Néonicotinoïdes : chronique d’une régulation à contre-courant
Auteurs : Robin Goffaux et Robin Almansa
Relectures : Thomas Perrot, Hélène Soubelet,Denis Couvet et Philippe Grandcolas
Les effets des néonicotinoïdes sur la biodiversité sont aujourd’hui largement confirmés par la recherche scientifique. Ces insecticides ont un impact direct sur les insectes et les oiseaux, mais également des conséquences plus larges sur la qualité de l’eau, des sols et sur la santé humaine.
En effet, l’action des pesticides ne se limite pas aux espèces ciblées, ni aux agrosystèmes : la contamination globale de l’environnement par ces molécules engendre de nombreux effets en cascade, non maîtrisés, qui se propagent à l’ensemble des chaînes trophiques. Les insectes non ciblés (pollinisateurs, carabes, araignées, vers de terres, etc.) sont ainsi directement affectés par ces substances, tout comme les oiseaux qui consomment des insectes ou des graines contaminées, ou encore les mammifères exposés de manière répétée à ces molécules dans l’environnement. L’ensemble de l’écosystème est donc fragilisé, avec des conséquences potentiellement dramatiques sur la biodiversité et, à terme, sur les ressources alimentaires.
Dans ce contexte, s’appuyer sur les connaissances scientifiques et comprendre le cadre réglementaire qui encadre l’usage des pesticides sont essentiels afin de saisir les arbitrages entre enjeux environnementaux, sanitaires et agricoles. La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) propose ainsi un éclairage pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre en France.
Depuis 2023, la FRB étudie les liens entre utilisation des pesticides sur le territoire français et biodiversité. Ce travail se concentre sur les néonicotinoïdes, insecticides systémiques utilisés en agriculture, et plus particulièrement sur l’imidaclopride, produit interdit depuis 2018 et principal néonicotinoïde utilisé avant cette date.
D’autres indicateurs d’utilisation de pesticides ont été investigués afin de mieux prendre en compte les impacts sur la biodiversité de ces molécules. A travers la publication d’articles dans des journaux à comité de lecture, plusieurs conclusions sont déjà disponibles.
Pour approfondir le sujet :
Principaux résultats du projet
- Une perte de populations : Les populations d’oiseaux insectivores sont négativement corrélées à l’utilisation d’imidaclopride ;
- Une baisse globale du risque toxique (le risque aigu est principalement évalué dans le cadre de ce projet. Le risque chronique ou les effets cocktails sont peu évalués) : Le risque lié aux pesticides a diminué de 29 % entre 2012 et 2022, principalement grâce à la réduction de la charge écotoxique sur la biodiversité (-37,4 %) à la suite du retrait des molécules les plus toxiques dont l’imidaclopride ;
- Des tendances par groupes d’espèces : La pression a diminué pour les pollinisateurs, les plantes aquatiques, les vertébrés terrestres et les organismes du sol ;
- Une persistance dans l’environnement : L’imidaclopride continue d’être détecté dans les sols et les eaux de surface plusieurs années après son interdiction, en raison de sa forte persistance (demi-vie supérieure à 150 jours), et au global la persistance des molécules suivie a augmenté de 13,2 % ;
- Une inertie dans la récupération des populations après interdiction des néonicotinoïdes : la reprise jugée « faible » des populations d’oiseaux insectivores après l’interdiction suggère des impacts durables sur l’environnement ;
- Une charge disproportionnée des insecticides : Bien qu’ils ne représentent que 11,2 % de la masse totale des produits vendus, les insecticides contribuent à près de la moitié (47,6 %) du risque environnemental global ;
- Des zones critiques en lien avec les cultures : Le Nord et l’Ouest de la France (bassins de la Seine, de la Loire et de la Vilaine) présentent les pressions sur la biodiversité les plus élevées. Ces risques sont directement corrélés aux zones de grandes cultures, notamment la betterave sucrière, la pomme de terre, le colza et la viticulture.
Ces observations montrent que l’imidaclopride, et les pesticides de manière générale, ont des impacts qui vont au-delà des organismes visés que sont les ravageurs de cultures :
- Impacts sur les populations d’insectes auxiliaires de culture et donc renforcement du besoin en insecticides ;
- Impacts directs sur les populations d’oiseaux granivores par empoisonnement et indirects par destruction des sources de nourriture insectivores ;
- Diffusion dans l’environnement, quel que soit le mode d’administration (enrobage des graines, pulvérisation), avec des impacts bien en dehors des surfaces traitées et des risques pour la santé humaine.
Bien que les insecticides soient utilisés à faible dose, leur forte toxicité ainsi que les effets cocktails notamment avec des fongicides très souvent présents à l’état de traces, rendent leurs impacts importants, voire majoritaires, et plus durables, par rapport aux autres impacts quantifiés.
Depuis une dizaine d’années, la réglementation française a connu des évolutions significatives marquées par des allers-retours entre interdictions et dérogations.
Adoptée en 2016, la loi « Pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » prévoit, à compter du 1er septembre 2018, l’interdiction des produits à base de néonicotinoïdes sur le territoire français. Toutefois, des dérogations pouvaient être accordées jusqu’au 1er juillet 2020 sur la base d’un bilan établi par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui compare les bénéfices et les risques liés aux usages de ces produits avec ceux de produits de substitution ou de méthodes alternatives.

Ces évolutions réglementaires ont rapidement été mises à l’épreuve par différentes crises agricoles. En 2020, la prolifération momentanée du virus de la jaunisse de la betterave, principalement en raison de pratiques culturales inadéquates, pousse la France et dix autres pays européens à réautoriser des dérogations pour certains néonicotinoïdes à destination des cultures de betteraves sucrières. Ces dérogations sont prévues par la loi du 14 décembre 2020 pour rendre possible leur utilisation jusqu’en 2023 et délivrable “en cas de danger sanitaire”. En 2021 et 2022, de nouvelles dérogations ont été accordées à la filière betteraves sucrières pour traiter les semences avec une substance néonicotinoïde sur la base de la loi du 14 décembre 2020. Néanmoins, les résultats scientifiques montrent que la jaunisse est contrôlable par des pratiques culturales telles que l’inter-rangs, le paillage, l’assolement, le déterrage des cordons, etc. Le problème central de cette culture, pourrait en réalité être lié, non pas à la jaunisse, mais à la perte de rentabilité à cause des prix fixés par les entreprises sucrières depuis 2017.
Parallèlement, la question spécifique de l’acétamipride illustre les tensions persistantes entre harmonisation européenne et choix nationaux. En France, cet insecticide est l’un des néonicotinoïdes interdits depuis 2018 avec de possibles dérogations jusqu’au 1er juillet 2020 (Loi de 2016). Au niveau européen, le produit est lui autorisé jusqu’en 2033, le temps d’un réexamen complet par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).
Dans un contexte de crise agricole majeure, marqué par des manifestations d’agriculteurs partout en Europe protestant, entre autres, contre la hausse des coûts de production, les faibles revenus agricoles, le manque de reconnaissance des pouvoirs publics ou encore la concurrence des pays étrangers jugée déloyale, les sénateurs Laurent Duplomb, Franck Menonville et plusieurs de leurs collègues déposent en novembre 2024 une proposition de loi, visant “à porter secours à la profession agricole en levant les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur.” Plus connue sous le nom de Loi Duplomb, elle propose une série de mesures complémentaires à la loi du 24 mars 2025 d’orientation pour la souveraineté agricole et le renouvellement des générations en agriculture. Ces deux lois visent notamment à autoriser sous certaines conditions des dérogations pour l’acétamipride et le flupyradifurone, que la France est le seul État-membre à interdire, et à faciliter l’agrandissement des bâtiments d’élevage et les projets de méga-bassines.
Parole d’expert
Il convient de s’interroger sur l’esprit de la démarche lorsque le nom complet de ce texte est la “loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur” et notamment ce qui est défini comme “contraintes” dans ce contexte systémique. En ce qui concerne les pesticides, de nombreuses contraintes pesant sur les agriculteurs les incitent à y recourir. Notamment les variétés à fort rendement par unité de surface qui sont souvent moins robustes et donc très dépendantes aux produits phytosanitaires. Dans un contexte politique de renforcement de la souveraineté française en matière d’agriculture, ce recours important aux pesticides par les systèmes agricoles les plus productifs questionne quant au niveau de souveraineté de l’agriculture française.
Robin Goffaux chargé de la thématique biodiversité et agriculture à la FRB
Concernant les conditions des dérogations pour l’acétamipride, l’article 2 de la Loi Duplomb prévoyait en particulier “la possibilité de déroger à l’interdiction d’utiliser ce néonicotinoïde pour un usage précis, pour des filières qui ne disposent pas d’autre solution et qui se retrouvent pénalisées par rapport à leurs voisines européennes qui disposent de cette solution”.
Une forte contestation sociale
Adoptée par l’Assemblée nationale le 8 juillet 2025, ce texte a suscité une forte contestation sociale, matérialisée par une pétition ayant recueilli plus de 2 millions de signatures, un niveau inédit en France. Cette mobilisation témoigne d’une sensibilité accrue de la société aux enjeux sanitaires et environnementaux liés aux pesticides.
La pétition “Pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective” déposée le 10 juillet 2025 demande l’”abrogation immédiate” de la Loi Duplomb, “la révision démocratique des conditions dans lesquelles elle a été adoptée” et “la consultation citoyenne des acteurs de la santé, de l’agriculture, de l’écologie et du droit“.
Le 7 août 2025, le Conseil constitutionnel a rendu une décision de non-conformité partielle avec réserve. Le Conseil avait notamment censuré les dispositions de l’article 2 de la loi Duplomb qui prévoyaient la possibilité de déroger à l’interdiction d’utiliser l’acétamipride.
Le Conseil a jugé que les possibilités de dérogation étaient trop larges :
- elles n’étaient pas limitées à une filière. À l’inverse, la loi du 14 décembre 2020 ne concernait que les betteraves sucrières ;
- elles n’étaient pas accordées à titre transitoire pour une durée déterminée ;
- elles pouvaient être décidée pour tous types d’usages et de traitement.
Le Conseil constitutionnel a considéré “qu’en permettant de déroger dans de telles conditions à l’interdiction des produits phytopharmaceutiques contenant des néonicotinoïdes ou autres substances assimilées, [ces dispositions ont] privé de garanties légales le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé garanti par l’article 1er de la Charte de l’environnement.“
Pour aller plus loin…
Loi Duplomb, le débat confisqué
Alerte aux fausses informations sur la santé et l’environnement
De Philippe Grandcolas
Comprendre les enjeux au-delà de la loi
La Loi Duplomb est l’incroyable exemple d’un double déni : déni de science et déni de démocratie.
De nombreuses fausses informations ont circulé lors de débats confisqués au Parlement. Dans la foulée de la pétition citoyenne, ce livre ambitionne de rétablir la vérité et de défendre vraiment les agriculteurs. Les données scientifiques sont formelles : la loi ne sert pas le bien commun, elle favorise une minorité d’exploitations et nous expose à des dangers indéniables.
Toxicité de l’acétamipride et des néonicotinoïdes, rôle des agences publiques telles que l’Anses et l’OFB… Derrière les débats passionnés se jouent des enjeux sanitaires, environnementaux et démocratiques.
Malgré cette censure partielle, la Loi Duplomb est promulguée le 11 août 2025 et maintient plusieurs mesures structurantes. Parmi ces mesures figurent toujours :
- Une évolution du rôle de l’Anses, l’établissement public qui évalue les risques sanitaires et délivre les autorisations de mise sur le marché des pesticides. La proposition de loi prévoit que l’Anses soit tenue d’informer ses ministères de tutelle, soient ceux de la Santé, de l’Agriculture, du Travail et de l’Environnement, avant de délivrer ses avis et recommandations. Le ministère de l’Agriculture pourra définir des « présomptions d’intérêt général » pour certains produits rendant leur refus plus difficile à l’avenir et dont les conclusions pourront être contestées par arrêté ministériel ;
- La suppression de la séparation des activités de conseil et vente de pesticides qui avait été promulguée par la loi “EGAlim 2” en 2021. Cette séparation permettait initialement d’éviter les conflits d’intérêt notamment auprès des coopératives agricoles qui peuvent désormais cumuler les deux activités. Pour rappel, cette loi vise à protéger la rémunération des agriculteurs et vient compléter et renforcer la loi du 30 octobre 2018, dite “EGalim 1”, dont l’objectif était d’améliorer l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire.
Les politiques publiques de réduction des pesticides sont déterminantes. Depuis 2008, les différents plans “Ecophyto” visent à réduire l’utilisation des produits phytopharmaceutiques, c’est-à-dire les pesticides, utilisés en zones agricoles et non agricoles. Face aux défis environnementaux, aux enjeux économiques et aux attentes sociétales particulièrement fortes sur le sujet, l’enjeu est colossal. Pour assurer une transition agroécologique, la conciliation des performances écologiques, économiques, sanitaires et sociales des exploitations agricoles et des secteurs concernés est une condition essentielle à la réussite du plan.
Toutefois, malgré ces ambitions, les résultats restent en deçà des objectifs fixés. En effet, l’évolution des indicateurs montre une baisse limitée et parfois instable de l’usage des pesticides, tandis que certains risques environnementaux persistent. Ainsi, au regard des objectifs initiaux et des tendances observées, le plan Ecophyto peut être considéré comme un échec relatif, révélant les difficultés à transformer en profondeur les systèmes agricoles, dont il convient d’interroger les raisons.
Pour approfondir le sujet :
Malgré les différences entre l’acétamipride et l’imidaclopride, tous deux insecticides systémiques de la famille des néonicotinoïdes, il convient de s’interroger sur l’opportunité de poursuivre leur utilisation en agriculture au risque de parvenir à des conclusions du même ordre pour le flupyradifurone, structurellement proche de l’imidaclopride.
L’acétamipride serait, a priori, moins impactant pour l’environnement que l’imidaclopride, bien que des études complémentaires soient nécessaires pour mieux évaluer ses effets. De plus, sa dangerosité dépend également de l’intensité de son utilisation, qui pourrait dépasser globalement celle de l’imidaclopride s’il rencontrait un fort succès.
En 2018, l’Anses recense une solution alternative crédible pour 96 % des cas d’usages agricoles de tous les néonicotinoïdes. Les 4 % restants concernent la lutte contre six insectes : la mouche des grains de maïs, la mouche de la framboise, le puceron du navet, le scolyte du cerisier, le hanneton forestier, la chrysomèle en forêt et le balanin des noisettes. L’Anses recense également 22 solutions existantes pour « lutter contre les pucerons et la maladie de la jaunisse dans les cultures de betteraves sucrières ». Comment explique-t-on alors que les pratiques se perpétuent malgré l’existence de ces alternatives ? Une partie des explications réside dans le fait que ces secteurs de production sont contraints par les faibles prix d’achat, de mauvaises conceptions de départ, comme par exemple les vergers géants ingérables en agroécologie, des coûts légèrement plus importants des pratiques alternatives et la cacophonie entre parties prenantes.
La Fondation pour la recherche sur la biodiversité travaille déjà à financer ou vulgariser des travaux scientifiques sur les alternatives aux pesticides, en particulier celles qui visent à optimiser les services de régulation des ravageurs. Plusieurs projets, articles ou études montrent en effet que conserver et restaurer la biodiversité est potentiellement un levier puissant pour transformer les pratiques agricoles en diminuant la dépendance aux pesticides, moyennant des environnements économiques et financiers qui soient porteurs (voir évaluation Ipbes ‘Business and Biodiversity’) :
- La diversité des animaux domestiques (Interview de Anne Lauvie), des plantes cultivées (projet NetSeed) et de leurs parents sauvages contribue à la performance des agrosystèmes. Elle garantit une possibilité évolutive, en particulier face aux changements globaux provoqués entre autres par le changement climatique. L’objectif est de conserver des caractéristiques utiles à l’échelle des populations pour s’adapter aux conditions futures et essentielles à l’adaptation de l’agriculture aux nouveaux modèles incertains de changement climatique. Une partie importante de la diversité génétique mondiale de l’agriculture est conservée dans des systèmes agricoles à faibles intrants et elle est essentielle à la souveraineté alimentaire et à l’alimentation dans les pays pauvres. Le projet FunbioDiv évalue l’impact de la combinaison de stratégies de diversification végétale à différentes échelles spatiales et temporelles sur la biodiversité et sur le contrôle des bioagresseurs des cultures.
- Paredes et collaborateurs (2021) ont mis en évidence que les épidémies de ravageurs avaient quadruplé dans les paysages simplifiés dominés par la vigne par rapport aux paysages dans lesquels les vignobles étaient entourés d’habitats semi-naturels. De même, les applications d’insecticides avaient doublé dans les paysages dominés par la vigne et diminué dans les vignobles entourés d’arbustes. Les résultats de cette étude suggèrent que la complexité croissante du paysage pourrait atténuer les populations de ravageurs et diminuer le besoin d’application d’insecticides.
- Dans le cadre du projet Disco-Weed, Sabrina Gaba et collaborateurs (2019 et 2020) ont montré que la diversité des plantes adventices, et en particulier les espèces rares, contribuaient à la fourniture simultanée de plusieurs fonctions écologiques : le contrôle des ravageurs des cultures, la fertilité du sol et des fonctions associées aux cycles du Carbone, de l’Azote et du Phosphore, la pollinisation et le nombre d’espèces d’abeilles sauvages, un indicateur de la biodiversité.
- Une étude scientifique transcrite par la FRB (Renard et Tilman, 2021), suggère que la diversification des cultures dans l’espace et dans le temps (rotations, cultures de couvertures, intercalaires, pièges ou répulsives, paysages) a le potentiel d’augmenter considérablement la stabilité, la sécurité et la fiabilité de la production alimentaire, tout en réduisant les risques de pollutions (moindre utilisation d’engrais et de pesticides) et les risques pour la santé humaine (pollutions, régimes alimentaires).
- Plusieurs équipes de recherche, dont une pilotée par la FRB, ont mis en évidence l’impact prédominant de l’intensification de l’agriculture, estimée par le biais des dépenses en intrants chimiques (fertilisants et pesticides), sur le déclin des oiseaux à l’échelle continentale et les effets négatifs des néonicotinoïdes, et plus particulièrement de l’imidaclopride, sur les populations d’oiseaux insectivores. Le projet Motiver propose de quantifier les facteurs influençant la biodiversité des agrosystèmes européens afin d’améliorer la gestion multi-échelle de l’agriculture et de ses impacts, d’identifier et cartographier les principales métriques permettant d’évaluer l’impact de chaque pression générée par les agrosystèmes grâce à des indicateurs unidimensionnels : les écopaysages.
- La recherche a montré que le déclin de la richesse en espèces végétales dans les prairies était directement lié à la pollution azotée avec des cumuls annuels de retombées d’azote atmosphérique pouvant atteindre localement des niveaux équivalents à la fertilisation agricole moyenne des prairies permanentes françaises, c’est-à-dire autour de 50 kg/ha/an. Ce phénomène a un impact sur la santé humaine et la santé des écosystèmes. Les dépôts atmosphériques agissent comme une fertilisation, favorisant les espèces productives qui éliminent par compétition les plantes à croissance plus lente. (Interview de Didier Alard).Ce phénomène peut avoir des conséquences directes sur la productivité de l’élevage et la qualité des produits laitiers. Le projet Fellow cherche à construire des indicateurs basés sur le potentiel des plantes à fournir des services écosystémiques tels que la pollinisation et les régulations biologiques.
- Dans une étude publiée en 2020 et transcrite par la FRB, Garibaldi et collaborateurs préconisent que, pour aller vers de meilleures synergies entre utilisation et conservation de la nature, les habitats natifs doivent constituer au moins 20 % de la superficie des écosystèmes gérés, notamment agricoles. Cet objectif peut s’inscrire dans des objectifs nationaux comme la restauration des connectivités et l’augmentation de l’efficacité des réseaux d’aires protégées, notamment là où elles sont peu nombreuses.
- La culture de légumineuses en rotation avec les principales céréales par le biais de cultures intercalaires et de cultures de couverture peut améliorer les rendements des cultures de 10 à 25 %. Le projet Cammisole a montré que trois pratiques agricoles peuvent favoriser la fertilité des sols à Madagascar et en Afrique de l’Ouest : le non-labour, l’association des céréales (mil, sorgho, riz, mais, etc.) et des légumineuses (pois niébés, arachides, etc.) dans les cultures, et l’apport de compost.
- La recherche montre comment la reconnaissance des différences culturelles dans le contexte de la conservation permet d’apporter des solutions alternatives utiles, voir même vitales. Dans le cadre du projet Just Conservation, le chercheur Brendan Coolsaet montre comment des éleveurs allemands ont réussi à sauver une race de porc locale, qui supportent bien mieux la nourriture et le climat régional que les animaux importés et qui produit une « Une viande de porc qui a du goût ! ». Le succès est aussi dû à un système de tarification communautaire (prix de la viande et montants de production sont fixés en commun) et une redistribution d’une partie des bénéfices au réseau comme un soutien financier. Ces mesures garantissent ainsi un revenu stable et une juste part des bénéfices, tout en permettant une stabilité dans le processus de production.

