À plusieurs reprises, notamment le 26 mars, la commission a adopté une attitude outrageusement sceptique vis-à-vis de l’information scientifique et technique, en particulier dans le domaine de l’écologie scientifique. Les propos tenus par certains membres de la commission remettent en cause des résultats scientifiques établis collégialement en matière de déclin de la biodiversité, d’impact des pesticides sur la santé humaine et celle des écosystèmes, de coûts et bénéfices de la transition écologique. Les résultats scientifiques sont présentés comme des opinions à débattre ; des scientifiques d’Inrae et de l’Inserm sont individuellement cités dans le but de discréditer leurs expertises et de les présenter comme isolés dans la communauté scientifique. Cette désinformation, complaisamment relayée par différents médias, est destinée à appuyer les propos de membres de la commission qui s’attachent à présenter plusieurs émissions du service public traitant des problématiques environnementales comme militantes. Les faits rapportés par les scientifiques sont pourtant issus d’un processus d’évaluation scientifique rigoureux, qui assure la crédibilité de la recherche, implique vérification des résultats par des pairs internationaux indépendants, déclaration de tout conflit d’intérêt et discussion précise dans la communauté scientifique. En relayant ces connaissances scientifiques, ces émissions contribuent grandement à l’information des citoyens et acteurs sur les enjeux de la crise de la biodiversité et sur la nécessité d’une transition écologique dans tous les secteurs de l’économie et de la vie quotidienne.
Même si nous pouvons comprendre le désarroi politique face aux difficultés sociales, économiques voire morales engendrées par la crise écologique et les réponses proposées en termes de transition écologique, nous ne pensons pas que dénigrer les résultats scientifiques soit une réaction pertinente. En écho à cette commission d’enquête dans les domaines qui le concernent directement, le Conseil scientifique de la FRB tient à réaffirmer les points suivants, notamment mis en évidence dans les travaux de la Plateforme intergouvernementale Ipbes, équivalent du Giec pour la biodiversité :
- La crise de la biodiversité est un enjeu de viabilité pour nos sociétés. Cela impose, pour y remédier, des changements profonds de nos modes de production, de consommation et de gouvernance qui recquièrent la sensibilisation et la mobilisation de tous les acteurs de la société (évaluation mondiale de l’état de la biodiversité, IPBES 2019).
- La recherche a démontré que le déclin de biodiversité impacte fortement le climat, la santé animale et humaine, la quantité et la qualité de l’eau, et notre capacité à produire de la nourriture. Ce sont les conclusions de milliers d’études scientifiques et de travaux d’expertises réalisés à l’échelle planétaire. Ces conclusions appellent à des changements profonds de nos rapports à la biodiversité, des pratiques des acteurs économiques, des règles et des modèles économiques pour garantir une bonne qualité de vie sur Terre à court et moyen termes (évaluations sur les interconnexions des enjeux environnementaux et le changement transformateur, IPBES 2024).
- La recherche scientifique peut et doit jouer un rôle clé dans cette mobilisation en rassemblant toutes les disciplines scientifiques qui étudient aujourd’hui l’état et les dynamiques de la biodiversité (économie, géographie, écologie, sciences politiques, psychologie, sociologie, anthropologie, philosophie…) et ses liens réciproques avec la société ; c’est en particulier le cas de l’écologie scientifique qui nous permet de comprendre de mieux en mieux les processus d’impact des activités anthropiques sur le vivant, et d’identifier ainsi des interventions à la fois efficaces et socialement acceptables pour un avenir durable (évaluation sur les interconnexions des enjeux environnementaux, IPBES 2024). C’est une responsabilité sociétale forte des scientifiques : ils doivent non seulement observer, analyser et comprendre, mais également évaluer, proposer et faire connaître des trajectoires de changement tenant compte des aspects écologiques, économiques et sociétaux. Ainsi, les scientifiques n’ignorent pas les difficultés sociales et politiques soulevées par les changements transformateurs requis par les crises climatiques et écologiques, ils proposent des solutions qui les prennent en compte. Il revient aux décideurs de s’en saisir.
- La culture scientifique est un levier puissant pour alerter sur la crise de la biodiversité, pour informer sur des réponses possibles. Les médias, notamment l’audiovisuel public doivent aujourd’hui jouer un rôle d’interface entre producteurs de savoirs et citoyens, afin de favoriser la réflexion et le changement des visions et des valeurs.
Par ailleurs, nous n’avons pas à « valider » telle ou telle émission comme cela a été suggéré. Nous constatons que beaucoup d’entre elles mènent des enquêtes salutaires et participent efficacement à faire connaitre les résultats de la recherche. Lorsqu’elles sont préparées avec des chercheurs (nos sollicitations régulières en attestent), elles portent en particulier les messages clés de la science, ceux que la démarche scientifique valide. Il appartient aux responsables éditoriaux de vérifier qu’ils s’appuient sur les productions scientifiques validées par les pairs scientifiques.
À l’heure de l’urgence écologique, où recherche et connaissance sont largement contestées, où certains médias d’opinion se font les chantres de la désinformation scientifique, nous tenons à affirmer notre soutien à l’audiovisuel public, à son rôle indispensable de transfert de la culture scientifique favoriser une réflexion collective sur ces enjeux capitaux pour la survie de nos sociétés, fondées sur les savoirs scientifiques.
Le Conseil scientifique de la FRB, ainsi que Denis Couvet, président, et Hélène Soubelet, directrice générale de la FRB.
Avril 2026


