des ressources génétiques et des connaissances traditionnelles associées. La documentation doit être conservée 20 ans après la fin de l’utilisation.

 

Pour démontrer la diligence nécessaire, il est possible de faire référence à un certificat de conformité reconnu à l’échelle international (CCRI) ou d’obtenir les informations suivantes :

  • la date et le lieu d’accès ;
  • la description ;
  • la source ;
  • les droits et obligations liés à l’accès et au partage des avantages, y compris pour les applications et la commercialisation ultérieures ;
  • le permis d’accès ;
  • les conditions convenues d‘un commun accord.

 

Les utilisateurs de ressources génétiques ont pour obligation de déclarer qu’ils ont fait preuve de diligence nécessaire à différents moments :

  • À la réception de financements externes pour les travaux de recherche, qu’ils soient de source privée ou publique. Les activités menées par une structure sur ses fonds propres ne sont pas visées ;
  • Lors de la mise sur le marché d’un produit mis au point à partir d’une ressource génétique ou d’une connaissance traditionnelle associée.

 

L’autorité compétente vis-à-vis de la réglementation européenne est le ministère en charge de la recherche :

  • C’est auprès d’elle que les déclarations s’effectuent, au stade de financement de travaux de recherche ;
  • Elle contrôle le respect des règles par les utilisateurs et met à disposition le registre des contrôles effectués ;
  • Elle demande et contrôle l’inscription des collections au registre européen ;
  • Au stade de la mise sur le marché d’un produit, c’est le ministère chargé de l’environnement qui est l’autorité compétente.

 

Les sanctions prévues dans la loi française sont financières et peuvent aller jusqu’à l’emprisonnement.

1. Règlement (UE) n°511/2014 du Parlement européen et du Conseil du 16 avril 2014, https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32014R0511
2. Règlement d’exécution (UE) 2015/1866 de la Commission du 13 octobre 2015 portant modalités d’application du règlement (UE) no 511/2014 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne le registre des collections, la surveillance du respect des règles par l’utilisateur et les bonnes pratiques https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32015R1866&from=EN
3. Document d’orientation sur le champ d’application et les obligations essentielles du règlement (UE) n°511/2014, https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52016XC0827(01)&from=FR

[Tribune] Une priorité nationale

En quelques jours, début mai 2019, quelque chose a changé dans le paysage médiatique et politique.

La biodiversité, sujet de préoccupation des seuls scientifiques, des naturalistes et de quelques directeurs environnement de trop rares entreprises, est devenue une priorité nationale. Merci à l’Ipbes, le Giec de la biodiversité, d’avoir su, par son alerte massive et dûment étayée par les messages que la science, notamment française, portait depuis des années, casser ce plafond de verre que nous, les professionnels de la question, ne parvenions pas même à atteindre, et faire rentrer la biodiversité jusqu’aux salons de l’Élysée.

 

L’Ipbes l’a expliqué, la biodiversité et les écosystèmes vont très mal, les populations de multiples espèces diminuent, et pas seulement dans les pays lointains, mais aussi devant notre porte. Les espèces disparaissent à un rythme croissant sous les effets des multiples pressions que les humains, qui sont eux de plus en plus nombreux et qui consomment de plus en plus, exercent sur la vie terrestre. L’empreinte écologique de l’Europe et de la France dépasse très largement les capacités de nos pays, et nous vivons à crédit au détriment de la biodiversité du reste de la planète.

 

(…)

 

  • Pour lire l’intégralité de la Tribune, rendez-vous sur le site de l’Humanité.

 

Signataires : Jean-François Silvain, Hélène Soubelet, président et directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), et les membres du Conseil scientifique de la FRB : François Sarrazin, Sébastien Barot, Cécile Albert, Isabelle Arpin, Anne Charmantier, Nicolas Gaidet-Drapier, Philippe Grandcolas, Jean-François Guégan, Philippe Gros, Hervé Jactel, Line Le Gall, Harold Levrel, Jean-Louis Morel, Jean-Louis Pham, Éric Thybaud…

[Ipbes 7] Suivez jour après jour le déroulé de la plénière

  • 3-4 mai

 

Après six jours de travail intense, les négociations de l’Ipbes se sont achevées ce samedi en début d’après-midi avec notamment l’adoption du résumé pour décideurs de l’évaluation mondiale de la biodiversité, l’adoption du budget de la plate-forme pour les années 2019 à 2021, l’adoption du second programme de travail 2020-2030, l’adoption des conclusions de l’évaluation externe de la plate-forme.

 

© Jean-François Silvain - La 7e plénière de l'IPBES s'est déroulé à l'UNESCO
© Jean-François Silvain – La 7e plénière de l’IPBES s’est déroulé à l’UNESCO

 

L’Ipbes a conclu sa 7e plénière le 4 mai 2019 avec en point d’orgue l’adoption du premier rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques et de son résumé pour décideurs.

 

Le rapport complet a été analysé, soit : plus de 1 800 pages, fondées sur près de 15 000 références, ayant fait l’objet de plus de 13 700 commentaires. Il a été adopté en bloc et reste la référence scientifique. Le résumé pour décideurs, qui en une quarantaine de pages concentre les messages clés, le contexte, les graphiques, des options de trajectoire et de gouvernance ainsi que les sujets de recherche à renforcer, a fait l’objet de négociations entre gouvernements pendant plus de 70 heures – plus de 2 000 commentaires avaient été formulés avant la session. Relativement consensuelles et constructives, elles ont abouti à des compromis serrés, écartelés entre des approches plus ou moins productivistes ou plus ou moins prescriptives notamment sur les points de sensibilités habituels : l’agriculture, domaine sur lequel la France a pu négocier l’intégration de quelques références à l’agro-écologie ; les instruments de mise en œuvre des politiques économiques ; l’usage des terres, les forêts ou les droits des peuples indigènes.

 

Au-delà de l’accumulation de données chiffrées inquiétantes, le rapport de l’Ipbes souligne que l’érosion de la diversité est généralisée à l’ensemble de la planète et que les actions locales de protection ou de restauration ne suffisent plus. Le changement d’usage des sols, premier facteur, tiré par l’agriculture, interroge sur la durabilité des modèles de production et de consommation de nourriture. La croissance démographique et celle des classes moyennes mondiales exercent une pression matérielle sur notre environnement incompatible avec le maintien des services de régulation qu’il nous rend. En dépit d’une attention formelle plus affirmée portée à la biodiversité dans les enceintes internationales, la mise en œuvre des mesures n’est pas à la hauteur des enjeux. Les trajectoires de rupture avec ces tendances existent, elles sont encore possibles, mais nécessitent des changements systémiques à l’aune de ceux préconisés l’an passé par le rapport spécial du Giec sur les 1,5°C (pour lesquels les politiques agricoles sont, là aussi, au cœur des trajectoires).

 

© Photo by IISD/ENB | Diego Noguera
© Photo by IISD/ENB | Diego Noguera

 

Avec ses messages clés, le rapport de l’IPBES fournit à la fois une base scientifique irréfutable et un cadre conceptuel aux résultats auxquels doit parvenir la COP15 qui se tiendra à Kunming en 2020. Ces conclusions correspondent aux options privilégiées par la France et l’Union européenne dans la perspective de cette négociation.

Le résumé, adopté à 11h50 samedi 4 mai, sera rendu public le 6 mai à 13 heures.

 

Au-delà des mises en garde alarmantes issues de l’évaluation complète, ce résumé présente des éléments de solution vers des trajectoires plus durables, c’est un moment notable pour les sciences de la vie, la coopération scientifique internationale et aussi le multilatéralisme. La prochaine et 8e session plénière se tiendra au Maroc début 2021.

 

Saluons enfin l’élection du nouveau bureau, composé d’un président, quatre vice-présidents et cinq membres élu à l’occasion de cette plénière. La candidature de Julia Marton-Lefèvre (France), ancienne directrice de l’UICN, proposée par la délégation française a bien été retenue parmi les membres du bureau. La colombienne Ana María Hernández, de l’institut Humboldt, a quant à elle été désignée nouvelle présidente de l’Ipbes, succédant à Sir Bob Watson qui aura remarquablement géré sa dernière session plénière.

 

 

  • 2 mai

 

Au terme de la 4e journée de la 7e session plénière de la Plateforme intergouvernementale pour la biodiversité et les services écosystémiques (Ipbes), les travaux se sont accélérés afin de pouvoir finir dans les temps vendredi soir.

 

L’intégralité de la journée s’est déroulée en quatre groupes de contacts, avec trois d’entre-deux en parallèle, une situation qui devient habituelle à l’IPBES depuis sa 5e session tellement les discussions sont riches et parfois animées.

Le groupe de travail sur l’évaluation mondiale avance bien, avec un consensus sur la majorité des messages clés. Le bilan de cette douzaine d’heures de négociation est positif et le travail sur ce qui est appelé « background document », c’est-à-dire les informations complémentaires qui appuient les messages clés, a commencé ce vendredi. L’ensemble des pays montre une bonne volonté de finir les travaux dans le temps imparti et fait preuve de flexibilité en ce sens, tout comme les auteurs principaux dont la présence et les interventions permettent d’éclaircir et de débloquer bon nombre de discussions.

Un groupe de travail dédié à la négociation sur les graphiques du résumé pour décideurs a été créé en parallèle au groupe de travail sur le résumé pour décideurs. De nombreux commentaires ont été soulevés sur chaque élément, même si les débats se sont avérés plutôt constructifs, et les auteurs très à l’écoute.

Les discussions du groupe de contact budget se sont poursuivies dans le calme, avec notamment trois points débattus, les dépenses pour le fonctionnement de la plate-forme et le financement du second programme de travail à l’horizon 2030. La recherche de fenêtres de réduction des dépenses a notamment conduit à aborder à nouveau la question de la temporalité des sessions plénières. Le dernier point débattu a été le mécénat privé et les conditions de sa mobilisation.

Le groupe de travail sur le prochain programme de travail de l’Ipbes présente beaucoup d’enjeux, car de ce consensus dépend par exemple le budget. La validation consiste à approuver le contexte, le contenu et les modalités de mise en œuvre du prochain programme de travail de l’Ipbes.

 

Malgré de longues nuits à négocier, l’approbation des documents de la plate-forme a pris un nouveau rythme, laissant augurer une finalisation vendredi 3 mai pour une adoption formelle le 4.

 

© Jean-François Silvain / Jardin de l'Unesco
© Jean-François Silvain / Jardin de l’Unesco

 

 

  • 30 avril – 1er mai

 

© Photo by IISD/ENB | Diego Noguera
© Photo by IISD/ENB | Diego Noguera

 

La réception au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) a été un véritable succès, accentué sans doute par le beau temps qui a permis aux délégués de se promener dans le jardin des plantes et d’en découvrir les beautés. Plus de trois cents délégués ont assisté à cette réception et aux discours de Bruno David, président du MNHN, s’exprimant au nom de la communauté scientifique, d’Anne Larigauderie, secrétaire générale de l’Ipbes, d’Emmanuelle Wargon et de Brune Poirson qui ont toutes deux rappelé l’engagement de la France en faveur de la biodiversité et l’urgence à agir.

 

 

Réception de bienvenue des délégations IPBES au Muséum national d'histoire Naturelle
Réception de bienvenue des délégations IPBES au Muséum national d’histoire Naturelle
Photo à gauche : Bruno David et Anne- Larigauderie, © Photo by IISD/ENB | Diego Noguera ; Photo au centre : Emmanuelle Wargon en présence de Brune Poirson, © Jean-François Silvain ; Photo à droite : Brune Poirson, © Jean-François Silvai

 

Le lendemain, le président de l’Ipbes Robert Watson a salué la belle réception au MNHN de lundi soir, la qualifiant de spectaculaire ! Nous pouvons donc nous féliciter que la France ait réussi son pari d’accueillir les délégations dans les meilleures conditions possibles.

 

Le travail a sérieusement commencé mardi matin avec, en premier lieu, l’étude du résumé pour décideurs sur l’évaluation mondiale de la biodiversité.

Comme pour les autres produits de la plate-forme, cette évaluation est composée d’un document de près de 1 800 pages qui sera « accepté » en l’état par la plénière et d’un résumé qui présentera les messages principaux à destination des décideurs. Ce dernier document doit être approuvé ligne à ligne par l’ensemble des délégations. Le travail est long, mais riche, car il permettra de poser les bases communes des messages principaux, extraits du rapport scientifique complet, dont l’ambition est de générer une prise de conscience à tous les niveaux de la société civile et d’engager nos sociétés vers une transition écologique vraie.

Les précédentes évaluations de la plate-forme ont permis des avancées importantes :

  • le rapport sur les pollinisateurs a permis une nette modification dans les discours qui intègrent beaucoup plus les enjeux et menaces pesant sur les pollinisateurs, et notamment les abeilles ;
  • ce même rapport a permis le lancement de programmes de recherche ;
  • le rapport sur la dégradation et la restauration des terres a généré également des accords pour encourager l’utilisation pérenne des sols ;
  • au sein de la convention sur la diversité biologique, les évaluations régionales ont fait l’objet de sessions parallèles avec les délégations pour les sensibiliser et les engager à prendre des mesures permettant de laisser une planète saine aux générations futures.

Ainsi, cette évaluation pose une pierre majeure à un agenda sur la biodiversité chargé. Les données scientifiques solides qui ont été compilées dans le rapport serviront de socle incontestable vers les négociations des conventions internationales telles que le climat, la diversité biologique et notamment les négociations en cours pour un nouveau cadre stratégique mondiale, post-2020, pour la biodiversité.

 

Les discussions sur l’examen de la plate-forme se sont bien passées, le travail présenté a été salué et le secrétariat a été chargé d’en mettre en œuvre les recommandations dans le cadre du second programme de travail.

 

Enfin, le groupe de contact pour valider un budget pour la plate-forme s’est réuni sur le temps du repas pour prendre connaissance du rapport du secrétariat sur le budget 2018 et les budgets prévisionnels 2019 à 2030. Ce groupe, qui se réunit traditionnellement sur le temps du repas de midi, une heure peu propice s’il en faut, a connu ce mardi une affluence record par rapport aux années précédentes avec une participation de 30 états membres. Peut-être en raison des enjeux qui portent notamment sur les modalités de financement du deuxième programme de travail qui sera discuté à partir du 1er mai.

 

 

  • La nuit a été longue

 

Les discussions sur le résumé pour décideurs de l’évaluation mondiale ont duré jusqu’après minuit mardi soir. Les délégations sont très motivées et prolixes pour améliorer cette évaluation majeure pour notre avenir commun.

 

Le travail s’est poursuivi activement le 1er mai. La construction du consensus est un processus long et parfois sportif. Car l’essence même de l’Ipbes est justement d’aboutir à ce consensus message par message, ligne par ligne, mais souvent aussi mot à mot. À 132, c’est une gageure que le président Robert Watson essaye de transformer en course de vitesse, car il faut que l’ensemble des 36 pages du texte ait été revu avant vendredi soir, 18h. Un des outils du président pour débloquer des positions parfois antagonistes est la constitution d’un groupe « d’amis de la présidence ».

 

Un des groupes "d’amis de la présidence", © Hélène Soubelet
Un des groupes “d’amis de la présidence”, © Hélène Soubelet

 

Au moins 5 groupes ont ainsi été créés mercredi pour avancer sur plusieurs messages clés du résumé pour décideurs afin de lever les incompréhensions. Ces discussions informelles sont assez efficaces et le texte qui résulte de l’agrégation explicite de plusieurs positions est souvent meilleur que le texte initial, et surtout, il est accepté à la plénière suivante.

 

Ce mercredi a aussi permis d’adopter la décision de mettre en œuvre les recommandations de la revue externe de la plate-forme en vue d’améliorer les fonctions administratives et scientifiques et donc l’efficacité de l’Ipbes.

 

Enfin, le premier groupe sur le second programme de travail a eu lieu, avec pour ambition de trouver un consensus sur sa temporalité, son contenu et son efficacité à mettre en œuvre les 4 objectifs de l’Ipbes, à savoir :

  • mener des évaluations sur la biodiversité,
  • appuyer l’élaboration et l’exécution des politiques en identifiant des outils et des méthodes appropriés,
  • accompagner les besoins de renforcement de capacités pour améliorer l’interface science-politique, notamment dans les pays du Sud,
  • et faciliter une approche coordonnée de la production de nouvelles connaissances.

 

 

  • 29 avril : De Panama à Paris : une plénière historique ?

 

Nous sommes au milieu du gué d’un processus historique qui a commencé en 2005 avec une conférence internationale Biodiversité, science et gouvernance, au même endroit, à l’Unesco, au cours de laquelle le président français a appelé à la création d’un groupe d’experts sur la biodiversité et les services écosystémiques. C’est à Panama, il y a 9 ans, que les gouvernements ont pris la décision de créer une plate-forme pour la biodiversité qui est devenue Ipbes en 2012.

 

Nous sommes aujourd’hui à la septième plénière de cette plate-forme intergouvernementale.

Cette plénière est un important pas pour l’Ipbes, après que le premier programme a été mis en œuvre avec succès. C’est en effet la première évaluation globale intergouvernementale de l’état de la biodiversité, des pressions qui s’exercent sur elle, des actions pour enrayer son déclin et des futurs probables de la biodiversité.

L’agenda international est aligné pour une prise en compte de la biodiversité, avec concomitamment la réunion du G7 environnement à Metz, le sommet du G7 cet été à Biarritz, le congrès de l’IUCN à Marseille en 2020, la COP 15 de la convention pour la diversité biologique.

 

800 participants sont présents à l’Unesco pour cette semaine de travail chargée.

Après avoir chaleureusement remercié la France, les interventions des délégations ont rappelé en introduction la rapide et historique extinction de la biodiversité, la dégradation de nos écosystèmes et la disparition des paysages culturels dans le monde. Ce n’est plus seulement un problème environnemental, mais c’est également un problème économique, sanitaire, social, de nutrition et de sécurité. La préservation de la biodiversité est à la base de notre capacité à réduire la pauvreté à continuer d’améliorer la qualité de l’eau, de l’air, de la santé humaine et même à conserver ou créer des emplois. Les conditions de vie pacifique en commun sont menacées, préserver la biodiversité, c’est préserver notre vie. Il est urgent d’agir.

 

La dynamique est incontestablement présente au sein de l’Ipbes, avec deux pays, la Jordanie et le Venezuela ayant rejoint la plate-forme en 2019, portant le nombre de membres de l’Ipbes à 132. Il faut à présent d’urgence « sortir des murs » et engager une démarche historique pour ne pas spolier les générations futures avec une intensité sans précédent.

Le temps du diagnostic est passé, des pistes d’action sont disponibles dans les évaluations et doivent être mises en œuvre en bousculant notre vision sur la manière d’habiter la terre et en participant à diffuser cette vision dans la société civile.

La première session plénière a été ouverte par le ballet « Steps for a change » réalisé par 10 enfants de 7 à 14 ans de l’école de danse « Art en scène de Montpellier ». Le projet a été coordonné par le Dr Yunne Shin, (IRD) auteur principale de l’évaluation mondiale et la chorégraphe, Emily Lartillot. Un documentaire a été réalisé et sera disponible dans quelques semaines.

La danse d’une dizaine de minutes, accompagnée d’une vidéo projection et de jeux de lumière, a été unanimement applaudie par les 800 personnes présentes. Elle porte un message fort sur la perte de biodiversité et nous rappelle que les futures générations nous regardent. Cette prestation rappelle aussi que notre patrimoine matériel et immatériel dépend de la biodiversité même si nous ne savons pas le mesurer.

 

© Jean-François Silvain
© Jean-François Silvain

 

Le challenge collectif est à présent de faire de la biodiversité une grande cause universelle comme le climat. Et de passer à l’action. Car, ce qui est gagné pour l’instant, c’est la communication. La croissance de la page Ipbes sur Facebook a été de 649 %, un chiffre à faire pâlir de jalousie les grands financiers et, depuis la dernière plénière, le secrétariat est en contact avec 7 200 journalistes dans le monde entier.

 

Le président Robert Watson a rappelé l’appel du président Macron « We need to make the planet great again » et a enjoint l’ensemble des participants à apporter leurs voix et efforts à la campagne « New deal for Nature and people in 2020 ».

En fin de journée, avant la réception au MNHN, François de Rugy est intervenu devant les délégués du monde entier pour rappeler que les questions liées à l’agenda climatique avait pris une importance considérable et que les priorités de protection de l’environnement pouvaient être traduites en actions à toutes les échelles. La biodiversité est une autre crise, toute aussi grave mais silencieuse avec l’extinction des espèces et la perte des services qui leur sont liés. Il a confirmé que ces évaluations de l’Ipbes constituaient une vue complète et transversale de la biodiversité et que le rendez-vous crucial de 2020 devait être basé sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles.

La France souhaite créer une prise de conscience et une dynamique autour de la biodiversité et appelle à un passage à l’action de la communauté internationale pour protéger les habitats et les espèces sensibles. Dans ce cadre, la France vient d’ailleurs d’adopter une stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée. Mais la tâche est complexe y compris sur notre propre territoire, car les transformations à accomplir sont importantes. Les enjeux de connaissance sont à ce sujet un véritable enjeu.

Enfin, le ministre a encouragé l’Ipbes à aller au-delà de la sensibilisation dans son second programme de travail et à produire des indicateurs adaptés pour engager la transition nécessaire.

 

Une des premières actions majeures est que la France, grâce à son action a permis que le rapport de l’Ipbes soit présenté au G7 environnement la semaine prochaine par la secrétaire générale de l’Ipbes et de son président Robert Watson.

[Ipbes 7] Le dangereux déclin de la nature : un taux d’extinction des espèces “sans précédent” et qui s’accélère

« La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine – et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier », alerte le nouveau et historique rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (Ipbes), dont le résumé a été approuvé lors de la 7e session plénière de l’Ipbes, qui s’est réunie la semaine dernière (du 29 avril au 4 mai) à Paris.

 

[Efese] Comment se portent les écosystèmes français ?

À l’occasion de la publication des rapports de l’Évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques (Efese), consacrés aux six grands types d’écosystèmes présents à l’échelle nationale, la FRB a synthétisé les principaux biens et services associés à chacun d’eux.

 

À l’échelle de la France, le programme Efese, porté par le ministère en charge de l’environnement, constitue une démarche analogue à celle de l’Ipbes, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques.

Les milieux marins et littoraux français et leurs services : une évaluation dans le cadre du programme EFESE

La France bénéficie d’un très riche ensemble d’écosystèmes marins et côtiers répartis sur l’ensemble du globe. Ceux-ci recèlent une biodiversité exceptionnelle dont on estime que 80% se situe dans les territoires ultra-marins. Avec un total de 55 000 km2, la France détient la quatrième plus grande surface de récifs coralliens au monde.

Les écosystèmes agricoles : une évaluation dans le cadre du programme EFESE

Depuis son émergence au Néolithique, l’agriculture modèle les écosystèmes afin de les rendre plus productifs et de couvrir les besoins croissants de la population humaine en produits végétaux et animaux. Les écosystèmes agricoles se caractérisent donc par un fort degré d’anthropisation qui résulte des actions de reconfiguration des milieux et de gestion des sols et de la biomasse par les agriculteurs. La tendance constatée depuis les années 1950 en France est à l’agrandissement de la taille moyenne des exploitations, à la réduction du nombre d’espèces cultivées et à la simplification des structures paysagères. Tous ces facteurs entrainent une baisse de la diversité biologique et de l’abondance des espèces associées aux écosystèmes agricoles.

La Nuit de la Biodiversité

Débattre et trouver ensemble des solutions
en faveur de la Biodiversité

 

Animé par Max Bird

 

Les théories de l’effondrement sont-elles réalistes ? Quelles sont les actions à mettre en place pour stopper le déclin de la biodiversité ? Les recommandations des scientifiques sont-elles applicables ?

 

Autant de questions majeures auxquelles des scientifiques de renommée internationale, des journalistes et de futurs avocats seront amenés à répondre et à débattre.

Riche de ces échanges, le public sera invité à imaginer des solutions innovantes en faveur de la biodiversité au cours d’ateliers participatifs conçus pour la Nuit de la Biodiversité.

 

Le youtubeur, humoriste et amoureux de la nature, Max Bird sera présent tout au long de la Nuit pour l’animer et faciliter les échanges entre le public et les intervenants.

 

Retrouvez le programme de la soirée dans les ressources ci-dessous. 

 

3es Rencontres espaces naturels protégés et recherche

Les 3es rencontres nationales « chercheurs – gestionnaires d’espaces naturels protégés (ENP) » visaient à rassembler les communautés de gestionnaires d’espaces naturels protégés et de chercheurs pour faciliter l’émergence et la conduite de projets de recherche “changement climatique” sur les espaces naturels protégés. Elles se sont inscrites dans la continuité des deux rencontres précédentes, notamment dans la prise en compte des recommandations qui en sont issues (à consulter ci-dessous).

 

Les rencontres, qui se sont tenues à Annecy les 17 et 18 avril 2019 sur une journée et demie, se sont structurées sous forme d’alternance de sessions plénières et d’ateliers permettant de discuter de manière approfondie sur les facteurs favorisant une collaboration réussie entre les communautés de chercheurs et de gestionnaires.

 

Télécharger les actes de ces Rencontres dans les ressources ci-dessous. 

 

La biodiversité : une alliée dans la prévention de certaines maladies infectieuses ?

Ces questions ont été abordées à l’occasion du colloque « La biodiversité : une alliée dans la prévention de certaines maladies infectieuses ? » co-organisé par l’Agence française pour la biodiversité (AFB), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), les ministères en charge de l’environnement, de la recherche et de la santé et la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB). Des interventions et des tables rondes rassembleront scientifiques, politiques de santé, et gestionnaires d’espaces naturels et de faune sauvage.

 

Ce colloque s’est appuié sur les résultats de la revue systématique « Écosystèmes et maladies infectieuses », menée dans le cadre du 3e Plan national santé environnement, ainsi que sur des cas concrets. Le programme est disponible ci-dessous ainsi que les présentations des différents intervenants dans les ressources téléchargeables. 

 

[IPBES 7] Biodiversité et pollution

À l’occasion de la sortie du nouveau rapport de l’IPBES sur l’état de la biodiversité mondiale prévu pour mai 2019, la FRB donne chaque mois la parole à des scientifiques qui travaillent sur les menaces qui pèsent sur la biodiversité, mais aussi sur les solutions pour y remédier.

Juristes, économistes, biologistes de la conservation sont autant de chercheurs qui offriront chacun un éclairage précis sur l’état et le devenir des espèces et de leurs écosystèmes.

 

Le quatrième thème abordé est celui de la pollution, considéré comme la 5e cause de perte de biodiversité dans le monde.

Évaluer l’état de santé des milieux aquatiques en Outre-mer : des outils basés sur la biodiversité

Une biodiversité exceptionnelle peuple les cours d’eau et les eaux marines des outre-mer français. Près de 500 espèces de poissons évoluent dans les fleuves et criques de la forêt amazonienne de Guyane ; plus de 150 variétés de coraux composent les récifs de Mayotte et de La Réunion ; un millier de taxons de diatomées, algues microscopiques unicellulaires, habite le fond des cours d’eau des Antilles, de Mayotte et de La Réunion. Cette nature exubérante subit pourtant les pressions des activités humaines et peut en être fortement impactée. Les rivières des territoires insulaires de la Guadeloupe, de la Martinique, de Mayotte et de La Réunion pâtissent notamment d’importants prélèvements d’eau qui réduisent drastiquement sa disponibilité pour la vie et la migration des espèces. Les activités d’orpaillage en Guyane induisent destruction du milieu naturel, asphyxient des rivières par les boues et pollution au mercure. À Mayotte, les détergents et lessives utilisées par les lavandières génèrent une pression chimique importante sur les invertébrés benthiques, organismes qui peuplent le fond des cours d’eau.

 

Pour rendre compte des altérations subies par les écosystèmes aquatiques et les communautés animales et végétales qui les composent, et ainsi pouvoir alerter et agir pour leur protection, la Directive cadre sur l’eau (DCE) a amené à développer des outils pour la surveillance des milieux aquatiques. Cette directive européenne, adoptée en 2000, vise à maintenir ou restaurer leur bon état écologique. En faisant des communautés biologiques les sentinelles de la qualité des eaux, elle a érigé la biodiversité en « juge de paix » de la surveillance et de la reconquête de l’état des rivières, des lacs et des eaux littorales.

La pollution des écosystèmes et l’antibiorésistance, deux questions étroitement liées

Chaque année en France, plus de 150 000 personnes sont infectées par des bactéries multirésistantes, c’està-dire résistantes à plusieurs antibiotiques, comme par exemple certains staphylocoques dorés en milieu hospitalier (Carlet & Le Coz, 2015). Ce phénomène, qualifié d’antibiorésistance, provient principalement de notre utilisation fréquente d’antibiotiques pour soigner les humains et les animaux d’élevage, mais pas uniquement. Le rôle de notre environnement dans ces échanges bactériens fait l’objet de nouvelles recherches. Les résidus d’antibiotiques dans les eaux usées, le contact de la faune sauvage avec les bactéries multirésistantes et même la pollution causée par d’autres biocides, tels que les désinfectants, sont des facteurs de propagation de la résistance aux antibiotiques. Marion Vittecoq, chargée de recherche en écologie de la santé à l’Institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes (Tour du Valat), revient sur ces problématiques encore à l’étude.

Nourrir la planète sans l’uniformiser : les dangers de la pollution à l’azote

L’azote, bien que majoritaire dans notre atmosphère (78 % de l’air), est un élément limitant de la croissance pour les règnes animal et végétal dans de nombreux écosystèmes (Vitousek & Howarth, 1991). Il y a sur Terre beaucoup d’azote inerte (N2), mais peu de composés azotés réactifs comme le nitrate (NO3), l’ammonium (NH4) et l’ammoniac (NH3) qui sont les principales formes assimilables par les plantes, à l’exception de quelques familles botaniques comme les légumineuses fixant l’azote atmosphérique grâce aux symbioses avec des bactéries. Ceci amène un paradoxe évident qui resta longtemps indépassable : l’azote est partout sur la planète mais naturellement accessible seulement par quelques organismes qui conditionnent l’ensemble de l’accès à cette ressource pour toute la chaîne du vivant. Le cycle de l’azote, naturel comme anthropique, fut donc au départ basé sur une économie du recyclage de l’azote contenu dans les matières organiques en décomposition.

 

Les assolements1 dès le Moyen-Âge, les pratiques agricoles cherchant à bénéficier au mieux des fumures animales, la collecte des « boues, racluns et immondices urbaines » dans les villes du monde témoignent de ce souci historique et général de réinjecter cet engrais « naturel » dans les sols (Barles, 2005). Jusqu’au début du 20e siècle, « le fumier était or » selon les mots de Victor Hugo dans Les Misérables, invitant les villes à fumer la plaine au lieu de le jeter aux égouts « en empestant les eaux et en appauvrissant les sols ». Et puis, il y a un siècle, deux chimistes allemands inventent les engrais minéraux et le procédé Haber-Bosch qui permet la synthèse de l’ammoniac à partir de l’azote de l’air et l’hydrogène. C’est peu dire que cette histoire fût un succès. Associés à de nouvelles techniques culturales et de nouvelles variétés de pesticides, les engrais chimiques produits à échelle industrielle ont permis la révolution verte et l’intensification agricole mondiale, accroissant les rendements et permettant à de nombreuses régions de s’approcher de l’autosuffisance alimentaire. Cependant, les coûts environnementaux et sociaux de l’agriculture industrielle ont longtemps été ignorés. Ils se sont cumulés à d’autres coûts liés à d’autres transformations concomitantes : l’accroissement des combustions d’hydrocarbures d’origines domestique et industrielle a multiplié les apports d’une autre source d’azote réactif, les oxydes d’azote, dont certaines formes comme le protoxyde d’azote (N2O) entrent dans la catégorie des gaz à effet de serre. La durabilité de ce système est aujourd’hui mise en question à mesure que la dégradation de la qualité des eaux de surface et souterraines ou encore que l’impact sur les sols et la biodiversité se font sentir (Gowdy & Baveye, 2019).

 

« Fermons le robinet avant de chercher à éponger l’inondation de plastiques »

Nos sociétés auraient développé une forme d’addiction au plastique, symbole de modernité d’hier devenu fléau environnemental. La mise au point du celluloïd par les frères Hyatt remonte à 1869 mais l’utilisation massive des plastiques débute seulement après la seconde guerre mondiale et se révèle déjà problématique : entre 1950 et 2015, 8,3 milliards de tonnes de plastiques ont été produits. Plus de 79 % sont déjà devenus déchets (Geyer et al., 2017) et s’accumulent dans les décharges ou en pleine nature. Ils contaminent ainsi les eaux et les sols de nombreux écosystèmes, affectant directement ou indirectement la santé humaine et animale. Aujourd’hui, sur l’ensemble du globe, on compte en moyenne 15 tonnes de déchets plastiques accumulés par kilomètre carré, sur terre comme sur mer. Nathalie Gontard, directrice de recherche dans l’unité « ingénierie des agro-polymères et technologies émergentes » à l’Inra, nous présente les enjeux et les implications de cette pollution globale qui nécessite un changement important des pratiques et une baisse de la consommation.

 

[Synthèse] Schémas spatiaux et temporels de blanchissement de masse des coraux pendant l’Anthropocène

Un des résultats majeurs de l’étude « Schémas spatiaux et temporels de blanchissement de masse des coraux pendant l’Anthropocène », publiée dans Science, est la mise en évidence de l’augmentation spectaculaire de la fréquence et de l’intensité des phénomènes de blanchissement corallien qui atteignent des niveaux très élevés et quasiment irréversibles.

 

“L’état futur des récifs et des services écosystémiques qu’ils fournissent aux populations dépendra de manière directe de l’évolution de nos émissions de gaz à effet de serre et de notre capacité à renforcer la résilience des coraux au blanchissement par la gestion des facteurs de stress locaux”.

Schémas spatiaux et temporels de blanchissement de masse des coraux pendant l’Anthropocène

L’une des conséquences liées à l’augmentation des températures est le blanchissement corallien.

Le blanchissement se produit lorsque la densité des symbiotes algales, les zooxanthelles (Symbiodinium spp.), dans les tissus d’un hôte corallien diminue drastiquement à la suite d’un stress environnemental, révélant le squelette blanc du corail sous-jacent. La survie des coraux blanchis est alors compromise physiologiquement et nutritionnellement. Un blanchissement prolongé sur plusieurs mois conduit à des niveaux élevés de mortalité corallienne. La modélisation du climat mondial et les observations satellitaires indiquent également que les conditions thermiques requises pour le blanchissement des coraux prévalent de plus en plus, laissant présager que les zones de refuge, indemnes de blanchissement, pourraient disparaître au milieu du siècle.

 

Ces épisodes de blanchissement corallien, de plus en plus récurrents, et la mortalité des coraux qui en découle sont des phénomènes récents causés par l’impact anthropique. Ce qui, jusque dans les années 1980, n’était qu’un phénomène observable à l’échelle locale (quelques dizaines de kilomètres), causé par des facteurs de stress locaux (inondations d’eau douce, sédimentation ou encore temps inhabituellement froid ou chaud) est devenu un phénomène observable à l’échelle régionale (> 1000 km) et globale lié aux pressions anthropiques. C’est ce que révèle les bandes de croissance des coraux âgés des Caraïbes : les distorsions synchrones des dépôts squelettiques (bandes de stress) le long d’un tronçon de 400 km du récif mésoaméricain n’ont été trouvées que dernièrement suite aux conditions extrêmement chaudes.

 

Un des résultats majeurs de l’étude « Schémas spatiaux et temporels de blanchissement de masse des coraux pendant l’Anthropocène », publiée dans Science, est la mise en évidence de l’augmentation spectaculaire de la fréquence et de l’intensité des phénomènes de blanchissement corallien qui atteignent des niveaux très élevés et quasiment irréversibles.

 

Acidification des océans : conséquences sur les écosystèmes et les activités humaines

Telles sont les questions qui seront abordées lors des tables rondes et qui rassembleront scientifiques, acteurs professionnels et associations.

Ce colloque s’appuiera sur les expériences de terrain et sur les résultats des projets scientifiques financés par le ministère chargé de l’environnement dans le cadre du programme “Acidification des océans”.

Contribution de la FRB au Grand débat national

À l’initiative du Président de la République, le gouvernement a engagé un Grand débat national pour permettre à toutes et tous de débattre de questions essentielles pour les français. La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), avec l’appui de son conseil scientifique, a répondu à cet appel en contribuant au thème de la transition écologique. La FRB propose 7 axes d’actions publiques prioritaires pour diminuer notre empreinte écologique aux interfaces entre :

  • Alimentation,
  • Climat,
  • Transition énergétique,
  • Modes de consommation,
  • Logement et urbanisation,
  • Transport,
  • Libre évolution de biodiversité et bénéfices pour la santé humaine.

 

Consultez la contribution ci-dessous 

[Grand débat national] La contribution de la FRB sur le thème de la transition écologique

Pourquoi axer la transition écologique sur une diminution de l’empreinte écologique ?

Actuellement, la France consomme trois fois sa propre capacité de production. Pour l’année 2018, l’ensemble des ressources que notre pays a pu produire a été consommé le 5 mai 2018. Après cette date, la France a donc dépassé sa “biocapacité”, et est passé en situation de déficit écologique.

 

Cet état de fait éminemment non durable peut encore être inversé

Pour cela, il est nécessaire de soutenir la recherche pour mieux évaluer l’état de la biodiversité, comprendre le fonctionnement et le rôle des écosystèmes, et assurer le transfert des connaissances pour étayer les décisions publiques et privées et sensibiliser les différents publics aux sciences du vivant, notamment les plus jeunes.

La FRB propose de rassembler les citoyens autour d’un objectif de diminution de notre empreinte écologique et d’offrir une vision fédératrice de l’avenir, source d’économies et d’innovations. Cette ambition peut aussi être portée à l’échelle européenne puis mondiale à l’occasion notamment de la 7e plénière de l’Ipbes en 2019 et de la COP Diversité biologique qui se tiendra en Chine en 2020. C’est une opportunité pour la France d’apparaître ainsi comme pionnière, exemplaire et porteuse d’une ambition forte en matière de préservation et d’usage durable de la biodiversité.

 

7 axes d’actions publiques prioritaires pour diminuer notre empreinte écologique

La diminution de l’empreinte écologique doit être conçue pour trouver les synergies positives entre la poursuite des trajectoires évolutives des non humains et celle du développement du bien être humain. Ceci embrasse une grande diversité d’enjeux sociaux, sanitaires, culturels, politiques, économiques, au sein de nos sociétés. Parmi eux, la FRB a identifié, sur la base de nombreux travaux de recherches publiés ou en cours, sept axes d’actions publiques prioritaires aux interfaces entre :

  • Alimentation,
  • Climat,
  • Transition énergétique,
  • Modes de consommation,
  • Logement et urbanisation,
  • Transport,
  • Libre évolution de biodiversité et bénéfices pour la santé humaine.

[Vidéos] DCSMM – Bilan de santé des eaux marines métropolitaines – Ouverture de la consultation publique

Les documents stratégiques de façade font l’objet d’une consultation du public, qui s’ouvre aujourd’hui et jusqu’au 4 juin prochain sur : https://www.merlittoral2030.gouv.fr/

Cette consultation donne l’opportunité à toutes les parties prenantes de s’exprimer sur le contenu de ces documents, leur niveau d’ambition. Le niveau de participation est également révélateur de l’intérêt que la société porte aux enjeux marins. Les documents stratégiques de façade devraient ensuite être adoptés en septembre 2019.

[Grand débat national] “Et si on parlait biodiversité ?” – Rendez-vous le 11 mars !

Dans le cadre du “Grand débat national”, venez échanger autour de la biodiversité à l’occasion d’un débat organisé par 14 structures travaillant sur la question environnementale.

 

  • Rendez-vous lundi 11 mars
  • De 19h à 21h
  • À la Mairie du 15e arrondissement de Paris (31, rue Péclet – 75015 PARIS)

 

Ce débat sera animé par Patricia Martin de France Inter et Jean-Jacques Fresko de l’Agence nature.

Entrée libre

[Ipbes 7] Biodiversité et exploitation directe des ressources

À l’occasion de la sortie du nouveau rapport de l’IPBES sur l’état de la biodiversité mondiale prévu pour mai 2019, la FRB donne chaque mois la parole à des scientifiques qui travaillent sur les menaces qui pèsent sur la biodiversité, mais aussi sur les solutions pour y remédier.

Écologues, juristes, économistes, biologistes de la conservation sont autant de chercheurs qui offriront chacun un éclairage précis sur l’état et le devenir des espèces et de leurs écosystèmes.

 

Le troisième thème abordé est celui de l’exploitation directe des ressources, considéré comme la 2e cause de perte de biodiversité dans le monde.

Le cachemire à petits prix : un commerce qui coûte cher aux écosystèmes mongols

Selon une étude fondée sur des données satellitaires, un très fort recul de la végétation dans les steppes mongoles est en cours. Il serait largement dû à l’augmentation du bétail dans le pays. Si les variations des précipitations jouent un rôle important, le surpâturage paraît en être la cause principale. Cette baisse de biomasse végétale est loin d’être homogène sur l’ensemble du territoire, et pose encore question. Cependant, dans les zones limitrophes du désert de Gobi, on attribue plus de 80 % de la perte de végétation au cheptel. Et sur l’ensemble du pays, c’est une perte de 12 % de territoire végétalisé qui a été comptabilisée entre 2002 et 2012 (Hilker et al., 2014). Cette dégradation de la steppe se traduit par une désertification qui prend notamment sa source dans le développement d’un commerce lucratif : celui du cachemire.

Si, depuis la sortie de la Mongolie du bloc soviétique en 1990, les produits de l’élevage comme la viande et la laine ont connu un effondrement de leurs prix, le cachemire, lui, se porte bien et l’élevage des “chèvres cachemires” s’est accru.

Quel avenir pour les plantes et leur utilisation pour notre santé ?

Si la Chine et l’Inde exploitent toujours les ressources naturelles pour se soigner, l’industrie pharmaceutique repose elle principalement sur des produits synthétisés. Cette tendance est-elle un atout ou un risque supplémentaire pour la préservation de la biodiversité ? Bruno David, directeur du département Recherche substances naturelles aux laboratoires Pierre Fabre, nous éclaire sur les usages et le devenir de ces ressources.

Au Brésil : grandes incertitudes sur la protection de la forêt amazonienne

Le Brésil reste marqué culturellement par son passé colonial de conquête du territoire. L’expansion du front pionnier vers le nord et l’ouest s’est faite au détriment de la forêt. L’appropriation est, elle, passée par la conversion des écosystèmes forestiers en terres agricoles ou en pâturages. La forêt n’est pas tant défrichée pour ses ressources – la productivité y est faible – mais plutôt comme réservoir de terres libres. Avec les préoccupations environnementales grandissantes, la forêt représente un gisement mondial de biodiversité et de carbone, et le Brésil doit à présent répondre de la déforestation de l’Amazonie aux yeux de l’opinion internationale.

 

Aussi, lors de chaque conférence internationale, sur la diversité biologique comme sur le changement climatique, le Brésil ne perd pas une occasion de revenir sur sa grande réussite : l’important recul de la déforestation de sa forêt amazonienne entre 2004 et 2014, passée de 27 772 km2 à 5 012 km2 par an, soit une réduction de 82 % de la surface annuelle défrichée (cf. graphique ci-dessous). Dans le même temps, la contribution des émissions de CO2 liées à la déforestation est ainsi passée de 71 % du total des émissions du Brésil à 33 %. Si l’on peut relativiser ces chiffres en pointant le choix opportun des dates de référence, le report de la déforestation sur le Cerrado1 et sa reprise récente en Amazonie, il importe de comprendre les clés de cette réussite, particulièrement dans le contexte actuel où la protection des forêts est remise en cause et fait à nouveau peser la menace d’un point de non-retour pour les écosystèmes.

GRAPHIQUE – Déforestation annuelle dans l’Amazonie légale brésilienne (AMZ)
http://www.obt.inpe.br/prodes/dashboard/prodes-rates.html

 

Jusqu’à la veille du Sommet de la Terre tenu à Rio en 1992, la déforestation de l’Amazonie est la conséquence des politiques d’intégration régionale : développement des infrastructures et fronts pionniers agricoles sont impulsés par le gouvernement fédéral et forment un “arc de déforestation” qui s’avance dans le massif amazonien à partir du sud et de l’est. Cependant, le Brésil peut déjà témoigner de son souci de protéger sa forêt tropicale à l’ouverture du Sommet, à travers plusieurs initiatives. L’une d’entre elles, le Programme de contrôle par satellite de la déforestation en Amazonie légale2 (Prodes) de l’Institut brésilien de recherches spatiales (INPE) a été créé en 1988. Ce programme a permis de connaître l’état des forêts et de suivre son évolution sur le temps long, apportant une vraie crédibilité à la démarche. Et dès 1991, les scientifiques brésiliens alertent sur le processus de déforestation et prédisent une savanisation de l’Amazonie, alors déboisée à 8 %. En 1989, l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles (IBAMA), chargé de la protection de l’environnement, est créé avec des pouvoirs législatifs et de police. Un ministère de l’Environnement sera mis en place à l’occasion du Sommet de la Terre en 1992.

 

Quelques années plus tard, le programme pilote pour la préservation des forêts tropicales, le PPG7, est engagé à l’initiative des pays du G7 et de l’Union européenne, lorsque l’image de “l’Amazonie en flammes” émeut l’opinion internationale, à la suite de la publication du chiffre record de 29 059 km2 de forêts disparues en 1995. En 1996, le président Cardoso édite une mesure provisoire qui modifie le code forestier, portant de 50 % à 80 % la surface des propriétés privées en forêt amazonienne devant rester en réserve de végétation originelle. Il interdit aussi provisoirement la conversion des forêts en terres agricoles. En 2000, le Système national des unités de conservation de la nature (SDUC) est promulgué. Malgré ces différentes initiatives, la déforestation se poursuit sous l’effet des dynamiques régionales et du manque de coordination politique.

[Synthèse] Les plantes favorisent-elle leurs parents ?

Si les scientifiques ont démontré que certaines plantes communiquent entre elles pour prévenir leurs congénères de dangers, certains vont plus loin et estiment que des plantes établissent des rapports privilégiés avec leurs parents. Ainsi l’arabette des dames (Arabidopsis thaliana) modifierait l’arrangement de ses feuilles pour réduire son ombrage et favoriser ses parents qui poussent à ses côtés. Les tournesols apparentés, plantés les uns à côté des autres, s’organiseraient pour se faire de l’espace. Une plante de la famille des brassicacées (Moricandia moricandioides) cultivée avec ses parents produirait plus de fleurs et serait ainsi plus attrayantes pour les pollinisateurs.

 

Jugées peu sérieuses il y a une dizaine d’années, ces théories gagnent du terrain. La scientifique Elizabeth Pennisi a ainsi réalisé une synthèse de connaissance parue en janvier dernier dans la revue Science intitulée : les plantes favorisent-elles leur parents ?

Les plantes favorisent-elles leurs parents ?

Les comportements de préférence ou de protection entre parents ont été largement documentés chez les animaux et même expliqués en termes d’avantage évolutif. Ainsi les individus apparentés trouveraient avantage à collaborer pour transmettre leurs gènes.

Il y a plus de dix ans, une biologiste canadienne avait émis l’idée qu’il pouvait en être de même pour les plantes. Cependant, comme ces dernières ne possèdent pas le système nerveux qui permet aux animaux de reconnaître leur parentèle, sa théorie n’a pas été considérée comme sérieuse. Depuis, la science a démontré que les plantes pouvaient distinguer les racines relevant du “soi” et les racines relevant du “non-soi”, ouvrant une brèche vers un élargissement des perspectives en matière de comportement des plantes.

Les travaux scientifiques récents présentés par Elisabeth Pennisi dans une synthèse pour le journal Science en janvier 2019 vont encore plus loin.

 

Les conséquences pratiques que sous-tendent les premières études sur la reconnaissance familiale chez les plantes et ses conséquences ont suscité l’intérêt de la communauté scientifique. Les mécanismes en jeu pour favoriser les individus apparentés sont divers : certaines espèces limitent l’étendue de la propagation de leurs racines, d’autres modifient le nombre de fleurs qu’elles produisent et quelques-unes inclinent ou déplacent leurs feuilles pour minimiser l’ombrage des plantes voisines. Néanmoins, les questions persistent : une plante identifie-t-elle un parent génétique ou reconnaît-elle simplement que sa voisine est plus ou moins semblable à elle-même ?

 

“Il semble que chaque fois qu’un scientifique cherche un effet de préférence parentale chez les plantes, il le trouve”, a déclaré André Kessler, un spécialiste en écologie chimique à l’université de Cornell.

 

Un des premiers exemples intéressants est celui de la sauge buissonnante (Artemisia tridentata) en Amérique du nord. Attaqués par des herbivores, les arbustes libèrent des substances chimiques volatiles qui poussent l’arbre voisin à produire des composés toxiques pour leurs ennemis communs. L’écologue Richard Karban, de l’Université de Californie à Davis, s’est demandé si les parents étaient prévenus de manière préférentielle. Il avait déjà été établi que les buissons se divisaient en deux “chémotypes”1, émettant soit du camphre soit de la thuyone lorsque leurs feuilles sont endommagées. L’équipe a montré que les chémotypes étaient héritables, ce qui en faisait un signal potentiel de reconnaissance de parentèle. En 2014, les chercheurs ont indiqué que, lorsque les substances volatiles d’une plante présentant un chémotype donné étaient appliquées sur le même type de plante, ces plantes produisaient des défenses anti herbivores plus fortes et présentaient beaucoup moins de dommages causés par les insectes que lorsque les substances volatiles provenaient d’une plante de l’autre chémotype.

 

Un second exemple est fourni par la moutarde Arabidopsis thaliana. Il y a environ huit ans, Jorge Casal, biologiste spécialiste des plantes à l’université de Buenos Aires, a remarqué que les plants d’Arabidopsis poussant aux côtés de parents modifient l’arrangement de leurs feuilles pour réduire l’ombrage sur leurs voisines, mais qu’elles ne le font pas lorsque les voisins ne leur sont pas apparentés. Leur perception de la présence de parents était toutefois un mystère. En 2015, l’équipe de Casal a découvert que la force avec laquelle la lumière est réfléchie sur les feuilles voisines donne une indication de la parenté et initie les réarrangements dans les feuilles. Des membres d’une même famille ont tendance à produire des feuilles à la même hauteur et par conséquence à renvoyer plus de lumière vers leurs voisines. L’équipe de chercheurs a mis en évidence que cette réduction d’ombrage favorisait une croissance plus vigoureuse et une meilleure production de graines.

Ce fut le premier cas de reconnaissance des parents chez les plantes où la relation complète incluant la reconnaissance de la parentèle (signal et récepteur) et ses conséquences a été mis en évidence. Depuis lors, Casal et son équipe ont montré en 2017 dans les Actes de la National Academy of Sciences que, lorsque des tournesols apparentés sont plantés les uns à côté des autres, ils s’organisent également pour ne pas se gêner entre eux. Les tournesols inclinent leurs tiges en alternance d’un côté ou de l’autre de la rangée. Pour pousser encore plus loin l’expérience, ils ont planté entre 10 et 14 plantes apparentées par mètre carré – une densité plus élevée que dans les plantations commerciales – et ont obtenu 47 % d’huile en plus lorsque les plantes étaient libres de leur mouvement (et donc capables de s’éloigner les unes des autres) comparées aux mêmes plantes contraintes de pousser droit.

 

Plus tard, Susan Dudley, écologiste de l’évolution des plantes (university McMaster à Hamilton, au Canada) a déclaré : “nous devons reconnaître que les plantes ne détectent pas seulement s’il fait jour ou nuit, ou si elles ont été attaquées, mais qu’elles reconnaissent aussi avec qui elles interagissent”. Estimant que les mêmes forces évolutives qui conduisent à favoriser la parentèle devraient s’appliquer aux plantes, la chercheuse a conduit des expérimentations avec de la roquette des mers (Cakile edentula), une plante succulente trouvée sur les plages nord-américaines. Elle a ainsi publié en 2017 une étude démontrant que le système racinaire de la roquette était moins développé lorsqu’elle était cultivée en pots avec des plantes apparentées par rapport à la même roquette cultivée avec des plantes non apparentées de la même population. Elle a suggéré que la plante avait réduit la concurrence de ses propres racines en laissant plus de place à ses parents pour obtenir de la nourriture et de l’eau. Si son étude a été vivement critiquée tant en termes de rigueur statistique qu’en termes de conception, néanmoins d’autres chercheurs ont depuis publié des découvertes similaires.

 

Le 22 mai 2018, Rubén Torices et ses collègues de l’université de Lausanne (Suisse) et du Conseil national de la recherche espagnole ont publié dans Nature Communications les résultats d’une étude démontrant un phénomène de coopération chez une autre brassicacée d’ornement, Moricandia moricandioides. Après avoir cultivé 770 plantes en pot, seules ou avec trois ou six voisins de parenté variable, l’équipe a mis en évidence que les plantes cultivées avec des parents produisaient plus de fleurs, ce qui les rendaient plus attrayantes pour les pollinisateurs. Les expositions florales étaient particulièrement élevées dans les pots les plus peuplés. Torices, aujourd’hui enseignant à l’université King Juan Carlos à Madrid, qualifie ces effets “d’altruistes”, car chaque plante abandonne individuellement une partie de son potentiel de production de graines pour dépenser plus d’énergie dans la production de fleurs avec une présomption d’une meilleure fertilisation au bénéfice de la communauté.

 

Chui-Hua Kong, spécialiste en écologie chimique (université d’agriculture de Chine, Beijing), exploite un effet similaire pour stimuler les rendements chez le riz. Son laboratoire étudie des variétés de riz émettant des produits chimiques à effet désherbant à partir de leurs racines, mais qui obtiennent des rendements trop faibles pour remplacer les variétés couramment cultivées qui nécessitent des herbicides. Toutefois, en septembre 2018, à l’issue de tests de terrain conduits pendant trois ans, les chercheurs ont publié dans le journal New Phytologist des résultats démontrant que des variétés de riz “autoprotectrices” (capables de reconnaître leur parentèle), avaient des rendements augmentés de 5 % lorsqu’elles étaient cultivées avec des parents, plutôt qu’avec des plantes non apparentées.

 

Pour tester l’approche à plus grande échelle et confirmer que ces liens familiaux suggérés pouvaient être exploités pour améliorer les rendements des cultures, les chercheurs ont répété l’expérience dans des rizières du sud de la Chine.

 

Brian Pickles, écologiste à l’université de Reading au Royaume-Uni, propose, quant à lui, que la reconnaissance de la parentèle puisse aider les forêts à se régénérer. En traçant les flux de nutriments et les signaux chimiques entre les arbres reliés par des champignons souterrains, il a montré que les sapins nourrissent préférentiellement leurs parents et les avertissent des attaques d’insectes. Les résultats suggèrent qu’une famille de sapins grandirait plus rapidement qu’une communauté de sapins non apparentés.

 

Pour certains biologistes, ce nouveau paradigme des plantes en communication et en coopération nécessite encore la production de preuves. “Je ne pense pas que nous ayons actuellement des preuves convaincantes d’une reconnaissance parentale chez les plantes”, déclare Hélène Fréville, biologiste des populations à l’Inra de Montpellier. Laurent Keller, biologiste de l’évolution à l’université de Lausanne, a montré au contraire que les signes apparents de reconnaissance de la parentèle chez Arabidopsis provenaient plutôt de différences innées entre les plantes. Il appelle à plus de rigueur dans les études pour écarter d’autres explications potentielles, tout en prédisant que des preuves plus solides de la reconnaissance de la parentèle chez la plante émergeront. Karban, lui, est déjà pleinement convaincu. “Nous apprenons que les plantes sont capables d’un comportement beaucoup plus sophistiqué que nous avions pensé, c’est vraiment fascinant”.

 

1. Un chémotype est une entité chimique distincte au sein d’une même espèce (ensemble d’individus interféconds)

Évaluation scientifique des indicateurs : le développement d’une méthode originale

Par les échanges réguliers avec l’ONB, par l’apport d’évaluateurs externes et par une démarche d’amélioration constante, la FRB a développé jusqu’à aujourd’hui une expertise et une méthode innovante d’évaluation des indicateurs qui a permis de :

  • développer une méthodologie adaptée à ce type d’exercice, utilisable dans d’autres cas ;
  • mettre en lumière des manques en matière de recherche appliquée aux indicateurs de biodiversité.

 

Cette méthode a permis d’évaluer 73 indicateurs et est consultable dans le document consultable ci-dessous : « Évaluation scientifique des indicateurs : le développement d’une méthode originale. Le cas des indicateurs de l’Observatoire national de la biodiversité »

Les poissons d’eaux profondes : à pêcher avec grande modération

L’exploitation non-durable des espèces est la deuxième cause du déclin global de la biodiversité, après le changement d’utilisation des terres. Elle est aussi probablement une des plus évidentes à résoudre, via des règlementations pertinentes. En se fondant sur les connaissances scientifiques, elles permettent de mieux gérer le prélèvement des espèces et d’ainsi assurer le renouvellement naturel des ressources. Le secteur des pêches notamment dispose de nombreux outils. Mais comme le révèle le cas des poissons d’eaux profondes, des mesures tardent parfois à être prises, mettant en danger les équilibres des écosystèmes et compromettant donc également la durabilité des activités.

 

Ses poissons vivant à plusieurs centaines de mètres de profondeur se sont retrouvés sur nos étals à la fin des années 1980. Les populations de morues, de lieus noirs et de merlus en mer du Nord et à l’ouest de l’Écosse connaissent un déclin de leur biomasse en raison de leur surexploitation, ce qui provoque une baisse de rentabilité des pêcheries françaises de haute-mer. Les chalutiers se tournent alors vers les espèces vivant plus en profondeur, entre 800 et 1 500 mètres, telles que le grenadier de roche (Coryphaenoides rupestris), le sabre noir (Aphanopus carbo) et l’hoplostèthe orange, ou empereur (Hoplostethus atlanticus) (Charuau et al., 1996). À la même époque, la consommation de poisson évolue vers une demande plus importante de filets de poissons au détriment de l’achat de poissons entiers. Cette évolution des modes de consommation permet la mise sur les marchés de filets de ces poissons d’eaux profondes, alors que présentés entiers, leur aspect aurait probablement été peu engageant pour les consommateurs. Plusieurs espèces de requins profonds sont quant à elles présentées sous forme de saumonette (requins étêtés, vidés et pelés).

 

Dès la fin des années 1990, certaines populations de poissons profonds montrent à leur tour des signes de déclin. Dans certaines zones, les captures d’hoplostèthes oranges, d’abord abondantes, se sont effondrées au bout de 12 à 18 mois d’exploitation seulement, révélant que pour cette espèce la pêche peut extraire une forte proportion de la biomasse1 en seulement quelques mois.

Le réchauffement climatique, un bouleversement pour les écosystèmes et les scientifiques

Le changement climatique n’est pas un état problématique passager, mais bien une situation pérenne qu’il va falloir considérer dans sa globalité. Il nécessite une adaptation importante des écosystèmes et de ceux qui les étudient. Sous nos latitudes tempérées, ces changements prennent une signification particulière en modifiant la longueur relative des saisons. Or, l’arrivée du printemps rythme le cycle annuel de toute la biodiversité. La remontée printanière des températures s’accompagne d’une reprise explosive de la végétation. Les jeunes feuilles fournissent une nourriture de qualité pour une multitude d’invertébrés herbivores, aux premiers rangs desquels, les chenilles de papillons. Eux-mêmes sont alors consommés par des carnivores. Ce formidable accroissement de la biomasse va, en particulier, permettre aux prédateurs de se reproduire. Ce phénomène est cependant éphémère : les jeunes pousses tendres se chargent rapidement de tanin et deviennent indigestes. On assiste ainsi à un pic d’abondance de nourriture et chaque niveau de la chaîne alimentaire tente de se synchroniser sur le pic dont il dépend.

[Ipbes 7] Biodiversité et changement climatique, lutter et s’adapter

À l’occasion de la sortie du nouveau rapport de l’Ipbes sur l’état de la biodiversité mondiale prévu pour mai 2019, la FRB donne chaque mois la parole à des scientifiques qui travaillent sur les menaces qui pèsent sur la biodiversité, mais aussi sur les solutions pour y remédier.

Écologues, juristes, économistes, biologistes de la conservation sont autant de chercheurs qui offriront chacun un éclairage précis sur l’état et le devenir des espèces et de leurs écosystèmes.

 

Le second thème abordé est celui du changement climatique, considéré comme la 3e cause de perte de biodiversité dans le monde.

Dans des océans en mutation, la pêche doit devenir durable

À mesure que le climat se réchauffe, les températures des mers augmentent également. Du plancton aux oiseaux, en passant par les poissons, ce phénomène modifie significativement toutes les composantes des écosystèmes marins. Un des effets les plus documentés de ce réchauffement est la migration des espèces vers les pôles, qui se traduit par une diminution de la biodiversité marine dans la zone intertropicale. Mais de nombreux autres facteurs influent sur les communautés d’espèces, notamment leur exploitation non-durable par la pêche. Cette dernière est alors responsable d’impacts très négatifs sur les populations de poissons, dont la diminution a aussi une incidence négative sur les oiseaux marins (Cury et al., 2011 ; Grémillet et al., 2018). Une proportion croissante de ces populations – un tiers des espèces pêchées en 2015 – est surexploitée, tandis que 60 % sont exploitées à leur maximum, et seules 7 % des populations sont sous-exploitées (FAO 2018). Or, l’océan reste une source essentielle d’approvisionnement en protéines pour des millions de personnes dans le monde, notamment dans les pays en développement.

 

Il est donc urgent de mettre en place une gestion soutenable des pêches, au moment même où les impacts négatifs du changement climatique rendent la tâche encore plus complexe : certains modèles prévoient une diminution de la biomasse des poissons allant jusqu’à 25 % d’ici la fin du siècle, si les émissions de gaz à effet de serre devaient s’intensifier (Lotze et al., 2018). Pour estimer les impacts des changements climatiques combinés à ceux des pratiques de pêche, une équipe de scientifiques menée par Caihong Fu (DFO, Canada) et Yunne-Jai Shin (IRD, France) a étudié neuf écosystèmes marins dans le monde entier. L’équipe s’est appuyée sur des modèles mathématiques développés pour chaque écosystème, et les a utilisés comme des laboratoires virtuels. En manipulant ces outils, les chercheurs ont pu explorer la manière dont le système évolue lorsque le changement climatique et la pêche entrent en interaction. L’objectif du projet est d’apporter un éclairage scientifique à la prise de décisions afin d’adapter les politiques de gestion des pêches au changement climatique.

Note du Conseil scientifique de la FRB sur les conclusions de 2 rapports Ipbes parus en 2018

Le CS salue le remarquable travail collectif effectué dans le cadre de ces rapports et retient plusieurs messages :

 

  • L’érosion de la biodiversité est avérée en Europe et en Asie et s’accélère sous l’effet des activités humaines – qu’il s’agisse, selon les contextes locaux ou régionaux, de conversion des terres, de changement climatique d’origine anthropique, de pollutions, de surexploitation de certaines espèces végétales ou animales, ou encore d’introduction d’espèces exotiques envahissantes… L’Ipbes signale également le lien entre ces dernières et les maladies infectieuses aux conséquences dramatiques pour certaines espèces.

 

  • Les comportements au niveau des politiques sectorielles et dans les modes de vie doivent changer ; il est nécessaire de consommer moins et différemment. Cela concerne la consommation directe et le cycle de vie des biens et services (alimentation, eau, énergie, matières premières, terres…). L’Ipbes rappelle que, d’ici à 2050, la production économique mondiale aura quadruplé en raison de l’augmentation de la consommation mue par la croissance démographique et les innovations technologiques. Comment alors atteindre les objectifs de limitation de dégradation des terres, de ralentissement des changements climatiques et de perte de biodiversité ? Les modes de déplacement humain doivent en particulier être réfléchis car ils contribuent à de nombreuses pressions sur les écosystèmes : conversion d’espaces naturels en infrastructures, diffusion d’espèces exotiques envahissantes par les déplacements, etc. Des modélisations montrent que la déforestation annuelle, dans certaines régions du monde, pourrait tripler avec une densification des infrastructures de transport donnant accès à des forêts denses inexploitées et à l’expansion des marchés agricoles.

     

  • L’enjeu est d’instaurer une nouvelle relation à la nature : les comportements ne peuvent changer que si l’on cesse de la considérer comme un réservoir inépuisable de ressources. Les travaux de l’Ipbes prennent en compte les multiples valeurs de la nature (culturelle, sociétale…) et soulignent les contributions des communautés autochtones et locales pour repenser les relations avec les non-humains et l’environnement. L’Ipbes illustre, par exemple, le rôle joué par la nature dans la construction des cultures et des identités. Par exemple, l’intensification et l’abandon des terres dans les paysages culturels européens entraînent une disparition des identités locales et des attachements associés.

     

  • Il convient de penser conjointement l’urbanisme, la gestion et la conservation des terres. L’un des rapports Ipbes traite de la dégradation des terres, terme général exprimant le changement d’usage des terres d’origine humaine et conduisant au déclin et à la perte de biodiversité ou des fonctions associées dans les écosystèmes terrestres ou aquatiques. L’artificialisation des sols, proche du sealed soils anglais, constitue une forme extrême de dégradation, stoppant tout fonctionnement écologique, hydrologique et biogéochimique du sol. Près de 4 % de la surface de l’Europe sont des zones urbaines et les projections de croissance démographique, à niveaux de densité constants, dessinent une augmentation des surfaces construites de 32 % entre 2010 et 2030. Avec une réduction de la densité des populations urbaines (« retour à la campagne »), l’augmentation pourrait atteindre 140 % !

     

  • Renverser la tendance de l’érosion de la biodiversité et de la dégradation des terres reste possible en identifiant des mesures appropriées et en les appliquant dans le cadre d’une gouvernance respectant ces principes : participation, transparence, responsabilité des politiques et responsabilisation des citoyens. L’Ipbes décline, par secteurs d’activités, des orientations stratégiques globales pour la conservation de la biodiversité et ses fonctionnalités. Si les pays d’Europe occidentale mettent déjà en œuvre certaines de ces mesures, l’efficacité de certaines reste à évaluer – c’est le cas du paiement des services écosystémiques (SE) : les usages de la biodiversité faiblement voire non régulés, souvent gratuits, ne sont pas durables. Au niveau des politiques européennes, l’Ipbes souligne les progrès à accomplir dans le secteur de l’extraction (mines, énergie) et de l’industrie, notamment pour le choix des implantations. La gestion des déchets et la réhabilitation des sites après exploitation s’accroîssent mais conduisent rarement à une restauration des SE précédant la phase d’extraction. L’Ipbes pointe aussi les risques, pour les écosystèmes du plancher océanique et de la colonne d’eau, associés aux perspectives d’exploitation des fonds marins. D’importants progrès sont également attendus du secteur tertiaire – santé, éducation, transport, tourisme, finance – pour mieux prendre en compte la biodiversité. Enfin, les évaluations de l’Ipbes témoignent de la richesse des connaissances issues des sciences de la conservation : elles doivent être mobilisées pour accompagner l’action publique et privée en faveur de la biodiversité.

[Synthèse] La compétition mondiale entre les pêcheries et les oiseaux marins persiste malgré leur déclin généralisé

L’intensification de la pêche industrielle contribue à diminuer la quantité de nourriture disponible pour les oiseaux marins. Une étude parue dans la revue Current Biology a cartographié pour la première fois, la compétition entre la pêche industrielle et les oiseaux marins à travers le monde.

 

Entre 1970 et 2010, la consommation alimentaire annuelle mondiale des oiseaux de mer a diminué de 19 %, passant de 70 à 57 millions de tonnes. Les rendements globaux des pêcheries mondiales sont quant à eux passés de 59 à 65 millions de tonnes par an, allant même jusqu’à une augmentation de 91 % pour les calmars. Cette compétition – qui a augmenté dans près de la moitié des océans – menace de nombreuses espèces d’oiseaux dans le monde.

La compétition mondiale entre les pêcheries et les oiseaux marins persiste malgré leur déclin généralisé

En 2011, l’article de Cury et al. Global Seabird Response to Forage Fish Depletion — One-Third for the Birds soulignait combien les oiseaux marins étaient dépendants des ressources marines dans certaines régions du monde. Grémillet et ses collègues démontrent aujourd’hui que la compétition entre les oiseaux marins et les pêcheries est un facteur de stress significatif à l’échelle globale sur la période 1970-2010, pour une communauté mondiale d’oiseaux marins qui a décliné de 70 % depuis 1950 (Paleczny et al., 2015).

Revue des grands articles scientifiques qui ont marqué 2018

Ce sont des questions qui sont posées : que dit la recherche sur la biodiversité terrestre, sur la biodiversité marine, sur l’incidence des pollutions chimiques, etc. Il est aussi question de la protection de la biodiversité et la présentation se termine en posant la question de savoir si on peut gérer l’intégralité du système terre pour limiter la perte de la biodiversité et des services. Un clin d’oeil final rappelle que l’Homme n’est probablement pas le seul détenteur de cultures. L’exercice ne prétend pas à l’exhaustivité, mais offre un aperçu de l’avancée récente des sciences de la biodiversité.

 

Consultez ci-dessous la revue.

Modification des écosystèmes et zoonoses dans l’Anthropocène

Avec près de 60 % des agents pathogènes humains et environ 60 % des maladies infectieuses émergentes classés comme zoonotiques, c’est-à-dire transmises des animaux à l’homme (Jones et al., 2008 ; Woolhouse & Gowtage-Sequeria, 2005), ces pathologies (grippe aviaire, VIH SIDA, SRAS et Ebola, etc.) représentent un enjeu croissant de santé publique au niveau mondial (Jones et al., 2008).

 

Les maladies, dont les zoonoses, sont des processus écologiques naturels au sein des écosystèmes. Leur éradication peut ne pas avoir que des effets positifs car d’autres parasites ou pathogènes sont susceptibles d’occuper les niches laissées vacantes (Lloyd-Smith, 2013).

En raison de la multiplicité des espèces et des échelles impliquées (Johnson, de Roode et Fenton, 2015), l’écologie des communautés associée à l’épidémiologie peut amener à une meilleure compréhension des processus et des dynamiques impliqués dans les épidémies de zoonoses et faciliter une meilleure gestion des risques liés aux maladies zoonotiques (Cunningham et al., 2017 ; Johnson et al., 2015 ; Young et al., 2017).

 

Par le biais d’exemples, les auteurs illustrent la nécessité de prendre en compte, en plus des exigences écologiques des agents pathogènes zoonotiques, d’une part, l’impact des interventions humaines et d’autre part les types d’écosystèmes concernés (urbain, péri-urbain et forestier) pour se préparer à l’émergence de ces zoonoses dans l’Anthropocène et les gérer efficacement.

La forêt : une véritable alliée dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

En 1954, le livre de Jean Giono, “L’Homme qui plantait des arbres”, peignait l’histoire d’un berger écologiste. Jour après jour, tout en menant ses moutons, il enterrait des graines d’arbres au hasard de ses chemins, et, après des années, des paysages entiers étaient de nouveau couverts de forêts. Cette fable de l’action de l’Homme dans la durée est évocatrice et inspirante. En 2006, le programme des Nations Unies pour le développement lançait la Campagne pour planter un milliard d’arbres qui à ce jour revendique plus de 15 milliards d’arbres plantés.

 

Aujourd’hui l’enjeu de la forêt est associé à celui des changements climatiques. Planter des arbres aide sans nul doute à lutter contre ces changements. Lorsqu’ils grandissent, les arbres fixent le dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre. Sans les forêts mondiales, le réchauffement de la planète serait deux fois plus rapide. L’accumulation de carbone concerne non seulement les arbres, mais aussi les sols, qui séquestrent près de la moitié du carbone d’un écosystème forestier. Seulement, la captation du carbone par les forêts ne suffit pas, à elle seule, à endiguer le changement climatique. De plus, dans les années à venir, ces changements pourraient avoir un effet adverse sur les forêts.

[Synthèse] Modification des écosystèmes et zoonoses dans l’Anthropocène

Avec près de 60% des maladies infectieuses émergentes classées comme zoonotiques, ces pathologies représentent un enjeu croissant de santé publique au niveau mondiale. La facilité par laquelle elles se propagent dans la population humaine dépend à la fois de la zoonose et du contexte écologique. Dans un article paru dans la revue scientifique Zoonoses and public health, une équipe de scientifiques illustre la nécessité de prendre en compte les exigences écologiques des agents pathogènes zoonotiques, l’impact des interventions humaines, mais aussi les types d’écosystèmes concernés (urbain, péri-urbain et forestier) pour se préparer à leur émergence et les gérer efficacement.

 

À l’heure de l’Anthropocène, les changements d’usage des terres, les populations animales et le climat entraînent l’apparition de maladies transmises des animaux à l’Homme, autrement appelées zoonoses.
Les zoonoses sont des processus écologiques naturels au sein des écosystèmes. Leur éradication peut ne pas avoir que des effets positifs, car d’autres parasites ou pathogènes sont susceptibles d’occuper les niches laissées vacantes. En raison de la multiplicité des espèces et des échelles impliquées, l’écologie des communautés associée à l’épidémiologie peut amener à une meilleure compréhension des processus et des dynamiques impliqués dans les épidémies de zoonoses et faciliter une meilleure gestion des risques liés aux maladies zoonotiques.

Présentation du Cesab de la FRB

Programme phare de la FRB, le Cesab (CEntre de Synthèse et d’Analyse sur la Biodiversité) est une structure de recherche au rayonnement international dont l’objectif est de mettre en œuvre des travaux innovants de synthèse et d’analyse des jeux de données déjà existants dans le domaine de la biodiversité.

 

Découvrez, dans les ressources ci-dessous, la plaquette de présentation du Cesab.

CESAB

Researchers can find at CESAB the necessary means and infrastructure to share and enhance existing information, and to conduct analyses that address major scientific challenges in biodiversity research.

 

Advancing knowledge, developing synthesis research and collaboration, facilitating the links between all scientific disciplines: these are the main assets of CESAB which host a large number of researchers every year from all the continents, during work sessions spread over the project timeline.

 

For many years, teams of researchers have been collecting, producing and analyzing more and more data on biodiversity. The information acquired today provides undeniable and essential knowledge and allows us to better understand the contributions that biodiversity can provide for humanity. And it is possible to go even further: assembled and combined, existing data, ideas and concepts can generate new advances in both pure and applied research. Together, these existing data can supply new issues and significantly advance our biodiversity knowledge.

 

Initially located in Aix en Provence, CESAB moved in January 2019 to Montpellier. By joining one of the world’s most dynamic scientific communities in ecology (the University of Montpellier was ranked world’s leading university in Ecology by Shanghai Academic Ranking of World Universities (ARWU) in 2018), this move is an opportunity for CESAB to renew its team and to start a fresh development.

 

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Call for proposals

Biodiversité et services écosystémiques en Europe et Asie centrale, les principaux messages de l’évaluation IPBES

Pour réaliser cette évaluation, plus de 120 experts internationaux issus de 36 pays ce sont réunis pour évaluer l’état des connaissances sur la biodiversité en Europe et en Asie centrale. Ils ont tiré leurs informations de plusieurs milliers de sources : travaux scientifiques, rapports techniques et savoirs traditionnels et locaux. Rassemblées dans les “Résumés pour décideurs”, les conclusions-clés visent à orienter les décisions relatives aux politiques publiques et aux actions du secteur privé et des citoyens en faveur de la préservation de la biodiversité.

Pour mettre en avant des messages synthétiques, la FRB propose un dépliant issu du rapport Europe et Asie centrale.

Dégradation et restauration des terres, les principaux messages de l’évaluation IPBES

Pour réaliser cette évaluation, plus d’une centaine d’experts internationaux issus de 45 pays ce sont réunis pour évaluer l’état des connaissances sur la dégradation et la restauration des sols. Ils ont tiré leurs informations de plusieurs milliers de sources : travaux scientifiques, rapports techniques et savoirs traditionnels et locaux. Rassemblées dans les “Résumés pour décideurs”, les conclusions-clés visent à orienter les décisions relatives aux politiques publiques et aux actions du secteur privé et des citoyens en faveur de la préservation de la biodiversité.

Pour mettre en avant des messages synthétiques, la FRB propose un dépliant issu du rapport Dégradation et restauration des terres.

[Ipbes 6] Messages-clés des résumés pour décideurs

Plus de 120 experts internationaux issus de 36 pays ont évalué l’état des connaissances sur la biodiversité en Europe et en Asie centrale, tirant des informations de près de 4 000 sources : travaux scientifiques, rapports techniques et savoirs traditionnels et locaux. Les conclusions-clés rassemblées dans le « Résumé pour décideurs » visent à orienter les décisions relatives aux politiques publiques et aux actions du secteur privé et des citoyens en faveur de la préservation de la biodiversité. Elles ont été approuvées le 24 mars 2018 par la 6e plénière de l’Ipbes et ses 129 États membres.

 

La FRB propose deux dépliants pour mettre en avant des messages synthétiques issus des rapports Europe et Asie centrale et Dégradation et restauration des terres.

[Ipbes 7] Espèces envahissantes, la diversité pour alliée

À l’occasion du nouveau rapport de l’Ipbes sur l’état de la biodiversité mondiale prévu pour mai 2019, la FRB donne chaque mois la parole à des scientifiques qui travaillent sur les menaces qui pèsent sur la biodiversité, mais aussi sur les solutions pour y remédier. Juristes, économistes, biologistes de la conservation sont autant de chercheurs qui offriront chacun un éclairage précis sur l’état et le devenir des espèces et de leurs écosystèmes.

 

Le premier thème abordé est celui des espèces envahissantes, 4e cause de perte de biodiversité dans le monde.

Où s’arrêtera l’invasion du frelon à pattes jaunes, Vespa velutina ?

Les invasions biologiques de ces dernières décennies en Europe montrent que leur contrôle a posteriori est souvent impossible et que les discours d’éradication sont des leurres. Parmi ces invasions, celle du frelon asiatique est des plus spectaculaires. Aussi appelé frelon à pattes jaunes, Vespa velutina fait partie de la famille des Vespidae qui regroupe plus de 5 000 espèces (guêpes et frelons) qui peuvent être sociales ou solitaires. Les stades juvéniles des frelons sont principalement carnivores ; aussi les adultes sont bien connus pour la prédation qu’ils exercent sur de nombreux insectes afin de nourrir leurs larves, affectant ainsi l’entomofaune1. À ce titre, Vespa crabro, le frelon européen, est reconnu comme un insecte auxiliaire efficace en agriculture en consommant par exemple des pucerons.

 

Vespa velutina, quant à lui, est entré en France en 2004 dans le sud-ouest, près d’Agen (Rortais et al., 20102 ; Monceau et al., 2014), probablement par une cargaison d’articles exotiques. Bien que le premier témoignage sur ces insectes soit venu d’un producteur de bonsaïs (Villemant et al., 2006), la probabilité que le frelon soit entré par des containers d’une chaîne de grands magasins spécialisés dans ces produits nous paraît plus sérieuse. Dès l’année suivante, des apiculteurs locaux commencent à enregistrer la prédation d’abeilles domestiques sur leurs ruches. Très vite, les quelques nids de frelons deviennent plusieurs milliers en Nouvelle Aquitaine. L’expansion se déploie vers l’ouest, le long des réseaux hydriques, aboutissant à de très fortes populations.

 

Des scientifiques ont cherché à identifier la provenance des populations envahissantes (Arca et al., 2015) grâce à un travail de génétique. Les conclusions de l’étude sont claires : tous les individus collectés en France jusqu’en 2011 proviennent d’une seule fondatrice fécondée par quatre mâles issus de la province du Jiangsu en Chine. Quatorze ans après cette introduction, le nombre de colonies en France ne peut plus être quantifié. En 2018, un peu moins de 3 000 nids ont été détruits en Gironde (source D. Gerguouil, GDSA 33) et 5 000 dans la Manche (J. Constantinidis, destructeur de colonies de ferlons, 55).

À l’ombre de la mondialisation, les épidémies se propagent

À la fin des années 1860, le corps expéditionnaire anglais d’Abyssinie – aujourd’hui Éthiopie – importe de Bombay, capitale de leur colonie des Indes, 8 000 zébus afin de nourrir les troupes coloniales installées dans la corne de l’Afrique (Spinage, 2003). Le bétail s’avère contaminé par l’agent de la peste bovine1, le Rinderpest virus, un virus apparenté à celui de la rougeole. L’introduction du virus fut foudroyante, occasionnant une mortalité de plus de 80 % des ongulés sauvages d’Afrique, notamment dans la plaine du Serengeti, situé en Tanzanie, près du Lac Victoria. Le bétail domestique ne fut pas épargné. Principale ressource des sociétés de pasteurs éleveurs, sa mortalité par la peste bovine occasionna une des plus terribles famines jamais observées au Soudan et en Éthiopie.

 

L’histoire de l’introduction de la peste bovine en Afrique a ceci d’exemplaire qu’elle s’inscrit dans le cadre des premières grandes mondialisations associées au colonialisme européen, qui facilitèrent les échanges intercontinentaux et les mouvements des humains, des animaux, des végétaux et de leurs parasites et maladies infectieuses. Son étude nous renseigne sur les conséquences des introductions sur la diversité biologique, le fonctionnement des écosystèmes locaux et les effets cascades difficilement prévisibles sur l’économie, le bien-être et la santé des sociétés locales.

BiodiverCité

Souvent bâtie sur les milieux les plus riches et favorables à la vie, le long de fleuves, sur des espaces naturels diversifiés ou agricoles, la ville est un milieu entièrement construit et entretenu par l’Homme qui subit des modifications rapides et brutales engendrant une mosaïque de milieux différents. Les sols, y sont maintes fois remaniés, déstructurés, pollués, reconstruits. Les paysages y sont modifiés, fragmentés. L’air y
est pollué. L’eau extrêmement canalisée… Malgré toutes ces contraintes, la ville abrite une biodiversité non négligeable, qui devrait se renforcer avec l’augmentation des espaces végétalisés dans les espaces urbains.

 

Ce document, consultable dans les ressources ci-dessous avec sa bibliographie, est le fruit du travail d’un groupe de recherche CosCS FRB sur Écologie et sociétés urbaines.

Ce travail est également à l’origine du publication scientifique parue dans Science of The Total Environment, à découvrir ici :
Urban ecology, stakeholders and the future of ecology

Face aux espèces envahissantes, la diversité est notre alliée

Dans un monde globalisé où les humains sont présents sur tous les continents et où les échanges se sont multipliés, les espèces animales et végétales voyagent avec eux. Intentionnellement ou non, des espèces sont introduites dans de nouveaux écosystèmes, parfois très éloignés de leur origine. Si ce phénomène n’est pas récent, la tendance de ces cinquante dernières années est claire : une étude parue dans la revue Nature Communications indique que, depuis le XIXe siècle, plus d’un tiers des introductions se sont déroulées après 1970, soit un rythme d’introduction de 50% supérieur depuis cette date. Et ce rythme accru ne semble pas faiblir (Seebens et al., 2017). Certaines de ces espèces – qualifiées d’exotiques par leur provenance – s’adaptent à leur nouveau milieu, puis se multiplient et font concurrence aux espèces autochtones. Lorsque l’entrée dans la compétition d’une espèce exotique est établie, elle est alors qualifiée d’ “envahissante” (Colautti & MacIsaac, 2004). Ce phénomène n’a rien d’anodin : ces espèces exotiques envahissantes seraient la 4e cause de perte de biodiversité dans le monde, avec des effets comparables à ceux liés à l’impact de l’Homme sur les habitats naturels. Ce phénomène est particulièrement marqué dans les forêts de l’hémisphère nord (Murphy & Romanuk, 2014). D’après un rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN, 2015), 354 espèces étaient directement menacées par des espèces exotiques envahissantes en Europe, soit 19 % de l’ensemble des espèces en danger.

[Synthèse] Devons-nous choisir entre nourrir l’humanité et protéger la nature ?

La capacité de la population humaine à continuer de croître, ou à se stabiliser, dépend fortement des services écosystémiques. Or ces services se dégradent de plus en plus à mesure que le nombre d’individus augmente et que la biodiversité décline. Dans une étude parue dans la revue scientifique Science of The Total Environment, une équipe de scientifiques – menée par les chercheurs français Victor Cazalis et Michel Loreau – a répondu à la question : Devons-nous choisir entre nourrir l’humanité et protéger la nature ?

En construisant un modèle dynamique pour conceptualiser les liens entre la proportion mondiale d’habitats naturels et la démographie humaine à travers quatre catégories de services écosystémiques (approvisionnement, réglementation, loisirs culturels et informationnels), les chercheurs ont essayé de déterminer si la trajectoire actuelle du développement humain pouvait conduire à un effondrement de nos civilisations comme se fut le cas par le passé avec la disparition de plusieurs civilisations humaines, en Mésopotamie, en Scandinavie, chez les mayas ou sur l’île de Pâques.

Devons-nous choisir entre nourrir l’humanité et protéger la nature ? Modélisation des liens entre l’environnement et la démographie humaine

La capacité de la population humaine à continuer de croître dépend fortement des services écosystémiques fournis par la nature. Or ceux-ci se dégradent de plus en plus à mesure que le nombre d’individus augmente, ce qui pourrait menacer le bien-être futur de la population humaine, comme cela a déjà été constaté par le passé avec la disparition de plusieurs civilisations humaines.

 

En construisant un modèle dynamique pour conceptualiser les liens entre la proportion mondiale des habitats naturels et la démographie humaine à travers quatre catégories de services écosystémiques (approvisionnement, réglementation, loisirs culturels et informationnels) les chercheurs ont essayé de déterminer si la trajectoire actuelle du développement humain pouvait conduire à un effondrement similaire.

 

Ils ont montré en premier lieu qu’il existe généralement un compromis entre la qualité de vie et la taille de la population humaine qui suit quatre scénarios :

  • Deux scénarios de déclin de la population :
    • Dans le cas d’une production alimentaire forte au détriment des services de régulation tels que la qualité de l’air et de l’eau, pollinisation ou la régulation des maladies, entraînant une augmentation du taux de mortalité et une dégradation de la nature
    • En cas de surexploitation des terres entraînant une diminution de la production alimentaire ou de baisse de l’efficacité de la production alimentaire qui ne couvre plus les besoins de la population
  • Un état de famine stable où la population continue de croître avec une faible alimentation
  • Un futur souhaitable en cas de compromis entre la conversion des terres pour nourrir toute la population et la conservation de la biodiversité et des services écosystémiques

 

Les deux scénarios de déclin sont dictés par des processus antagonistes entre conversion des terres pour l’agriculture et conservation des milieux naturels. Cependant, les deux sont incontestablement négatifs pour le bien-être humain et la nature : la conversion d’un trop grand nombre de terres naturelles en terres exploitées a des conséquences négatives sur les services de régulation et donc sur la population. Au contraire, la conservation de la nature préserve les services de régulation, mais est responsable de famine, si elle ne laisse pas de place à la production agricole.

 

La seule solution pour un futur souhaitable est de préserver à la fois les services écosystémiques d’approvisionnement et de régulation par un compromis équilibré entre la conservation de la nature et la conversion des terres pour l’agriculture. Ce scénario intermédiaire n’est possible qu’en évitant un emballement de la démographie et en conservant une population relativement « petite » autour de 10 milliards d’individus.

[Journée FRB 2018] Consultez les actes

Afin de permettre à nos sociétés de se nourrir sainement, dans le respect de la biodiversité, les systèmes de production alimentaire doivent être repensés pour préserver les écosystèmes qui produisent des denrées et qui permettent aux sociétés humaines d’en retirer des services tels que la captation du CO2, l’épuration de l’eau ou de l’air, indispensable à une bonne qualité de vie.

 

La journée FRB du 27 septembre : « Biodiversité, transition alimentaire et santé » a fait un point sur l’état des connaissances scientifiques et animer des discussions avec les parties prenantes sur les voies d’une transition qui permettraient notamment, via l’évolution des systèmes de production alimentaire, de contribuer à la préservation de la biodiversité et à l’amélioration de la santé humaine.

 

Rendez-vous dans les ressources de la page Journée FRB 2018 pour consulter les actes. 

Annuaire Cos-CS

La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) est une plateforme entre les différents acteurs scientifiques et les acteurs de la société sur la biodiversité.

 

Le Conseil d’orientation stratégique (Cos) et le Conseil scientifique (CS) de la FRB travaillent ensemble pour explorer les fronts de science et les grand enjeux de connaissance dans le champs de la biodiversité. Il semblait important d’avoir un document rassemblant tous ces acteurs afin de faciliter les échanges.

 

Aussi, l’annuaire 2018 du Cos – CS de la FRB, réservé à leurs membres disposant du mot de passe, est disponible dans les ressources ci-dessous et régulièrement mis à jour.

Bilan de santé des eaux marines (DCSMM)

Le ministère de la transition écologique et solidaire a mobilisé une large communauté scientifique pour évaluer l’état écologique des eaux marines métropolitaines.

 

Le 9 novembre 2018, le colloque “bilan de santé des eaux marines” à donné la parole aux chercheurs mobilisés pour communiquer leurs principaux résultats. S’en est suivi une table ronde pour mettre en perspective les implications opérationnelles de ce bilan pour la gestion des écosystèmes littoraux et marins.

 

Le colloque a été suivi de la projection d’un film documentaire puis d’un temps d’échange entre le public et les experts présents.

 

Comment mesurer la relation entre la biodiversité alimentaire et l’adéquation nutritionnelle des régimes alimentaires ?

En conséquence, les régimes alimentaires humains qui étaient composés d’une grande variété de plantes et d’animaux ont progressivement été remplacés par des régimes alimentaires composés principalement d’aliments transformés et comprenant un nombre limité de denrées alimentaires (Drewnowski et al., 1997).

Ces nouveaux régimes sont sources de nouvelles maladies, dites maladies métaboliques non transmissibles (obésité, diabètes, hypertension, maladies cardio-vasculaires) et responsables de véritables épidémies au niveau mondial. Il est en effet établi que les régimes de faible qualité nutritionnelle constituent le principal facteur de risque de mauvaise santé dans le monde entier (Abajobir et al., 2017) et sont corrélés à des indicateurs socio-économiques et politiques tels que le revenu, l’éducation, la cohésion et les inégalités sexuelles ou sociales.

 

Alors qu’on estime à 300 000 les espèces de plantes comestibles disponibles pour l’Homme, plus de la moitié des besoins énergétiques mondiaux sont actuellement satisfaits par quatre cultures : le riz, les pommes de terre, le blé et le maïs.

La biodiversité agricole et sauvage revêt un aspect essentiel pour la bonne nutrition humaine et la durabilité des systèmes alimentaires. Cette biodiversité contribue notamment à la résilience des exploitations agricoles, en particulier face aux aléas tels que les effets du changement climatique, les épidémies et les fluctuations des prix du marché. Dans les pays objets de l’étude, l’apport d’aliments issus de cueillette dans la nature est une source complémentaire de résilience des systèmes alimentaires, en particulier pendant la période où les récoltes sont les moins abondantes.

De manière surprenante, les points chauds (“hot spots”) de biodiversité sauvage et agricole mondiaux coïncident souvent avec des zones de grande pauvreté, de forte dégradation des écosystèmes et de malnutrition. Les populations qui s’y trouvent vivent ainsi souvent dans un environnement dégradé où l’érosion de la biodiversité sauvage et cultivée réduit la diversité alimentaire disponible et donc diminue la qualité des régimes en fonction des saisons, entrainant des problèmes de malnutritions.

 

En restaurant les écosystèmes et leurs fonctions, la gestion et l’usage durable de la biodiversité alimentaire cultivée et sauvage peut remédier aux carences en micronutriments des populations vulnérables par le soutien de systèmes de production avec une plus grande diversité d’espèces consommables.

Sortie du rapport Planète vivante / WWF

Le rapport Planète vivante 2018 du WWF International, fruit d’une collaboration avec la Société zoologique de Londres, est sorti.

 

Le rapport porte, à travers l’indice Planète vivante, un message fort et dramatique : entre 1970 et 2014, 60% des effectifs des populations de vertébrés sauvages ont baissé. Un constat qui ne surprendra pas les scientifiques compte tenu des nombreux articles récents qui démontrent ce déclin des populations de vertébrés et plus encore celui des populations de mammifères sauvages, un phénomène qui s’accentue.

 

On rappellera ici les spectaculaires enseignements de l’article de Bar-On et al. sur la répartition de la biomasse mondiale où les mammifères sauvages ne représentent plus 0,27% de la biomasse animale et 7% de la biomasse des animaux domestiques (cf. la synthèse sur la répartition globale de la biomasse au sein de la biosphère)  !

 

Au-delà de ce constat, le rapport rappelle que nous vivons depuis 1950 la «Grande accélération», phénomène unique qui se traduit par un accroissement exponentiel de la demande en énergie, en terres et en eau et donc par une pression de plus en plus grande sur les ressources terrestres et la biodiversité. L’empreinte écologique humaine a augmenté de 190 % au cours des 50 dernières années, augmentant la pression sur les terres et notamment sur la biodiversité des sols, et contribuant à la perte des pollinisateurs.

 

Le rapport s’achève en rappelant qu’il est encore possible de réagir et que l’on peut proposer une feuille de route 2020-2050 pour inverser ces tendances dramatiques et tenter de restaurer la biodiversité mondiale.

 

À quelques jours de la COP 14 en Egypte, ce rapport du WWF est le bienvenu et il faut espérer que les délégations y trouvent une source d’inspiration et surtout d’ambition pour la biodiversité !

 

[Synthèse] Comment mesurer la relation entre la biodiversité alimentaire et l’adéquation nutritionnelle des régimes alimentaires ?

Les scientifiques ont démontré que la biodiversité est, pour de nombreux aspects, essentielle à la santé humaine.

 

Or, les régimes alimentaires humains composés d’une grande variété de plantes et d’animaux ont progressivement été remplacés par des régimes alimentaires composés principalement d’aliments transformés et comprenant un nombre limité de denrées alimentaires (Drewnowski et al., 1997). Alors qu’on estime à 300 000 les espèces de plantes comestibles disponibles pour l’homme, plus de la moitié des besoins énergétiques mondiaux sont actuellement satisfaits par quatre cultures : le riz, les pommes de terre, le blé et le maïs.

 

Ces nouveaux régimes de faible qualité nutritionnelle constituent le principal facteur de risque de mauvaise santé dans le monde entier (Abajobir et al., 2017). Or, les populations les plus concernées sont aussi souvent celles qui vivent dans un environnement dégradé où l’érosion de la biodiversité sauvage et cultivée réduit la diversité alimentaire disponible.

 

Ce cercle vicieux peut néanmoins être brisé en restaurant les écosystèmes et leurs fonctions et en promouvant un usage durable de la biodiversité alimentaire cultivée et sauvage pour remédier aux carences en micronutriments des populations vulnérables.

 

Ainsi, le soutien de systèmes de production avec une plus grande diversité d’espèces consommables peut permettre d’atteindre les deux objectifs de santé publique et de protection de la biodiversité. Ce pourrait être un levier majeur et une priorité de l’action publique, mais il est parfois compliqué d’évaluer les effets de ces actions sur la qualité des régimes alimentaires.

 

L’étude présentée ici s’est attachée à identifier, parmi les indicateurs disponibles, ceux qui sont les plus pertinents pour mesurer la relation entre la biodiversité alimentaire et l’adéquation nutritionnelle des régimes alimentaires et ainsi donner des éléments pour justifier les politiques qui tendent à accompagner la transition vers une agriculture plus diversifiée.

[Sciences pour l’action] Les rencontres

Le ministère de la transition écologique et solidaire (MTES), l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) ont mis en place les Rencontres « Sciences pour l’action – prospectives pour la biodiversité ».

 

Accédez aux recommandations issues des Rencontres “Sciences pour l’action – prospectives pour la biodiversité” 2017.

 

Ces rencontres, à l’interface entre savoir et action, ont pour objectif de produire des recommandations pour soutenir la production et la diffusion de connaissances et améliorer la mise en oeuvre de l’action publique en faveur de la biodiversité, que ce soit au sein de politiques directement en lien avec cette dernière ou au sein de politiques publiques en apparence plus éloignées. Elles ciblent notamment :

  • les nécessaires soutiens à la recherche en appui aux politiques publiques ;
  • les nécessaires évolutions des politiques sectorielles pour qu’elles prennent mieux en compte les enjeux liés à la biodiversité ;
  • les actions pour favoriser une mise en oeuvre efficace des politiques publiques en faveur de la biodiversité ;
  • les expérimentations ou évaluations à mener avec la recherche et les initiatives locales à soutenir et à mieux faire connaître.

 

Entre 2017 à 2019, trois séries de rencontres sont ainsi programmées avec pour objet l’appropriation des résultats de la recherche et de prospectives par les politiques publiques et les acteurs concernés, ainsi que la remontée de leurs enjeux de connaissance scientifique.

Rencontres sciences pour l’action 2018 : prospectives pour la biodiversité

Ces rencontres, à l’interface entre savoir et action, avaient pour objectif de produire des recommandations pour soutenir la production et la diffusion de connaissances et améliorer la mise en oeuvre de l’action publique en faveur de la biodiversité, que ce soit au sein de politiques directement en lien avec cette dernière ou au sein de politiques publiques en apparence plus éloignées.

 

Elles ont notamment ciblé :

  • les nécessaires soutiens à la recherche en appui aux politiques publiques ;
  • les nécessaires évolutions des politiques sectorielles pour qu’elles prennent mieux en compte les enjeux liés à la biodiversité ;
  • les actions pour favoriser une mise en oeuvre efficace des politiques publiques en faveur de la biodiversité ;
  • les expérimentations ou évaluations à mener avec la recherche et les initiatives locales à soutenir et à mieux faire connaître.

 

Entre 2017 à 2019, trois séries de rencontres sont ainsi programmées avec pour objet l’appropriation des résultats de la recherche et de prospectives par les politiques publiques et les acteurs concernés, ainsi que la remontée de leurs enjeux de connaissance scientifique. La première rencontre a eu lieu en octobre 2017.

 

Téléchargez dans les ressources ci-dessous les infographies issues des ateliers, le livret d’accueil ainsi qu’un article réalisé par l’AFB. 

[Journée FRB 2018] Biodiversité, transition alimentaire et santé

À l’occasion de ses 10 ans, la journée annuelle de la FRB a pour ambition de faire un point sur l’état des connaissances scientifiques et animer des discussions avec les parties prenantes sur les voies d’une transition alimentaire qui permettraient notamment, via l’évolution des systèmes de production alimentaire, de contribuer à la préservation de la biodiversité et à l’amélioration de la santé humaine. Des questions majeures se posent en effet, comme l’adaptation des populations humaines à la modification rapide des régimes alimentaires ou encore la compréhension des impacts sur la biodiversité liés à l’appropriation de la biomasse par les sociétés humaines dans un contexte d’évolution des modes alimentaires et des systèmes agricoles.

 

À l’issue de chaque session, un dialogue entre chercheurs et acteurs de la société permettra de discuter des solutions collectives pour imaginer et mettre en œuvre un développement durable des sociétés humaines.

 

Remise des prix jeunes chercheurs COS-FRB

Organisée par le Conseil d’orientation stratégique (COS) de la FRB, cette soirée a réuni chercheurs, personnalités et parties prenantes pour récompenser des jeunes chercheurs qui, par leurs recherches sur la biodiversité, essaient d’apporter des réponses aux grands enjeux sociétaux afin de les transformer en question de recherche et y apporter des réponses.

 

La soirée a été animée par Audrey Dana, actrice et réalisatrice, qui a conçu les vidéos “Regard” dans le cadre des 10 ans de la FRB.

 

La liste des prix remis, des thèmes des recherches sélectionnés par les membres du COS ainsi que les noms et travaux des lauréats est disponible sur la page Prix Jeunes Chercheurs.  

Dialogue du conseil scientifique – La FRB dans le paysage de la recherche française sur la biodiversité

En une décennie, la FRB a su prendre en France une place centrale dans le paysage des sciences de la biodiversité, à l’interface entre les grandes institutions en charge de ces recherches et les parties prenantes de la société. Malgré toutes ses actions et réussites, les défis restent immenses pour décrire la biodiversité, en comprendre les dynamiques, le fonctionnement et l’évolution et traduire les résultats de la recherche en actions concrètes et pertinentes pour résoudre la crise environnementale globale.

 

Organisée par le conseil scientifique (CS) de la FRB, ce dialogue a permis à la fois de croiser les regards sur l’histoire de la FRB et ses actions futures, et de débattre sur le fonctionnement actuel de la recherche sur la biodiversité.

Ce temps d’échanges entre chercheurs, partenaires et personnes présentent dans la salle s’est articulé en deux temps :

  • Au regard des grands enjeux de recherche sur la biodiversité, quels sont les atouts de la FRB pour aider à y répondre et quel rôle d’interface doit-elle jouer ?
  • Quelle articulation entre financements publics et privés pour répondre aux enjeux de la recherche sur la biodiversité ?

 

Consultez ci-dessous le compte-rendu de cet après-midi de réflexion.

 

L’appel de la FRB

Les travaux scientifiques sont clairs. L’érosion de la biodiversité s’accélère. Ce constat, relayé par les récentes évaluations régionales de l’IPBES, souligne combien il est urgent de mettre en œuvre des solutions pour freiner cet effondrement. La science est indispensable pour accompagner ces efforts et favoriser des comportements sociaux et économiques moins dommageables, voire même favorables à la biodiversité. C’est ce dernier message que la Fondation pour la recherche sur la biodiversité veut, avec ses partenaires, faire passer.

 

Sauvegarder la biodiversité, utiliser plus durablement les ressources naturelles, et en particulier les ressources génétiques, préserver les services que l’Homme retire des écosystèmes, tout cela passe par une meilleure connaissance de l’état et du devenir de la biodiversité, une meilleure connaissance du fonctionnement des écosystèmes, une meilleure appréhension de l’incidence des activités humaines sur la biodiversité. Sauvegarder la biodiversité, c’est imaginer des pratiques nouvelles pour les acteurs économiques, des mesures innovantes pour les politiques publiques et des comportements repensés pour les citoyens. Là encore la science, les connaissances sur la biodiversité, enrichies par les données des associations naturalistes et de la science citoyenne, la compréhension des relations complexes entre l’Homme et la nature, doivent guider l’action.

 

Les messages passés par la science sur l’avenir de la biodiversité sont dramatiques, mais, dans le même temps, les études montrent que des politiques volontaristes permettent de sauvegarder des espèces en danger d’extinction et des biotopes ou écosystèmes fragilisés. Les aires marines protégées offrent des opportunités à la fois pour la sauvegarde de la faune marine, mais aussi pour atténuer le changement climatique ; les aires protégées terrestres jouent le même rôle tout en contribuant au bien-être humain. Inciter les entreprises qui perturbent l’environnement à évaluer le coût de cet impact et le bénéfice économique et humain qu’il y aurait à le réduire peut conduire à une diminution significative de la pression qu’exercent les activités industrielles sur la biodiversité. Amener les citoyens à adopter dans leurs vies quotidiennes, dans leurs choix alimentaires, dans leurs pratiques de consommateurs, des comportements plus respectueux de la nature peut générer rapidement des effets très positifs sur la biodiversité locale, mais aussi sur la biodiversité plus lointaine qui subit souvent très directement l’incidence de nos comportements.

 

Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est l’avenir de la biodiversité, des animaux, des plantes, des micro-organismes, emblématiques ou ordinaires, qui nous entourent et dont on doit favoriser la libre évolution. C’est aussi l’avenir des sociétés humaines qui demain comme hier et aujourd’hui ont besoin de la biodiversité et lui accordent de multiples valeurs.

 

À l’occasion de ses 10 ans, la FRB invite ses partenaires et le grand public à changer de perspective : alors que nous retirons depuis des millénaires des services incommensurables de la biodiversité, à nous collectivement de lui rendre désormais des services. Notre avenir commun en dépend.

 

Les partenaires de l’appel :

L’appel de la FRB

À nous collectivement de rendre des services à la biodiversité : notre avenir commun en dépend.

 

Les travaux scientifiques sont clairs. L’érosion de la biodiversité s’accélère. Ce constat, relayé par les récentes évaluations régionales de l’IPBES, souligne combien il est urgent de mettre en œuvre des solutions pour freiner cet effondrement. La science est indispensable pour accompagner ces efforts et favoriser des comportements sociaux et économiques moins dommageables, voire même favorables à la biodiversité. C’est ce dernier message que la Fondation pour la recherche sur la biodiversité veut, avec ses partenaires, faire passer.

 

Consultez l’appel et découvrir les partenaires

 

À l’occasion de ses 10 ans, la FRB a mis en place différentes actions à découvrir ci-dessous : 

“La FRB fête ses 10 ans” par Jean-François Silvain, président de la FRB

10 ans, c’est court à l’échelle d’une vie humaine. C’est encore plus court à l’échelle de l’histoire du monde, mais, pour une structure nouvelle et originale dans le paysage de la recherche nationale et européenne, c’est déjà une période longue et riche. La Fondation française pour la recherche sur la biodiversité a été créé le 26 février 2008 à l’initiative des ministères chargés de la recherche et de l’écologie, à la suite des recommandations du Groupe 2 du Grenelle Environnement « Préserver la biodiversité et les ressources naturelles » qui s’était tenu fin 2007.

 

La Fondation, connue ensuite sous le sigle FRB, Fondation pour la recherche sur la biodiversité, résultait de la fusion de deux Groupements d’intérêt scientifique (GIS) préexistants ; le Bureau des ressources génétiques, fondé en 1983, et l’Institut français de la biodiversité, créé en 2000. Le but de la FRB est en premier lieu de rassembler et analyser des informations sur la recherche française et internationale pour la biodiversité, ses outils et ses applications, en second lieu d¹améliorer la coordination des acteurs nationaux de recherche, en troisième lieu de favoriser la diffusion et d¹accompagner l’utilisation des résultats de la recherche et de l’expertise scientifique et enfin d’établir un partenariat durable entre les organismes publics et les entreprises dans le domaine de la recherche en faveur de la biodiversité, de sa conservation et de la gestion des ressources génétiques. L’une des originalités de la FRB est la mise en place, à côté d’un Conseil scientifique (CS) d’un Conseil d’orientation stratégique (COS) regroupant les parties prenantes de la biodiversité (ONG, gestionnaires d¹espaces naturels, entreprises, syndicats, etc.).

 

(Consultez ci-dessous le texte complet)

 

À l’occasion de ses 10 ans, la FRB a mis en place différentes actions à découvrir ci-dessous : 

L’extinction paradoxale des espèces les plus charismatiques

Cette question est fondamentale, surtout lorsqu’on sait qu’une des difficultés rencontrées pour la conservation des espèces est ce manque de soutien et de mobilisation du public. Par exemple, 20 millions d’américains sont descendus dans la rue pour la première manifestation “Jour de la Terre” en 1970, mais aucune mobilisation similaire n’a été constatée au 21e siècle pour la biodiversité et ce, malgré les messages redondant sur l’extinction.

 

Une opinion largement répandue, dans le grand public, mais aussi dans la littérature scientifique, est que les efforts de conservation profitent de manière disproportionnée aux espèces charismatiques et que, par conséquent, leur protection est suffisante et acquise. Plusieurs publications scientifiques recommandent par exemple de ne pas concentrer l’effort de conservation sur ces espèces, mais de s’intéresser aussi aux espèces moins connues ou même de privilégier des unités plus intégratives et moins visibles, comme les écosystèmes ou les fonctions écosystémiques dans les politiques de conservation (Keith et al., 2015).

Or, en étudiant 10 des espèces les plus charismatiques, l’étude a mis en évidence qu’elles couraient un risque élevé et imminent d’extinction dans la nature. Il apparait que le public ignore en réalité la situation de ces animaux, les résultats suggérant que cela pourrait être dû à la perception biaisée de leur abondance, émanant d’un décalage entre leur profusion dans notre culture et leur profusion réelle dans la nature. En utilisant librement l’image d’espèces rares et menacées pour la commercialisation de leurs produits, de nombreuses entreprises participent à cette perception biaisée. Les chercheurs émettent l’hypothèse que cette perception biaisée nuit involontairement aux efforts de conservation, d’une part parce que le public ignore que les animaux qu’il préfère font face à un danger d’extinction imminente et qu’il n’en perçoit donc pas le besoin urgent de conservation et que, par ailleurs, l’existence dans l’esprit du public de populations virtuelles renforce la perception que les populations réelles ne sont pas menacées. Cette sorte de compétition entre populations virtuelles et réelles, paradoxalement, diminue les efforts de conservation nécessaires et par conséquent accentue le risque d’extinction de ces espèces.

 

Cette situation devrait durer tant que cette utilisation ne sera pas accompagnée de campagnes d’informations adéquates sur les menaces auxquelles ces espèces font face. Les auteurs proposent donc de compenser ces effets préjudiciables sur les efforts de conservation en captant une partie des bénéfices associés à l’utilisation commerciale de l’image de ces espèces.

Action n°11 : Je limite ma consommation d’huile de palme

L’île de Bornéo a perdu un tiers de ses forêts primaires1 entre 1973 et 2015 (Gaveau et al. 2016). C’est bien en Indonésie, plus qu’en Amazonie, que la disparition des forêts primaires est la plus rapide, avec 840 000 hectares perdus par an en 2012 (Margono et al. 2014). La plantation industrielle de palmiers à huile (Elaeis guineensis) y constitue l’une des principales causes de déforestation, avec la production de pâte à papier et de bois (Abood et al. 2015). Dans ce pays, premier producteur d’huile de palme avant la Malaisie, la superficie totale plantée en palmiers a été multipliée par sept en une vingtaine d’années (Carlson et al. 2012).

 

L’huile de palme est l’huile la plus produite dans le monde avec 70 millions de tonnes (USDA 2018). Elle est destinée à l’industrie alimentaire2 et à la production de cosmétiques3, de produits d’entretien, d’agro-carburants et d’électricité. La déforestation associée touche non seulement l’Asie, mais aussi l’Amérique latine et l’Afrique (Varsha et al., 2016). Au niveau mondial, sa production représente 8% de la déforestation imputée aux cultures, après le soja (19%) et le maïs (11%) (Union Européenne, 2013). Si le problème affecte des contrées lointaines, l’Union Européenne est le deuxième importateur et le troisième consommateur d’huile de palme au niveau mondial (USDA, 2018). Et cette consommation intensive n’est pas sans conséquence sur les plantes et les animaux dans les pays producteurs.

 

“Le déclin le plus sévère des orangs-outans a eu lieu dans des environnements détériorés par la récolte de bois et par les plantations industrielles d’huile de palme.”

 

Parmi les 193 espèces menacées par la production d’huile de palme, il faut citer l’orang-outan (Pongo pygmaeus), en danger critique d’extinction selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (Ancrenaz et al., 2016). Une étude internationale s’est tout récemment intéressée à l’influence de l’extraction de ressources naturelles, y compris l’huile de palme, sur ces primates (Voigt et al., 2018). Les auteurs sont allés sur le terrain compter les nids que ces grands singes construisent pour s’abriter la nuit. À l’aide de ces données et de modèles informatiques, ils ont estimé à 100 000 le nombre d’orangs-outans tués entre 1999 et 2015. Si la cause principale du déclin des primates est la chasse illégale, la moitié des orangs-outans de l’île de Bornéo se trouvait en 2015 dans des habitats dégradés par la récolte de bois, les plantations industrielles et la déforestation (Voigt et al., 2018). Le déclin le plus sévère a eu lieu dans ces environnements détériorés. Mais est-ce là la seule espèce victime de l’huile de palme ? Qu’en est-il de l’impact sur la biodiversité de façon plus générale ?

 

“Dans les plantations de palmiers à huile, l’abondance des chauves-souris insectivores diminue, faute de proies, et les oiseaux “spécialistes” disparaissent.”

 

Des chercheurs ont compilé et analysé 25 articles scientifiques consacrés aux conséquences de la production d’huile de palme sur la biodiversité. D’après leurs résultats, les plantations de palmiers à huile abritent, sans surprise, un nombre d’espèces (richesse spécifique) inférieur à celui de forêts primaires et secondaires (Savilaakso et al., 2014). Certaines espèces voient leur abondance diminuer, comme la plupart des chauves-souris insectivores, faute de proies. Les plantations défavorisent également les espèces d’oiseaux les moins répandues et les plus exigeantes en termes de conditions environnementales et de ressources (oiseaux dits spécialistes). Cette disparition des oiseaux spécialistes dans les plantations s’expliquerait par une végétation au sol réduite par rapport aux forêts. En outre, les conditions plus chaudes et sèches qui règnent dans ces plantations nuisent à certaines espèces de fourmis, de coléoptères et d’abeilles. D’où un impact très probable sur les services écosystémiques tels que la pollinisation, le contrôle des ravageurs de culture et le fonctionnement des sols (Savilaakso et al., 2014).

 

Un mode de gestion adapté pourrait réduire ces conséquences néfastes sur la biodiversité. En effet, des études ont démontré que le nombre d’espèces d’oiseaux était supérieur dans les plantations des petits producteurs, en comparaison avec celles des industriels (Azhar et al., 2011, dans Savilaakso et al., 2014). La recherche devrait aussi se pencher sur l’effet des standards de certification durable tels que RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil).  En effet, ce dernier, qui rassemble depuis 2004 des entreprises et des ONG, fait l’objet de vives critiques, portant sur des principes et critères trop peu contraignants qui favoriseraient les industriels au détriment des petits producteurs, des sanctions trop peu dissuasives et pas assez appliquées en cas de non respect, ainsi que des problèmes de traçabilité (FIAN/CNCD, 2018). Cela explique en partie des initiatives de boycott, parmi les consommateurs, de tout produit contenant de l’huile de palme, labellisée ou non.

 

“Les huiles de coco et de coprah sont elles aussi produites dans les pays tropicaux et prennent potentiellement la place de forêts.”

 

Cependant, les alternatives les plus fréquentes à l’huile de palme ne sont pas non plus sans incidence sur la biodiversité. Dans les cosmétiques, les huiles de coco et de coprah (chair de la noix de coco) sont elles aussi produites dans les pays tropicaux et prennent potentiellement la place de forêts. Dans l’alimentation, les huiles de colza et de tournesol, certes cultivées en Europe, le sont souvent de façon intensive et nécessitent, comme le souligne un récent rapport de l’UICN, des surfaces plus vastes pour une production équivalente (Meijaard et al. 2018). Alors qu’il est parfois compliqué de modifier les processus industriels (en termes de quantités disponibles ou de caractéristiques physico-chimiques requises), les consommateurs peuvent choisir de diversifier les sources d’huiles dans les produits quotidiens et  privilégier certaines huiles, telles que l’olive, la noix, l’amande, l’argan, les pépins de raisins ou les noyaux d’abricot, parfois locales et plus durables. Le label Agriculture biologique de l’Union Européenne reste alors un outil précieux pour se repérer.

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1 Les forêts primaires sont relativement préservées des activités humaines et concentrent une biodiversité particulièrement riche. Les forêts secondaires, en revanche, ont généralement repoussé après la destruction d’une forêt primaire. Forêts primaires et secondaires sont détruites pour les plantations.

2 L’huile de palme alimentaire est parfois mentionnée dans la composition sous les termes imprécis de « graisse végétale » et « huile végétale ».

3 Dans la composition des cosmétiques, l’huile de palme est indiquée par la mention Elaeis guineensis Oil. Ses dérivés les plus courants : Sodium Palmate, Isostearyl Palmitate et Palmitate d’Isopropyl. Les dérivés suivants en sont souvent issus, sauf mention contraire du fabricant : Lauryl Glucoside, Sodium Lauryl Sulfate, Cetearyl Alcohol, Glyceryl Distearate, Isopropyl Myristate, Dodecanol(en gras, partie du nom indiquant le lien possible avec l’huile de palme).

Prix Jeunes chercheurs 2018

À l’occasion de ses 10 ans, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) – avec le soutien de son Conseil d’orientation stratégique (COS) – a lancé un prix Jeunes chercheurs. Cette récompense permet de valoriser celles et ceux qui débutent dans la recherche et qui, par la qualité de leurs travaux, contribuent significativement aux sciences de la biodiversité.

 

Mercredi 26 septembre à 20h à l’Orangerie de Bagatelle neuf jeunes chercheuses et chercheurs seront récompensés sur des thèmes proposés par les membres du Conseil d’orientation stratégique (Cos) de la FRB. Pour cette première édition, l’actrice et réalisatrice Audrey Dana animera la cérémonie.

 

Les candidatures ont été évaluées scientifiquement par le le Conseil scientifique (CS) de la FRB avec le concours d’un membre du Conseil scientifique du FFEM. Les meilleurs projets ont été retenus et les financeurs du Conseil d’orientation stratégique ont sélectionnés leur lauréat en fonction des thématiques qu’ils avaient identifiée :

  • Biodiversité et océans, par la fondation Nature et découvertes
  • Biodiversité et espèces exotiques envahissantes, par la société Colas
  • Biodiversité et agriculture : utilisation des ressources génétiques végétales et agriculture durable, par le Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences et plants)
  • La biodiversité face à la pollution plastique, par la société Werner & Mertz (Rainett)
  • Biodiversité et Outre-mer, par la LPO, le comité français de l’UICN et le programme Science et enseignement (mis en place par EDF, l’Institut de France et l’Académie des sciences)
  • Sauvegarde et conservation de la biodiversité, par le Groupe Rocher et la société Enedis
  • Biodiversité urbaine, par la Comité français de la Fondation du Prince Albert II de Monaco
  • Biodiversité urbaine : recyclage des friches, par le Lifti (Laboratoire d’initiatives foncières et territoires innovantes)
  • Recherche associant biodiversité et enjeux de développement dans les pays du Sud, par le FFEM (Fond français pour l’environnement mondial)

 

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Les données de la biodiversité : biais taxonomiques en lien avec les préférences sociétales

Alors que la protection de la biodiversité s’impose de plus en plus comme un enjeu majeur tant pour les décideurs politiques que pour les acteurs de la société civile (des entreprises aux associations), les discussions autour de la biodiversité se concentrent uniquement sur un petit sous-ensemble d’espèces et la majorité des Eucaryotes reste inconnue ou ignorée. C’est ce qu’on appelle un biais taxonomique et, quoiqu’omniprésent dans la recherche sur la biodiversité, il est peu étudié, peu compris et donc peu ou pas pris en compte dans les conclusions de la recherche alors même qu’il est connu et que ses conséquences peuvent empêcher d’élaborer des conclusions couvrant l’ensemble du vivant et de mettre en place des programmes de protection efficaces.

 

Ainsi, certains organismes – principalement des plantes et des vertébrés – sont surreprésentés dans divers domaines scientifiques, car ils sont considérés comme écologiquement plus importants que d’autres et de ce fait sont plus susceptibles de lever des fonds. Or, il a été scientifiquement démontré que les espèces rares, petites ou non charismatiques, jouent parfois un rôle essentiel dans les écosystèmes et ne pas les considérer, par manque de connaissances, représente une entrave à la compréhension globale de la biodiversité à l’échelle mondiale, nuit à la mise en place de plans de conservation efficaces et ralentit la découverte de nouveaux produits ou propriétés chez les espèces sauvages.

 

L’étude de la biodiversité est une tâche ardue et nécessite de déployer une main-d’œuvre considérable pour rassembler et analyser les données sur la biodiversité. Cependant, alors que la biodiversité diminue à un rythme sans précédent, le biais taxonomique représente un fardeau pour les études sur la biodiversité qu’il est urgent de prendre en compte et de dépasser pour avoir une idée plus exacte de la diversité du vivant.

 

[Nouvelle synthèse] L’extinction paradoxale des espèces les plus charismatiques

Une opinion largement répandue, dans le grand public, mais aussi dans la littérature scientifique, veut que les efforts de conservation profitent de ma­nière disproportionnée aux espèces charismatiques et que, par conséquent, leur protection est suffisante et acquise.
Or, en étudiant 10 des espèces les plus charismatiques, l’étude de Franck Couchamp et ses collaborateurs a mis en évidence qu’elles couraient un risque élevé et imminent d’extinction dans la nature. Il apparait que le public ignore la situation de ces animaux. Les résultats suggèrent que cela pourrait être dû à la perception biaisée de leur abondance, émanant d’un décalage entre la profusion de leur représentation dans notre vie quotidienne à travers les médias, les jouets, les logos, et leur profusion réelle dans la nature. Les chercheurs émettent l’hypothèse que cette perception biaisée nuit involontairement aux efforts de conservation : d’une part parce que le public ignore que les animaux qu’il préfère font face à un danger d’extinction imminente et qu’il n’en perçoit donc pas le besoin urgent de conservation et que, par ailleurs, l’existence dans l’esprit du public de populations virtuelles renforce la perception que les populations réelles ne sont pas menacées. Cette sorte de compétition entre populations virtuelles et réelles, paradoxalement, diminue les efforts de conservation nécessaires et par conséquent accentue le risque d’extinction de ces espèces.

 

Cette situation devrait durer tant que cette utilisation ne sera pas accompa­gnée de campagnes d’information adéquates sur les menaces auxquelles ces espèces font face. Les auteurs proposent donc de compenser ces effets préjudiciables sur les efforts de conservation en captant une partie des bé­néfices associés à l’utilisation commerciale de l’image de ces espèces.

 

Découvrez ci-dessous cette troisième, et dernière, synthèses d’une série proposée par la FRB sur le paradoxe de la connaissance.

Action n°10 : Je privilégie le papier et le bois durables

Meubles, papier, emballages cartonnés… Tous ces produits du quotidien proviennent des forêts et ont souvent parcouru des milliers de kilomètres jusqu’à nous. Ainsi, une table peut avoir été fabriquée en Chine à partir de bois français – chêne, hêtre, sapin, épicéa – ou bien de bois tropicaux d’Afrique centrale ou d’Amérique du sud – hévéa, teck, wenge. Le papier, que chaque employé de bureau consomme à hauteur de 70 à 85 kg par an (ADEME), subit une transformation si importante qu’on en oublierait presque qu’il provient pour une large part de fibres de bois. Si les certifications ne renseignent pas les acheteurs sur la provenance ni sur les traitements appliqués, elles ont au moins le mérite – et c’est là leur objectif – de favoriser des pratiques forestières qui nuisent le moins possible à l’environnement.

 

“Les certifications favorisent des pratiques forestières nuisant le moins possibles à l’environnement”

 

Les principaux labels, FSC (Forest Stewardship Council) et PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification schemes) (voir encadré) garantissent que le bois utilisé pour un produit est issu d’une exploitation forestière qui respecte les lois locales, le bien-être des travailleurs et celui des communautés d’habitants, tout en préservant la biodiversité, les services et les valeurs associés aux écosystèmes. Leurs cahiers des charges prévoient de privilégier au maximum les essences locales, de conserver le bois mort au sol et les vieux arbres, ou encore de limiter le recours aux fertilisants. Reste à savoir ce que valent réellement ces certifications, quelle est leur réalité et comment sont réalisés les contrôles de conformité aux cahiers des charges.

 

Une équipe de recherche a comparé plusieurs standards de certification : celui du FSC, et deux autres reconnus par le PEFC en Amérique du nord, le Sustainable Forestry Management (SFM) et le Sustainable Forestry Initiative (SFI).

Leurs résultats montrent que le FSC propose des critères écologiques et sociaux plus performants, en particulier pour préserver les espèces rares et menacées, interdire ou limiter la conversion de forêts naturelles en plantations, et protéger les peuples autochtones. Le SFM et le SFI nord-américains reconnus par le PEFC s’avèrent quant à eux plus efficaces en termes de productivité et de longévité économique (Clark & Kozar 2011). Cependant, ces résultats sont à considérer avec prudence, puisqu’il ne s’agit que de critères prévus en théorie par chaque standard, et non de leurs effets réels, dont l’étude nécessiterait des données de terrain. De façon générale, les principes et critères du FSC seraient plus contraignants, alors que ceux du PEFC donneraient aux entreprises davantage de flexibilité (Auld, Gulbrandsen & McDermott 2008).

 

L’adoption de meilleures pratiques forestières est d’autant plus importante que plus de la moitié des espèces sur Terre vivent dans les forêts. Or chaque année, 3,3 millions d’hectares de forêts sont perdus (FAO 2015), et ce, y compris en Europe, notamment dans la taïga russe. Certaines forêts font place à des champs ou à des villes, tandis que d’autres persistent mais sont exploitées, ou bien converties en plantations d’arbres pour produire des meubles, du papier ou encore de l’énergie. Les  plantations représentent aujourd’hui 7 % des couverts boisés du monde.

 

“Il y a en moyenne 29% d’espèces en moins dans les forêts gérées en comparaison à celles non gérées”

 

Des chercheurs ont étudié l’impact de la gestion des forêts, d’origine ou de plantation, sur leur biodiversité. Ils ont montré que les forêts gérées ont en moyenne une richesse spécifique – nombre d’espèces – de 29 % moins grande que celle des forêts non gérées (Chaudhary et al. 2016). Ainsi, les plantations établies pour la production de bois sont les moins diversifiées avec  un nombre d’espèces réduit de 40 % par rapport aux forêts non gérées. Ce qui n’est guère surprenant lorsque l’on sait que la quasi-totalité des plantations sont des monocultures.

Les modes de gestion sont également très importants en terme d’impact sur la biodiversité. Une coupe claire, qui consiste à raser intégralement une zone, diminue le nombre d’espèces présentes en forêt de 22 %.  La sélection conventionnelle en forêt tropicale, qui implique de ne couper que les arbres les plus grands et de meilleure qualité, le réduit de 13 %. Au contraire, la gestion par rétention – qui consiste à laisser sur-place quelques groupes d’arbres – ou encore, la sélection en forêt tempérée ou boréale – qui ne coupe que les arbres matures, créant des différences d’âge entre les individus  et l’exploitation à faible impact – qui revient à sélectionner chaque arbre à abattre et guider sa chute pour en limiter les dégâts, dans le cadre d’un plan précis –  altèrent beaucoup moins la biodiversité (Chaudhary et al. 2016).

 

“Gérer la forêt, c’est en modifier la structure d’âge des arbres, favoriser certaines essences, changer sa température, sa luminosité, son humidité, … des perturbations qui se répercutent sur tout l’écosystème”

 

Gérer la forêt, c’est en effet modifier la structure d’âge des arbres, favoriser certaines essences, mais aussi changer sa température, sa luminosité ou encore son humidité. Tous ces paramètres influent sur les êtres vivants qui la peuplent. Les perturbations se répercutent alors sur tout l’écosystème. Ainsi, des coléoptères, champignons, lichens et mousses participent à la décomposition du bois mort et dépendent de sa présence. Les souches et les branches coupées ou cassées forment pour eux des abris importants, mais également des moyens de déplacement ou des sites de nidification et d’alimentation pour d’innombrables oiseaux et mammifères. Dans les forêts boréales de Scandinavie, le retrait des résidus de bois sur le sol a réduit le nombre d’espèces de coléoptères (Gunnarsson et al. 2004) et affecté les espèces « spécialistes », dépendantes de ressources particulières (Nittérus et al. 2007). En effet, ces éléments, de moindre qualité pour l’industrie, sont de plus en plus souvent récoltés afin de produire de l’énergie ou bien des matériaux transformés comme le papier et les panneaux de particules. Pourtant, mieux vaudrait les laisser dans la forêt afin qu’ils jouent leur rôle pour la biodiversité (Bouget et al. 2012).

 

En attendant de pouvoir déterminer l’impact réel des labels FSC et PEFC sur la biodiversité, ceux-ci permettent tout de même à chacun d’encourager des pratiques plus durables dans ses achats de meubles en bois ou de papier (van Kuijk, Putz & Zagt 2009).

 

Le Forest Stewardship Council (FSC), association à but non lucratif créée en 1993 par des associations de protection de l’environnement, des commerçants et producteurs de bois et d’autres parties prenantes, offre un cahier des charges international. Initialement conçu pour les forêts tropicales, le label FSC s’applique désormais également aux forêts boréales et tempérées, et il se décline en trois catégories selon les produits : « 100 % issu de forêts bien gérées », « Mixte – papier issu de sources responsables » (mélange de bois issu de forêts FSC et de matériaux recyclés) et « Recyclé – fabriqué à partir de matériaux recyclés ».

 

Le Programme for the Endorsement of Forest Certification schemes (PEFC), fondé par des propriétaires forestiers européens en 1999, reconnaît quant à lui un ensemble de standards dont chacun est défini à l’échelle d’un pays.

 

En 2014, les forêts certifiées PEFC et FSC représentaient respectivement 6,3 % et 4,5 % des forêts du monde. Les forêts ne sont pas contrôlées directement par le FSC ni par le PEFC, mais par des organismes certificateurs indépendants. Les audits sont réalisés, pour chaque exploitation, tous les ans (FSC) ou bien de façon aléatoire (PEFC).

 

[Nouvelle synthèse] Les données de la biodiversité : biais taxonomiques en lien avec les préférences sociétales

La FRB poursuit sa série de synthèses sur le paradoxe de la connaissance avec cette deuxième synthèse.

 

À l’heure où l’on estime que plus de 99% des espèces vivant sur terre sont encore inconnues, peu étudiées ou ignorées, une équipe de recherche menée par Julien Troudet a récemment publié dans la revue Scientific Reports une étude cherchant à comprendre pourquoi certaines espèces étaient plus étudiées que d’autres.

 

Alors que l’on estime à 11 millions le nombre total d’espèces peuplant notre planète, seules 1,4 millions d’entre elles sont décrites. La majorité – plus de 99% – reste toujours inconnue, peu étudiée ou ignorée. C’est ce qu’on appelle un biais taxonomique, autrement dit le fait que certaines espèces, animales ou végétales, soient particulièrement bien connues des scientifiques (et du grand public) alors que d’autres organismes nous sont totalement inconnus.

Bien, qu’omniprésent dans la recherche sur la biodiversité, ce biais est peu étudié, peu compris et donc peu ou pas pris en compte dans les conclusions de la recherche alors même qu’il a été scientifiquement démontré que les espèces rares, petites ou non charismatiques, jouent parfois un rôle essentiel dans les écosystèmes.

Ne pas les considérer, par manque de connaissances, représente une entrave à la compréhension globale de la biodiversité à l’échelle mondiale, nuit à la mise en place de plans de conservation efficaces et ralentit la découverte de nouveaux produits ou propriétés chez les espèces sauvages.

Biodiversité, transition alimentaire et santé

En 2030, la population humaine devrait atteindre 8,6 milliards d’habitants. La production mondiale agricole, aquacole et halieutique devrait augmenter de 20 % (FAO, 2018) au cours des dix prochaines années. Or ni le taux d’accroissement des rendements des quatre principales céréales – blé, maïs, pomme de terre et riz – qui répondent à la plupart des besoins nutritionnels (Lachat et al., 2017), ni les stocks de poissons aujourd’hui surexploités (FAO, 2013) ne pourront couvrir les besoins d’une population grandissante.

 

À ce jour, la réponse donnée à l’augmentation de la demande alimentaire a été de convertir des terres en surfaces agricoles et d’intensifier l’agriculture et la pêche, autrement dit, d’augmenter la quantité des aliments sans se soucier de leur qualité, alors même que la biodiversité alimentaire est indispensable à une bonne qualité de notre alimentation notamment en terme de micro nutriments.

 

Cette réponse n’est pas sans conséquence sur l’environnement et sur la santé humaine. La plus grande cause de la perte de biodiversité au cours des 50 dernières années a été la transformation des habitats, principalement en raison de la conversion d’écosystèmes naturels et semi naturels. L’agriculture intensive, et en particulier l’usage des pesticides qui lui est généralement associé, cause par exemple 250 000 décès par an (OMS).

 

Afin de permettre à nos sociétés de se nourrir sainement, dans le respect de la biodiversité, les systèmes de production alimentaire doivent être repensés pour préserver les écosystèmes qui produisent des denrées et qui permettent aux sociétés humaines d’en retirer des services tels que la captation du CO2, l’épuration de l’eau ou de l’air, indispensables à une bonne qualité de vie.

 

La journée FRB du 27 septembre : « Biodiversité, transition alimentaire et santé » fera un point sur l’état des connaissances scientifiques sur ces enjeux. Elle se donne aussi pour ambition d’animer des discussions avec les parties prenantes sur les voies d’une transition alimentaire effective et partagée par le plus grand nombre. Car si les solutions existent, des questions majeures doivent encore trouver leurs réponses. Comment faire en sorte que ces solutions pensées au niveau mondial puissent s’appliquer localement ? Et à quel prix politique, et social ?

 

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Action n°9 : Je préfère le poisson durable

Les Français consomment en moyenne plus de 30 kg par an de « poisson » (au sens commercial ou alimentaire, c’est-à-dire englobant poissons, mollusques et crustacés aquatiques). Dans l’Union Européenne, les ¾ de la consommation sont pêchés tandis qu’¼ est élevé, et à l’échelle mondiale, l’aquaculture assure un peu plus de la moitié de l’approvisionnement, le reste provenant de la pêche en eaux marines et continentales. L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation (FAO)1 estime qu’1/3 des stocks2 halieutiques sont surexploités, c’est-à-dire soumis à une intensité de capture qui excède leur capacité à se renouveler. Si certaines espèces – telles que le thon rouge – se portent mieux grâce à des mesures de régulation de la pêche, d’autres sont au bord de l’effondrement et se retrouvent pourtant dans nos assiettes. Les travaux de recherche et rapports d’expertise scientifique peuvent cependant guider nos choix.

 

“Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation, 1/3 des stocks halieutiques sont surexploités.”

 

Préférer les poissons d’élevage à leurs équivalents sauvages n’est pas toujours une solution, car les seconds sont nécessaires pour nourrir les premiers. Plus précisément, plusieurs espèces de « petits pélagiques » sauvages (anchois, harengs, sardines, etc., aussi appelés « poissons fourrage ») entrent dans la composition de l’aliment des espèces carnassières d’élevage comme le saumon, ou encore les crevettes tropicales. Il faut un à plusieurs kg de poissons fourrage pour produire un kg d’une espèce d’élevage (dans le cas du saumon norvégien, environ 1 kg pour 1 kg). Les petits pélagiques « pèsent » près de 40 % des captures marines mondiales. Outre leur utilisation partagée, voire concurrente, entre fabrication d’aliments pour animaux d’élevage et consommation humaine (Majluf et al. 2017), ils sont aussi des proies indispensables aux prédateurs dans les écosystèmes marins.

 

Ainsi, la surpêche des petits pélagiques peut entraîner des conséquences dramatiques pour de nombreuses espèces de poissons, de mammifères et d’oiseaux marins comme le thon rouge de l’Atlantique, le manchot de Humboldt, le pétrel géant et la baleine à bosse (Pikitch et al. 2012, 2014). Or, les poissons fourrage, dont la vulnérabilité a été confirmée par des travaux scientifiques dans le cadre du projet Emibios, sont particulièrement affectés par les impacts combinés de la pêche et des changements climatiques (Travers-Trolet et al. 2014, Fu et al. 2018). Il ne faut cependant pas oublier que 30 % de la production aquacole mondiale de poissons d’élevage ne nécessite aucun apport d’aliment incluant du poisson fourrage : il s’agit en majorité de la carpe argentée et de la carpe à grosse tête. Il en est de même pour la culture des mollusques bivalves, principalement les moules, huîtres et palourdes.

 

Le maquereau et le hareng, ayant autrefois connu la surexploitation, auraient à présent des stocks suffisamment reconstitués pour que l’on puisse en recommander l’achat, d’autant plus que les qualités nutritionnelles des petits pélagiques sont avérées. Chez le poissonnier, plutôt que la dorade rose, classée comme quasi-menacée par l’Union internationale pour la conservation de la nature, il semblerait préférable de choisir la dorade grise ou la dorade royale3. Et plutôt que pour le thon rouge, dont l’état s’est certes amélioré mais reste fragile, mieux vaudrait opter pour la bonite à ventre rayé, également appelée « thon listao ». Les situations de ces espèces peuvent néanmoins basculer si les consommateurs ou les industriels se tournent trop massivement vers elles ! Pour acheter durable, le site www.ethic-ocean.org propose des guides pratiques et documentés, des fiches et une application mobile.

 

“Le label MSC est décerné aux pêcheries qui s’engagent à assurer une gestion durable des stocks afin d’éviter la surpêche.”

 

L’aquaculture étant assimilée à une activité agricole — ce qui n’est pas le cas de la pêche, les produits qui en sont issus peuvent être certifiés « Agriculture biologique », ce label ne tenant toutefois pas pleinement compte de leur incidence sur les écosystèmes marins. Concernant les poissons, mollusques et crustacés sauvages, le label MSC4 est décerné aux pêcheries qui s’engagent à assurer une gestion durable des stocks afin d’éviter la surpêche, et à ne pas détériorer les milieux aquatiques, par ailleurs très variés.

 

Car l’impact sur la ressource en elle-même n’est pas le seul qu’il faut considérer. Les fonds marins abritent les poissons dits « benthiques », à l’image des diverses espèces de raies, de soles et de plies (ou carrelets), ou encore de la baudroie commune, dont la queue est appelée « lotte ». D’autres poissons, dits « démersaux », vivent à proximité du fond, à l’instar du merlu commun5 et des différentes espèces de « gadidés », une famille de poissons dont le plus connu est la morue, ou cabillaud, et qui comprend également le merlan, le haddock et le colin d’Alaska (ce dernier atteignant le plus gros volume de capture parmi les poissons destinés à la consommation humaine).

 

La capture des poissons et de coquillages benthiques et démersaux nécessite des techniques qui raclent les sédiments marins (dragues et chaluts). La faune, constituée de coraux, d’éponges, de vers et de crustacés, est d’autant plus affectée que les engins pénètrent profondément dans le fond marin (Hiddink et al. 2017). Le temps mis par les écosystèmes pour se remettre des effets du chalutage varie entre près de deux ans et plus de six ans (Hiddink et al. 2017).

 

“La biodiversité de la petite faune est réduite de moitié dans les sédiments chalutés des grands fonds méditerranéens.”

 

Dans les sédiments régulièrement chalutés des grands fonds (-200 m et au-delà) du nord-ouest de la mer Méditerranée, la petite faune voit son abondance réduite de 80 % et sa biodiversité réduite de moitié (Pusceddu et al. 2014). Le renouvellement de la matière organique, processus crucial dans les écosystèmes benthiques, y est de 37 % plus lent. Or, le chalutage concerne des habitats toujours plus profonds, où l’impact est encore plus sévère et persistant (Clark et al. 2016). En Manche et au sud de la Mer du Nord, cette pratique affecte en particulier les espèces à durée de vie longue, du fait de leur croissance plus lente et de leur maturité plus tardive (Rijnsdorp et al. 2018). Cependant, pour certains poissons, plusieurs modes de pêche sont possibles. Mieux vaut alors choisir, par exemple, un bar de ligne plutôt qu’un bar de chalut.

 

Parmi les poissons dont les stocks sont largement surexploités figurent les espèces d’esturgeons (et leurs œufs, le caviar), l’espadon reconnaissable à son long rostre en forme d’épée, et surtout de nombreuses espèces de requins. D’après l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), un quart des raies et des requins sont fortement menacés d’extinction (Davidson et al. 2016, Dulvy et al. 2017). Il semble alors paradoxal que, selon la FAO, les débarquements (quantités rapportées au port) de requins et de raies aient décliné de près de 20 % en une décennie, après un pic en 20036.

 

“D’après l’UICN, un quart des raies et des requins sont fortement menacés d’extinction.”

 

En fait, si les pêcheurs capturent moins de requins et de raies, c’est bien parce que ces animaux se font plus rares dans les océans, et non parce que des mesures de régulation les y incitent ou obligent. En étudiant la situation dans 126 pays, des chercheurs ont en effet conclu que les débarquements de raies et de requins étaient étroitement liés à la demande des consommateurs, entraînant la pression de pêche sur les ressources, plutôt qu’à une meilleure gestion de leurs stocks. Ainsi, les pays présentant les plus forts déclins, Pakistan, Sri Lanka et Thaïlande, ont des côtes densément peuplées et exportent davantage de viande de raie et de requin (Davidson et al. 2016).

 

À l’heure où le commerce des produits issus de la mer est mondialisé et où 68 % des denrées alimentaires animales d’origine aquatique de l’Union Européenne sont importées (EUMOFA 2017), favoriser les produits locaux permet de diminuer le coût écologique du transport de l’océan à l’assiette. Et, à l’image des fruits et légumes, ils se consomment aussi de saison, selon leur période de reproduction (au cours de laquelle il faut éviter de les pêcher).

 

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1 Voir la récente édition du rapport biennal de la FAO (SOFIA 2018 : « La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture), publié dans les 6 langues de l’ONU et téléchargeable à l’adresse :
http://www.fao.org/documents/card/en/c/I9540FR.

2 Le stock correspond à l’ensemble des individus d’une espèce susceptibles d’être pêchés, dans une zone géographique donnée.

3 Espèce carnivore sauvage, la daurade royale est aussi, avec le loup (ou bar), un produit « phare » de l’aquaculture en Méditerranée.

4 Le Marine stewardship council (https://www.msc.org/fr) est une ONG fondée par une entreprise, Unilever, et par le Fonds mondial pour la nature (WWF), mais indépendante de ces derniers depuis 1999. Aujourd’hui, 315 pêcheries sont certifiées MSC dans le monde, dont une dizaine en France.

5 Les merlus sont aussi appelés « colins », même s’ils sont assez différents du « colin d’Alaska » (gadidé).

6 Les captures de requins et de raies sont souvent déclarées par groupes d’espèces et non par espèce. On connaît des exemples où l’effondrement de l’une ou de plusieurs d’entre elles a été masqué par un report d’effort sur d’autres (Iglésias et al. 2010)

Action n°8 : Je repense ma consommation de viande

Sur Terre, si l’on considère la masse totale des êtres vivants, sept oiseaux sur dix sont des volailles, et six mammifères sur dix appartiennent à la catégorie du bétail – principalement bovin et porcin (Bar-On Philips & Milo, 2018). Un constat saisissant et révélateur du poids de l’élevage au niveau mondial, en particulier pour la viande1. Tous les ans, plus de 65 milliards d’animaux domestiques sont abattus dans le monde, dont 1 milliard en France. Dès la fin de la seconde guerre mondiale, l’artificialisation, l’industrialisation et l’intensification ont touché l’ensemble des modes de production des aliments. Ainsi, la production globale de viande a quintuplé dans la deuxième moitié du XXe siècle, atteignant près de 330 millions de tonnes en 2016 (FAO, 2018). Et si la consommation a néanmoins baissé depuis quelques années en France, avec 84 kg par personne et par an (FranceAgriMer, 2018), ce n’est pas le cas dans les pays en transition, qui tendent à rattraper les tonnages consommés dans les pays du nord.

 

Parmi les alternatives à des régimes riches en produits carnés, outre les régimes de type végétarien (sans viande) et végétalien (sans aliments d’origine animale, y compris lait, œufs et leurs dérivés), le « flexitarisme » consiste à manger moins de viande mais à en privilégier la qualité. En effet, les cycles de production, plus lents dans les pâturages extensifs, ne sont pas suffisants pour que chacun puisse en consommer plus de deux à trois fois par semaine. Du point de vue de la santé, ce rythme correspond aux recommandations nutritionnelles de ne pas dépasser 500 grammes de viande rouge par semaine (ANSES2, 2017). Qu’il s’agisse de viande ou d’alternatives végétales, il est également possible de choisir de consommer des produits labellisés (agriculture biologique) ou issus de la vente directe à la ferme.

 

“L’élevage occupe 70 % de toutes les terres agricoles et 30 % de la surface terrestre globale, et motive une grande partie de la déforestation en Amazonie.”

 

Ces perspectives de changement du comportement alimentaire sont d’autant plus cruciales que la production de viande à grande échelle accapare les terres. À l’heure où la biodiversité subit la perte et la dégradation des habitats naturels, les animaux domestiques pâturent sur plus d’un quart de la surface des continents (hors glaciers), et un tiers des terres arables sont consacrées à cultiver leur alimentation. Au total, l’élevage occupe 70 % de toutes les terres agricoles et 30 % de la surface terrestre globale, et motive une grande partie de la déforestation dans des régions comme l’Amazonie (Steinfeld et al., 2006). Toutefois, cette activité constitue un moyen de subsistance important dans des territoires impropres à la culture de plantes comestibles pour l’Homme. En l’absence de grands herbivores, il s’agit aussi d’un mode de gestion de l’espace qui entretient des milieux ouverts, notamment en montagne.

 

“En moyenne, produire 1 kg de viande de bœuf revient à émettre plus de 46 kg d’équivalents CO2 dans l’environnement.”

 

Le pâturage trop intensif contribue néanmoins à la compaction et à l’érosion du sol, la dégradation des terres menaçant aujourd’hui directement la vie de plus de 3,2 milliards d’êtres humains (IPBES, 2018). En outre, l’élevage représente plus de 14 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial (Gerber et al., 2014) et 12 % en France (Peyraud, 2011). Ce secteur d’activité émet notamment du méthane, issu de la fermentation dans l’estomac des animaux lors de leur digestion, et du protoxyde d’azote, issu de la fertilisation des champs de blé, de maïs et de soja destinés à nourrir les animaux. En moyenne, dans le monde, produire 1 kg de viande de bœuf revient à émettre plus de 46 kg d’équivalents CO2 dans l’environnement (Gerber et al., 2014). Un chiffre deux à quatre fois plus bas en France et qui dépend fortement du mode d’élevage (Peyraud, 2011), mais toujours plus élevé pour la viande que pour les céréales, les légumes ou les œufs.

 

En plus de son rôle dans le changement climatique, l’élevage contribue à la disparition des  espèces sauvages par l’accaparement des ressources en eau. D’après l’Institut de l’UNESCO pour l’éducation relative à l’eau, en comptant l’eau bue par les animaux ainsi que le volume utilisé pour cultiver leurs aliments, il faut plus de 15 400 litres pour obtenir un kg de viande bovine, la plus gourmande en eau (Mekonnen & Hoekstra, 2010) [soit cinq à dix fois plus que pour les céréales, les légumes et les œufs], ou encore 550 litres d’eau, hors eau de pluie [soit 2,5 fois plus que pour les céréales] (Peyraud, 2011). Un chiffre plus faible lorsque l’animal se nourrit exclusivement d’herbe sur un terrain non irrigué. La production intensive de viande est également susceptible de générer des pollutions (voir encadré ci-contre).

 

“Il faut plus de 15 400 litres d’eau pour obtenir un kg de viande bovine, ou 550 litres hors eau de pluie.”

 

En compilant et en analysant 63 études scientifiques, des chercheurs britanniques ont identifié 14 régimes alimentaires qui réduiraient potentiellement l’occupation des sols et les émissions de gaz à effet de serre de 70 à 80 %, et diminueraient l’usage d’eau de moitié (Aleksandrowicz et al., 2016). Une alimentation végétarienne ou végétalienne serait ainsi bénéfique, de même que la substitution partielle de la viande et du lait par des produits d’origine végétale tels que les légumineuses (haricots, par exemple). Ces dernières ont l’avantage de contenir les acides aminés essentiels complémentaires de ceux renfermés par les céréales et nécessaires à un bon équilibre alimentaire. Or, leur empreinte écologique sur les ressources en eau est six fois plus faible que celle des protéines bovines (Mekonnen & Hoekstra, 2010).

 

“14 régimes alimentaires, végétarisme, végétalisme et flexitarisme, réduiraient l’occupation des sols et les émissions de gaz à effet de serre de 70 à 80 % et diminueraient l’usage d’eau de moitié.”

 

Cependant, d’autres chercheurs rappellent qu’évaluer la performance environnementale des régimes est complexe, puisqu’il faut prendre en compte les changements d’usage des terres, le stockage de carbone par le sol, et surtout, la variété des aliments consommés et la diversité des systèmes agricoles (Ridoutt, Hendrie & Noakes, 2017).

 

Une étude allemande a également démontré que le comportement alimentaire est influencé par les émotions, par les normes sociales et par la dissonance cognitive, c’est-à-dire lorsque les savoirs et les valeurs d’une personne sont en contradiction avec ses actes (Stoll-Kleeman & Schmidt, 2017). L’élevage et la consommation de viande font aussi partie des traditions culturelles dans de nombreux territoires. Les régimes diminuant ou excluant les produits carnés seraient donc plus faciles à adopter dans une société les ayant déjà intégrés dans ses pratiques ou son histoire, ou lorsque l’offre commerciale en alternatives attractives et équilibrées est suffisante.

 

Les pollutions de l’eau générées par l’élevage

La production intensive de viande est susceptible de générer des pollutions. Avec les effluents domestiques, les effluents agricoles constituent l’une des causes majeures des proliférations d’algues vertes (ou ulves) sur nos côtes. Les nutriments ingérés par les animaux se retrouvent dans leurs déjections, épandues dans les champs sous forme de fumier ou de lisier. Lorsqu’ils sont en excès, ces nutriments, notamment l’azote et le phosphore, ne sont pas absorbés par les plantes et se retrouvent soit dans les nappes phréatiques, soit dans les rivières, entraînés par les pluies ou par l’érosion des sols. Les rivières enrichissent alors l’océan, favorisant le développement excessif des algues vertes qui viennent ensuite s’échouer sur les plages (Pinay et al., 2017).

Par leur présence excessive, ces algues impactent la biodiversité en causant la disparition de certaines espèces de mollusques, de vers marins et de poissons. En émettant des gaz toxiques, méthane et hydrogène sulfuré, elles nuisent aussi aux activités telles que la conchyliculture et, potentiellement, à la santé humaine. Les écosystèmes ainsi affectés peuvent basculer brutalement dans un état difficilement réversible. La forte densité des cheptels, notamment de porcs et de volailles en Bretagne, accentue le processus (Pinay et al., 2017).

 

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1 L’action ici présentée est focalisée sur la viande d’animaux terrestres et exclut donc les poissons et autres organismes aquatiques, qui font l’objet d’une action distincte.

2 Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

Action n°7 : Je jardine sans pesticides

Près des ¾ des Français possédant un terrain jardinent régulièrement (Ifop / MEEDDM, 2010). Or, depuis janvier 20171, les collectivités locales et les établissements publics n’ont plus le droit d’utiliser de pesticides de synthèse pour entretenir les espaces verts dont ils ont la responsabilité2. Ainsi, en attendant l’interdiction de l’usage de ces substances par les jardiniers amateurs en 2019, ces derniers constituent la principale source de pesticides en milieu urbain. Une étude basée sur des données de sciences participatives s’est intéressée aux insectes qui visitent les fleurs des jardins privés. Selon celle-ci, les insecticides et les herbicides ont un impact négatif sur l’abondance des papillons et bourdons : les premiers atteignent directement les pollinisateurs, tandis que les seconds agiraient de façon indirecte en diminuant la disponibilité en ressources – nectar et pollen (Muratet & Fontaine, 2015).

 

« Les pesticides bio nuisent moins à la biodiversité, mais tout dépend des doses utilisées »

 

Pour préserver la biodiversité, serait-il alors préférable d’utiliser des pesticides autorisés en agriculture biologique ? Si ces produits nuisent moins à la biodiversité par rapport à leurs équivalents conventionnels, cela dépend toutefois étroitement des doses utilisées. Le cuivre de la bouillie bordelaise, par exemple, s’accumule dans les sols. Si l’on manque encore d’études sur son utilisation dans les jardins des particuliers, des travaux existent dans le cas des territoires agricoles. D’après l’expertise scientifique collective (ESCo) menée par l’Inra et par l’Institut technique de l’agriculture biologique (Inra / Itab, 2018), les sols viticoles européens contiennent jusqu’à 500 mg/kg de cuivre, contre 3 à 100 mg/kg dans les sols naturels. Les plantes cultivées peuvent alors en pâtir, de même que la biodiversité des sols : le cuivre fortement concentré nuit aux communautés de microbes et aux collemboles, des hexapodes proches des insectes.

 

Alors comment vaincre les ravageurs des cultures sans pesticides ? Le contrôle biologique peut faire partie des solutions, en utilisant des substances naturelles, comme le pyrèthre, insecticide extrait des chrysanthèmes, ou en favorisant des espèces « auxiliaires » qui parasitent ou consomment les ravageurs. Coccinelles, chrysopes, syrphes (mouches à bandes jaunes et noires), micro-guêpes, hérissons, vers nématodes sont d’utiles auxiliaires de culture. Il est possible d’en élever certains, comme les coccinelles, puis de les relâcher, mais sans certitude qu’ils resteront dans un lieu donné. En revanche, adapter le jardin et sa gestion pour qu’il leur soit favorable permet d’inciter les auxiliaires à venir chez soi et à y rester. Reste alors à diversifier les plantes de nos espaces extérieurs, et à former des réseaux de balcons et de jardins entre lesquels les organismes circulent librement.

 

« Des espèces « auxiliaires », coccinelles, chrysopes, syrphes ou hérissons, parasitent ou consomment les ravageurs »

 

D’autres solutions fondées sur l’observation des milieux s’avèrent aussi prometteuses. Des chercheurs suédois (Ninkovic et al., 2013) ont illustré la façon dont le comportement des ravageurs varie en présence de leurs prédateurs. Ainsi, les pucerons se laissent tomber au sol pour échapper aux coccinelles. En effet, ces dernières laissent derrière elles une trace chimique, telle une odeur, que détectent leurs proies. Les scientifiques ont donc placé des pucerons du merisier à grappes (Rhopalosiphum padi, un ravageur de céréales) au centre de boîtes de pétri dont seul un côté avait été mis en contact avec une ou plusieurs coccinelles à sept points (Coccinella septempunctata, l’espèce la plus commune en Europe). Il y avait alors significativement moins de pucerons du côté fréquenté par les coccinelles, un comportement d’évitement plus ou moins fort selon le nombre et le sexe des coccinelles ayant laissé leur odeur dans la boîte. La perspective de ce résultat permettrait d’envisager un jour de traiter les jardins et les cultures avec des odeurs de prédateurs.

 

Des techniques agricoles innovantes comme la permaculture visent également à cultiver autrement, sans produits de synthèse et sans utilisation de carburants fossiles (Guégan & Leger, 2015). Le concept de permaculture, développé dans les années 1970 par les australiens Mollisson et Holmgren, est issu de l’écologie scientifique et s’applique de façon concrète sur le terrain. Ses méthodes consistent à aménager et à piloter les écosystèmes dans une vision globale du site, de son fonctionnement et de sa dynamique, et ce en accord avec des aspirations sociales, écologiques et économiques. Des outils tels que ceux de la permaculture pourraient être adaptés aux jardins ou espaces verts urbains, afin d’élargir encore le champ des possibles pour jardiner sans pesticides.

 

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1 Plan français Ecophyto II, loi Labbé du 06 février 2014 et article 68 de la loi de transition énergétique.

2 Avec une exception pour certains espaces à contraintes particulières comme les installations électriques.

Chercheurs et gestionnaires d’espaces naturels protégés : des liens à construire

La FRB a mis en place en 2015 un groupe de travail “Espaces naturels protégés et recherche” associant ses deux conseils de gouvernance : le Conseil d’orientation stratégique (Cos) et le Conseil scientifique (CS). Dans le cadre de ce groupe de travail, une enquête a été menée afin de mieux connaître et faire connaître les collaborations gestionnaires/chercheurs et leur implication dans le développement des connaissances.

 

Un dépliant a également été conçu, sur la base de la publication, et met en avant des recommandations visant à conforter les espaces naturels protégés en tant que sites potentiels d’observation et d’analyse des rapports des sociétés à la nature. Elles ont également comme objectif d’en faire des sites références “sentinelles” où réaliser des suivis sur le long terme.

 

La publication et le dépliant sont consultables dans les ressources ci-dessous. 

[Nouvelle synthèse] La biodiversité mondiale : le paradoxe de la connaissance

Comment, dans le contexte d’érosion accélérée de la biodiversité due au changement global, connaitre “l’ensemble connecté” des espèces vivantes ? Comment appréhender l’évolution des populations, leur potentiel d’adaptation aux pressions qu’elles subissent et inventer des solutions opérationnelles pour une gestion durable ? Au-delà de l’effort de mobilisation des compétences nécessaires pour élucider ces questions et de l’abondement pérenne des financements requis, la recherche sur la biodiversité dans toutes ses dimensions, des gènes aux écosystèmes, est plus que jamais une priorité.

 

La FRB a choisi de réaliser et diffuser pendant l’été des synthèses de résultats obtenus ces derniers mois par différentes équipes :

 

Découvrez les trois synthèses ci-dessous.

En 2018, le classement de Shanghaï par discipline honore à nouveau la recherche française en écologie

Dans l’ensemble Sciences naturelles, il existe un thème Écologie qui regroupe les catégories du “Web of Science” : conservation de la biodiversité et écologie. Et c’est là que toutes celles et ceux qui espèrent que la recherche française, de par ses qualités, pourra aider à préserver et à utiliser plus durablement la biodiversité peuvent se réjouir, car le classement met à l’honneur plusieurs universités françaises : (http://www.shanghairanking.com/Shanghairanking-Subject-Rankings/ecology.html)

 

  • Au premier rang mondial, l’université de Montpellier avec un score total de 290,0 (2e en 2017 avec 279,6 ; juste derrière l’université d’Oxford).
    Montpellier est devant UC Davis (3e avec un score de 278,8), UC Berkeley (4e avec un score de 271,0) et loin devant Cambridge (14e avec un score de 241,3) ou Cornell (21e avec un score de 234,4) !
  • Au 23e et 24e rang, on retrouve les universités Paul-Valery Montpellier 3 et Montpellier SupAgro.
  • Au 31e rang, on trouve l’École Pratique des Hautes Études.
  • Parmi les ex-aequo des 51-75e rangs : l’Université Paul Sabatier (Toulouse 3), l’Université Grenoble Alpes et l’Université de Savoie.
  • Parmi les ex-aequo des 76-100e rangs : AgroParisTech, l’École nationale Formation Agronomique et l’université de La Sorbonne.
  • Parmi les 101-150e rangs, on trouve l’École des Ponts ParisTech et l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

 

Cela fait 10 établissements français parmi les 100 premiers mondiaux du domaine (contre 8 l’an passé).

La FRB tient à féliciter les scientifiques de toutes ces universités (et des UMR qui leur sont associées) qui portent haut les couleurs de la recherche française et bien évidemment ceux de l’université de Montpellier, qui passe avec brio à la tête des plus grandes universités mondiales pour la recherche en écologie.

Action n°6 : Je reste sur les « sentiers battus »

Que se passe-t-il pour une plante lorsqu’elle se fait marcher dessus ? La question peut sembler triviale, et pourtant elle fait l’objet de recherches scientifiques. Car dans les milieux les plus fragiles, notamment en montagne, toute activité humaine influence les écosystèmes. D’après une analyse qualitative de la littérature scientifique consacrée à l’impact du piétinement sur la végétation montagnarde (Martin & Butler 2017), les plantes les moins résistantes sont les arbustes qui, par leur taille, se retrouvent facilement sous les semelles des promeneurs mais dont la croissance est moins rapide que celle des herbes graminées (Yorks et al. 1997; Hill & Pickering 2009 dans Martin & Butler 2017). En marchant sur les plantes, les randonneurs les cassent, les écrasent et parfois les déracinent. Si certaines repoussent, d’autres meurent. Les plantes piétinées sont, en moyenne, moins hautes, et possèdent des feuilles moins grandes. Leur activité de photosynthèse est fragilisée et, par voie de conséquence, leur production de réserves nutritives également (Pickering & Growcock 2009 dans Martin & Butler 2017). En outre, elles produisent moins de graines, ce qui nuit à leur reproduction et donc, potentiellement, à la survie de leur espèce (Rossi et al. 2006, 2009 dans Martin & Butler 2017).

 

“La compaction du sol conduit au ruissellement des eaux à la surface, participant à l’érosion”

 

Si un piétinement modéré peut favoriser certaines plantes en éliminant celles avec lesquelles elles étaient en compétition, en revanche, le nombre total d’espèces observées – appelé richesse spécifique – diminue (Cole 2004). Le piétinement compacte également le sol dont la porosité se trouve réduite. En effet, le sol est à la fois composé de matière, mais aussi de vides appelés « pores », par lesquels l’eau de pluie s’infiltre. La compaction du sol conduit donc au ruissellement des eaux à la surface du sol qui emportent avec elles des particules de sol, participant ainsi à l’érosion. Ce phénomène est accéléré, en milieu montagnard, par la pente (Martin & Butler 2017). Des sols plus compacts sont aussi moins favorables à la germination et à la croissance de certaines plantes, puisque leurs racines peinent à circuler pour trouver des nutriments (Alessa & Earnhart 2000 dans Cole 2004). Par contre, ils en favorisent d’autres comme le rumex, la renoncule rampante, le pissenlit ou le chardon des champs (Ducerf 2013).

 

“La prévalence des maladies atteignant les coraux de Koh Tao est trois fois plus élevée dans les récifs régulièrement explorés par les touristes”

 

Dans l’eau aussi, les voyageurs causent des dégâts en s’éloignant des sentiers sous-marins ou en fréquentant des écosystèmes fragiles sans contrôle. La plongée sous-marine ainsi que le snorkeling ou randonnée palmée peuvent nuire aux récifs coralliens. Si les effets directement destructeurs de ces activités sont largement documentés par les scientifiques au moins depuis les années 1980, des travaux plus récents s’intéressent à des impacts indirects et moins évidents. Ainsi, des chercheurs australiens (Lamb et al. 2014) ont montré que la prévalence des maladies atteignant les coraux de l’île thaïlandaise de Koh Tao était trois fois plus élevée dans les récifs régulièrement explorés par les touristes que dans les récifs moins exposés. Et ce, en particulier pour une affection appelée SEB (skeletal eroding band), à laquelle les coraux abîmés sont plus vulnérables lorsqu’ils se trouvent dans des zones où la fréquentation est forte. Pour les auteurs, cela indique l’existence de facteurs de stress additionnels, causés par la randonnée palmée et la plongée, qui facilitent la progression de cette maladie. Limiter le nombre de visiteurs autorisés dans les espaces les plus sensibles s’avère donc parfois nécessaire. Pour préserver la biodiversité, tout particulièrement dans les aires protégées, mieux vaut rester sur les « sentiers battus », qu’ils soient terrestres ou marins.

Action n°5 : Je participe à un suivi de la biodiversité

« Je compte les papillons. C’est un peu comme une chasse au trophée, alors moins j’utilise d’insecticides, plus j’ai de chances d’en voir ». Ce témoignage provient d’une enseignante francilienne impliquée dans l’Opération papillons, un programme de sciences participatives lancé en 2006 par le Muséum national d’Histoire naturelle et l’association Noé dans le cadre de Vigie-Nature et qui a déjà rassemblé plus de 10 000 bénévoles. De tels programmes servent aux chercheurs en écologie à analyser un grand nombre de données recueillies selon des protocoles standards, et donnent lieu à des travaux scientifiques. Par exemple, l’Opération papillons a permis d’étudier les effets de l’urbanisation, de l’utilisation de pesticides dans les jardins privés et de l’aménagement du paysage sur les populations de lépidoptères (Muratet & Fontaine 2015). Mais leur point fort réside ailleurs : mieux connaître la biodiversité pourrait conduire à la protéger davantage.

 

“Un cercle vertueux : Plus les observateurs identifient les papillons, plus ils y font attention, et mieux ils les reconnaissent”

 

Selon une étude du Muséum national d’Histoire naturelle (Cosquer et al. 2012), 85 % des observateurs de papillons interrogés disent avoir appliqué des pratiques de jardinage bénéfiques aux lépidoptères, comme la plantation d’espèces de fleurs nourricières, la réduction du recours aux pesticides et de la fréquence de la tonte, ou encore la création de friches. Si les citoyens impliqués dans les suivis préservent les organismes qu’ils répertorient, cela a pour effet collatéral de biaiser les données. Cependant, ce biais peut-être pris en compte afin de garantir la rigueur scientifique. Si la plupart des contributeurs n’avaient aucune connaissance des papillons avant de commencer à les compter, leur participation à l’Opération leur a permis d’en acquérir et de devenir plus attentifs à leur environnement. Ils ont également pris conscience de l’appartenance de ces insectes à tout un écosystème, riche et dynamique. En outre, plus les observateurs sont capables d’identifier les papillons, plus ils y font attention, et plus ils parviennent à les reconnaître : un véritable cercle vertueux.

 

Comment tester si la contribution aux sciences participatives améliore les capacités d’observation ? Cette question a fait l’objet d’un article dans la revue Plos One (Kelling et al. 2015). eBird est un programme de suivi des oiseaux à l’échelle mondiale créé par le Cornell lab of ornithology aux États-Unis, dans lequel les observateurs remplissent et soumettent à une base de données en ligne la liste des oiseaux qu’ils ont repérés et identifiés en un temps et un lieu donnés. Or, à mesure du temps passé à observer les oiseaux sur un lieu, le nombre d’espèces listées par chaque participant augmente, jusqu’à un maximum qui correspond à la totalité des espèces présentes autour de lui. Mais la vitesse de cette accumulation varie, indiquant les compétences de chacun. Conformément à l’hypothèse des chercheurs, les différences entre les participants sont plus fortes dans le cas des oiseaux les plus discrets. Ils ont ainsi mis en évidence qu’une participation accrue à eBird augmentait cette vitesse, et donc les capacités d’observation.

 

Opération papillons, Observatoire des bourdons, Sauvages de ma rue… autant d’outils pour aider les scientifiques à suivre la biodiversité au cours du temps”

 

Opération papillons, mais aussi Opération escargots, Observatoire des bourdons, SPIPOLL (suivi photographique des insectes pollinisateurs), Sauvages de ma rue (plantes), Oiseaux des jardins et BioLitt (observatoire du littoral) constituent autant d’outils pour aider les scientifiques à comprendre et surtout à suivre la biodiversité au cours du temps, tout en transformant notre regard sur celle-ci. De nouveaux programmes de sciences participatives utilisent même des applications sur smartphone, à l’instar de BirdLab du MNHN et de NaturaList de la LPO. S’impliquer dans l’un d’entre eux est un excellent point d’entrée pour mieux comprendre et mieux aimer la biodiversité.

Récifs coralliens : des solutions pour aujourd’hui et demain

À eux seuls, ils abritent un tiers de la biodiversité marine connue. Ces zones sont de véritables nurseries pour les poissons récifaux et autres organismes marins. Plus de 500 millions de personnes dépendent de ces écosystèmes à travers la pêche, le tourisme, ou encore leur protection contre la houle. Tous ces services rendus ont un coût global estimé à 30 milliards de dollars par an.

La FRB, l’Institut océanographique de Monaco, le Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (CRIOBE-CNRS-EPHE), la Plateforme Océan & Climat et l’Ifrecor ont organisé un colloque restituant les dernières connaissances scientifiques et les solutions de préservation.

 

Action n°4 : Je refuse les plastiques, car le recyclage ne suffit pas

Souvent trop fins ou usés, 70 % des détritus plastiques ne sont pas recyclés (Commission européenne 2017). Une grande part finit alors dans les milieux aquatiques. Empruntant les cours d’eau, ou disséminés à partir de décharges littorales, ils rejoignent les océans et les déchets qui s’y trouvent déjà, tels que les filets de pêche. Des chercheurs ont simulé ce processus pour déterminer l’ampleur de cette contribution (Lebreton et al. 2017). Ainsi, ils estiment que les rivières drainent chaque année dans les océans entre 1,15 et 2,41 millions de tonnes de plastique. Les 20 rivières les plus polluantes constituent deux tiers de cette masse, la plupart d’entre elles se trouvant en Asie (Lebreton et al. 2017).

 

Dans le monde, la production globale de résines et de fibres plastiques est passée de 2 millions de tonnes en 1950 à 380 millions de tonnes en 2015. Sur cette période, 8,3 milliards de tonnes ont été produites au total, dont les trois quarts sont devenus des déchets (Geyer et al. 2017). Parmi les plastiques les plus couramment utilisés, aucun n’est biodégradable (Geyer et al. 2017). Les emballages en constituent une grande part, et leur recyclage reste à améliorer. Ainsi, on trouve des débris plastiques dans la totalité des principaux bassins océaniques.

 

“Dans les récifs envahis par les déchets plastiques, le risque de maladie des coraux est multiplié par 20.”

 

Certaines espèces, telles que les tortues marines, confondent ces déchets avec leurs proies. D’autres ingèrent des organismes eux-mêmes contaminés. Les récifs coralliens sont aussi particulièrement touchés par cette pollution plastique. D’après une équipe internationale dont les résultats sont parus cette année, le plastique favorise la colonisation des récifs par des microbes pathogènes (Lamb et al. 2018). L’étude, qui porte sur 159 récifs d’Asie et du Pacifique, montre que dans les récifs envahis par les déchets plastiques, le risque de maladie des coraux est multiplié par 20, accentuant ainsi la dégradation de cet habitat complexe qui héberge de nombreuses espèces de poissons (Lamb et al. 2018).

 

Rejetés à la mer, les grands débris de plastique sont soumis aux rayons UV, aux contraintes mécaniques des vagues et aux agressions biologiques qui progressivement les fragmentent en pièces de plus en plus petites (Cózar et al. 2014) : les « microplastiques » (moins de cinq millimètres), puis les « nanoplastiques » de moins d’un micron (millième de millimètre). Ces minuscules débris, formés d’une variété de composés1 et additifs2, agrègent des microorganismes et diverses molécules dont les polluants organiques persistants comme les PCB et certains pesticides. Ils sont facilement ingérés par les animaux marins, affaiblissant leur croissance et leur reproduction (Galloway et al. 2017). Des résultats expérimentaux récemment obtenus par des chercheurs américains (Allen et al. 2017) suggèrent qu’une espèce de corail filtre préférentiellement les particules de plastique non recouvertes d’un film microbien, les auteurs invoquant un effet « phagostimulant » (qui stimule l’alimentation).

 

“Les microplastiques sont facilement ingérés par les animaux marins, affaiblissant leur croissance et leur reproduction”

 

Les formes de vie microscopiques des océans réagissent également à la présence de ces déchets. L’expédition Tara Méditerranée, coordonnée par l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-mer (UPMC-CNRS), a recueilli un grand nombre d’échantillons marins. Dans une étude qui vient de paraître, des chercheurs de l’Observatoire océanologique de Banyuls (UPMC-CNRS) et leurs collègues ont montré, à partir de ces échantillons, que les débris plastiques en mer Méditerranée abritaient des communautés de bactéries différentes de celles qui vivent librement dans l’eau ou accrochées à des particules organiques (Dussud et al. 2018). Ces communautés forment un ensemble appelé « plastisphère ». Certaines bactéries ne peuvent vivre que sur des déchets plastiques et exploitent spécifiquement ce nouvel habitat (Dussud et al. 2018). De tels travaux sont essentiels pour mieux comprendre la façon dont les communautés microbiennes réagissent au plastique en milieu marin.

 

Les microplastiques

© Alexandra TER HALLE / IMRCP / CNRS Photothèque

“Microplastique, colonisé par une communauté bactérienne appelée biofilm, observé en microscopie électronique à balayage. L’image est colorisée. Le biofilm qui se développe sur le plastique est visible en couleurs. Les plus gros objets sont des diatomées. Ce débris de plastique a été collecté dans le gyre océanique de l’Atlantique nord, zone où s’accumulent les déchets plastiques flottants, en mai 2014 lors des expéditions 7e Continent. Le biofilm est une communauté bactérienne qui se développe sur les microplastiques flottant en mer, il a été baptisé “plastisphère”.”

 

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1 polyéthylènes (PE), polypropylènes (PP), chlorures de polyvinyle (PVC), polystyrènes (PS, dont expansé, EPS), polyuréthanes (PUR) et polytéréphtalates d’éthylène (PET). Au-delà de leur « durée d’utilité » variable selon l’usage – de relativement brève pour le packaging (PE, PP) à longue pour le bâtiment (PVC) –, ces matériaux deviennent des déchets à « longue durée de vie » omniprésents dans l’environnement en l’absence de recyclage.

2 tels que le bisphénol A, le nonylphénol et les phtalates.

Action n°3 : Je cultive des plantes favorables à la biodiversité

En près de trois décennies, les populations d’insectes volants ont chuté d’environ 80 % en Allemagne. Cette situation probablement très similaire à celle de notre pays a été dévoilée par une étude internationale en 2017 (Hallmann et al. 2017). Si l’agriculture est principalement mise en cause à travers l’usage de pesticides et d’engrais de synthèse, la destruction et la dégradation des habitats de façon plus large figurent en bonne place parmi les facteurs impliqués dans les pertes de biodiversité tant au niveau mondial qu’européen (IPBES 2018). Selon une étude fondée sur des données de sciences participatives (observatoire des papillons des jardins du Muséum national d’Histoire naturelle), l’urbanisation diminue fortement le nombre d’espèces et l’abondance des papillons (Fontaine et al. 2016). Mais à l’échelle locale, nos jardins et balcons pourraient changer la donne.

 

En effet, les plantes nectarifères et pollinifères produisent respectivement du nectar et du pollen. Aussi dites “mellifères” – car les abeilles domestiques peuvent transformer leur nectar en miel – elles favorisent également d’autres pollinisateurs comme les papillons. Les auteurs de cette étude (Fontaine et al. 2016) ont montré que les espèces de papillons les plus affectées par l’urbanisation étaient aussi les plus sensibles aux pratiques de jardinage. Planter des végétaux riches en nectar peut donc aider ces espèces vulnérables en contrebalançant en partie les effets délétères de l’urbanisation. Centaurées, lavande, ronces, framboisier, valériane, trèfles, lierre et plantes aromatiques forment alors des oasis pour les papillons dans un paysage globalement défavorable. D’autres plantes peuvent même être absolument indispensables lorsque l’espèce de papillons leur est inféodée, comme l’ortie, essentielle à des papillons tels que la petite tortue (Aglais urticae), le vulcain (Vanessa atalanta) ou, dans une moindre mesure, le Robert-le-Diable (Polygonia c-album). En revanche, le buddleia, une espèce exotique envahissante, attire les papillons mais ne leur offre pas autant de ressources alimentaires que les plantes citées précédemment.

 

“Les fleurs discrètes du lierre regorgent de nectar et de pollen avant l’hiver.”

 

Si de nombreuses plantes nectarifères et pollinifères exhibent des fleurs colorées ou parfumées telles que les chèvrefeuilles, la lavande, les bleuets et les digitales, d’autres essences parfois décriées recèlent de surprenants bienfaits. Ainsi, le lierre, une plante à la mauvaise réputation, fleurit en automne. Ses fleurs discrètes regorgent de nectar et de pollen avant l’hiver. Deux chercheurs britanniques se sont penchés sur le sujet en 2013 (Garbuzov & Ratnieks 2013). Outre les abeilles domestiques, dont près de 90 % du pollen collecté provenait du lierre, cette plante nourrit aussi une grande diversité de pollinisateurs sauvages. Parmi eux figurent des bourdons, des guêpes, des papillons et surtout des syrphes, ces mouches parfois confondues avec les guêpes dont elles imitent la forme et les bandes noires et brunes. En outre, les oiseaux affectionnent particulièrement les baies du lierre.

 

D’autres chercheurs britanniques ont mis en évidence la préférence des bourdons pour des espèces végétales méconnues du public, à l’instar de la ballote, ou peu appréciées par les jardiniers, à l’image du lamier blanc – souvent pris à tort pour une ortie et pourtant non urticant (Carvell et al. 2006). D’après leur inventaire, trois quarts des plantes fréquentées par ces insectes sont en déclin au niveau local, notamment les espèces les plus importantes comme le trèfle des prés (Carvell et al. 2006). Si les prairies non semées – qui se régénèrent naturellement – offrent parfois aux bourdons des ressources plus abondantes, celles qui sont entretenues selon un standard environnemental contiennent des plantes qui fleurissent plus tôt dans l’année, essentielles aux reines qui partent fonder leur nid (Lye et al. 2009). Chacun pourrait donc, dans son jardin, agir pour les pollinisateurs en favorisant deux types d’espaces complémentaires : des zones où l’on sème des plantes qui leur sont utiles, et d’autres laissées libres d’évoluer (friches).

 

“Jardins et balcons forment un corridor écologique pour les graines, oiseaux, arthropodes et petits mammifères.”

 

En plus des ressources alimentaires qu’elles offrent aux pollinisateurs, les plantes peuvent entrer dans un fonctionnement écologique à l’échelle des paysages. Les parcs urbains constituent par exemple des ensembles d’habitats dans lesquels des espèces animales et végétales vivent. Les jardins et balcons, adjacents ou proches les uns des autres, peuvent aussi former un «  corridor » permettant aux graines, oiseaux, arthropodes et petits mammifères de passer d’un ensemble d’habitats à un autre. Le tout forme un réseau connecté, parfois indispensable au bon équilibre écologique de ces milieux fragmentés par les activités humaines. En étudiant les araignées et les coléoptères dans quatre villes franciliennes (Vergnes et al. 2012), des chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle ont montré, en particulier pour l’une des familles de coléoptères étudiées, que le nombre d’espèces et l’abondance étaient moins élevés dans les jardins isolés que dans ceux connectés à un corridor. Ils ont ainsi mis en évidence le rôle des corridors écologiques pour maintenir la biodiversité « ordinaire » dans des paysages très fragmentés.

 

À l’heure où plus de la moitié de la population mondiale vit dans les villes, où les campagnes s’uniformisent du fait de l’intensification agricole et où la biodiversité s’effondre, nos espaces verts, jardins, balcons ou terrains privés pourraient devenir des « oasis » de biodiversité (dont l’association Humanité et Biodiversité s’est fait le porte-parole avec les Oasis Nature, rejoignant ainsi l’initiative des Refuges LPO initiée en 1921) qui permettraient à celle-ci de s’adapter, au moins pour partie, aux pressions anthropiques croissantes.

 

Valérianes (en haut à gauche), centaurées comme le bleuet (en haut au centre), lavandes (en bas à gauche), fleurs de lierre (en bas au centre) et ballote (à droite) attirent les papillons, les abeilles, les bourdons, les syrphes, etc. Avec une diversité de plantes sur les balcons et dans les jardins, chaque pollinisateur y trouve son compte.

Action n°2 : J’évite les crèmes solaires néfastes pour la vie marine

Depuis près d’une quinzaine d’années, l’impact des crèmes solaires sur les coraux est dans le viseur des chercheurs. La première étude d’envergure remonte à 2008 (Danovaro et al. 2008). Les scientifiques se sont notamment penchés sur les zooxanthelles, qui vivent en symbiose avec les coraux. Ces petites algues ont pour particularité de tirer leur énergie des rayons du soleil par photosynthèse, et d’apporter aux coraux des nutriments essentiels. Si les algues meurent ou quittent la colonie de corail, cette dernière blanchit et succombe. L’étude, réalisée en laboratoire et in-situ dans différentes mers du monde, conclut que quels que soient le lieu et la concentration testée de crème solaire, cette dernière a systématiquement abouti à un rejet par les coraux de mucus contenant des zooxanthelles, rejet suivi d’un blanchissement complet dans les 96 heures (Danovaro et al. 2008). Un phénomène d’autant plus rapide que la température du milieu était élevée.

 

“Les larves de coraux exposées à l’oxybenzone s’ossifient de façon anormale et s’enferment dans leur propre squelette.”

 

En testant séparément différents composants présents dans les crèmes solaires, les auteurs ont montré que certains d’entre eux, des filtres organiques à UV comme le butylparaben et l’oxybenzone, se révélaient particulièrement néfastes, sans toutefois en expliquer le mécanisme précis. Or, selon une étude de Downs et al. (2016), à la lumière, l’oxybenzone détruit directement les zooxanthelles tandis qu’à l’obscurité, les coraux se mettent à les digérer. En outre, lorsque les larves de coraux sont exposées à cette substance, elles s’ossifient de façon anormale et s’enferment alors dans leur propre squelette. De plus, l’oxybenzone induit des lésions dans leur ADN. Les filtres minéraux (oxydes de zinc ou de titane) sous forme de nanoparticules seraient eux aussi toxiques pour la vie aquatique, car ils produisent des molécules appelées ROS (reactive oxygen species) qui détruisent les cellules (Lewicka et al. 2013 dans Wood 2018). Des études sont en cours pour évaluer leur effet sur les récifs coralliens (Tagliati et al. non publié, dans Wood 2018).

 

Il reste à savoir si les concentrations de crème solaire dans l’eau autour des récifs, probablement plus faibles que celles testées par les chercheurs en 2008, sont suffisantes pour entraîner de tels effets. Des études sont en cours. Cependant, certains blanchissements dans le monde semblent déjà ne pouvoir être expliqués que par la fréquentation des récifs par des touristes (Wood 2018). De prochaines études devraient aussi s’intéresser aux effets de ces produits à l’échelle de récifs coralliens entiers, voire d’écosystèmes, et non seulement aux effets distincts de chaque molécule, mais plutôt à leur « effet cocktail » lorsqu’elles agissent en mélange, comme c’est le cas en milieu naturel. Ces recherches seront cruciales : elles devront permettre de caractériser le risque de diminution de la résilience des coraux spécifiquement dû à ce stress écotoxicologique, sachant que les récifs sont déjà affaiblis par le réchauffement, l’acidification, ou encore par les ravages causés par l’étoile de mer Acanthaster, un redoutable « brouteur » de corail.

 

“Les récifs sont déjà affaiblis par le réchauffement, l’acidification, ou encore par les ravages causés par l’étoile de mer Acanthaster.”

 

Les filtres minéraux, lorsqu’ils ne sont pas formulés en nanoparticules, pourraient constituer une option plus favorable aux récifs – ce qui reste à confirmer par la science. Aujourd’hui, des crèmes solaires sont ainsi déclarées spécifiquement sans composants nuisibles aux coraux. Si aucun label n’existe encore pour certifier ces allégations, celles-ci marquent une volonté de certains industriels de prendre en compte l’impact de leurs produits sur la biodiversité. Cette démarche est à saluer.

 

© Lauric Thiault

Les récifs coralliens n’occupent que 0,1 % de la surface des océans, et représentent pourtant 30 % de la biodiversité marine mondiale. Les filtres contenus dans les crèmes solaires peuvent causer le blanchissement des coraux. Cependant, ce sont bien les changements globaux, avec la hausse des températures des océans, qui menacent le plus les récifs sur notre planète.

Action n°1 : Je mange bio

En France, près des ¾ de la population consomment des aliments bio au moins une fois par mois (Agence Bio / CSA 2018). Si la motivation principale des acheteurs de produits bio est de “préserver leur santé” (69 % des répondants), la seconde est de “préserver l’environnement” (61 %). Mais l’agriculture biologique répond-elle à ces objectifs ? En 2014, une équipe de recherche (Tuck et al. 2014) a analysé près d’une centaine d’études publiées au cours des trois dernières décennies en comparant des systèmes d’agriculture biologique avec des systèmes agricoles conventionnels. En moyenne, le nombre d’espèces présentes dans le milieu, appelé richesse spécifique, est d’un tiers supérieur en bio par rapport à l’agriculture conventionnelle (Tuck et al. 2014). Il faut toutefois considérer ce résultat avec précaution, du fait de données hétérogènes. En effet, si le nombre d’espèces est toujours plus élevé en bio qu’en agriculture conventionnelle, il varie en fonction du type de cultures. Ainsi, la différence entre bio et conventionnel est plus élevée dans un champ de céréales – où les pesticides sont très fréquents – que dans un verger (Tuck et al. 2014).

 

Selon cette étude, les plantes présentes dans l’environnement  bénéficient davantage de l’agriculture biologique que les oiseaux, les arthropodes et les micro-organismes (Tuck et al. 2014), peut-être  en raison d’un usage plus massif d’herbicides dans les cultures conventionnelles. Cependant, d’autres éléments de biodiversité seraient probablement favorisés par l’agriculture biologique, en particulier les oiseaux, dont les pesticides diminuent les ressources alimentaires. De façon plus globale, sur les 38 études consacrées à l’impact de la réduction des engrais, herbicides et autres pesticides dans plusieurs pays européens répertoriées par des chercheurs, 34 ont montré un effet positif sur certains invertébrés, plantes et oiseaux (Dicks et al. 2018).

 

Si les pratiques de l’agriculture bio s’illustrent par l’interdiction ou la limitation stricte de l’usage d’engrais synthétiques et de pesticides, elles présentent aussi d’autres avantages pour la biodiversité. Les rotations de cultures permettent par exemple de contrôler les ravageurs, tandis que l’usage de compost, d’engrais animal ou végétal enrichit les sols.

 

“Il serait possible de nourrir plus de 9 milliards d’êtres humains en 2050 avec 100 % d’agriculture biologique, à condition de réduire le gaspillage alimentaire et de limiter la consommation de produits d’origine animale.”

 

Consommer bio permet donc bien d’agir en faveur de la biodiversité. Mais ce type de consommation pourrait-il se généraliser ? En effet, d’après ses détracteurs, l’agriculture biologique présenterait des rendements insuffisants pour subvenir aux besoins d’une planète à la démographie galopante (Connor 2008). Une idée répandue que réfute une étude publiée en novembre dernier par la revue Nature Communications (Muller et al. 2017). D’après les chercheurs, il serait possible de nourrir plus de 9 milliards d’êtres humains en 2050 avec 100 % d’agriculture biologique, à condition de réduire le gaspillage alimentaire et de limiter la consommation de produits d’origine animale. Par ailleurs, les travaux de Vincent Bretagnolle et son équipe sur la zone atelier « Plaine et Val de Sèvre » depuis 1994 démontrent que réduire les apports d’herbicides et d’engrais azotés de 30 à 50 % peut être effectué sans réduction des rendements (Gaba et al. 2016). De même, d’autres chercheurs ont estimé qu’il était possible, dans près de deux tiers des 946 fermes françaises étudiées, de réduire la quantité de pesticides de 42 % sans aucun effet négatif sur la productivité ni sur la rentabilité économique (Lechenet et al. 2017).

 

Il serait donc possible, en termes de rendement, de se tourner vers le bio. Outre le bénéfice pour la biodiversité, c’est aussi notre santé, voire même nos capacités mentales, que nous protégerions. Le quotient intellectuel (QI) de certaines populations humaines aurait baissé de deux points par décennie, d’après des études danoises et norvégiennes, dont une toute récente (Bratsberg & Rogeberg 2018). Or, une cause plausible d’une telle diminution réside dans l’interférence de certains polluants environnementaux – notamment des pesticides contenus dans les aliments – avec l’action des hormones thyroïdiennes (Bellanger et al. 2015). Ces dernières jouent un rôle crucial dans la myélinisation des nerfs, processus qui accélère la transmission entre les neurones. C’est pourquoi l’exposition à ces substances allonge probablement notre temps de réaction face aux situations. Selon Barbara Demeneix, professeure au Muséum national d’Histoire naturelle, interrogée par France Culture, manger bio constituerait une bonne solution en attendant d’adopter des mesures législatives contre ces polluants. En outre, manger bio préserverait notre système cardio-vasculaire. La proportion de personnes souffrant d’un syndrome métabolique – un ensemble de troubles, dont l’hypertension artérielle, qui augmentent les risques cardio-vasculaires et de diabète de type II – est d’environ 12 % chez ceux qui se nourrissent le plus fréquemment d’aliments bio, contre plus de 20 % chez ceux qui n’en consomment que très peu (Baudry et al. 2017).

 

En France, à la suite des États généraux de l’alimentation, le gouvernement a annoncé l’attribution d’une enveloppe de 1,1 milliard d’euros sur cinq ans pour financer le programme Ambition bio 2022. Objectif : atteindre 15 % de surface agricole utile cultivée en bio et 20 % de produits labellisés bio en restauration collective publique (ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation 2018). Des mesures nécessaires pour préserver notre environnement et notre santé.

 

 Les labels Bio


Derrière chaque label se cache un cahier des charges. AB France et Agriculture biologique européenne ont les mêmes exigences, interdisant l’utilisation des pesticides de synthèse. Ils fixent aussi un pourcentage maximum de 0,9 % d’OGM, et les produits transformés doivent contenir au moins 95 % d’ingrédients certifiés bio. D’autres labels, bio ou écologiques (“écolabels”), vont plus loin, en imposant par exemple une provenance nationale, des pratiques spécifiques favorisant la biodiversité, la fertilité des sols et le bien-être animal ou encore des revenus équitables pour les producteurs. Entre deux produits bio, préférons les denrées locales et de saison.

Plan d’action 2018-2021

Le Plan d’action de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) pour la période 2018-2021 s’articule autour de 3 objectifs et six sous-objectifs à atteindre d’ici à 2021. Étroitement liés, ces objectifs sont un ensemble cohérent et homogène qui confère à la FRB un cadre structurant, lisible, ciblé et déclinable en projets et activités opérationnels pour les quatre années 2018 à 2021. 

 

Consultez le document complet dans les ressources ci-dessous. 

Répartition globale de la biomasse au sein de la biosphère

La quantification de l’abondance de chaque composant individuel est essentielle pour décrire un système complexe comme la biosphère (c’est-à-dire les espèces ou les groupes taxonomiques plus larges). Les premiers efforts pour estimer la biomasse mondiale ont principalement porté sur des groupes uniques comme les plantes, les procaryotes1 (Whitman et al., 1998) ou les poissons avec une révision récente de leur biomasse grâce à de nouvelles techniques d’échantillonnage (Irigoien X et al., 2014). Il manque parfois des données sur des groupes importants comme les arthropodes.

Deux tentatives d’une comptabilité globale de tous les composants de la biomasse mondiale ont été publiées, celle de Whittaker et Likens au début des années 1970, qui n’incluait pas la biomasse bactérienne et fongique, et celle de Smil en 2013. Wikipedia fournit également une gamme d’estimations sur divers taxons. Mais aucune de ces études ne donne une vue complète et intégrée et c’est ce qui fait l’originalité du présent travail.

 

Le progrès des techniques de séquençage permet actuellement la détermination de la composition des communautés naturelles sur la base de l’abondance relative des génomes. L’amélioration de la télédétection autorise également une appréhension de l’environnement à l’échelle mondiale avec une résolution sans précédent. Enfin, les grandes expéditions comme l’expédition Tara Oceans ou les observatoires locaux (comme le Réseau national d’observatoires écologiques en Amérique du Nord) concourent aux efforts d’échantillonnage global et à la connaissance fine des habitats naturels.

 

La présente analyse est basée sur des centaines d’études portant sur les principaux groupes taxonomiques constituant le vivant. Les chercheurs ont choisi d’utiliser la biomasse terrestre comme mesure de l’abondance des différents groupes d’espèces (les taxons) et de leur importance relative au sein du vivant. Elle résume les connaissances actuelles sur la distribution de la biomasse mondiale.

 

Fronts de sciences 2018

Quelles sont les nouvelles avancées de la recherche sur la biodiversité ?

Quels sont les obstacles qu’elle rencontre ?

Y a-t-il des domaines qui n’ont encore jamais été explorés ?

 

Telles sont les questions que s’est posé le conseil scientifique de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) dans sa nouvelle publication intitulée “Fronts de sciences 2018”, téléchargeable ci-dessous.

 

 

Présenté sous forme de fiches, ce nouveau rendez-vous éditorial se poursuivra chaque année. Il vise avant tout à donner un aperçu de sujets en plein développement ou d’enjeux appelant de nouvelles recherches, ainsi qu’à éclairer l’actualité de la recherche sur la biodiversité pour un public non spécialiste.

La FRB partenaire de Act for NAture

Alors que Nicolas Hulot vient d’annoncer l’élaboration d’un Plan interministériel pour la biodiversité, que des échéances internationales majeures sur la biodiversité se profilent et que le grand public attend des mesures concrètes, l’association française des Entreprises pour l’Environnement (EpE), organise avec ses partenaires le 10 juillet prochain, act4nature, un événement de haut niveau, sur invitation exclusivement, pour affirmer l’engagement de nombreuses entreprises en faveur de la biodiversité et de la préservation de la nature.

 

Pour la première fois, plus de 60 dirigeants d’entreprises, issues de tous les secteurs et dont la moitié figurent au CAC40 ont signé un engagement précis en ce sens ; nombre d’entre eux se réuniront le 10 juillet pour les présenter à la presse et aux pouvoirs publics.

 

Autour d’EpE, cette initiative est soutenue par des partenaires de tous horizons qui ont contribué à l’élaboration d’une charte d’engagements collectifs et à l’organisation de l’évènement : des réseaux d’entreprises AFEP, MEDEF, AFHPD, C3D, Finance for Tomorrow, Global Compact France, Orée, Orse, les pouvoirs publics comme l’Agence française pour la biodiversité (AFB), des partenaires scientifiques (FRB, MNHN) et des ONG spécialistes de la nature parmi lesquelles la fondation Good Planet, la fondation pour la Nature et l’Homme, Humanité et Biodiversité, le Comité français de l’UICN, la LPO, Noé ou encore WWF-France.

Mobilisation internationale contre les néonicotinoïdes

À l’initiative du scientifique britannique Dave Goulson, 233 chercheurs internationaux, signent un appel dans le journal Science pour inviter les États du monde à restreindre rapidement l’usage des insecticides néonicotinoïdes responsables en partie du déclin massif de la biodiversité. Ils insistent sur la nécessité de ne pas remplacer les néonicotinoïdes interdits (notamment suite au récent vote du parlement européen) par des produits qui auraient les mêmes effets sur la biodiversité.

 

Cette mobilisation de la communauté scientifique s’appuie sur de nombreux travaux de recherche récents et relaye les alertes lancées par l’Ipbes à l’occasion des évaluations sur les pollinisateurs ou des évaluations régionales de la biodiversité et des services écosystémiques.

 

La FRB invite à relire le rapport de son Conseil scientifique “Biodiversité et néonicotinoïdes, revisiter les questions de recherche” ainsi que la Note de la FRB “Sortir de la dépendance aux pesticides”, documents disponibles ci-dessous.

La biodiversité favorise-t-elle la productivité des écosystèmes ?

Certains services essentiels à la vie et au bien-être humain fournis par les écosystèmes comme la production de nourriture, de combustibles, l’épuration ou la mise à disposition de l’eau, la production d’oxygène, la régulation des maladies sont le produit de processus biologiques rendus possibles par la diversité des organismes vivants qui les peuplent. À partir des années 1990, le déclin accéléré des espèces sauvages a suscité un effort concerté pour répondre à la question suivante : comment les changements dans la diversité biologique affectent-ils le fonctionnement des écosystèmes et la production de biens et services ?

Des méta-analyses réalisées sur la base de plus de 500 expériences montrent comment la diversité génétique, spécifique et fonctionnelle, influence le fonctionnement des écosystèmes. Elles ont pu mettre en évidence que des dispositifs expérimentaux incluant plusieurs espèces étaient, en moyenne, 50% plus efficaces et productifs que des systèmes mettant en jeu une seule espèce, et qu’ils étaient plus à même de fournir des biens et services essentiels.

 

L’idée que la biodiversité est le moteur du fonctionnement des écosystèmes, quoi qu’assez intuitive, n’avait pas encore été objectivée et pouvait dans certains cas rester controversée. Des critiques ont soutenu que les premières expériences réalisées ne contrôlaient pas de manière adéquate les variables confondantes, ce qui a conduit les chercheurs à améliorer leurs protocoles et leurs analyses au fil des années. Nonobstant ces améliorations, certains experts sont restés préoccupés par le fait que les expérimentations avaient été menées à des échelles trop petites, étaient trop limitées dans le temps et trop irréalistes dans leurs conditions pour être significatives dans le monde réel. D’autres ont suggéré que, bien que la biodiversité affecte les processus écosystémiques dans des expériences simplifiées, des effets similaires seraient peu probables dans la nature, ou seraient faibles comparés à la régulation de la productivité et de la stabilité des écosystèmes par les facteurs abiotiques, un processus bien documenté.

 

Les deux principales questions à résoudre restaient donc de déterminer :

  • ces différentes études sont-elles capables d’isoler statistiquement les effets de la biodiversité de ceux des autres facteurs environnementaux comme la variation du climat et des ressources qui contrôlent la fertilité des écosystèmes ?
  • est-ce que les effets de la biodiversité mis en évidence dans les expérimentations se produisent également dans la nature et, dans l’affirmative, sont-ils importants ou insignifiants ?

 

Ces questions étaient restées non résolues en partie parce que l’identification des causes, sans passer par des expérimentations, est notoirement difficile dans le cas de systèmes où les forçages sont complexes, en interaction et souvent non linéaires.

Pour lever ces interrogations, les auteurs présentent une synthèse de 133 estimations du rôle de la biodiversité dans la productivité des écosystèmes provenant de 67 études empiriques ayant mesuré la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes naturels dans 623 464 sites d’échantillonnage dans le monde.

Ces études ont bénéficié de nouvelles avancées analytiques pour quantifier les effets des espèces ou de la diversité fonctionnelle sur le fonctionnement des écosystèmes après contrôle statistique des co-variables environnementales. Les auteurs se sont concentrés sur la biomasse1 et la production à l’échelle des communautés en tant que fonctions écosystémiques, car ce sont les variables de réponse les plus fréquemment mesurées dans les expérimentations passées, et elles sont fondamentalement importantes pour la fourniture de presque tous les biens et services écosystémiques.

 

La synthèse de données a abordé trois questions :

  • les effets de la biodiversité sur la production de biomasse sont-ils détectables dans les systèmes naturels et, si oui, sont-ils en cohérence avec les prédictions des expérimentations et la théorie correspondante ?
  • les effets de la biodiversité dans les systèmes naturels sont-ils d’une ampleur comparable à ceux estimés dans des expérimentations contrôlées à petite échelle ?
  • comment les effets de la biodiversité se comparent-ils aux effets d’autres facteurs environnementaux majeurs à l’origine de la production de biomasse des écosystèmes ?

 

Premièrement, l’étude montre qu’une biodiversité plus élevée est communément associée à une production plus élevée de biomasse dans les écosystèmes naturels et que cette relation positive a tendance à être statistiquement plus significative lorsque les co-variables environnementales sont contrôlées.

Cette constatation va à l’encontre d’une critique courante des études de terrain reliant la biodiversité à la productivité, qui est que les corrélations entre la richesse spécifique et la biomasse des communautés pourraient n’être qu’un effet collatéral des conditions environnementales qui améliorent simultanément la diversité et la productivité. Si cette hypothèse de covariance était vraie, les effets apparents de la biodiversité sur la productivité devraient s’affaiblir ou disparaître lorsque les facteurs environnementaux sont pris en compte. Or, l’analyse montre le contraire. Parmi les études qui ne tenaient pas compte des co-variables, 69% ont détecté une relation significative entre la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes, tandis que cette proportion atteignait 82% lorsque les co-variables environnementales étaient contrôlées statistiquement. Pour tenir compte de la non-indépendance potentielle des données dans certaines études, les auteurs ont effectué 10 000 tirages au hasard et recalculé la proportion des études montrant des effets de diversité significatifs avec et sans prise en compte des co-variables. Ce test de ré-échantillonnage a confirmé qu’une proportion significativement plus élevée d’effets de diversité était détectée après la prise en compte des co-variables.

 

Deuxièmement, les auteurs ont constaté que, dans 75% des études, la relation entre la diversité et la production de biomasse était positive lorsqu’on contrôlait les co-variables, la plupart augmentant de façon monotone.

Ces résultats correspondent à des prédictions a priori de la théorie écologique ainsi qu’aux résultats de la plupart des expérimentations. Toujours selon une approche de ré-échantillonnage, la proportion d’études montrant des effets positifs de la diversité était significativement plus élevée parmi les études qui contrôlaient les co-variables environnementales, alors que les effets non significatifs étaient moins nombreux (P = 0,03) et que les effets négatifs sont restés inchangés (P = 0,33). Par conséquent, non seulement les observations reflètent qualitativement les résultats des expérimentations antérieures sur la biodiversité, mais l’accord entre les observations et les expérimentations augmente après la prise en compte des co-variables environnementales.

 

Après avoir réalisé un important travail afin de vérifier que les données des différentes études étaient comparables, les auteurs ont analysé l’intensité des effets de la biodiversité sur la productivité de la biomasse dans la nature. Malheureusement, dans de nombreux cas, les effets de la richesse spécifique sur la production de biomasse n’ont pas pu être croisées. Après élimination d’un certain nombre d’études les auteurs ont pu toutefois identifier des mesures comparables de l’incidence de la biodiversité pour quatre cas particuliers :

  • les effets de la richesse algale sur la production de biomasse phytoplanctonique ;
  • les effets de la richesse en plantes herbacées sur la biomasse des prairies ;
  • les effets de la richesse des essences forestières sur la production d’arbres ;
  • les effets de la richesse en invertébrés herbivores sur la biomasse algale dans les systèmes de zostères marines.

 

Les effets de la biodiversité dans les écosystèmes naturels se sont révélés plus forts que ceux documentés dans des expérimentations contrôlées pour les quatre comparaisons. Ce résultat résulte pour partie de l’éventail plus large de la diversité présente dans les études d’observation par rapport aux expérimentations.

Étant donné que les écosystèmes naturels présentent souvent des associations plus fortes entre la biodiversité et la production de biomasse que celles documentées dans les expérimentations, les auteurs ont étudié l’importance du rôle de la biodiversité par rapport aux facteurs abiotiques associés au changement global. Ils ont identifié 28 études de terrain qui ont fourni 65 estimations dans lesquelles les auteurs quantifiaient simultanément les effets statistiques de la biodiversité et des variables climatiques (généralement la température) sur la biomasse ou la productivité, et 10 études avec 22 estimations qui quantifiaient simultanément les effets de la biodiversité et la disponibilité des éléments nutritifs (généralement l’azote).

Lorsque les études séparaient statistiquement les effets, la biodiversité avait une incidence supérieure aux variables climatiques dans 51% des estimations de terrain et supérieure à celle des variables relatives aux éléments nutritifs dans 64% des estimations. Ces résultats restent robustes après la prise en compte de la non-indépendance des données (test de ré-échantillonnage). Étant donné que les travaux d’observation couvrent différentes aires latitudinales et longitudinales, la gamme des co-variables abiotiques n’est pas directement comparable dans toutes les études. Cependant, on note que plusieurs études qui vont de l’échelle continentale à l’échelle mondiale ont mis en évidence des effets de la biodiversité comparables ou plus forts que ceux du climat.

 

Compte tenu du scepticisme relatif à l’idée que la diversité des espèces puisse affecter la productivité des écosystèmes naturels, la force et la cohérence des résultats présentés ici n’étaient pas prévisible. Dans tous les cas, les auteurs ont démontré l’inverse des opinions exprimées pendant longtemps dans la littérature écologique. Les écosystèmes riches en espèces présentaient généralement une biomasse et une productivité plus élevées dans les données d’observation de terrain pour un large éventail de taxons et d’écosystèmes, y compris les plantes des prairies, les arbres, le phytoplancton et le zooplancton des lacs et les poissons marins.

 

Les associations positives observées entre la biodiversité et la production de biomasse dans la nature étaient :

  • plus fortes lorsque les co-variables étaient comptabilisées,
  • plus fortes que les effets de biodiversité documentés dans des expérimentations contrôlées,
  • et comparables ou plus fortes que les associations entre la productivité et le climat ou la disponibilité des éléments nutritifs qui sont considérés comme deux des facteurs majeurs influençant la structure et le fonctionnement des écosystèmes, et comme les principaux moteurs du changement global.

 

Ces résultats corroborent ceux d’une récente synthèse de données expérimentales, citée par les auteurs, démontrant que les effets de la biodiversité étaient comparables dans leur ampleur à ceux des principaux facteurs du changement mondial.

 

Ces résultats permettent d’étendre à un large éventail d’écosystèmes des conclusions similaires basées sur les données d’observation de forêts et de plantes de zones arides.

En effet, toutes les études incluses dans la présente synthèse ont utilisé des approches statistiques conçues  b. De plus, toutes les études incluses ici impliquaient des gradients de diversité résultants des processus d’assemblage de communautés naturelles, ce qui permettait de réfuter l’argument ancien selon lequel les effets de diversité sur la productivité sont des artefacts des combinaisons d’espèces aléatoires utilisées dans les expériences.

 

Comme pour toutes les analyses basées sur des données non expérimentales, on ne peut pas complètement exclure la possibilité que les études examinées aient négligé une ou plusieurs variables environnementales importantes augmentant la diversité et la production en parallèle, générant ainsi une corrélation parasite (non causale) entre elles. Les auteurs considèrent toutefois qu’il est peu probable que les différents écologues impliqués dans toutes ces études n’aient pas pris en compte les principaux moteurs de la production de biomasse dans les écosystèmes qu’ils étudient et connaissent bien.

Une limitation plus réaliste de cette synthèse est que, sauf rares exceptions, les études disponibles n’ont pas abordé le potentiel de rétroaction entre la richesse spécifique, la biomasse et les facteurs environnementaux tels que les ressources. De telles rétroactions pourraient générer des associations plus complexes entre la diversité et la productivité, et l’évaluation de leur fonctionnement dans la nature doit être un objectif pour les recherches futures.

 

En conclusion, la cohérence des résultats pour plusieurs taxons et écosystèmes au sein de centaines d’expérimentations et leur concordance avec les prévisions théoriques concourent collectivement à conclure que la biodiversité joue un rôle majeur en soutenant la productivité des écosystèmes terrestres.

Au regard de ces différents résultats et en lien avec l’utilisation de solutions fondées sur la nature, il est donc important que la biodiversité soit pleinement prise en compte dans les décisions de gestion et surtout dans les trajectoires de transformation de nos modèles agricoles, comme un facteur majeur de réussite de la transition agro-écologique.

 

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1. La biomasse est la masse des organismes vivants dans un biotope particulier. 

L’huître creuse du Pacifique : de l’assiette à la recherche contre le cancer

Malgré leurs capacités remarquables, les ostréiculteurs français font face, depuis le début du 20e siècle, à d’importantes vagues de mortalité chez les huîtres. Le responsable ? Un virus (ostreid herpes virus 1 OsHV-1) particulièrement virulent évoluant dans l’eau de mer. Pour pallier à ce problème, il a été décidé d’importer dans les années 1970 des huîtres creuses du Pacifique (Crassostrea gigas) : une espèce particulièrement robuste vivant dans l’estran, la zone du littoral agitée par les marées.

Si cette nouvelle espèce s’est révélée plus résistante au virus sous l’eau, la mortalité dans les élevages ostréicoles est restée élevée… alors que faire ?

 

Un poste est ouvert à l’Ifremer, dans les années 2000, pour mener des recherches et tenter de mieux comprendre à la fois le fonctionnement du virus et les stratégies de défenses mises en place par l’huître. C’est ainsi que la scientifique Charlotte Corporeau, après une thèse en embryologie humaine et 8 années de recherche en biologie médicale, a commencé à s’intéresser à Crassostrea gigas. Rapidement, elle découvre que l’animal survit dans ce milieu difficile notamment en activant et désactivant un mécanisme alternatif de croissance cellulaire qui permet au mollusque de poursuivre son développement aussi bien à marée haute qu’à marée basse. La découverte est double puisque ce même mécanisme est détourné par le virus meurtrier pour son propre développement !

 

L’”effet Warburg”, c’est ainsi qu’il se nomme, se met en place dans les cellules en situation de stress et leur permet de continuer à se multiplier lorsque les conditions du milieu ne sont plus favorables. Elles n’utilisent alors plus uniquement la respiration pour se diviser, mais également la fermentation, qui nécessite beaucoup plus de glucose, mais moins d’oxygène. Cet effet est par ailleurs bien connu en médecine humaine, puisqu’il s’avère être l’une des huit caractéristiques des cellules cancéreuses. À la différence de l’huître, l’Homme est incapable de désactiver le processus, ce qui entraine la prolifération des cellules “défectueuses”.

 

Ainsi, l’huître creuse du Pacifique, importée pour la consommation, est aujourd’hui devenue une piste de recherche dans le traitement du cancer ! Comprendre comment l’animal active et désactive l’effet Warburg et quels rôles jouent les facteurs physiques comme la température sont les deux questions auxquelles va désormais tenter de répondre Charlotte Corporeau, grâce au soutien de l’Ifremer et la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer.

[Ipbes 6] Comprendre la biodiversité européenne et ses enjeux

À l’occasion du prochain rapport de l’Ipbes sur l’état de la biodiversité en Europe et en Asie Centrale, la FRB donnera chaque mois jusqu’à la sortie du rapport la parole à des chercheurs spécialistes de différents écosystèmes (marin, forestier, d’eau douce, etc.) et de disciplines aussi diverses que le droit, l’économie et la biologie de la conservation. Autant de domaines qui offrent chacun un éclairage précis sur les enjeux actuels pour la biodiversité.

[Synthèse] Production de bois-énergie et impacts sur la biodiversité européenne

Peut-on se passer des énergies fossiles et préserver la biodiversité ? Comme l’ont montré les échanges lors des journées FRB 2017 et de nombreux travaux de re- cherche sur le sujet, la réponse est loin d’être aisée. À l’occasion de la sortie du pro- chain rapport de l’IPBES sur l’état de la biodiversité en Europe et en Asie centrale, la FRB a synthétisé l’une des rares études à avoir compilé et analysé un ensemble de travaux sur la question de production de bois-énergie et de ses impacts poten- tiels sur la biodiversité européenne : Effects of fuelwood harvesting on biodiver- sity — a review focused on the situation in Europe de Bouget, Lassauce et Jonsell, 2012. Bien qu’il s’agisse d’une stratégie possible parmi d’autres, les auteurs se sont ici placés dans un contexte d’intensification de cette filière.

 

Faire progresser l’écologie en intégrant des données à travers le monde

« En comprenant notre planète, nous avons la possibilité de la sauver.» soulignait récemment le scientifique E.O Wilson. À l’heure où 80 % des espèces mondiales n’ont pas encore été nommées et décrites, un long chemin reste encore à parcourir pour comprendre la vie sur Terre. Une telle compréhension dépendra non seulement de nouvelles initiatives de recherche audacieuses, mais aussi de nouvelles façons de recueillir, organiser, intégrer, visualiser et partager des données entre les disciplines, les domaines et les limites géographiques.

 

À l’occasion de la venue en France de William Michener, grand expert de la gestion de données sur la biodiversité, le Cesab (CEntre de Synthèse et d’Analyse sur la Biodiversité) de la FRB a organisé un séminaire à l’Inra mercredi 11 avril 2018. Ce séminaire a été l’occasion de réfléchir à la manière de développer les bases de données et les connaissances nécessaires pour comprendre notre planète. Les présentations, suivies d’une table ronde, porteront sur :

  • L’évolution du milieu scientifique et comment les «anciennes» et «nouvelles» données sont essentielles pour améliorer nos connaissances ;
  • L’intégration des données de manière globale et à travers les disciplines scientifiques pour comprendre et soutenir les écosystèmes de notre planète ;
  • La manière dont les approches novatrices des technologies de l’information aident à mieux comprendre la biodiversité ;
  • La transformation de la biodiversité et des mesures écologiques en informations pouvant être exploitées par les scientifiques, les gestionnaires de ressources et les décideurs.

 

Cet événement est organisé en partenariat avec le PNDB (Pôle national de données de biodiversité).

De l’importance de la nature en ville pour notre santé mentale

Le monde qui nous entoure influence notre bien-être et notre santé mentale. D’après plusieurs travaux de recherche, les adultes exposés aux espaces verts sont moins sujets aux maladies mentales telles que la dépression, l’anxiété ou le stress. Les espaces verts pourraient devenir de véritables outils thérapeutiques face aux troubles mentaux (TDAH, dépression, troubles du comportement et troubles anxieux).
Face à ce constat, comment penser la ville de demain ?

 

L’article est consultable dans les ressources ci-dessous. 

Mieux connaître la biodiversité européenne pour mieux la protéger : l’exemple des récifs coralligènes méditerranéens

À l’instar des récifs coralliens des pays tropicaux, les récifs coralligènes, dénommés ainsi pour le corail rouge qu’ils abritent, ont tout pour devenir un emblème pour les pays côtiers Méditerranéens. En effet, la riche et belle biodiversité qu’ils abritent présente un intérêt de conservation en soi, mais aussi des avantages pour la pêche et le tourisme. Les connaissances sur ces écosystèmes sont longtemps restées par­cellaires, mais se développent aujourd’hui, soulignant la beauté et la vulnérabilité de ces habitats.

 

L’article est consultable dans les ressources ci-dessous. 

La régulation de la pêche européenne a-t-elle sauvé le thon rouge ?

De nombreux stocks de poissons des mers et océans du globe ont longtemps été – et sont encore – surexploités, notamment en Méditerranée. Cette surexploita­tion représente un gaspillage des ressources naturelles et aussi une menace pour la biodiversité. Cependant, des travaux de recherche montrent qu’une partie des espèces pêchées vont mieux, grâce aux mesures de régulation de la pêche. C’est le cas pour les thons rouges de Méditerranée et de l’Atlantique Est. Ces bons ré­sultats ont d’ailleurs incité la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA) a autoriser l’augmentation des quotas de pêche pour cette espèce . La question posée est alors : « le thon rouge peut-il supporter cette augmentation des quotas » ?

 

L’article est consultable dans les ressources ci-dessous. 

L’exploitation des ressources halieutiques : pressions sur les écosystèmes marins, état des pêcheries, impacts sur la biodiversité et aménagement de ses usages

En 2015, l’offre de poissons, mollusques et crustacés (collectivement appelés « poisson ») a atteint le chiffre record de 20,3 kg par personne en moyenne. Le poisson demeure l’un des produits alimentaires de base les plus échangés au monde avec comme premier importateur l’Union européenne, devant les Etats-Unis, la Chine et le Japon.

 

L’article est consultable dans les ressources ci-dessous. 

Des aires marines protégées en haute mer : l’Europe pionnière

La mise en place d’aires marines protégées est l’une des mesures phares de conservation de la biodiversité marine. Il s’agit principalement de définir un espace au sein duquel les activités humaines pourront être restreintes et la lutte contre la pollution renforcée, dans l’objectif de protéger un écosystème particulièrement remarquable ou sensible.

 

L’article est consultable dans les ressources ci-dessous. 

Un trésor au fond du jardin… Les mares, “points chauds” de la biodiversité

Alors que le monde change en termes de climat, de paysages, d’usage de l’eau et de politiques environnementales, les mares sont des « points chauds » de biodiversité. Elles abritent en effet une grande diversité d’espèces et de caractéristiques, ou « traits », biologiques (cycle de vie, physiologie, morphologie, comportement, préférences, etc.). En outre, elles jouent un rôle essentiel dans la fourniture de services écosystémiques.

 

L’article est consultable dans les ressources ci-dessous. 

La plénière de l’IPBES se tient du 17 au 24 mars en Colombie

Les rapports de l’IPBES, ce sont :
 
4 rapports régionaux pour évaluer la biodiversité et les contributions apportées par la nature aux populations dans les quatre régions du monde : les Amériques, l’Asie et le Pacifique, l’Afrique, ainsi que l’Europe et l’Asie centrale, c’est-à-dire le monde entier à l’exception de l’Antarctique et des zones de haute mer.
 
▪ Un cinquième rapport d’évaluation qui se concentre sur la dégradation et la restauration des terres aux niveaux régional et mondial
 
550 éminents experts internationaux issus de plus de 100 pays mobilisés
 
▪ L’analyse quasi exhaustive par les meilleurs experts de toutes les données disponibles sur la biodiversité, son état, son devenir, les pressions qu’elle subit et les solutions pour la préserver et en faire un usage durable
 
▪ Une étape majeure de la communauté scientifique pour préparer l’après Aïchi, c’est-à-dire les objectifs mondiaux pour la biodiversité post 2020
 
Le contenu des rapports sera révélé en Colombie à Medellin à partir du 23 mars.

Chaque jour et à partir du 17 mars, retrouvez nos brèves sur la plénière diffusées sur le site de la FRB et sur les réseaux sociaux.

De la pollution aux obstacles sur les cours d’eau : comment lever les barrages à la biodiversité ?

Des ruisseaux le long des jardins aux fleuves qui traversent les villes, les cours d’eau façonnent nos paysages et forment des habitats essentiels pour la biodiversité aquatique. Les milieux humides et les services qu’ils rendent ont fait l’objet d’une évaluation à l’échelle française (Efese) qui paraîtra au cours du premier trimestre 2018.

 

Jérémy Devaux, chargé de mission « Eau et milieux aquatiques » au ministère de la Transition écologique et solidaire a coordonné cette évaluation nationale et nous en présente ici, en avant-première, quelques éléments.

 

L’article est consultable dans les ressources ci-dessous. 

Comment accroître durablement les ressources alimentaires marines ?

La Commission européenne, agissant dans le cadre du processus d’avis scientifique (Commission’s Scientific Advice Mechanism, SAM), a saisi son groupe de conseillers scientifiques de haut niveau sur la question “comment accroître l’extraction de nourriture et de biomasse d’origine marine sans compromettre les bénéfices des générations futures ?”.

 

Le groupe a entrepris ses travaux au début de l’année 2017 ; son rapport a été publié le 30 novembre 2017.

 

La note consultable ci-dessous comprend deux parties :

  • la première fournit des informations sur l’état et les tendances de la production d’aliments animaux d’origine aquatique, et rappelle quels sont les principaux impacts de la pêche et de l’aquaculture sur la biodiversité marine ;
  • la seconde commente les recommandations du groupe d’experts, spécialement au plan des incidences potentielles sur la biodiversité.

Plaidoyer pour les forêts mélangées

La déforestation massive est une réalité sur l’ensemble des continents. Longtemps cantonnée aux forêts tropicales humides du bassin de l’Amazone et de l’Asie du Sud Est, elle concerne maintenant le bassin du Congo et même l’Europe, où la taïga russe est touchée. Dans son rapport de 2015 sur l’état de la ressource forestière dans le monde, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que 3,3 millions d’hectares de forêts sont perdus chaque année, soit 6 hectares ou encore 9 terrains de football chaque minute. Les sources non gouvernementales sont encore plus pessimistes, évaluant la perte de surface forestière à 30 millions d’hectares en 2016.

 

Consulter l’article dans les ressources ci-dessous.

Les zones humides : des réservoirs de biodiversité à préserver

Dans le monde, 64 % des zones humides ont disparu depuis le début du XXe siècle. Si les grands projets d’infrastructures et d’urbanisation ainsi que l’intensification de l’agriculture ont conduit à l’assèchement de ces zones, nos sociétés prennent aujourd’hui un peu plus conscience de la nécessité de les préserver. Ainsi, 74 % des Français se sont montrés favorables à l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, situé sur une zone humide. A l’occasion de la journée mondiale des zones humides et en lien avec le prochain rapport de l’Ipbes sur l’état de la biodiversité en Europe, Pierre Caessteker, chargé de mission à l’Agence française pour la biodiversité (AFB), revient sur les effets bénéfiques de ces écosystèmes, essentiels au cycle de l’eau et à la biodiversité.

 

L’article est consultable dans les ressources ci-dessous. 

Séminaire FRB : L’APA, pas à pas

Après la sortie en 2017 du guide L’APA pas à pas sur l’accès aux ressources génétiques et le partage des avantages découlant de leur utilisation (APA), la FRB a organisé avec le soutien de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) une matinée de séminaire pour informer et accompagner les chercheurs publics et privés dans la compréhension de l’APA et de sa mise en œuvre.

 

Cette nouvelle réglementation encadre les activités de recherche et de développement réalisées sur des ressources génétiques ou des connaissances traditionnelles associées qui sont sous souveraineté française. Ces activités sont menées par des opérateurs publics ou privés.

 

Quelles sont ces nouvelles réglementations ? Que disent-elles ? Suis-je concerné(e) ?

Telles sont les questions auxquelles le séminaire s’est proposé de répondre.

 

Retrouver, dans les ressources ci-dessous, le programme ainsi que les présentations des intervenants. 

Consultation d’experts : les effets de la biologie de synthèse et des biotechnologies sur la biodiversité

Cette consultation de type Delphi vise à identifier des priorités et des souhaits pour le développement et le renforcement de programmes de recherche sur ces effets, les difficultés de telles recherches et les besoins précis pour les mettre en oeuvre. Cette consultation s’adresse en priorité aux chercheurs des secteurs publics et privés, mais elle est ouverte à toute personne ayant une formation scientifique qui voudrait y participer (étudiants, bureaux d’études, ONG, etc). La consultation est ouverte jusqu’au 20 avril 2018 – Vos réponses seront strictement confidentielles.

Des chimpanzés pharmaciens

Au cœur des forêts congolaises et ougandaises, les chimpanzés malades se livrent à un véritable travail de pharmacien ; ils sélectionnent avec minutie des plantes qu’ils utilisent, selon le contexte, pour nettoyer leurs plaies, réguler leur digestion ou encore soulager leurs maux. Un individu infesté par des parasites s’éloigne de façon inhabituelle de son groupe pour mastiquer de l’écorce d’Albizia, un arbre qui ne fait pourtant pas partie de son régime alimentaire habituel. Peu de temps après, il est guéri et ses selles ne présentent plus de trace du parasite.

 

Les chimpanzés ne se contenteraient pas de se soigner ; ils pourraient également prévenir les maladies. Il leur arrive ainsi de mastiquer les feuilles très amères de Trichilia rubescens, celles-ci n’ayant pourtant aucune valeur nutritive. Ces feuilles contiennent des molécules qui peuvent les protéger du paludisme. Comme les plantes médicinales peuvent s’avérer toxiques lorsqu’elles sont consommées en grande quantité, il faut donc que les chimpanzés dosent la quantité ingérée en fonction de leurs besoins, de leur condition physique et des propriétés de la plante. Dans plus d’un tiers des cas, les plantes qu’ils sélectionnent sont similaires à celles utilisées par les Hommes en médecine traditionnelle dans des contextes semblables.

 

Ces quelques exemples témoignent de la capacité des chimpanzés à choisir des plantes ou parties de plantes qui contribuent au maintien ou à l’amélioration de leur santé, et à éviter celles qui pourraient empirer leur état. Ces conclusions ont pu être formulées grâce à la mobilisation de plusieurs expertises. Les analyses vétérinaires des fèces couplées à des observations comportementales fournissent ainsi des indications précieuses sur l’état de santé des animaux. En mettant ces données en relation avec celles issues de la récolte et l’analyse botanique, biologique et chimique des plantes sélectionnées par les primates, l’équipe de recherche de Sabrina Krief a mis en évidence la capacité d’automédication chez les grands singes.

 

La consommation de plantes médicinales se vérifie même dans le cas de chimpanzés orphelins élevés par l’Homme et relâchés en milieu naturel, ce qui amène à s’interroger sur l’origine de cette capacité. L’apprentissage se fait-il par transmission de savoir entre générations ou individus d’un même groupe ? Résulte-t-il d’un phénomène de mimétisme ou d’un apprentissage individuel par essai-erreur ? Quelle est la part innée de cette capacité ? Pour tenter de répondre à ces questions, Sabrina Krief et son équipe ont mené des études comparatives chez plusieurs espèces de grands singes africains, en milieu naturel comme en captivité. Celles-ci confirment l’existence d’essai-erreur individuel mais également l’importance de la transmission sociale dans le choix des substances à activités biologiques chez les chimpanzés.

 

Cette faculté des chimpanzés à adapter leur alimentation en fonction de leur état de santé est une belle découverte en matière de comportement animal ; elle s’avère également être une source d’espoir en termes de santé humaine. A ce jour, les Hommes n’ont en effet exploré qu’environ 10% des plantes à la fois pour leurs propriétés chimiques et biologiques. L’observation des choix médicinaux des chimpanzés permet de découvrir plus rapidement des plantes aux principes actifs intéressants, qui pourraient servir à la création de nouveaux remèdes. Encore faut-il que ces mêmes hommes ne détruisent pas les forêts tropicales, trésors de biodiversité et habitat des chimpanzés, aujourd’hui menacés de disparition dans un futur proche !

Sortir de la dépendance aux pesticides

Les conséquences de l’usage de pesticides sur la biodiversité se répercutent à tous les niveaux de la chaîne trophique
L’action des pesticides ne se limite pas uniquement aux espèces cibles ; elle est à l’origine d’un grand nombre d’effets en cascade non maitrisés, qui se répercutent tout au long des chaînes trophiques. Les pollinisateurs sauvages sont ainsi directement affectés par la présence d’insecticides, mais les recherches démontrent qu’il en est de même pour les oiseaux qui consomment ces insectes ou des graines contaminées ou encore des mammifères en contact répétés avec des pesticides présents dans l’environnement. L’ensemble de l’écosystème est donc affecté, avec des conséquences dramatiques sur la biodiversité et les ressources alimentaires.

Les risques liés à l’usage des pesticides sont actuellement sous-estimés
Les méthodes d’évaluations des risques liés aux pesticides se focalisent généralement sur une espèce d’intérêt plutôt que sur l’écosystème dans sa globalité. Elles ne prennent pas en compte leurs effets indirects et synergiques, pourtant prépondérants, ni les effets longs termes ou des faibles doses. L’usage massif de pesticides a aussi un effet boule de neige : il entraîne le développement de résistances chez les espèces cibles. Un usage de plus en plus important de produits est donc requis pour maintenir un même niveau d’efficacité, entraînant par la même occasion un coût croissant pour l’agriculteur.

Des solutions existent pour limiter voire éviter l’usage des pesticides
Une réduction d’usage des produits phytosanitaires ne compromet pourtant pas la viabilité des exploitations : des études ont ainsi montré qu’une diminution de 30% des pesticides pourrait même conduire à une rentabilité équivalente ou meilleure.
Il est donc possible et urgent de sortir de la dépendance aux pesticides et de l’inertie politique sur ce thème.

La Fondation pour la recherche sur la biodiversité préconise plusieurs solutions parmi lesquelles :
Un soutien accru à la recherche afin de mieux comprendre et évaluer les effets additifs et conjoints des pesticides, leur éco-dynamique au cours du temps et des risques liés à leur mésusage,
une meilleure application du principe pollueur payeur afin que tous les impacts des pesticides soient compensés par la restauration des écosystèmes et pas uniquement ceux qui concernent la qualité de l’eau (pollution de sols, impacts sur les biodiversité etc…),
un découplage des activités de distribution et de conseil des produits phytosanitaires,
une accélération de la mise à disposition de méthodes et produits alternatifs (notamment non-chimiques) aux pesticides,
Le développement d’un fonds de compensation en vue d’une approche assurantielle des risques
L’intégralité de la note détaillant les effets des pesticides et les solutions alternatives à leur usage est disponible ici.

Sortir de la dépendance aux pesticides

Une étude récente publiée dans la revue scientifique Plos One a révélé que 75% de la biomasse des insectes volants a disparu en moins de 30 ans en Allemagne. L’intensification agricole et en particulier l’usage des pesticides est la cause probable de ce déclin vertigineux, loin devant d’autres facteurs de pression tels que le changement climatique, l’augmentation de la population humaine ou encore le changement d’usage des terres. Face à ce constat, est-il possible de réduire voire de se passer des pesticides sans impacter pour autant les rendements de la filière agricole ?

 

La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) s’est penchée sur ces questions au travers de la Note : Sortir de la dépendance aux pesticides, consultable ci-dessous.

La revue systématique

  • Face à l’abondance d’informations, parfois contradictoires, comment faire le tri ?
  • Sur quelles connaissances faire reposer sa décision ?
  • Quelles solutions appliquer efficacement selon les circonstances ?
  • Comment sortir des querelles d’experts et des conflits d’intérêt ?

 

Une revue systématique consiste à collecter le maximum de connaissances, en réponse à une question structurée, puis à en réaliser une évaluation critique et une synthèse afin que son utilisateur puisse se faire une idée de l’état des savoirs et décider en toute connaissance de cause.

 

Consultez ci-dessous le livre de la FRB sur la revue systématique

 

La méthode Delphi

La consultation d’experts est une méthode très courante pour obtenir des avis et des arguments pour étayer une décision. Néanmoins, le faire sans méthodologie rigoureuse expose à des critiques ou favorise les querelles d’experts.

 

La méthode Delphi a été développée pour pallier ces risques. Elle permet de consulter individuellement et de façon anonyme un grand nombre d’experts (ou de parties prenantes) sur un sujet précis, tout en garantissant la libre expression de chacun. La méthode Delphi fait appel à l’intelligence collective : chaque expert prend connaissance des avis des autres et par ce processus peut revoir ses arguments et ses positions, mais chaque avis reste anonyme et les experts n’interagissent jamais directement. Ainsi se bâtit soit un consensus, soit l’évidence d’une diversité d’avis dont le décideur pourra tenir compte.

 

Consulter ci-dessous le livret de la FRB sur la méthode Delphi.

La maison est en feu

L’équipe a examiné attentivement la littérature scientifique, le financement de la recherche et les articles de presse des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni sur les changements climatiques et la biodiversité entre 1991 et 2016. Elle a constaté que la couverture médiatique du changement climatique est jusqu’à huit fois plus élevée que celle consacrée à la biodiversité, un écart que les différences entre les publications scientifiques sur l’un ou l’autre thème ne peuvent expliquer. Les chercheurs ont noté que la couverture médiatique sur le changement climatique est souvent liée à des événements spécifiques, du type plénière du Giec ou événement climatique exceptionnel, lien que l’on ne retrouve pas pour la couverture médiatique sur la biodiversité.

 

Les auteurs ont quantifié avec précision leurs observations et en ont dégagé des pistes d’action pour que les chercheurs et leurs services en charge de la communication puissent mieux communiquer les points saillants de leurs travaux au grand public et aux politiques.

 

Les coraux : de performantes machines à remonter le temps

Les coraux peuvent fournir des informations sur les variations de certains paramètres au cours du temps, tels que la température des eaux de surface, la salinité ou encore la présence de pollutions d’origine humaine. Comment de simples échantillons de coraux permettent-ils de recueillir autant d’informations ?

 

Les coraux massifs du genre Porites sp. sont les plus fréquemment utilisés en paléoclimatologie. Ces organismes, vivant à faible profondeur, sont particulièrement sensibles aux variations physico-chimiques de leur milieu. Leur squelette calcaire, qui peut atteindre plusieurs mètres de diamètre, incorpore tout au long de leur croissance des éléments chimiques contenus dans l’eau de mer environnante. La radiographie de ce squelette permet d’établir la chronologie de leur croissance. Celle-ci se matérialise, à la manière des cernes d‘un arbre, sous la forme d’une alternance saisonnière de bandes sombres et de bandes claires de périodicité annuelle. Ainsi, l’analyse des éléments chimiques suivant l’axe de croissance du corail apporte des informations sur les variations des paramètres environnementaux et des pollutions anthropiques au cours du temps.

 

Radiographie d’un squelette calcaire de Porites (© IRD-C.E. Lazareth)

 

L’originalité de l’utilisation des coraux par rapport à d’autres archives (carottes sédimentaires ou de glace, stalagmites, etc.) réside dans leur précision temporelle ; en effet, ils permettent d’obtenir des données à une résolution plus fine, à l’échelle mensuelle. Par ailleurs, les Porites forment des colonies très denses à durée de vie longue. Celles-ci permettent de reconstituer des séries temporelles des variations environnementales qui dépassent parfois les 100ans. Grâce à certains fossiles datant du Trias, il est même possible de retracer les conditions climatiques et chimiques des océans pour des périodes géologiques très anciennes. Cela permet de valider ou de réfuter les résultats des modèles servant à estimer les variations futures du climat.

 

Une raison de plus pour protéger ces témoins du passé !

[Tribune] La lutte contre l’érosion de la biodiversité doit être une priorité internationale

Les chercheurs et les acteurs qui, comme nous, travaillent sur la biodiversité saluent l’initiative prise par le président de la République de relancer, à travers la réunion One Planet Summit, la dynamique portée par l’accord de Paris. Au moment où il apparaît clairement que l’objectif de la limite des 1,5 °C ne pourra probablement pas être atteint, mobiliser les ­acteurs économiques pour réduire les pressions humaines responsables du changement climatique et contribuer aux processus d’adaptation constituait un impératif. Les engagements pris par les donateurs, les Etats ou des organismes comme la Banque mondiale vont dans un sens positif, et il est important que la France ait joué ici un rôle majeur.

 

A l’heure où de grands acteurs économiques commencent à se soucier fortement de l’impact de leurs activités sur la biodiversité et alors que le récent appel des 15 000 scientifiques du monde ­entier a rappelé que l’impact croissant des activités humaines compromet notre avenir, on aurait pu souhaiter que ce sommet traite à la fois de la lutte contre le réchauffement climatique et de la lutte contre l’érosion de la biodiversité.

 

A l’image d’une étude qui montre que plus de 75 % de la biomasse des insectes volants a disparu au sein d’espaces pourtant protégés en Allemagne, en vingt-sept ans, les travaux scientifiques récents soulignent tous la gravité des ­atteintes à la biodiversité. Ils montrent également qu’avec une population ­humaine en croissance la situation va empirer fortement sous les effets ­cumulés du changement d’usage des terres – au bénéfice notamment de la production agricole –, de la surexploi­tation des sols, des eaux douces et des ­poissons marins, du braconnage ­de certaines espèces remarquables, de ­l’accroissement des pollutions tant ­chimiques que physiques (plastiques et microplastiques notamment), lumineuses ou sonores, ou encore de la ­dissémination d’espèces exotiques ­envahissantes (…)

 

Accédez à la totalité de la Tribune sur le Monde.fr

Les paiements pour services environnementaux : des instruments clés à améliorer

Les Paiements pour Services Environnementaux (PSE) sont des rémunérations versées à des acteurs du monde rural, généralement des agriculteurs, des éleveurs ou des forestiers pour adopter, sur les terres qu’ils possèdent ou contrôlent, des méthodes de production respectueuses de l’environnement ou arrêter certaines pratiques, parfois légales, mais indésirables, comme l’épandage de pesticides ou la déforestation.

 

Ces instruments se déploient dans de nombreux pays en développement – l’exemple du Costa Rica est le plus connu – mais le principe est identique à celui des mesures agro-environnementales de la Politique Agricole Commune de l’Union Européenne. La nature de ces paiements fait toutefois débat.

 

S’agit-il de compenser les coûts associés à l’adoption d’une pratiques plus écologique (ou pour le manque à gagner de l’abandon de certaines activités), ou s’agit-il de récompenser des acteurs aux comportements déjà écologiquement vertueux ? Par ailleurs, les PSE, dans de nombreux pays, rémunèrent les acteurs pour s’abstenir de faire des choses qui sont déjà prohibées par la réglementation, par exemple déboiser, avec le risque d’affaiblir la force intrinsèque des normes légales actuelles et futures. En effet, les acteurs n’appliqueraient les règles légales qu’à la condition d’être rémunérés.

 

À ces questions, l’article d’Alain Karsenty et al. propose de répondre à travers un double ciblage, géographique et social, des PSE. Dans les aires protégées, notamment, il peut être acceptable de rémunérer les producteurs pauvres pour le respect des règlements, à condition d’investir aussi pour leur donner les moyens, à terme, de tirer des revenus suffisants de leurs activités économiques tout en respectant la contrainte légale.

L’APA pas à pas

Cette nouvelle réglementation encadre les activités de recherche et de développement réalisées sur les ressources génétiques prélevées sur le territoire français ainsi que celles menées à partir de connaissances traditionnelles associées, détenues par les communautés d’habitants présentes en outre-mer (Guyane et Wallis et Futuna).

 

Chercheur caractérisant des ressources génétiques en forêt ou en mer, biologiste en quête de nouvelles espèces aux propriétés intéressantes pour une entreprise cosmétique, microbiologiste travaillant sur des virus, bactéries ou parasites, sélectionneur de plantes, gestionnaire d’un centre de ressources diffusant des échantillons, ethnobiologiste recensant les pratiques médicinales d’une communauté d’habitants ou encore communauté autochtone et locale ayant des connaissances sur une plante, l’APA vous concerne.

 

Le guide “L’APA pas à pas” est consultable en ligne ou téléchargeable ci-dessous. Conçu sur la base du guide L’APA pas à pas, le dépliant téléchargeable également ci-dessous propose des repères pour la compréhension et l’application du principe d’accès et de partage des avantages par les utilisateurs.

Allain Bougrain Dubourg élu président du Cos de la FRB

Jeudi 7 décembre, le Conseil d’orientation stratégique (Cos) de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) a élu son nouveau président, Allain BOUGRAIN DUBOURG, et son vice président, Jean-François LESIGNE.

 

Le Cos de la FRB accueille en son sein 235 associations, entreprises, gestionnaires ou collectivités. L’ambition commune de tous ces acteurs est de contribuer à des projets de recherche qui allient préservation, exploitation responsable et valorisation durable de la biodiversité, tant en milieu terrestre que marin.

 

Dans son discours inaugural, Allain BOUGRAIN DUBOURG a dit « regretter que la biodiversité ne soit pas encore perçu comme un enjeu aussi majeur que le climat ». Allain BOUGRAIN DUBOURG a poursuivi en encourageant « les entreprises, les ONG, les gestionnaires, les collectivités rassemblés au sein du Conseil d’orientation stratégique à appuyer leur décision sur le respect du droit et sur la prise en compte des meilleures connaissances scientifiques disponibles. La FRB est un lieu original pour éclairer la décision. »

 

Allain Bougrain-Dubourg élu président du Cos, Jean-François Lesigne vice-président

Jeudi 7 décembre, le Conseil d’orientation stratégique (Cos) de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) a élu son nouveau président, Allain Bougrain Dubourg, et son vice président, Jean-François Lesigne.

 

Le Conseil d’orientation stratégique de la FRB accueille en son sein 235 associations, entreprises, gestionnaires ou collectivités. L’ambition commune de tous ces acteurs est de contribuer à des projets de recherche qui allient préservation, exploitation responsable et valorisation durable de la biodiversité, tant en milieu terrestre que marin.

 

Dans son discours inaugural, Allain Bougrain Dubourg a dit « regretter que la biodiversité ne soit pas encore perçu comme un enjeu aussi majeur que le climat ». Allain Bougrain Dubourg a poursuivi en encourageant « les entreprises, les ONG, les gestionnaires, les collectivités rassemblés au sein du Conseil d’orientation stratégique à appuyer leur décision sur le respect du droit et sur la prise en compte des meilleures connaissances scientifiques disponibles. La FRB est un lieu original pour éclairer la décision. »

 

Eléments biographiques :

Allain Bougrain Dubourg est journaliste, producteur, réalisateur de télévision français et président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

Depuis plus de 30 ans, il présente des émissions animalières (« Terre des bêtes », « Animalia », « Entre chien et loup » etc….) et assure des chroniques ou des émissions à la radio notamment sur France Inter : « Vivre avec les bêtes ».

Producteur et réalisateur de nombreux documentaires animaliers, il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages.

Président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux depuis 1986, il devient membre du CA du Muséum National d’Histoire Naturelle et de celui la Fondation pour la recherche sur la biodiversité et intervient dans de multiples organismes nationaux et internationaux liés à la biodiversité. Allain Bougrain Dubourg est Officier de l’Ordre National du Mérite et Officier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur. Depuis septembre 2017, il assure une chronique sur Europe 1, le samedi matin, dans l’émission de Wendy Bouchard.

 

Jean-François Lesigne est attaché environnement à RTE depuis 2005, en charge du Système de management de l’environnement et conseiller de la direction. Ingénieur Supelec, il entre à EDF en 1983 au dispatching national où il est en charge des études de stabilité du réseau. En 1991, il prend en charge la Gestion nationale des câbles souterrains. En 1994, il est adjoint au directeur du Groupe d’exploitation hydraulique du Beaufortain dans les Alpes. Après un passage à l’Inspection audit interne, il devient en 2002 directeur du Groupe d’exploitation transport du Languedoc-Roussillon. Il est membre du Conseil d’orientation stratégique de la FRB et administrateur. Il coordonne les activités du Club infrastructures linéaires et biodiversité (CILB).

Nécessité d’un accord international sur la pollution de l‘océan par les plastiques

Accédez à la traduction de l’article scientifique :
Pourquoi un accord international sur la pollution de l‘océan par les plastiques est indispensable

 

Les plastiques s’accumulent partout dans le monde à un rythme croissant. D’après Geyer R. et al., si la tendance actuelle continue, 12 000 millions de tonnes de déchets plastiques seront mis en décharge ou dans l’environnement d’ici 2050.

 

Comme les gaz effet de serre ou les substances détruisant la couche d’ozone, les plastiques ne s’arrêtent pas aux frontières nationales. Entraînés par le vent ou l’eau, ils finissent majoritairement leur course dans les océans affectant les organismes à tous les niveaux d’organisation biologique.

 

Cette pollution impacte les animaux marins (capture, étranglement, étouffement, etc.), avec des conséquences souvent fatales. Son action chimique, sous forme microscopique, agit également sur les organismes au niveau génétique ou fonctionnel (baisse de fertilité), les populations (diminution de la taille des populations) ou les communautés (déstructuration des relations entre les organismes constituant ces communautés).

 

Ces impacts, combinés à l’accélération de la production de plastique, ont amené un collectif de chercheurs à interpeler la communauté internationale pour prendre des mesures avant que les écosystèmes ne soient altérés de façon irréversible.

 

Le collectif demande à ce qu’un accord international définisse des objectifs pertinents et mesurables pour réduire la pollution plastique dans tous les océans du monde, car si des solutions ont été mises en place au niveau local, elles n’ont pas une ampleur suffisante pour faire face au caractère global d’un problème qui s’accroit très rapidement.

 

Ils demandent aussi que cet accord soit accompagné d’un programme visant à étendre la responsabilité des producteurs et l’intégration des coûts environnementaux dans le prix des produits, pour créer un fonds mondial, sur le modèle du fonds Climat de l’UNCCC, afin d’aider les Etats participants à développer les filières appropriées de traitement des déchets plastiques.

Mieux connaître les sols et leurs enjeux

Toutes les vidéos sont à découvrir dans la rubrique “La Biodiv’ par les chercheurs” du Biodiv’Mag : 

  • Les sols, un patrimoine riche mais fragile, par Jean-François Silvain, président de la FRB.
  • La ville recyclable, par Marc Karszynski, président du Lifti.
  • L’ABC : pour un inventaire de la biodiversité sur les communes, par Antoine Cadi, directeur de la recherche et de l’innovation à CDC Biodiversité. 
  • Biodiversité des sols, il n’y a pas que les vers de terre (sous) la terre ! par Sébastien Barot, directeur de recherche à l’IRD.
  • Les arbres : les grands alliés des sols, par Jean-Maris Deshoux, ingénieur territorial en environnement. 
  • Comment les terrils du nord de la Frande sont-ils devenus des îlots de biodiversité ? par Guillaume Lemoine, ingénieur écologue. 
  • Vous ne verrez plus les pistes de ski come avant ! Par Stéphanie Gaucherand, chercheuse à l’Irstea. 
  • Restauration des sols : un aspirateur pas comme les autres, par Jean-Louis Morel, professeur à l’université de Lorraine.
  • Ne cachons plus la pollution sous le tapis des sols ! par Christel de la Hougue, déléguée générale de l’UPDS (Union des professionnels de la dépollution des sites)
  • Quand un cimentier restaure les carrières en terres agricoles grâce à la biodiversité, par Camille Bayle, ingénieure agronome pour le groupe Vicat. 

2es Rencontres espaces naturels protégés et recherche

Où en sont aujourd’hui, en France, les collaborations entre chercheurs et gestionnaires d’ENP ? Quels enjeux, quels objets, quelles disciplines tendent-elles à privilégier ? Quels sont leurs apports et leurs limites, du point de vue des chercheurs et des gestionnaires ? Comment les améliorer ? Peut-on identifier différents modèles relationnels et, le cas échéant, quelles sont leurs caractéristiques, leurs conditions de réussite et leurs limites respectives ?

 

À l’heure où l’Agence française pour la biodiversité (AFB) se met en place, ces deux journées de rencontres apportent des réponses à ces questions, en exposant et en mettant en débat les résultats de l’enquête nationale : « Quelles collaborations entre chercheurs et gestionnaires d’espaces naturels protégés ? » menée par la FRB en 2016 et 2017. Cette enquête quantitative et qualitative qui a associé des chercheurs et des gestionnaires livre pour la première fois un large panorama de leurs relations.

 

Ces rencontres s’adressent à l’ensemble des chercheurs intéressés par les ENP et des gestionnaires de ces espaces. Après une présentation des résultats de l’enquête en séance plénière, elles s’organisent autour de quatre ateliers thématiques qui s’appuient sur les expériences et les idées de progrès des participants. Les ateliers visent à discuter de manière approfondie les résultats de l’enquête et à proposer des recommandations concrètes pour surmonter les difficultés identifiées et concrétiser tout le potentiel des relations entre chercheurs et gestionnaires.

 

Télécharger le programme et la présentation des ateliers dans les ressources ci-dessous. Les résultats de l’enquête sont également accessible dans le rapport paru dans la collection Expertise et Synthèse de la FRB : Chercheurs et gestionnaires d’espaces naturels protégés : des liens à construire.  

 

Un remède qui fait mouche pour soigner la biodiversité

Finalement, c’est une petite abeille tout droit venue de Sumatra qui s’est avérée être le bon remède. Cibdela janthina, dite “la mouche bleue”, a suivi depuis 1997 toute une batterie de tests menés par le Cirad, avant d’être déclarée apte à soigner la biodiversité réunionnaise. Ce petit hyménoptère a la particularité de s’attaquer exclusivement au genre Rubus, dont fait partie la vigne marronne. Suite à son introduction sur l’île en 2007, les résultats ne se sont pas faits attendre ; 700 hectares autrefois colonisés ont aujourd’hui été rendus à la nature ! La vigne marronne ne prospère désormais plus qu’au-delà de 1 200 mètres d’altitude, dans les zones difficilement accessibles pour la mouche bleue.

 

La lutte biologique contre une population envahissante s’apparente au test d’un nouveau traitement. Elle doit être étudiée, adaptée, spécifique. Parfois c’est une réussite, comme ce fut le cas pour la vigne marronne avec la mouche bleue. Dans d’autres cas, le traitement agit de la manière voulue mais entraîne des effets secondaires désastreux.

 

Être en mesure de soigner la biodiversité sans jouer au savant fou est une des ambitions du projet Coreids, développé au Cesab et porté par le chercheur en écologie François Massol et Patrice David. Il analyse à la loupe le fonctionnement des écosystèmes ; quelles sont les différentes espèces qui contribuent à leur équilibre ? Comment interagissent-elles ? Quels pourraient être les effets d’un perturbateur comme ce fut le cas avec la vigne marronne ? Tous ces éléments permettront, à terme, de mieux comprendre et anticiper les menaces qui pèsent sur la biodiversité… pour mieux prévenir et moins guérir.

Les apports fondamentaux de la recherche sur la biodiversité aux négociations sur le climat

Souvent négligée dans les débats sur les leviers d’action pour le climat, la biodiversité doit pourtant être prise en compte selon trois axes essentiels pour que les actions pour le climat soient efficaces et ne s’accompagnent pas de conséquences négatives pour la biodiversité :

  1. Les impacts du changement climatique sur la biodiversité et les écosystèmes doivent être mieux compris, justifiant d’autant plus le besoin d’agir rapidement pour minimiser le changement et de repenser les actions de conservation in situ ;
  2. Les solutions apportées par la biodiversité pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique doivent être mieux connues et reconnues par les négociateurs comme les réponses les plus économiques, apportant de multiples bénéfices en termes de développement durable ;
  3. Les politiques et mesures pour le climat ne reposant pas sur la préservation de la biodiversité doivent faire l’objet d’une évaluation d’impact ex ante, pour s’assurer qu’elles ne sont pas contradictoires avec l’impératif de protection de la biodiversité.

 

Les travaux du Giec et de l’Ipbes contribuent ensemble à répondre à ces questions et fournissent aux décideurs des informations reposant sur les connaissances scientifiques existantes les plus solides à ce jour. Ils rendent évident que les changements climatiques et l’érosion de la biodiversité ne pourront être stoppés l’un sans l’autre.

 

Consultez, dans les ressources ci-dessous, les notes :

  • Biodiversité et climat : un même combat international
  • Articulation CDB – Ipbes – Giec

Le classement de Shanghai 2017 honore la recherche française en écologie !

Dans l’ensemble Sciences naturelles, il existe un thème Écologie qui regroupe les catégories du “Web of Science” : conservation de la biodiversité et écologie. Et c’est là que toutes celles et ceux qui espèrent que la recherche française, de par ses qualités, pourra aider à préserver et à utiliser plus durablement la biodiversité peuvent se réjouir, car le classement met à l’honneur plusieurs universités françaises (http://www.shanghairanking.com/Shanghairanking-Subject-Rankings/ecology.html) :

  • Au 2e rang mondial, l’Université de Montpellier avec un score total de 279,6, juste derrière l’Université d’Oxford avec 287,3. Montpellier est devant UC Berkeley et UC Davis et loin devant Cambridge ou Cornell ! Ce second rang est conservé si on se réfère au nombre d’articles publiés dans les plus grands journaux scientifiques classés selon leur facteurs d’impacts. Là, Montpellier obtient un score de 99 contre 100 pour Oxford.
  • Au 26e rang on trouve l’Université Pierre et Marie Curie (Paris 6), avec un score de 236,8, juste devant l’université de Zurich, Harvard et Standford.
  • Au 39e rang on trouve l’Université Paul-Valéry Montpellier 3.
  • Au 44e rang l’Ecole Pratique des Hautes Etudes.
  • Parmi les ex-aequo des 51-75e rangs, l’Université Grenoble Alpes, et l’Université de Savoie.
  • Parmi les ex-aequo des 76-100e rangs, l’Université Paul Sabatier (Toulouse 3) et AgroParisTech.
  • Et enfin parmi les 101-150e rang, on trouve l’Université Claude Bernard Lyon 1, l’Université Paris Sud (Paris 11), l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, l’Université d’Aix Marseille et l’Ecole Nationale de formation Agronomique

 

Cela fait huit établissements français parmi les 100 premiers mondiaux du domaine.

 

On note que l’Université Pierre et Marie Curie, 40e et première française, au classement mondial des 500 plus grandes universités progresse ici de 14 places (en ne tenant compte que des travaux menés dans le domaine de l’écologie). Le bon en avant est encore plus considérable pour Montpellier qui d’une position de 201-300e ex-aequo dans le classement global passe donc seconde mondiale si on se réfère au seul champ thématique écologie.

 

La FRB tient à féliciter les scientifiques de toutes ces universités (et des UMR qui leur sont associées) qui portent haut les couleurs de la recherche française et bien évidemment ceux de l’Université de Montpellier, qui monte avec brio sur le podium des plus grandes universités mondiales pour la recherche en écologie.

Le nouveau conseil scientifique de la FRB

Le conseil scientifique est composé de vingt membres :

 

Le CS de la FRB a pour missions d’orienter les actions de la Fondation, notamment en donnant son avis sur ses grandes orientations qui font l’objet de son plan d’actions pluriannuel. Il s’attache également à conduire certains travaux d’expertise scientifique comme l’exploration des fronts de science et des grands enjeux de connaissance dans le champ de la biodiversité. Le programme de travail du CS est défini par ses membres, mais également par les saisines de la direction de la FRB, de ses membres fondateurs ou de ses partenaires. Le conseil scientifique sera amené à travailler en interaction étroite avec le Conseil d’orientation stratégique (Cos) de la FRB sur les besoins de connaissances exprimés par les acteurs de la société, mais également avec le groupe de travail « biodiversité » de l’alliance pour l’environnement (AllEnvi) et avec le conseil scientifique de l’Agence française pour la biodiversité (AFB).

Énergie renouvelable et biodiversité : les implications pour parvenir à une économie verte

En raison de leur rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique, les filières de production d’énergie à partir de sources dites « renouvelables » sont souvent implicitement considérées comme favorables à l’environnement alors qu’elles ont toute des impacts, plus ou moins importants sur la biodiversité et les écosystèmes, ainsi que le démontre cette revue de la littérature qui a analysé plus de 500 références scientifiques.

 

Les impacts sont variés, mais ils seront d’autant plus importants que ces solutions énergétiques seront déployées à grande échelle pour permettre une transition rapide vers une économie verte. Si ces pressions varient considérablement entre les différentes filières et les contextes environnementaux dans lesquels elles opèrent, l’impact majeur, commun à toutes les filières, est la perte ou la modification des habitats. Mais d’autres effets négatifs existent comme les traumatismes parfois mortels, la pollution, l’émission de gaz à effet de serre, la compétition pour les usages de l’eau ou encore l’induction de comportement d’évitement, les invasions biologiques ou la modification des micro-climats locaux qui perturbent les écosystèmes.

 

Consultez la synthèse complète dans les ressources ci-dessous.

 

Le résumé des effets négatifs et positifs par filière listés dans la revue est présenté ci-après :

 

Énergie solaire

 

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Perte ou fragmentation des habitats : c’est l’effet sur la biodiversité le mieux documenté
  • Collision des oiseaux avec les installations
  • Brûlures occasionnées aux oiseaux exposés aux flux solaires intenses. Ceci pourrait occasionner la mort de milliers d’oiseaux
  • Pollution des masses d’eau à partir de produits chimiques toxiques utilisés pour le traitement des panneaux solaires et des sols (herbicides)
  • Utilisation croissante de l’eau (en particulier dans les déserts)
  • Attraction et désorientation des insectes et des oiseaux causés par une lumière intense ou polarisée
  • Piège écologique en raison de mécanismes attracteurs cumulatifs
  • Perturbation du micro-climat local

 

Effets positifs possibles pour la biodiversité

  • Fourniture de zones de couverture ou d’habitat et d’alimentation (par exemple, pâturages) pour certains animaux

 

Énergie éolienne terrestre

 

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Collision d’oiseaux et de chauves-souris avec des éoliennes.Comme pour les oiseaux les risques ne concernent pas seulement les espèces locales, mais aussi les espèces migratrices
  • Traumatismes internes (barotrauma) chez les chauves-souris associés à des réductions soudaines de pression de l’air à proximité des pales
  • Perturbation des voies migratoires pour certaines espèces d’oiseaux et de chauves-souris : c’est une des incidences les mieux documentées et le plus étudiées

 

Effets positifs possibles pour la biodiversité

  • Constitution de territoires favorables pour certaines espèces terrestres en raison de la réduction du trafic, de la disponibilité en ressources alimentaires et de la réduction de prédateurs

 

Énergie hydraulique

 

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Disparition d’écosystèmes (lors de la mise en eau des barrages) y compris les réserves naturelles, fragmentation des habitats
  • Perturbation des flux hydriques en amont et en aval des installations hydroélectrique
  • Perturbation des voies migratoires de certaines espèces de poissons
  • Détérioration de la qualité de l’eau en raison des changements dans la charge en sédiments, la turbidité et l’eutrophisation
  • Émissions de GES par les réservoirs qui contribuent au changement climatique anthropique

 

Effets positifs possibles pour la biodiversité

  • Création de nouveaux habitats ou de nouveaux écosystèmes

 

Bioénergie

 

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Perte, fragmentation, simplification et homogénéisation des habitats en raison de la mise en place de monocultures intensives et pertes de biodiversité associées
  • Pollution du sol et de l’eau associée à l’utilisation d’engrais et pesticides qui provoque toxicité et eutrophisation,
  • Emissions de polluants dans l’air ambiant qui contribuent à l’acidification et à la formation d’ozone troposphérique, émission de GES pendant tout le cycle de vie de la production de bioénergie qui contribue au changement climatique anthropique
  • Modification des micro-climats locaux en raison des changements dans l’albédo et l’évapotranspiration
  • Concurrence avec la végétation indigène de certaines espèces utilisées comme matières premières (par exemple, Eucalyptus, Miscanthus)

 

Effets positifs possibles pour la biodiversité

  • Fourniture d’habitat, alimentation et autres services écosystémiques de soutien par certaines surfaces recouvertes de plantes énergétiques (par exemple : Miscanthus, Panicum virgatum –switchgrass-)

 

Énergie des mers

 

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Perturbations des milieux liées à la construction des installations d’énergie océanique, (par exemple pollution sonore qui affecte certaines espèces aquatiques, en particulier les mammifères marins)
  • Perte ou changement d’habitats associés à la mise en place des fondations des installations ancrés dans le fond marin, la mise en eau permanente des portions des estuaires situés en amont des structures marémotrices, la modification des processus hydrodynamiques et de sédimentation
  • Augmentation de la turbidité dans la colonne d’eau due aux perturbations des fonds marins, changements dans la salinité, afflux d’eau plus oxygénée dans les structures marémotrices
  • Pollution électromagnétique associée aux câbles sous-marins et chimique provenant de lubrifiants et peintures toxiques
  • Changement de composition des communautés de poissons benthiques en raison de pertes d’habitats
    Perturbation des déplacements et de l’alimentation des espèces locales et migratrices
  • Mortalités d’espèces dans les structures marémotrices, collision des oiseaux avec les éoliennes marines et des espèces aquatiques avec des dispositifs utilisant l’énergie des vagues
  • Mortalité des poissons tropicaux en raison des chocs thermiques générés par certaines installations

 

Effets positifs possibles pour la biodiversité

  • Protection de la biodiversité par la création de zones interdites d’accès aux activités de pêche et de transport (par exemple les champs d’éoliennes marines)
  • Abris pour certaines espèces notamment autour des parcs éoliens marins et les infrastructures basées sur l’exploitation des vagues et des marées

 

Énergie géothermique

 

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Perte d’habitat pendant la conversion des zones naturelles en installations géothermiques
  • Changement d’habitat au cours du déboisement du site, de la construction de routes, du forage des puits et des sondages sismiques qui affecte les processus de reproduction, de recherche de nourriture et de migration de certaines espèces
  • Émissions de polluants toxiques tels que le H2S, l’arsenic et l’acide borique qui peuvent défolier les plantes ou être incorporés par les organismes
  • Pollution par le bruit et la chaleur des installations géothermiques

 

La revue propose aussi pour chaque filière des mesures d’atténuation permettant d’éviter, minimiser, restaurer ou compenser les impacts, la plus emblématique d’entre elle étant la localisation des installations dans les zones à faible biodiversité, mais le choix de technologies moins impactantes, la planification en amont incluant des procédures de préservation de la biodiversité ou la mise en place systématique d’éléments favorables à la biodiversité au sein ou autour des infrastructures est aussi recommandé. Les auteurs préconisent également de profiter des emprises territoriales, parfois importantes, de ces infrastructures pour créer et maintenir des réserves naturelles dans lesquelles les activités humaines sont réduites.

Un important travail reste à conduire pour renforcer l’acquisition de connaissances sur les impacts réels de ces filières sur les différents compartiments de la biodiversité (des espèces aux écosystèmes) et développer des outils d’évaluation pertinents et efficients.

En effet, la transition énergétique ne pourra se passer de l’exploitation des ressources énergétiques renouvelables. Il est donc essentiel que son développement et les politiques publiques associées prenne en compte la biodiversité. Ceci est d’autant plus crucial que le développement à grande échelle de la transition vers une économie verte démultipliera, parfois de façon exponentielle les effets directs et indirects de ces filières sur l’environnement en général et la biodiversité en particulier.

Création de l’institut de la transition environnementale

L’Institut de la transition environnementale ambitionne de devenir une plateforme d’interactions entre science et société pour contribuer à la transition environnementale dans la durée. Cette ambition s’appuie sur une double originalité : capacité à mettre en oeuvre des approches interdisciplinaires et intersectorielles et centrage sur les problématiques du changement. La palette des compétences réunies à Sorbonne Universités permet d’aborder les différentes facettes de la transition, au-delà de la juxtaposition des regards. Il s’agit de les confronter, les enrichir, les articuler, et de proposer des scénarios robustes et un dialogue avec les acteurs. L’institut rassemble 54 laboratoires et environ 2 000 chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants, techniciens, ingénieurs.

 

La FRB salue l’arrivée de ce nouvel acteur et souhaite pouvoir prochainement développer de riches et fructueuses collaborations avec lui.

Colloque Acidification des océans

Ce programme permet de mobiliser 720 000 euros à destination des chercheurs français. Lancé en septembre 2015, l’appel à propositions de recherche a reçu 18 propositions. Huit projets couvrant les défis de recherche allant de la compréhension des impacts de l’acidification à leur modélisation, en passant par l’observation et la cartographie du phénomène ont été sélectionnés par le conseil scientifique ad hoc présidé par Jean-Pierre Gattuso du Laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer. Ces projets reçoivent chacun 90 000 euros et associent de nombreux laboratoires et instituts de recherche, en France métropolitaine, en Polynésie française et à Monaco.

 

Les 8 projets financés sont les suivants :

  • ACIDREEF : impact de l’acidification sur les récifs ; coordonné par le laboratoire CRIOBE (Polynésie Française), avec l’AIEA Monaco et le centre scientifique de Monaco
  • ECOSYSTEME : Évaluation des impacts sur deux écosystèmes de cyanobactéries (algues bleues) ; coordonné par le laboratoire CORAIL (Polynésie Française)
  • ICO-BIO : Impact du changement océanique sur la biologie de l’ormeau, une espèce d’intérêt économique ; coordonné par le laboratoire BOREA (station de biologie marine de Concarneau)
  • MERCY : Impact du mercure et du gaz carbonique sur la seiche ; coordonné par le laboratoire LIENS (université de La Rochelle)
  • COCCACE : Les coccolithophores (algues unicellulaires) et l’acidification océanique ; coordonné par le CEREGE (Aix-en-Provence)
  • ACIDOSCOPE : Acidification de l’océan : projections, régionalisation et cartographie ; coordonné par l’IPSL (Gif sur Yvette)
  • AiAiAi : Acidification, acclimatation et adaptation des huîtres, coordonné par IFREMER Polynésie
  • PACIO : Réponses physiologiques et adaptatives des poissons à l’acidification des océans ; coordonné par le laboratoire LEMAR (Brest).

 

Les conventions avec les porteurs des projets sont à présent presque toutes signées.

Le lancement du programme a lieu en parallèle du 4e atelier international sur l’impact économique de l’acidification des océans, consacré à l’écosystème corallien et organisé par le CSM et l’AIEA.

 

Découvrez, dans les ressources ci-dessous, les présentations des projets exposés ainsi que le compte-rendu du conseil scientifique qui s’est tenu ce même jour.

Rencontres sciences pour l’action 2017 : prospectives pour la biodiversité

Ces rencontres ont été organisées autour de quatre thèmes :

  • Biodiversité et solidarité écologique
  • Littoral et adaptation : solutions fondées sur la nature
  • Valorisation et restauration de la biodiversité
  • Biodiversité et politiques énergétiques : cas de la biomasse forestière

 

Chaque atelier, limités à une vingtaine de personnes par thème, a réuni des chercheurs, des responsables de politiques publiques et des acteurs locaux. Ils avaient pour objet de produire des recommandations pour soutenir la production et la diffusion de connaissances et améliorer la mise en œuvre de l’action publique en faveur de la biodiversité.

 

Téléchargez dans les ressources ci-dessous le programme, les recommandations et infographies issues des ateliers. 

Au gré des vagues : le voyage de l’albatros hurleur à travers le monde

Si vous vous allongez sur un matelas de mousse, les pieds qui pendent depuis une falaise haute de 200 mètres, sous un ciel sub-antarctique gris et venteux, vous entendrez le piétinement de l’albatros hurleur (Diomedea exulans) alors qu’il se prépare à décoller pour son long voyage. Le vent s’engouffre dans ses ailes d’une envergure de 3 mètres de long et élève l’oiseau gigantesque dans les airs, le propulsant pour un nouveau voyage dans les vastes étendues de l’Océan Austral.

 

Son incroyable voyage dure plusieurs mois pendant lesquels il fait le tour du globe. Pour nous, l’océan austral est un endroit difficile d’accès, dangereux même, mais pour les albatros, les conditions de vent extrêmes sont une aubaine. Leurs corps profilés et leurs longues ailes étroites leur donnent la possibilité d’utiliser le vent comme nul autre oiseau, extrayant l’énergie des vagues pour se maintenir aéroportés. Ce mode de locomotion est si efficace que les oiseaux peuvent voyager pendant des milliers de kilomètres sans battre une seule fois des ailes !

 

Que se passe-t-il pendant ce long voyage ? Comment l’oiseau navigue-t-il autour du globe ? Où trouve-t-il sa nourriture ?

 

 

Grâce à un petit enregistreur de données parfois relié aux satellites et qui est porté par l’oiseau, ces questions trouvent progressivement leurs réponses. L’appareil fournit des emplacements très précis plusieurs fois par jour. A l’aide de ces données combinées avec celles issues d’autres albatros, de phoques et de manchots, les chercheurs du groupe d’analyse et de synthèse « RAATD » pourront identifier quelles zones de l’immense Océan Austral sont particulièrement importantes pour tous ces animaux et, ainsi, mieux guider la conception de nouvelles stratégies de gestion pour protéger l’oiseau, ses descendants, et son écosystème pour de nombreuses générations à venir.

 

[Journée FRB 2017] Biodiversité et transition énergétique – Enquêtes sur des liaisons dangereuses

L’atténuation du changement climatique repose pour une large part sur la transition énergétique, c’est-à-dire l’abandon des sources d’énergie fondées sur le carbone fossile au profit des énergies renouvelables. Cet un objectif national et européen majeur suscite des développements technologiques et d’importants investissements. Or les infrastructures développées peuvent avoir des impacts multiples, et surtout non anticipés, sur la biodiversité et en particulier sur le fonctionnement des écosystèmes. Il est donc aujourd’hui indispensable de concilier défi énergétique et préservation de la biodiversité, cette dernière étant essentielle pour assurer le devenir de l’Humanité et garantir son bien-être.

 

La Journée FRB du 5 octobre vise à illustrer certaines incohérences entre la mise en œuvre de la transition énergétique et la prise en compte des enjeux associés à la biodiversité, puis à montrer les pistes de mobilisation des acteurs, des citoyens et des décideurs politiques et l’apport de la science pour une transition énergétique, écologique et solidaire.

 

Retrouver le programme et les comptes-rendus de la journée dans les ressources ci-dessous. 

Les mécanismes d’adaptation de la biodiversité aux changements climatiques

L’Académie des sciences vient de publier « Les mécanismes d’adaptation de la biodiversité aux changement climatique ». Cette vaste étude dresse un tableau détaillé de la dégradation par l’Homme de la biodiversité et tente de mesurer la résilience des écosystèmes fragilisés face au réchauffement climatique.

 

Trois membres de l’Académie, Sandra Lavorel, écologue et membre du conseil scientifique de la FRB, Jean-Dominique Lebreton, bio-mathématicien, et Yvon Le Maho, écophysiologiste, ont coordonné ce travail de deux ans auquel ont contribué 32 scientifiques français.

 

Parmi les références du rapport se trouve la prospective Réponses et adaptations aux changements globaux : quels enjeux pour la recherche sur la biodiversité ? de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité publiée en 2015.

Cette prospective a notamment rappelé la capacité du vivant à évoluer et donc la responsabilité forte que portent nos sociétés pour maintenir cette capacité (Ronce et al., 2015). À partir des différents exemples donnés, l’ouvrage montre que si les activités humaines ne perturbent pas les mécanismes de renouvellement et d’évolution de la biodiversité, les capacités d’adaptation de celle-ci face aux nouvelles contraintes environnementales seront mieux préservées.

Renards et risque de transmission de la maladie de Lyme : un effet en cascade

Accédez à la synthèse de l’article :
Renards et risque de transmission de la maladie de Lyme : un effet en cascade.

 

Ces dernières décennies, la maladie de Lyme a augmenté dans le nord-ouest de l’Europe et le nord-est des États-Unis. Si en France depuis le début de la surveillance de cette maladie par le réseau Sentinelles, aucune évolution significative n’a été observée, plus de 33 000 nouveaux cas ont néanmoins été recensés en 2015, faisant de cette maladie invalidante un enjeu de santé publique.

 

En 2012, une équipe de recherche menée par Levy et al. mettait en évidence le lien entre la perte de biodiversité et le déploiement de cette maladie. L’équipe démontrait notamment que l’émergence de la maladie de Lyme en Amérique du Nord était due à la diminution du renard roux prédateur spécialiste des rongeurs, hôtes privilégiés pour la majorité des tiques. Il manquait néanmoins à cette étude une confirmation de ces résultats par des données de terrain.

En 2017, l’équipe de recherche menée par Tim R. Hofmeester de l‘Université de Wageningen a démontré, en condition réelle, que l’activité des prédateurs, en régulant les populations de rongeurs porteurs des tiques pouvait abaisser le nombre de tiques dans un écosystème. Moins il y a de tiques, moins elles sont elles-mêmes infestées par des pathogènes comme la bactérie responsable de la maladie de Lyme. Cette étude est la première à établir, par des analyses de terrain, la corrélation entre l’activité des prédateurs, la densité totale des tiques et la densité des tiques infectées pour trois agents pathogènes transmissibles par les tiques. Elle confirme donc que la diminution des prédateurs ont des effets en cascade sur la transmission des pathogènes et que la protection des espèces prédatrices telles que le renard roux, la martre, le putois ou le blaireau est une solution fondée sur la nature pour diminuer la prévalence des maladies transmises par les tiques.

Renard et risque de transmission de la maladie de Lyme : un effet en cascade

Dans le monde, l’incidence des maladies dites vectorielles (c’est-à-dire transmises par un vecteur vivant à l’Homme ou à l’animal) a augmenté ces dernières décennies. C’est le cas pour les maladies à tiques dans le nord-ouest de l’Europe (maladies transmises par Ixodes ricinus) et dans le nord-est des États-Unis (Ixodes scapularis).

Certaines de ces maladies sont très invalidantes, comme c’est le cas pour la maladie de Lyme.

 

C’est ainsi que les résultats de recherche de l’équipe de Tim R. Hofmeester de l’Université de Wageningen menés sur 20 parcelles forestières aux Pays-Bas, démontrent que l’activité des prédateurs, en régulant les populations de rongeurs porteurs peuvent abaisser le nombre de tiques dans un écosystème et que moins il y a de tiques, moins elles sont elles-mêmes infestées par des pathogènes comme la bactérie responsable de la maladie de Lyme.

 

La mise en évidence de ce phénomène n’est pas nouvelle. Dès 2012, Levy et al.1 avait démontré que si l’émergence de la maladie de Lyme en Amérique du Nord était due à l’augmentation de la population de cerfs, l’augmentation rapide de l’incidence de la maladie dans le nord-est et le mid-ouest des USA ces 30 dernières années, était due à la diminution du renard roux prédateur spécialiste des rongeurs, hôtes privilégié pour la majorité des tiques.

Cette étude montre le rôle important des prédateurs dans la régulation des populations animales et les possibles effets en cascade induits par un déséquilibre de l‘écosystème. Il manquait néanmoins la confirmation de ces résultats par des données en situation réelle, sur le terrain, ce que s’est attaché à faire la présente étude.

Néanmoins cette étude est la première à établir, par des analyses de terrain, une corrélation négative entre l’activité des prédateurs, la densité totale des nymphes et la densité des nymphes infectées pour trois agents pathogènes transmissibles par les tiques. Elle confirme donc que des changements dans l’abondance des prédateurs ont des effets en cascade sur la transmission des pathogènes entre différentes espèces hôtes et que la protection des espèces prédatrices telles que le renard roux, la fouine ou le putois est une solution fondée sur la nature pour diminuer la prévalence des maladies transmises par les tiques.

 

  • Consultez la synthèse dans les ressources ci-dessous. 

 

 

Zoom sur la maladie de Lyme

La maladie de Lyme a été décrite pour la première fois en Suède en 1909 sous forme d’un érythème chronique migrant (une tâche annulaire rougeâtre qui grandit lentement). La première vraie épidémie associant polyarthrite et érythème migrant a été diagnostiquée en 1972 dans la ville de Lyme dans le Connecticut, mais il a fallu attendre 1982 pour qu’un médecin américain, Willi Burgdorfer isole la bactérie qui sera nommée Borrelia burgdorferi.

Les tiques vivent dans les zones boisées et humides et sont endémiques en France.

 

Chez l’Homme, la maladie se développe pendant plusieurs années, tout d’abord sous forme de symptômes cutanés (l’érythème migrant), puis neurologiques (raideurs de la nuque, céphalées, vomissements), avec éventuellement des douleurs articulaires ou des problèmes cardiaques.
Le nombre de cas avoisine les 27 000 chaque année, ce qui a conduit le ministère de la santé à publier en 2016, le plan national de lutte contre la maladie de Lyme et les maladies transmissibles par les tiques.

 

1. Levi T, Kilpatrick MA, Mangel M, Wilmers CC (2012). Deer, predators, and the emergence of Lyme disease. Proceedings National Academy of Sciences USA 109: 10942–10947.

Le rat taupe nu : l’habit ne fait (vraiment) pas le moine

En apparence, le rat taupe nu n’a rien pour plaire. Il n’est ni grand, à peine 33 cm de long, ni imposant, tout juste un petit kilo, ni beau avec sa peau fripée et ses dents saillantes. Par contre, sa physiologie est une énigme que les chercheurs tentent de décrypter depuis plusieurs années. En effet, non seulement il vit 10 fois plus longtemps que ses congénères murins, mais il reste fertile jusqu’à sa mort, résiste aussi aux polluants les plus agressifs et il ne développe jamais de maladies. Récemment, des scientifiques ont aussi démontré qu’il pouvait survivre près de 20 minutes sans oxygène.

 

L’ambition de la Fondation pour la recherche en physiologie, dont le siège est situé à Woluwe-Saint-Lambert en Belgique, est de créer le premier élevage de rat taupe nu au niveau mondial pour promouvoir les recherches sur les mécanismes de protection développés par cet animal.

En effet, cette petite souris nue qui vit dans les sous-sols de l’Afrique de l’est est un excellent modèle pour étudier les mécanismes du vieillissement, du cancer, des maladies cardiovasculaires ou neurodégératives et des maladies liées à l’âge pour à terme, lutter contre l’ensemble de ces pathologies chez l’Homme.

Ce petit animal est un bon exemple des extraordinaires services que la biodiversité peut rendre à l’humanité. Préserver le potentiel de découvertes scientifiques passe donc par la préservation de la biodiversité en milieu naturel.

Vertébrés continentaux : la sixième extinction est en marche

L’étude alarmante, publiée le 10 juillet dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) et qui conclue à l’accélération de la sixième extinction des vertébrés continentaux, a largement été relayée dans les médias.

 

Dans un résumé court et précis, Philippe Gros, directeur scientifique à l’Ifremer et membre du conseil scientifique de la FRB, revient sur les points scientifiques majeurs de l’article et le compare à celui de David Tilman et al. sur la Prédiction des menaces futures sur la biodiversité et pistes pour les réduire dont la synthèse a été réalisée par Jean-François Silvain, directeur de recherche à l’IRD et président de la FRB.

 

Consultez la synthèse dans les ressources ci-dessous. 

[Enquête FRB] Biodiversité et communication

Dans le cadre de son groupe de travail COSCS Biodiversité et communication : retours d’expériences et prospective, la FRB lance une enquête.

 

Le but de ce questionnaire est de mutualiser les expériences, points de vue et approches afin de connaitre les bonnes pratiques. Cet état des lieux en terme de communication sur la biodiversité permettra d’identifier les freins et difficultés rencontrés ainsi que les actions performantes et innovantes mises en place. Une synthèse sera ensuite réalisée par le groupe pour aboutir à des propositions.

 

Menaces sur les pollinisateurs

Deux articles récents confirment les impacts des néonicotinoïdes sur les pollinisateurs, un autre met en lumière les effets délétères de l’éclairage nocturne.

 

Découvrez les synthèses de ces articles ci-dessous. 

L’éclairage nocturne, une nouvelle menace pour la pollinisation

Les pollinisateurs sont en déclin dans le monde entier, ce qui génère des inquiétudes quant à la diminution, en parallèle, du service de pollinisation qu’ils fournissent à la fois aux cultures et aux plantes sauvages et qui est essentiel. Les facteurs anthropiques liés à ce déclin incluent les changements d’habitats, l’agriculture intensive, les pesticides, les espèces exotiques envahissantes, la propagation des agents pathogènes et le changement climatique.

 

Les conséquences de cette augmentation de l’éclairage nocturne sur le fonctionnement des écosystèmes sont généralement inconnues, or il a été suggéré récemment que l’augmentation mondiale et rapide des éclairages artificiels nocturnes pourrait constituer une nouvelle menace pour les écosystèmes terrestres.

 

L’article l’éclairage artificiel nocturne, une nouvelle menace pour la pollinisateurs d’Eva Knop et al montre que l’éclairage artificiel perturbe les réseaux nocturnes de pollinisation et a des conséquences négatives sur le succès reproducteur des plantes.

 

Si on éclaire artificiellement des communautés plantes-pollinisateurs, les visites nocturnes des pollinisateurs sur les plantes sont réduites de 62 % par rapport aux zones non éclairées. Il en résulte une réduction globale de 13 % du nombre de fruits d’une plante particulière, alors même que cette plante a également reçu de nombreuses visites de pollinisateurs diurnes.

 

Ces résultats démontrent également que l’éclairage artificiel de nuit affecte les pollinisateurs nocturnes au point d’entrainer une production de fruits plus faible des plantes qu’ils pollinisent, pouvant affecter en retour les pollinisateurs diurnes, étant donné que ces plantes représentent une source alimentaire importante pour eux.

 

L’article fournit des perspectives sur le fonctionnement des communautés de pollinisateurs et démontre que les pollinisateurs nocturnes ne sont pas redondants par rapport aux communautés diurnes.

 

Ces résultats contribuent à améliorer notre compréhension du déclin des pollinisateurs et de leurs services écosystémiques.

 

La pollinisation par les animaux est essentielle au fonctionnement des écosystèmes naturels, notamment aux communautés de plantes sauvages et apporte un service écosystémique crucial pour l’approvisionnement alimentaire mondial. 88 % de toutes les angiospermes en dépendent à des degrés divers et la valeur économique estimée de la pollinisation était de 361 milliards de dollars américains en 2009.

 

L’inquiétude porte sur le devenir de la pollinisation assurée par les insectes qui pourrait être menacée en raison d’une baisse mondiale des pollinisateurs sauvages et domestiques consécutivement aux activités humaines. Les principaux facteurs à l’origine de ce déclin sont la perte et la dégradation des habitats, l’agriculture conventionnelle intensive, incluant l’utilisation de pesticides, les espèces exotiques envahissantes, les organismes nuisibles et les agents pathogènes et les changements climatiques.

 

 

Le résumé de Philippe Gros et la synthèse de Jean-François Silvain sont téléchargeables dans les ressources ci-dessous. 

Néonicotinoides : des nouvelles connaissances scientifiques sur leur impact sur les abeilles

Les néonicotinoïdes sont des insecticides, c’est-à-dire des produits chimiques dont l’objectif est de tuer des insectes dit « cibles », ravageurs des monocultures commerciales modernes. Les molécules comme le thiamethoxam, l’imidaclopride ou le clothianidine sont des insecticides systémiques, c’est-à-dire qu’elles percolent dans les tissus des plantes traitées, soit directement par enrobage des semences, soit par épandage sur les sols.

 

Les connaissances sur la responsabilité des néonicotinoïdes au déclin des pollinisateurs sont de plus en plus nombreuses. Néanmoins, même si de nombreuses études ont démontré les effets toxiques des néonicotinoïdes sur les pollinisateurs et autres espèces animales, ou encore leurs effets négatifs sur la santé des abeilles y compris à des doses sub-létales, il est toujours délicat de discriminer leurs effets spécifiques de ceux d’autres pressions comme la perte des habitats, le changement climatique ou les pathogènes. Par ailleurs, si certaines études ont démontré que ces molécules augmentaient la mortalité des colonies d’abeilles domestiques en réduisant leur capacité à entretenir la ruche et le succès reproductif des bourdons sauvages et des abeilles solitaires, d’autres n’ont décelé aucun effet. Peu d’informations sont disponibles sur la survie des colonies sur le long terme dans un contexte d’exposition à ces pesticides. Il est en effet difficile de déterminer à quel point ces molécules affectent les abeilles et plus largement leurs colonies sur le long terme.

 

Les principales critiques portées aux études antérieurs sur les néonicotinoïdes étaient que les expérimentations n’avaient pas été conduites dans des conditions d’exposition réalistes, similaires à celles retrouvées au champ. De plus, les études toxicologiques n’utilisaient ni des doses d’insecticides ni des durées d’exposition réalistes, ces doses et durées n’ayant jamais été réellement quantifiées alors qu’elles constituent deux paramètres clés pour établir des liens de cause à effet. Ces différents éléments d’incertitude ont été repris dans l’évaluation relative à la pollinisation, les pollinisateurs et la sécurité alimentaire, publiée en 2016 par la plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques.

 

Dans ce contexte de présomption d’effets négatifs avérés des insecticides néonicotinoïdes sur les abeilles, qui a conduit à l’interdiction de ces produits en France (loi du16 aout 2016 pour la reconquête de la biodiversité), deux articles scientifiques ont été publiés le 30 juin dernier dans le journal Science.

 

Tsvetkov et al. ont ainsi démontré qu’au Canada, en zone de production de maïs, les abeilles domestiques étaient exposées aux néonicotinoïdes pendant quatre mois, correspondant à la majorité de leur période d’activité et ce, à des niveaux significatifs malgré l’obligation faite aux agriculteurs d’utiliser des lubrifiants pour réduire les émissions de poussières contaminées en pesticides. Ils ont mis également en évidence que ces molécules, aux doses de terrain, avaient de nombreux effets négatifs préoccupants pour les colonies d’abeilles domestiques expliquant leur affaiblissement, et à terme leur dépérissement : une mortalité précoce des butineuses de 23% supérieure à celle des colonies non contaminées, une propension à l’essaimage combinée à une difficulté à élever une nouvelle reine réduisant le temps efficace de ponte et une perte au fil du temps de la capacité hygiénique de la colonie. Enfin, les scientifiques ont établi qu’en présence du boscalide, (un fongicide commun utilisé notamment en association avec certains insecticides), la toxicité de deux néonicotinoïdes, la clorthianidine et le thiamothoxam étaient presque doublée.

 

En conduisant plusieurs études de terrain en Hongrie, Allemagne et Royaume Unis pour évaluer les effets des insecticides néonicotinoïdes sur trois espèces de pollinisateurs, Woodcock et al. ont, quant à eux, démontré que l’exposition aux néonicotinoïdes a des effets majoritairement négatifs sur le potentiel reproductif interannuel des insectes étudiés et que même si les taux d’exposition aux néonicotinoïdes sont faibles, ils provoquent des impacts sublétaux susceptibles de diminuer la survie à long terme des populations. Des effets négatifs associés au traitement par la clothianidine ont été observés chez les ouvrières d’Apis mellifera, en Hongrie, conduisant à des colonies plus petites au printemps suivant avec un taux de déclin de 24%. Quant aux espèces sauvages Bombus terrestris et Osmia bicornis les auteurs ont démontré que l’exposition aux résidus de néonicotinoïdes, principalement ceux stockés dans les nids et découlant de la contamination environnementale généralisée, diminuait pour les premiers la production de reines et pour les seconds la production d’œufs. Ces différents impacts altérant le succès reproducteur des populations de pollinisateurs domestiques ou sauvages réduisent la capacité de ces espèces à établir de nouvelles populations d’année en année et pourraient expliquer leurs déclins, actuellement largement documentés. Par ailleurs, les résultats obtenus dans trois pays différents démontrent l’importance des facteurs spécifiques et locaux qui expliquent probablement les résultats discordants des études antérieures conduites dans un seul pays ou sur un nombre de sites réduit.

 

Consultez, dans les ressources ci-dessous, les synthèses des deux articles. 

Lire l’avenir dans le marc de Broméliacées

Et si la biodiversité nous permettait de lire notre avenir ? C’est le constat de l’équipe de Régis Ceregino, chercheur à l’université de Toulouse qui étudie à la loupe les broméliacées. Nombre de ces plantes à fleur contiennent de petits réservoirs d’eau de pluie qui abritent algues, bactéries, champignons, larves d’invertébrés et petites grenouilles. Véritables versions miniatures des lacs, les broméliacées ont, entre autres avantages, de répondre rapidement au changement. Alors qu’il faut des dizaines voire des centaines d’années à un grand lac pour réagir à une mutation, les broméliacées répondent, quant à elles, en quelques semaines.

 

Ainsi suffit-il de manipuler leur environnement pour simuler une déforestation ou le changement climatique. De leur réponse, les chercheurs tirent des règles écologiques. Lorsqu’ils simulent le changement climatique où les pluies se font rares, les broméliacées s’assèchent. Les premières espèces à être touchées sont les petits prédateurs qui vont alors relâcher la pression sur leurs proies. Les conséquences vont être nombreuses, y compris pour l’homme. Dans ces systèmes stagnants se trouvent des larves de moustiques qui, en l’absence de prédateur, risquent de pulluler, et potentiellement transmettre des virus. La morale de l’histoire ? La biodiversité est un ensemble d’espèces en interaction. L’élimination d’espèces dans un contexte de changement global peut avoir des conséquences en cascade et un coût (très) élevé pour la société.

Biodiversité et transition énergétique : enquêtes sur des liaisons dangereuses

Les gouvernements et les entreprises doivent porter une attention identique aux deux grands enjeux planétaires que sont la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité. A l’heure où de nombreux travaux de recherche soulignent les risques d’extinction massive de populations et d’espèces au cours des 50 prochaines années, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité se penche sur le lien qui unit les questions de préservation de la biodiversité et de transition énergétique.

 

La réponse à l’urgence climatique passe prioritairement par la réduction des émissions de carbone, mais ne prend pas suffisamment en compte l’impératif de préservation de la biodiversité. Ainsi, en Europe, l’engouement pour les granulés de bois a entrainé une surexploitation des forêts du sud des Etats-Unis qui s’est traduite par une pression considérable sur la biodiversité. En 2025, un rapport de l’Union européenne[1] prévoit que 10 à 12 millions de tonnes de bois traverseront l’Atlantique pour le développement de cette filière basée sur une matière première considérée comme renouvelable.

 

Cet exemple, parmi d’autres, rappelle qu’il est aujourd’hui essentiel que la préservation de la biodiversité soit intégrée en amont des stratégies énergétiques de notre pays, et plus généralement de l’Europe.

 

La biodiversité peut elle-même fournir des solutions efficaces pour lutter contre le changement climatique et accompagner la transition énergétique. L’initiative internationale « 4 pour mille » élaborée pour contribuer au stockage du carbone via la restauration de la fertilité des sols en est une illustration.

 

La journée FRB du 5 octobre qui réunira décideurs, grandes entreprises, associations, chercheurs et citoyens appelle à réfléchir sur les incohérences entre la mise en œuvre de la transition énergétique et la prise en compte de la biodiversité. Elle interrogera également de grands acteurs industriels sur leurs actions pour concilier ces deux enjeux. Enfin, elle montrera comment la science apporte déjà des solutions pour une transition énergétique, écologique et solidaire.

 

 

1. A. Strange Olesen & S. L. Bager (COWI, DK), B. Kittler, W. Price, & F.Aguilar (Pinchot Institute for Conservation, US). 2015. Increased Reliance of the EU on Biomass from the South East US. Commission européenne.

Un drôle d’objet rampant non identifié

Je vis dans les sous-bois et suis composé d’une seule cellule de 10 mètres carré, je ne suis ni un animal, ni une plante, ni un champignon, ni une bactérie, je résiste au feu, mais je crains la lumière ou la congélation, je cicatrise en deux minutes, j’ai 720 types sexuels et plus de 1000 espèces, je suis dépourvu de système nerveux, mais je sais résoudre des problèmes : qui suis-je ?

 

Il s’agit d’un amibozoaire du genre Physarum surnommé le blob.
Cet organisme primitif de un milliard d’années présente des caractéristiques extraordinaires y compris en terme d’apprentissage et de mémorisation qui lui permettent de résoudre des problèmes d’accès à la nourriture de façon extrêmement rapide et efficace.

 

Cet organisme est étudié depuis plusieurs années par Audrey Dussutour, chercheuse au CNRS (Université Toulouse III – Paul Sabatier) qui cherche à évaluer ses capacités “d’habituation”, une forme d’apprentissage rudimentaire qui semble être très développée chez les blobs.
Un ouvrage grand public est sorti fin avril 2017 aux éditions Equateur-science et présente sur un mode vulgarisé les dernières avancées scientifiques incroyables sur la biologie et les capacités d’adaptation de cet organisme très particulier.
(À se procurer ici ou )

Transcriptions synthétiques de publications scientifiques majeures

Dans ce cadre, la FRB a pris l’initiative de porter à connaissance régulièrement des publications scientifiques d’importance majeure sur la biodiversité, susceptibles d’intéresser largement ses partenaires. Le cas échéant, en plus de publier un résumé du contenu de la publication, elle accompagnera ces annonces d’une transcription synthétique de l’article.

 

La première transcription synthétique réalisée par Jean-François Silvain, directeur de recherche à l’IRD et président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), est parue hier. Elle présente les éléments essentiels de l’article Prédiction des menaces futures sur la biodiversité et pistes pour les réduire de David Tilman et al. paru en juin dans la revue Nature.

Biodiversité – Une clé à destination des acteurs économiques

Au sommaire :

  • Qu’est-ce que la biodiversité ?
  • En quoi nous concerne-t-elle ?
  • Dans quel état est-elle ?
  • Quelle est sa dynamique ?
  • Comment évolue-t-elle ?
  • Comment la préserver ?
  • Pourquoi est-il nécessaire de mieux la connaître scientifiquement ?

 

Ce document, consultable ci-dessous, est particulièrement destiné aux acteurs économiques.

Biodiversité et néonicotinoïdes : revisiter les questions de recherche

Premières sur la liste des espèces pour lesquelles un effet négatif des néonicotinoïdes a été démontré, les abeilles domestiques ont depuis ouvert le chapitre à une pléiade d’autres groupes d’animaux comme les invertébrés terrestres et aquatiques, les poissons, les amphibiens, les reptiles ou encore les oiseaux insectivores, les rongeurs et les chauve-souris.

Par ailleurs, l’air, l’eau, les sols, les habitats naturels sont eux aussi contaminés. Des études ont également révélé des traces de ces insecticides dans les aliments. Les cultures non traitées ainsi que les plantes sauvages aux abords des cultures peuvent elles aussi contenir des néonicotinoïdes.

 

Le rapport souligne que la recherche sur les effets systémiques de ces substances et de celles issues de leur dégradation est aujourd’hui insuffisante. Ce qui induit une sous-estimation des conséquences néfastes pour la biodiversité. Le rapport invite à développer des recherches à des échelles d’organisation écologiques plus larges que l’individu : (1) les populations d’organismes et leur démographie, (2) les communautés d’organismes, (3) les écosystèmes.

 

Le rapport appelle à ce qu’une réflexion scientifique soit engagée sur les effets des néonicotinoïdes sur la biodiversité en général et non pas seulement au sein des agrosystèmes et sur des espèces cibles ou emblématiques. Les relations interspécifiques de compétition, prédation ou encore de mutualisme impliquent que l’effet direct d’un insecticide sur une espèce donnée se traduit nécessairement par des effets indirects sur des espèces en interactions avec cette espèce cible. Si les études se focalisent sur la contamination des insecticides sur des espèces cibles ou périphériques, les cascades trophiques déclenchées par les effets des insecticides sur celles-ci restent encore très largement inconnues.

 

En outre, le conseil scientifique de la FRB invite, à la lumière des effets déjà avérés de ces molécules sur la biodiversité, à soutenir de manière beaucoup plus active la recherche sur des alternatives aux néonicotinoïdes et plus particulièrement sur des alternatives non-chimiques reposant sur de nouvelles pratiques agricoles, relevant notamment de l’agro-écologie.

 

Le rapport est téléchargeable dans les ressources ci-dessous. 

Les acteurs français se mobilisent pour les pollinisateurs

Dans le cadre de l’évaluation thématique sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire adoptée en mars 2016 par les États membres de l’Ipbes, la FRB a souhaité mettre en regard des conclusions de cette évaluation et des mesures appliquées par des acteurs français. Elle a interrogé à cette fin les membres de son Conseil d’orientation stratégique et a recensé plus de 250 initiatives pouvant favoriser les pollinisateurs et réduire les pressions qu’ils subissent.

 

Consultez dans les ressources ci-dessous l’Expertise et synthèse regroupant ces initiatives. 

Une nouvelle directrice pour la FRB

Hélène Soubelet était précédemment chef de la mission biodiversité et gestion durable des milieux au service de la recherche de la direction de la recherche et de l’innovation du ministère chargé de l’environnement. Hélène Soubelet connaît très bien la FRB, son équipe, ses partenaires tant nationaux qu’internationaux, ses projets et ses multiples actions.

 

Hélène Soubelet associe un professionnalisme reconnu à un engagement pour la planète qui rejoint les valeurs promues par la FRB.

 

Cette nouvelle étape dans la vie de la fondation vient conforter le dynamisme de celle-ci au moment où il est plus que jamais nécessaire de promouvoir les connaissances scientifiques sur la biodiversité pour orienter l’action.

Rencontre avec les représentants des candidats à l’élection

Le bureau du Conseil d’orientation stratégique de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) a convié les représentants des candidats à l’élection présidentielle 2017 à présenter leur projet pour la biodiversité et à répondre aux questions de ses membres.

 

13h00 – Accueil

 

13h15 – Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité et Daniel Baumgarten, président du Conseil d’orientation stratégique de la FRB

 

13h30 – Bertrand Pancher, député de la Meuse – François Fillon

 

14h00 – Yannick Jadot, député européen – Benoit Hamon

 

14h30- Arnaud Leroy, député des français établis hors de France – Emmanuel Macron

 

15h – Eric Coquerel, conseiller régional Ile de France – Jean-Luc Mélenchon

 

15h30 – Philippe Murer – président du Collectif nouvelle écologie – Marine Le Pen

 

16h00 – Conclusion Sandrine Bélier, directrice Humanité et Biodiversité

 

 

Consultez le compte-rendu de ces rencontres dans les ressources ci-dessous et visionner les interventions des représentants des candidats dans les vidéos ci-dessous. 

[Ipbes 5] Jour après jour

Prolongations pour la cinquième session plénière de l’Ipbes 
10 mars 2017

 

Un consensus ayant été trouvé sur le cadrage de l’évaluation de l’usage durable dans la nuit de jeudi à vendredi, les derniers sujets à traiter en groupes de contact avant la plénière du vendredi après-midi étaient la participation de l’Union européenne à l’IPBES, le travail avec les savoirs autochtones et locaux et les décisions concernant l’examen de la Plateforme (seuls les termes de référence avaient été examinés jusqu’alors). Ces points ont pu être finalisés rapidement dans la matinée, les discussions ayant presque abouti au cours de la semaine. Deux points qui n’avaient pas encore fait l’objet d’un examen en groupe de contact, à savoir les travaux de l’équipe spéciale sur connaissances et données, qui traite notamment des indicateurs et de la génération de nouvelles connaissances à partir des lacunes identifiées dans les évaluations IPBES, et une proposition de décision pour prendre note de l’évolution de certains termes du cadre conceptuel de l’IPBES, ont pu être abordées malgré le temps limité. L’expression « bénéfices de la nature pour l’Homme » (se référant aux services écosystémiques) sera remplacée par « contributions apportées par la nature aux populations » dans les futurs documents de la Plateforme. Ce changement de terminologie a été approuvé par le Groupe d’experts multidisciplinaire et reflète l’évolution de la pensée scientifique à l’IPBES, suite notamment aux travaux du groupe d’expert sur les différentes conceptualisations et valeurs de la nature.

Suite à des démissions au sein du Groupe d’experts multidisciplinaire (GEM), des membres remplaçants pour les régions Afrique, Europe orientale et Amérique latine et Caraïbes ont été élus pour un mandat d’un an avant le renouvellement de l’ensemble du GEM en 2018.

 

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© Plusieurs membres de la délégation française en discussion à l’IPBES-5. Crédits : IISD/ENB | Sean Wu

 

En revanche, les discussions se sont prolongées sur la question du lancement des évaluations en suspens, liée à celle du budget et à celle du développement du deuxième programme de travail. L’opposition entre les pays de la région Europe occidentale et autres Etats (Etats-Unis, Nouvelle-Zélande…), contributeurs principaux au budget de l’IPBES, et les autres pays, au sujet du calendrier pour le lancement de l’évaluation de l’usage durable des espèces sauvages d’une part et des espèces exotiques envahissantes d’autre part aura pesé sur l’ensemble de la plénière jusqu’à la fin des négociations. Ces évaluations étant jugées prioritaires pour les pays du Sud, ils demandaient fortement qu’elles soient réalisées dès que possible, en leur allouant un budget en 2017 et en refusant qu’il y soit fait référence dans la décision relative au développement du 2ème programme de travail, ce qui indiquerait leur report de facto. Les pays du Nord quant à eux refusaient d’accéder à cette demande dans un souci d’équilibre budgétaire et des capacités humaines du Secrétariat de l’IPBES et de la communauté de recherche mondiale à se lancer dans de nouveaux travaux.

 

C’est un certain réalisme qui a prévalu in fine, lorsque la Plénière s’est clôturée, aux alentours de 23h. Un budget en équilibre a été adopté pour 2017, permettant seulement la continuation des travaux en cours. Un budget prévisionnel de 5 millions de dollars a été adopté pour 2018, ce qui est au-dessus du montant des contributions annoncées, mais en dessous de ce qui serait nécessaire pour lancer ne serait-ce que l’une des évaluations en suspens. Il permettra néanmoins au Secrétariat de fonctionner jusqu’à la prochaine plénière, au premier trimestre 2018. La question du lancement des évaluations en suspens y sera à nouveau abordée, au regard des ressources qui seront alors disponibles.

 

 

L’IPBES, ça claque !
9 mars 2017

La journée commence par le « bip » inévitable du portail de sécurité à l’entrée du centre de conférence, puis les talons des délégués sonnent dans les couloirs entre la salle de la plénière et celles des groupes de contact, le marteau du président retentit plus ou moins régulièrement en fonction de la complexité des débats, les kits pour l’interprétation glissent des chaises, les secrétaires de la réunion pianotent frénétiquement sur leurs claviers… ça claque à l’IPBES, et les nombreux bruits que l’on ne remarque pas témoignent de l’activité frénétique qui s’est emparée du Centre de conférence mondial de Bonn.

 

La troisième journée de la Plénière s’est entièrement déroulée en groupes de contact, avec une situation très exceptionnelle dans la soirée où trois groupes se sont réunis simultanément. Ce dispositif est très rarement utilisé étant donné que certains pays ne sont représentés que par un seul délégué, ce qui les empêche donc d’intervenir sur tous les sujets. Cependant, l’assemblée plénière seule peut entériner définitivement les décisions préparées en groupe de contact et elles seront donc toutes réexaminées vendredi après-midi avant adoption finale.

 

Le groupe présidé par Robert Watson s’est mis d’accord sur le processus et les modalités pour l’examen de l’efficacité des fonctions de la Plateforme, et a quasiment abouti à un consensus au sujet du développement du deuxième programme de travail (pour l’après 2018). Le groupe présidé par Ivar Baste, représentant de la région Europe occidentale et autres Etats au Bureau de l’IPBES, a poursuivi son examen du cadrage de l’évaluation de l’usage durable avant de lever la session en milieu de matinée. Il a été relayé par Fundisili Mketeni, représentant du Bureau pour la région Afrique, qui a présidé les discussions sur le renforcement des capacités.

 

© Les membres de l’IPBES réunis en plénière. Crédits : Photo by IISD/ENB | Sean Wu

 

Le groupe consacré au budget a rencontré celui étudiant la question des évaluations en suspens à l’heure du déjeuner pour essayer de trouver un accord sur le calendrier de la réalisation des évaluations.

 

L’après-midi, le groupe de contact sur le renforcement des capacités a pu finir ses travaux rapidement, et celui sur le catalogue d’outils et méthodes d’appui à l’élaboration des politiques lui a succédé, présidé de nouveau par Ivar Baste. Le deuxième groupe a fini la discussion sur le prochain programme de travail et repris celle sur les savoirs autochtones et locaux, présidé par Diego Balanza, membre du Bureau pour la région Amérique latine et Caraïbes.

 

A 17h30, la Plénière s’est rassemblée et le président de chaque groupe de contact a rendu compte des progrès accomplis. La plupart des points à l’ordre du jour ont été couverts et les groupes de contact correspondants ont atteint un accord. Cependant, les questions les plus épineuses du budget, du cadrage de l’évaluation de l’usage durable et des savoirs autochtones et locaux sont encore ouvertes, et à l’heure où nous écrivons ces lignes (près de minuit), deux d’entre eux sont encore en réunion…

 

 

La Plénière de l’IPBES se poursuit sous les auspices de la Journée de la Femme
8 mars 2017

 

La présidence européenne malto-slovaque a accueilli les délégués ce matin en réunion de coordination en célébrant la Journée internationale des femmes. Un petit clin d’œil également par Robert Watson en ouverture de la Plénière, et au cours de la réunion informelle organisée par la FRB et l’Université de Bonn pour la mobilisation des experts, des décideurs et des praticiens africains dans le cadre de l’IPBES avec un panel d’intervenant parfaitement équilibré.

 

Réunion informelle de la FRB et de l’Université de Bonn avec les délégations africaines – © Jean-François Silvain

 

La Plénière a fini de passer en revue les différents points à l’ordre du jour peu avant 18h00, accusant déjà un retard relativement important dans ses travaux. Le président a donc déjà convoqué des sessions tardives pour rattraper l’ordre du jour tel que prévu jeudi matin.

 

La Plénière a abordé la question des modalités et du calendrier de l’examen de l’efficacité de la Plateforme, et le point sur le catalogue d’outils et méthodes d’appui à l’élaboration des politiques qui doivent faire l’objet de discussions plus approfondies en groupe de contact, probablement jeudi matin. La Plénière a également examiné le document concernant la communication, l’engagement des parties prenantes et les partenariats stratégiques de l’IPBES.

 

La Plénière est invitée à adopter une approche pour travailler avec les savoirs traditionnels et locaux dans le cadre de l’IPBES, et un groupe de contact a commencé à se pencher sur la question dans la soirée. Les parties ont également commenté l’évolution de la terminologie employée dans le cadre conceptuel de l’IPBES, les « bénéfices de la nature pour l’Homme » ayant été renommés « contributions de la nature pour l’Homme ».

 

En parallèle, un autre groupe de contact a commencé à examiner le cadrage de l’évaluation de l’usage durable des espèces sauvages (titre révisé de l’évaluation anciennement dénommée « utilisation durable de la biodiversité »). La question du lancement de cette évaluation et des deux autres en suspens (sur les valeurs et sur les espèces exotiques envahissantes) est étroitement liée à celle du budget, et les groupes de contact sur ces deux points devront travailler en étroite consultation. Le groupe sur le budget s’est d’ailleurs réuni pour la première fois aujourd’hui, avec pour mission de trouver un seuil budgétaire viable pour mener à bien les travaux du premier programme de travail. Outre la question du budget, le président Robert Watson a mis en avant les contraintes en termes de ressources humaines nécessaires pour conduire efficacement les évaluations en suspens dès 2017, le Secrétariat tournant à plein régime avec six évaluations en cours, la communauté de chercheurs déjà fortement mobilisée pour la réalisation de ces mêmes évaluations et les décideurs n’ayant pas encore la capacité à relire et commenter les évaluations et résumés pour décideurs de manière satisfaisante. Il a appelé de ses vœux à ne pas sacrifier la qualité des produits de l’IPBES, ceux-ci étant le gage essentiel de sa crédibilité.

 

En ce qui concerne la gestion des connaissances et des données, la Plénière a demandé à examiner les travaux proposés pour 2017-2018 de plus près, dans le cadre d’un groupe de contact. A ce sujet, Future Earth a annoncé différentes actions menées en appui aux travaux de l’équipe spéciale, soutien qui a été formalisé par un Memorandum de coopération signé tout récemment entre l’IPBES et Future Earth.

 

Enfin, Robert Watson et Anne Larigauderie ont présenté les premières pistes pour l’organisation des deux prochaines plénières et le développement du deuxième programme de travail. Quelques observations ont été faites à ce sujet par les membres de la Plateforme, mais un groupe de contact prévu jeudi matin devra décider si ce point doit faire l’objet d’une décision à l’IPBES-5 ou non. La Colombie a offert d’accueillir la sixième session plénière de l’IPBES à Medellín sous les applaudissements.

 

Avant que les groupes de contact ne reprennent leurs travaux, la FRB a convié les pays d’Afrique francophone à une réunion pour faire le point sur les mesures prises pour la mise en place de structures nationales de coordination pour l’IPBES, suite à l’atelier organisé par la FRB en septembre 2016. Le Cameroun et le Maroc ont présenté leurs progrès en ce sens. L’Université de Bonn et ses partenaires en Ouganda et en Côte d’Ivoire ont quant à eux présenté un projet s’alignant sur des objectifs similaires et bénéficiant aux pays d’Afrique de l’ouest, avec un volet spécifique dédié à la formation.

 

 

Ouverture de la cinquième session plénière de l’IPBES
7 mars 2017

 

Plus de 600 représentants des Etats membres de l’IPBES et des organisations observatrices se trouvent à Bonn cette semaine pour la cinquième session plénière de l’IPBES.

 

Le Président de la Plateforme, Sir Robert Watson, a officiellement ouvert la session ce matin à 10h00. Les représentants officiels de l’Allemagne et de la ville de Bonn se sont exprimés en tant qu’hôtes de l’événement. Richard Kinley, vice-secrétaire exécutif de la Convention climat, et Guy Midgley, chercheur à l’Université de Stellenbosch, en Afrique du Sud, ont présenté les liens entre biodiversité et climat, soulignant notamment le rôle clé que peuvent jouer les écosystèmes aussi bien pour l’atténuation que pour l’adaptation au changement climatique. Le vice-secrétaire de la Convention climat a précisé que les premières révisions des contributions nationales attendues d’ici 2020 pourront s’appuyer aussi bien sur les travaux du Giec que sur ceux de l’IPBES, notamment l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques.

 

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Vue du Rhin depuis le complexe des Nations unies à Bonn – © Agnès Hallosserie

 

Robert Watson s’est félicité de l’arrivée de deux nouveaux membres à l’IPBES, la Roumanie et l’Estonie, qui portent le nombre total d’Etats membres à 126.

 

Cette première journée, conduite entièrement en plénière, a d’ores et déjà abordé certains points clés à l’ordre du jour de l’IPBES-5, notamment la question de la participation de l’Union européenne qui pourrait bénéficier d’un statut amélioré d’observateur comme au Giec. Les discussions autour de cette proposition doivent continuer demain en petit groupe avec les représentants des régions des Nations unies et de l’Union européenne.

 

Le budget pour le programme de travail de l’IPBES a été présenté en détail par Anne Larigauderie, Secrétaire exécutive de l’IPBES. Selon des estimations optimistes mais réalistes, la Plateforme devrait encore lever 3,4 millions de dollars d’ici début 2019 pour finir les travaux lancés à ce jour. Les pays suivants ont annoncé leur intention de contribuer au budget pour 2017: Allemagne, Belgique, Canada, Chili, France, Japon, Pays-Bas, Norvège, Suisse et Royaume-Uni. Cela aura une incidence certaine sur la capacité de la Plateforme à lancer les trois évaluations restantes pour ce programme de travail, à savoir celles portant sur les valeurs et conceptualisations de la nature, les espèces exotiques envahissantes et l’usage durable des espèces sauvages. De plus, le Secrétariat de l’IPBES a soulevé le problème des ressources humaine nécessaires pour conduire ces évaluations restantes au cours des deux prochaines années, étant donné la charge de travail que les six évaluations en cours représentent déjà pour les communautés d’experts, les décideurs et le Secrétariat de l’IPBES. Le Secrétariat tend à recommander le report des évaluations restantes afin d’assurer des travaux de qualité.

 

Les autres enjeux majeurs de cette plénière sont :

  • Les premières réflexions sur le développement du 2e programme de travail de l’IPBES
  • L’approbation des termes de référence et de la marche à suivre pour conduire l’examen de l’efficacité de la Plateforme
  • L’approbation de l’approche pour travailler avec les savoirs autochtones et locaux
  • L’approbation du plan de travail de l’équipe connaissances et données pour 2017-2018

 

Ces points seront abordés en plénière mercredi matin, avant que les délégués ne se répartissent en groupes de contact pour examiner en détail le contenu des travaux proposés et préparer les décisions qui seront adoptées en fin de semaine.

 

Lundi, l’UICN organisait la Journée des parties prenantes de l’IPBES. Le Secrétariat de l’IPBES est intervenu auprès des parties prenantes pour envisager avec eux les différentes contributions qu’ils peuvent faire à l’IPBES, et comment en retour ils peuvent se saisir des résultats de la Plateforme. Le NeFo, partenaire de la FRB et du Centre hongrois pour la recherche en écologie, a annoncé l’ouverture des inscriptions à la 4ème consultation pan-européenne des parties prenantes de l’IPBES. Les parties prenantes ont ensuite réfléchi en groupe sur la manière dont les décideurs, publics et privés, peuvent utiliser les scénarios et modèles de biodiversité et sur les termes à utiliser pour refléter les différentes valeurs de la nature. Ils ont examiné les termes de référence pour l’examen de l’efficacité de la Plateforme et l’approche pour travailler avec les savoirs autochtones et locaux, qui seront également examinés par les Etats membres au cours de la Plénière.

Appel aux candidats à l’élection présidentielle de 2017 du Conseil d’orientation stratégique (Cos)

La biodiversité est au cœur du fonctionnement des sociétés humaines, mais son rôle dans la vie quotidienne des citoyens est trop souvent méconnu et nous percevons encore mal les conséquences des pertes de biodiversité mises en évidence par les chercheurs. Cette situation, qui a été celle de l’impact du changement climatique, il y a quelques dizaines d’années, conduit dans de nombreux cas à des décisions mal étayées scientifiquement qui auront, à court, moyen ou long termes des effets importants, souvent irréversibles sur la biodiversité et notre qualité de vie, du fait de l’altération des services écosystémiques utilisés par l’Homme.

 

  • La biodiversité est à la base de notre alimentation. En quantité tout d’abord, notamment via la faune, la flore, les champignons et les micro-organismes des sols qui soutiennent les productions agricoles et permettent aux agrosystèmes d’être plus résilients face aux stress hydriques ou thermiques de plus en plus fréquents. En qualité ensuite, par le biais de la diversité génétique des plantes ou des animaux domestiques.
  • La biodiversité a également un rôle important sur la santé humaine. Il est aujourd’hui démontré qu’il existe un lien entre le bien-être des individus et leur accès à un environnement « biodivers ».
  • La biodiversité joue aussi un rôle majeur dans la régulation du climat. Les arbres, par exemple, captent le CO2 produit par les êtres vivants et les activités humaines, c’est aussi le cas du sol lorsque des pratiques durables sont mises en œuvre pour en préserver et enrichir la biodiversité. A l’inverse, la déforestation est un facteur aggravant du changement climatique.
  • La biodiversité fait également partie des solutions aux grands défis environnementaux. Lutter contre la pollution aux particules fines en ville, renforcer la résilience des cultures face au changement climatique par la renaturation des agrosystèmes, découvrir de nouveaux antibiotiques ou de nouvelles molécules anticancéreuses, utiliser l’ingénierie écologique pour résoudre des problèmes de pollution sont autant de solutions issues de la biodiversité.

 

Par ailleurs, le respect de la biodiversité dans son fonctionnement, ses dynamiques, son évolution, au-delà des intérêts immédiats ou futurs des sociétés humaines, constitue un impératif pour l’Humanité et une préoccupation pour de nombreux citoyens.

 

Les entreprises, les ONG, les gestionnaires, les collectivités rassemblés au sein du Conseil d’orientation stratégique (COS) de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) appellent donc les candidats à l’élection présidentielle de 2017 à prendre en compte les enjeux associés à l’état et au devenir de la biodiversité dans leur programme. Ils les invitent à soutenir la recherche sur la biodiversité et à favoriser la diffusion des connaissances afin de trouver des solutions pour préserver et utiliser durablement la biodiversité.

 

Consultez l’appel dans les ressources ci-dessous.

L’Ineris, nouveau membre fondateur de la FRB

La stratégie nationale pour la biodiversité mentionne la pollution des milieux naturels (air, eau, sols) comme une des menaces majeures qui pèsent sur la biodiversité. Comprendre et réduire son impact représente un fort enjeu pour les scientifiques et les décideurs publics.

 

Depuis de nombreuses années, l’Ineris conduit des travaux en lien avec la biodiversité : mise au point de méthodes d’évaluation des risques que présentent, pour les écosystèmes, les activités économiques (en particulier industrielles) ; étude des effets des substances chimiques (perturbateurs endocriniens par exemple) sur les espèces aquatiques ; évaluation de l’impact des pollutions sur les milieux et développement de solutions pour surveiller et réduire ces pollutions…

 

Dans le cadre de son contrat d’objectifs 2016-2020, l’Ineris a décidé d’intégrer les questions liées à la préservation de la biodiversité dans l’ensemble de ses travaux scientifiques. En matière de recherche, l’Institut contribue ainsi à nourrir la synergie entre écotoxicologie et écologie, à la fois dans le but d’améliorer la prise en compte des impacts des pollutions et dans le but de construire des approches de maîtrise des risques pour la biodiversité. C’est dans ce contexte que l’Ineris rejoint la FRB ; son entrée comme membre fondateur a été approuvée à l’unanimité par le conseil d’administration de la FRB.

[Journée FRB 2016] Rencontres Ipbes – Giec

Les acteurs publics et privés recourent de longue date aux travaux de la recherche scientifique pour étayer la formulation et la mise en œuvre de leurs politiques et actions. Dans le cas des enjeux environnementaux mondiaux que sont le changement climatique et l’érosion de la biodiversité auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, il est nécessaire de mobiliser et de synthétiser les connaissances de toutes les disciplines, de toutes les régions du monde et sous toutes les formes (scientifiques, pratiques, culturelles, etc.).

 

Si les plateformes intergouvernementales, comme le Giec et l’Ipbes, représentent des outils irremplaçables pour organiser la production de telles synthèses, elles constituent aussi des lieux où les représentants des gouvernements et les acteurs interagissent avec des experts du monde entier afin d’orienter leurs politiques et leurs actions pour stopper le déclin de la biodiversité.

 

Lors de la conférence publique organisée le 13 octobre, des scientifiques présenteront la façon dont leurs recherches ont évolué pour répondre aux questions sociétales posées par l’érosion de la biodiversité et le changement climatique, en participant notamment aux travaux du Giec et de l’Ipbes. Les acteurs publics et privés, qui font face à ces grands enjeux environnementaux, auront quant à eux l’occasion d’analyser comment ils peuvent participer à ces recherches et les utiliser dans le cadre de leurs activités.

 

Le lendemain, les experts français participant au Giec et à l’Ipbes échangeront sur leur expérience au sein de ces plateformes internationales. Une occasion renouvelée de renforcer les relations entre les chercheurs travaillant sur deux questions environnementales étroitement liées.

 

Consultez dans les ressources ci-dessous : 

  • Le programme
  • Le regard de Frédéric Denhez
  • Le compte-rendu

Les réserves marines peuvent atténuer les effets du changement climatique et favoriser l’adaptation des écosystèmes et des populations

Un article de synthèse signé par les plus grandes autorités mondiales en matière d’océanographie biologique – comme les scientifiques C.M. Roberts (Université d’York), J. Lubchenco, ancienne sous-secrétaire au commerce de l’administration Obama, D. Pauly (Université de la Colombie-Britannique) ou encore P. Cury (IRD et alors membre du conseil scientifique de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité) – démontrent comment les aires marines protégées contribuent à la fois à la préservation des espèces, à l’atténuation du changement climatique et à son adaptation. Pour que ces zones soient un outil efficace pour préserver les espèces et faire face au changement climatique, les scientifiques estiment qu’il faudrait protéger 30 % du domaine marin, or seuls 3,5 % sont actuellement couverts.

 

Les aires marines protégées ont un rôle majeur à jouer dans l’atténuation et l’adaptation aux changements globaux. En plus de préserver la biodiversité, une bonne gestion des réserves marines peut contribuer à l’adaptation des écosystèmes et des populations humaines aux cinq impacts majeurs du changement climatique sur les océans : l’acidification, la montée des eaux, l’intensification des tempêtes, les changements dans la distribution des espèces, la baisse de productivité et l’appauvrissement en oxygène. Les aires marines protégées peuvent même devenir des outils efficaces et peu coûteux pour réduire l’avancée du changement climatique. En effet, elles favorisent la séquestration et le stockage du carbone et constituent une « police d’assurance » pour les sociétés humaines en limitant les pressions directes sur l’environnement.

 

Parmi les effets positifs des aires marines protégées pour l’adaptation aux effets du changement climatique, on peut retenir que :

  • la protection des zones littorales humides (mangroves, marais, herbiers) maintient une forte activité photosynthétique qui, en utilisant le CO2, réduit l’acidification des eaux. Ces zones constituent des refuges pour les organismes calcifiants ;
  • la création d’aires marines protégées en haute mer favorise la préservation d’une grande abondance des poissons téléostéens méso-pélagiques qui jouent un rôle majeur dans le cycle du carbone ;
  • les aires marines protégées régulent les menaces telles que la surexploitation des milieux, l’urbanisation côtière ou le dragage non durable et sanctuarisent des zones tampons (zones humides côtières, les vasières et les récifs) qui protègent les infrastructures et les zones anthropisées contre l’élévation du niveau de la mer

 

Parmi les effets positifs des aires marines protégées pour l’atténuation du changement climatique, on peut retenir que :

  • les océans constituent un puits de carbone majeur. Les animaux jouent des rôles cruciaux dans les processus biogéochimiques. Les aires marines protégées contribuent ainsi à la préservation du rôle crucial des océans dans la régulation du climat ;
  • les aires marines empêchent le déstockage du carbone en limitant des méthodes de pêche hauturières intensives – comme le chalutage- qui participent à la remise en suspension du carbone sédimentaire ;
  • les écosystèmes complexes favorisent des processus comme la dispersion des pollutions, la protection côtière, ou encore la production alimentaire tout en évitant les changements de régime des écosystèmes aux conséquences graves et inattendues

 

La synthèse complète est téléchargeable dans les ressources ci-dessous. 

État des lieux et analyse des paysages des observatoires français de recherche sur la biodiversité

Déterminer l’état et la dynamique de la biodiversité pour modéliser et anticiper ses changements est essentiel.

 

L’enjeu scientifique repose sur la complémentarité des observations. En effet, la communauté scientifique a besoin de données multiples et pertinentes, collectées sur de longues périodes. Il s’agit de coupler des données biologiques mais également biophysiques et socio-économiques pour étudier des interactions et rétroactions complexes, les couplages entre les milieux, compartiments et facteurs anthropiques, et ce afin de dégager une compréhension fine des patrons et processus à l’œuvre.

 

Pour cela, la recherche française dispose de nombreux dispositifs d’observation et d’expérimentation qui collectent et gèrent des volumes de données de plus en plus importants, et pour des périodes de plus en plus longues, et qui se structurent sous l’influence de différents facteurs.

 

  • Comment est organisé le paysage national des observatoires ?
  • Quelles en sont les forces et les lacunes ?
  • Quels sont les leviers qui contribuent à sa structuration et à la diffusion des données

 

Telles sont les questions auxquelles répond l’état des lieux, téléchargeable ci-dessous.

Comment faire en sorte que le bio-mimétisme profite aussi à la biodiversité ?

Depuis très longtemps les humains, au-delà de la simple utilisation ou transformation des produits de la nature, se sont inspirés de celle-ci pour développer des nouveautés, de nouveaux objets, et même de nouvelles manières d’exploiter leur environnement et donc de conquérir le monde.

 

La biodiversité au service de la technologie…

Les exemples sont multiples. Si on prend par exemple la conquête de l’air on se souvient que les pionniers se sont inspirés tant de l’observation des oiseaux ou des insectes que de celle des chauves-souris, à l’exemple de Clément Ader et de ses premiers avions. Plus récemment, toujours dans le domaine de l’aéronautique, ce que l’on appelle les Winglets sont issues aussi d’une forme de bio-inspiration, à partir de l’analyse de la morphologie des ailes de grands rapaces. Toujours en matière de bio-inspiration à finalité technologique, la forme de la tête du martin pêcheur a permis de diminuer les nuisances sonores du TGV japonais ; le fait que l’ingénieur à l’origine de cette avancée ait été ornithologue amateur n’est probablement pas étranger à ce succès. Le grand nombre d’acteurs économiques intéressés et impliqués montre que cette approche a été et est prometteuse et ce dans des secteurs différents : industrie, mais aussi secteur tertiaire ou collectivités territoriales.

 

… Et inversement ?

Cependant, on constate toutefois un problème majeur. En effet, une constante en ce qui concerne ces démarches de bio-mimétisme à travers l’histoire est le fait que ces inspirations de la nature ne se sont pas traduites (…)

 

Consultez l’article complet dans les ressources ci-dessous. 

Les solutions fondées sur la nature

Mise en avant par l’UICN depuis 2009, l’idée de « solutions fondées sur la nature » (SFN) invite à mieux s’appuyer sur des processus naturels, et pas seulement sur des moyens technologiques, pour répondre à des enjeux de société (changement climatique, santé et bien-être humains ou encore sécurité alimentaire). L’idée a été reprise par des instances de la politique de recherche à l’échelle européenne. La direction générale Recherche et Innovation de la Commission européenne a déjà lancé des appels à projets sur les Solutions fondées sur la nature. L’agenda stratégique de l’ERA-Net BiodivERsA comporte notamment un axe « biodiversité et Solutions fondées sur la sature ». Le conseil scientifique a mené des réflexions sur le potentiel de cette notion à inspirer de nouvelles recherches, ainsi que sur ses limites.

 

L’avis est à consulter dans les ressources ci-dessous. 

Renouvellement du Conseil d’orientation stratégique (Cos) de la FRB – Mandat 2018-2021

La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) lance le renouvellement de son Conseil d’orientation stratégique (Cos) pour le mandat 2018-2021.

 

Un appel à candidature est envoyé aux membres actuels. De nouvelles structures sont sollicitées pour venir enrichir le conseil. Les candidatures spontanées seront soumises pour avis au bureau du Cos et à la direction de la FRB. Les consortia recherche ne sont pas éligibles au Cos.

 

Confirmez votre engagement vis-à-vis de la biodiversité et votre soutien aux valeurs de la FRB. Rejoignez dès maintenant le Cos pour poursuivre les actions menées en faveur de la recherche sur la biodiversité.

 

Tout savoir sur le Cos

[Ipbes 4] Pollinisation, pollinisateurs et production alimentaire, un état des connaissances pour l’action publique et privée

Ce rapport de plus de 800 pages, réalisé par 77 experts de différentes disciplines et pays, dresse un panorama aussi complet que possible des connaissances actuelles, mais aussi des incertitudes et des besoins de recherche sur ce domaine.

 

Le résumé pour décideurs, disponible dans les ressources ci-dessous, en tire 23 messages clés, un ensemble de fait essentiels et surtout une palette d’outils pour l’action dont les décideurs publics ou privés sont invités à se saisir.

 

La délégation française à laquelle participait plusieurs membres de la FRB, a été très active lors des discussions et s’est attachée à ce que ressortent clairement dans le résumé pour décideurs plusieurs éléments du rapport complet qui lui ont semblé particulièrement pertinents.

 

 

Le rapport

 

En premier lieu, le rapport rappelle l’importance de la pollinisation pour la sécurité alimentaire mondiale (35 % de la production agricole globale, soit un marché de 235 à 577 milliards de dollars en 2015) et donc les revenus des agriculteurs. Cette dépendance mondiale à la pollinisation s’est fortement accrue par ailleurs du fait de l’accroissement des surfaces dévolues à des cultures ainsi pollinisées (300 % en 50 ans). Au-delà de l’abeille domestique, bien connue, l’évaluation rappelle l’importance des 20 000 pollinisateurs sauvages comprenant principalement des insectes (bourdons, papillons, abeilles solitaires, etc.) ou encore des vertébrés comme les chauves-souris ou les singes.

 

Bien que le rôle des pollinisateurs soit primordial, l’évaluation menée montre qu’ils sont menacés à l’échelle mondiale. La liste rouge de l’UICN indique que 16,5 % des vertébrés pollinisateurs sont menacés d’extinction tout comme 9 % des espèces d’abeilles et de papillons en Europe. 30 % de ces espèces sont par ailleurs en déclin.

 

Les risques et les pressions qui s’exercent sur les pollinisateurs sont analysés dans le rapport : changement d’usage des terres, dégradation des habitats naturels, agriculture intensive, recours aux pesticides, pollution, développement des espèces exotiques envahissantes, changement climatique.

 

S’agissant de l’incidence des insecticides, la délégation française a été attentive à ce que le résumé pour décideurs mette bien en évidence les avancées scientifiques dans ce domaine et, à plusieurs reprises, d’autres délégations ont soutenu nos prises de position. En particulier, le rapport indique qu’il est maintenant bien établi que les insecticides, et notamment les néonicotinoïdes, ont des effets létaux et sublétaux démontrés en laboratoire. Le rapport souligne le manque de données concluantes en conditions réelles, tout en notant qu’une étude récente a montré des effets négatifs sur les pollinisateurs sauvages. De manière générale, le rapport invite à poursuivre les efforts pour évaluer les impacts, notamment à long-terme et sur un ensemble large d’espèces.

 

Au-delà des recherches portant sur l’incidence des insecticides néonicotinoïdes, la recherche française se mobilise fortement pour répondre aux défis de connaissances soulevés dans le rapport. Plusieurs équipes françaises travaillent notamment sur l’analyse des différentes autres pressions s’exerçant sur les pollinisateurs, ainsi que sur les réponses des pollinisateurs à ces pressions.

Le rapport présente enfin un ensemble de leviers d’actions possibles assorties d’une évaluation de leur faisabilité.

 

La FRB

La FRB s’attachera avec les membres du Comité français pour l’Ipbes qui rassemble parties prenantes, ministères et organismes de recherche, à porter à la connaissance des décideurs les messages clés et ces pistes d’action. À ce titre, le prochain Conseil d’orientation stratégique de la FRB sera dédié pour partie à la sortie de ce rapport.

 

Les ressources disponibles

  • Téléchargez dans les ressources ci-dessous le résumé à l’intention des décideurs de l’évaluation thématique des pollinisateurs, de la pollinisation et de la production alimentaire
  • Consultez le communiqué de presse de l’Ipbes (EN)

Réponses et adaptations aux changements globaux

Le Conseil scientifique de la FRB souligne dans sa dernière prospective pour la recherche française sur la biodiversité l’importance de la question de l’adaptation, au regard de changements environnementaux très rapides.

 

Ce rapport développe :

  • une prospective sur les recherches à mener sur l’adaptation aux changements globaux à différentes échelles, de l’organisme à la société. L’enjeu résulte de la nécessité de mieux comprendre – de l’échelle des individus à celle des espèces et communautés, jusqu’aux écosystèmes et socio-écosytèmes – les conséquences des changements globaux, dans un objectif d’anticipation des états futurs de la biodiversité ;
  • des exemples de recherches illustrant l’état des connaissances dans le domaine ;
  • l’identification de problématiques et axes de recherche prioritaires – et partagés.

 

Cette prospective est l’occasion de rappeler la capacité du vivant à évoluer et donc la responsabilité forte que porte nos sociétés pour maintenir cette capacité. Par les différents exemples donnés, l’ouvrage montre que si les mécanismes de renouvellement et d’évolution de la biodiversité sont maintenus, les capacités d’adaptation de la biodiversité face aux nouvelles contraintes environnementales seront mieux préservées. Ce document est ainsi une contribution à un changement des visions sur la biodiversité vue comme un processus dynamique.

Elle est à télécharger dans les ressources ci-dessous. 

[Journées FRB 2015] Les scénarios de la biodiversité à l’heure du changement climatique

Mieux comprendre les effets des changements climatiques sur la biodiversité, les écosystèmes et les services associés, ainsi que les effets en retour des changements affectant la biodiversité et les écosystèmes sur le climat, sont des enjeux majeurs, à l’échelle mondiale. Le développement de modèles est une des pistes pour une meilleure compréhension de ces interactions et le développement de scénarios peut aider les sociétés à élaborer des réponses pour prévenir les conséquences des changements attendus, et y faire face.

 

Les deux journées organisées par la FRB, les 1er et 2 octobre 2015 avaient pour but de montrer les avancées en matière de développement de scénarios, notamment à l’interface climat – biodiversité.

Elles font suite aux premières rencontres entre experts français de l’Ipbes et du Giec, organisées le 6 novembre 2014, avec le soutien du ministère chargé de l’écologie, du développement durable et de l’énergie et permettront la présentation des premiers résultats du programme modélisation et les scénarios de la biodiversité, animé par la FRB depuis 2010.

 

Ces Journées avaient pour objectifs :

  • Présenter un éclairage sur les avancées scientifiques récentes en matière de modèles et de scénarios du climat et de la biodiversité et les interactions actuelles ou souhaitables entre ces recherches ;
  • Tirer profit de l’avancée des travaux de l’Ipbes et du Giec pour renforcer les liens antre les communautés de recherche de la biodiversité et du climat, autour des modèles et des scénarios ;
  • Permettre un dialogue avec les utilisateurs potentiels des scénarios ;
  • Réaliser un premier bilan du programme de recherche « modélisation et scénarios de la biodiversité » lancé par la FRB en 2010.

 

Cet événement s’adresse à tous les chercheurs, décideurs politiques et autres parties prenantes concernés par les enjeux liés à la biodiversité et au climat.

 

Consultez, dans les ressources ci-dessous :

  • le programme des deux jours,
  • le dossier de presse,
  • les compte-rendus des ateliers d’échanges entre experts, des tables rondes (par Frédéric Denhez) et de la conférence scientifique. 

Prospective 2015

Les activités de prospective représentent un cœur d’activité pour la FRB, à travers l’objectif 3 du plan d’actions 2015-2017 de la FRB : « Organiser et animer des réflexions stratégiques et des prospectives, associant chercheurs et porteurs d’enjeux, pour identifier les priorités de recherche sur la biodiversité ».

 

Pour remplir cette mission, elle mobilise à la fois le conseil scientifique et le conseil d’orientation stratégique.

 

De 2012 à 2014, le Conseil scientifique (CS), en collaboration avec le Conseil d’orientation stratégique (Cos), a travaillé à l’actualisation de sa prospective 2009, notamment pour tenir compte de la transformation du contexte politique, institutionnel et stratégique et de l’évolution des fronts de science. La prospective 2015, présentée au séminaire commun entre Conseil d’orientation stratégique et Conseil scientifique de mai 2015, constituera un socle pour les programmes d’actions à venir. Elle est à télécharger dans les ressources ci-dessous. 

Sols vivants – La face cachée de la biodiversité

Le sol est le support de la vie terrestre. Il est indispensable aux plantes et permet l’agriculture. L’essentiel de notre alimentation et celle d’une large partie des animaux terrestres en dépend donc. Il y a aussi de fortes interactions entre les sols et le changement climatique. Les enjeux autour des sols sont donc nombreux et très forts.

Mais comment fonctionne le sol et d’abord qu’y trouve-t-on ?

 

Consultez la Clé pour comprendre dans les ressources ci-dessous. 

Réflexions et recommandations sur le projet de loi relatif à la biodiversité

Le Conseil scientifique (CS) de la FRB a été amené à plusieurs reprises à évoquer le projet de loi relatif à la biodiversité au cours du processus d’élaboration du texte. Il présente dans le présent avis des réflexions consolidées concernant spécifiquement les champs de compétences de la FRB.

Le CS identifie, à travers des recommandations ou des demandes de précisions, différents points (généraux ou particuliers) qui l’interrogent plus particulièrement. Ces points sont listés dans l’avis, disponible dans les ressources ci-dessous, et classés par titre du projet de loi.

La FRB accueille LVMH comme membre fondateur à son Conseil d’administration

LVMH a accompagné la FRB depuis plus de 6 ans, en participant, notamment, à son Conseil d’orientation stratégique. Originalité forte de la Fondation, ce conseil regroupe plus de 160 parties prenantes qui participent à la co-construction de programmes de recherche en faveur de la biodiversité et à la diffusion de leurs résultats. Sylvie Bénard, Directrice de l’environnement de LVMH, en a été, pendant plus de 4 ans, la vice-présidente. Dans ce rôle, Sylvie Bénard s’est fortement impliquée dans les actions de la FRB autour des enjeux associés au devenir de la biodiversité et à son utilisation durable. LVMH s’est intéressé notamment à la question de l’accès aux ressources génétiques et au partage des avantages découlant de leurs utilisations. L’engagement volontaire de LVMH a par ailleurs été reconnu dans le cadre de la Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB).

 

En réponse à la proposition de François Houllier, président-directeur général de l’Inra et président de l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement (AllEnvi), qui a présenté la candidature de LVMH, le conseil d’administration de la FRB a accepté l’entrée de LVMH en tant que nouveau membre fondateur. L’ensemble des membres du conseil d’administration a félicité la représentante de LVMH et salué le renforcement de ce partenariat. Pour Jean-François Silvain, président de la FRB, l’arrivée d’un nouveau membre fondateur du secteur privé souligne la maturité acquise par la fondation dans sa relation avec des partenaires privés. Cette relation est non seulement « indispensable au développement des activités de la fondation, mais elle est aussi la preuve que les questions de biodiversité peuvent et doivent mobiliser l’ensemble des acteurs au regard des enjeux majeurs auxquels nous sommes confrontés. Avec ce partenariat, l’action de la FRB pour mobiliser et soutenir la communauté scientifique et jouer son rôle d’interface entre la science et notre société se trouve renforcée. Le soutien unanime du Conseil d’orientation stratégique dans toutes ses composantes témoigne de la solidité de la démarche ».

Climat et biodiversité – Synthèse de la rencontre avec les experts français du Giec et de l’Ipbes

Le 6 novembre 2014 s’est tenue à la Maison des Océans (Paris Ve) une conférence intitulée “Climat et biodiversité – Rencontre avec les experts français du Giec et de l’Ipbes”, organisée conjointement par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) et le ministère de l’Écologie, du développement durable et de l’énergie (MEDDE).

 

Elle a réuni un public nombreux (environ 400 personnes) et divers (chercheurs, étudiants, agents de la fonction publique, décideurs, professionnels et gestionnaires, membres d’ONG, journalistes, etc.) et s’articulait selon trois thèmes :

  • Les impacts du changement climatique sur la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes et sur les services écosystémiques : aspects terrestres et marins ;
  • Les interactions climat – biodiversité (rétroactions biosphère – climat) : aspects terrestres et marins ;
  • Les implications socio-économiques des interactions entre changement climatique et biodiversité Des scientifiques français de haut niveau, membres du GIEC ou de l’IPBES, sont intervenus pour présenter leur recherche et communiquer quelques messages clés.

 

La synthèse de cette conférence est téléchargeable dans les ressources ci-dessous.

La thématique “Biodiversité et agriculture” dans les projets de recherche et développement français

La FRB et l’ACTA ont noué un partenariat qui a permis de réaliser une analyse des projets de R&D agricole CASDAR* portant sur la biodiversité.

 

Ce rapport rassemble les principaux résultats, à travers une présentation :

  • de l’évolution de la prise en compte de la biodiversité et des approches adoptées dans les projets, depuis 2004 ;
  • des acteurs impliqués et de leurs réseaux de collaborations, dans le paysage global de la recherche à l’interface agriculture / biodiversité.

 

Cette étude souligne la grande diversité des structures impliquées sur ce thème, bien au-delà des seuls acteurs de la recherche publique académique. Elle met ainsi en évidence un vivier de partenaires potentiels, mobilisables dans les projets à venir.

 

Le rapport complet est consultable dans les ressources ci-dessous.

 

 

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* CASDAR : Compte d’affectation spéciale pour le développement agricole et rural

Scénarios de la biodiversité africaine – Anticipation du devenir de la biodiversité et des services écosystémiques et adaptation aux changement globaux

L’atelier régional dédié aux « scénarios de la biodiversité africains » est issu d’une proposition de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) et du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), qui ont souhaité partager l’expérience du programme « Modélisation et scénarios de la biodiversité » de la FRB (voir, p.16). Cette proposition a suscité un vif intérêt de la part de nombreux acteurs issus du domaine de la recherche ou de la conservation de la biodiversité, qui se sont associés à la conception et à l’organisation de l’atelier. Cet événement est également parrainé par le gouvernement gabonnais et le gouvernement français. Durant trois jours, des conférences et des ateliers vont réunir des chercheurs, des décideurs, des gestionnaires de terrain et des acteurs socio-économiques intéressés par le devenir de la biodiversité en Afrique subsaharienne.

 

Télécharger le programme dans les ressources ci-dessous.

Scénarios de la biodiversité : Un état des lieux des publications scientifiques françaises

Une étude de profils Web of Science souligne l’expansion forte et récente de ce champ d’étude dans lequel la France participe à près de 7 % des publications internationales : la recherche française se situe ainsi au 6e rang mondial et au 3e rang européen en termes de nombre de publications sur les scénarios de la biodiversité.

 

Au-delà de cette étude de profils, une bibliographie fine de l’ensemble des travaux publiés ces quinze dernières années par la communauté scientifique française en matière de scénarios de la biodiversité – entendus comme “descriptions quantitatives ou qualitatives des devenirs possibles de la biodiversité et/ou des services écosystémiques associés” – est ici proposée.

 

L’analyse des 111 publications répondant strictement à cette définition révèle que les chercheurs français qui travaillent sur ce thème publient majoritairement des articles fréquemment cités, et ce, dans des revues à fort facteur d’impact. Ces publications sont pour la plupart le fruit de collaborations internationales. Une analyse détaillée des articles indique une forte représentation :

  • des scénarios exploratoires,
  • des travaux prenant l’espèce comme niveau d’étude de la biodiversité,
  • du climat comme facteur de changement, 
  • des milieux forestiers, agricoles et montagnards européens et français,
  • de l’échelle spatiale locale ou régionale,
  • et des approches quantitatives basées sur de la modélisation, avec une prédominance des modèles de niche.

À l’inverse, les scénarios concernant les micro-organismes et le niveau infraspécifique de la biodiversité sont très peu représentés. Les services écosystémiques dépendant de la biodiversité sont également relativement peu étudiés. Enfin, une très large majorité de publications n’associe aucun acteur de la société. Cependant, l’étude permet d’identifier des formes de collaborations « science-société » à la fois innovantes et pertinentes pour la co-construction de scénarios.

 

Téléchargez l’intégralité de l’étude dans les ressources ci-dessous. 

Les valeurs de la biodiversité #2 – un regard sur les approches et le positionnement des acteurs

Comment les acteurs de la société, au-delà des communautés scientifiques, se sont-ils emparés du thème des valeurs de la biodiversité ? 

 

Par le recueil et l’analyse des discours de porteurs d’enjeux de la biodiversité, l’étude présentée dans ce rapport tente de répondre à cette question, en apportant un regard sur trois points principaux :

  • les types de valeurs attribués à la biodiversité par les porteurs d’enjeux ;
  • l’influence du cadre politique et juridique sur la prise en compte des valeurs de la biodiversité ;
  • la manière dont les valeurs de la biodiversité peuvent être mobilisées dans les stratégies de positionnement des porteurs d’enjeux. 

 

Cette étude, téléchargeable dans les ressources ci-dessous, présente ainsi des éléments clés pour la compréhension des motivations des acteurs autour de la biodiversité, de ce qui fait sens et ce qui a de l’importance pour eux. En venant compléter l’état des lieux de la recherche française sur les valeurs de la biodiversité, elle contribuera à alimenter le dialogue entre l’ensemble des acteurs, pour identifier des voies de progrès et des questions de recherche. 

Les valeurs de la biodiversité #1 – un état des lieux de la recherche française

Comment les chercheurs abordent-ils la notion de valeur dans le domaine de la biodiversité ? 

 

Au cours des vingt dernières années, la recherche sur la biodiversité a connu une importante recomposition de ses cadres de pensée, avec l’arrivée de nouveaux concepts et de nouveaux outils, dans le contexte d’une montée en puissance de la gouvernance mondiale et d’une transformation des modes de gestion à l’échelle locale. Cela a constitué le terreau de nouvelles réflexions – et parfois de vives controverses – autour de l’évaluation de la biodiversité et des valeurs qui lui sont attribuées par les sociétés humaines. 

 

Ce rapport, consultable dans les ressources téléchargeables ci-dessous, analyse l’état et la dynamique de la recherche française autour des valeurs de la biodiversité à la lumière de ces évolutions. Il présente un tour d’horizon des questions abordées et des approches mobilisées par les chercheurs de différentes disciplines. Au fil de ce rapport, se dessine la structuration et la dynamique d’un champ de recherche en pleine évolution. 

Pertinence et faisabilité de dispositifs d’APA en Outre-mer

L’étude avait pour objectifs de : 

  • définir les modalités d’un ou de plusieurs régimes d’APA en outre-mer, en particulier en Guyane, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, territoires ayant fait l’objet d’études de cas.
  • servir de base à une réflexion plus générale sur une législation sur l’APA au niveau national et alimenter les positions françaises dans le cadre des négociations internationales de la CDB.
  • L’étude sur la pertinence et la faisabilité d’un dispositif d’APA répond au plan d’action outre-mer de la Stratégie Nationale pour la Biodiversité (SNB) de la France, qui prévoit d’une part une réflexion sur le sujet et une action sur la valorisation des savoirs locaux et pratiques traditionnelles liés aux ressources génétiques.

 

Retrouvez dans les ressources ci-dessous le rapport complet, le résumé (10 p.) ainsi qu’un document synthétique (4 p.).

Quels indicateurs pour suivre la diversité génétique des plantes cultivées ?

Face aux exigences d’une agriculture durable et aux changements globaux, nous devrons mieux préserver et utiliser la diversité génétique des espèces agricoles. Leur diversité est un élément clé du devenir des agroécosystèmes. Les principaux textes internationaux (CDB, FAO) et nationaux (SNB) portant sur la biodiversité, soulignent que les changements de diversité biologique restent mal caractérisés, notamment pour les plantes cultivée.

 

La FRB propose un « tableau de bord » d’indicateurs inédit : Pour la première fois, ce tableau de bord intègre des données génétiques et des données de répartition des variétés de blé sur le territoire français au cours du XXe siècle. Vous pouvez retrouver le rapport complet, le résumé de l’étude et les annexes en téléchargement ci-dessous.

 

  • Les résultats

 

Cette étude montre une homogénéisation de la diversité génétique cultivée, qui s’explique par la disparition de la diversité à l’intérieur des variétés cultivées au cours du XXe siècle. Cette homogénéisation concerne aussi la répartition des variétés entre et au sein des territoires marqués par leur histoire agricole. Elle pose la question de la fragilité des cultures de blé vis à vis des changements de l’environnement en cours et à venir (pathogènes, sécheresse, pratiques agricoles, etc.).

 

Ce type d’étude permet de retracer les conséquences de l’évolution de l’agriculture et des filières associées sur la diversité des plantes cultivées. L’application de ces indicateurs est un formidable outil pour éclairer les décideurs sur les actions visant à maintenir, aux échelles nationales et territoriales, la diversité des ressources génétiques cultivées.

Prospective scientifique 2009-2012

À la demande du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche et en vue d’alimenter le volet “biodiversité” de la Stratégie nationale recherche et innovation 2009-2014, le Conseil scientifique (CS) de la FRB a réalisé un document de prospective scientifique.

 

Cet exercice de prospective, qui concerne plus particulièrement la période 2009-2013, identifie les grandes thématiques et les modalités d’action pour les années à venir.

 

La biodiversité est ici considérée à tous les niveaux fonctionnels : de la molécule à l’écosystème, du paysage aux échelles globales. Les représentations, savoirs et pratiques des communautés humaines sont pris en compte dans une approche intégrative et pluridisciplinaire de la dynamique de la biodiversité.

 

Consultez, dans les ressources ci-dessous, le document complet ainsi que le résumé disponible en français et en anglais.