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Dossier Publié : 14 avril 2026 I Mis à jour : 15 avril 2026

Imidaclopride : décrypter l’impact des pesticides sur le vivant

Lecture : 15 min

Depuis 2023, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), avec le soutien de la LPO, étudie le lien entre utilisation des pesticides sur le territoire français et biodiversité. 

Imidaclopride : décrypter l’impact des pesticides sur le vivant

 

Ce travail se concentre sur les néonicotinoïdes, une famille d’insecticides utilisés en agriculture, et plus particulièrement sur l’imidaclopride, l’un des insecticides les plus puissants et le plus vendu dans le monde. Il s’attèle à mieux comprendre l’usage et la répartition dans l’environnement de ce produit phytosanitaire interdit en France depuis 2018. À ce travail s’ajoute également l’évaluation de la pression des autres pesticides afin de mieux prendre en compte leurs impacts sur la biodiversité et d’isoler l’effet de l’imidaclopride par rapport aux autres pesticides. À travers la publication d’articles dans des journaux à comité de lecture, plusieurs conclusions sont déjà disponibles.

 

 

 

IMIDACLOPRIDE : QUELLE PRESSION SUR LA BIODIVERSITÉ ET CONTAMINATION DE L’ENVIRONNEMENT EN FRANCE ?

Référence : Perrot, T., Bonmatin, J. M., Jactel, J., Leboulanger, C., Goffaux, R., Gaba, S. (2024). Temporal and spatial trends of imidacloprid-related hazards in France. Science of The Total Environment. https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2024.173950

 

 

La première évaluation issue du projet s’intéresse à la pression de l’imidaclopride sur la biodiversité et de sa contamination de l’environnement en France.

 

Les résultats de ces travaux montrent que l’usage de l’imidaclopride est plus important dans les régions nord et ouest de la France métropolitaine, en lien avec les cultures de céréales et de betteraves. Ils mettent en évidence une corrélation spatiale et temporelle entre utilisation de l’imidaclopride et niveau de contamination des eaux de surface.

 

Pour arriver à ces conclusions, l’équipe de recherche a estimé l’utilisation des pesticides en s’appuyant sur une base de données des ventes de ces produits à l’échelle des départements. Elle a ensuite estimé la contamination de l’environnement grâce au suivi des pesticides dans les eaux de surfaces.

> Bref historique sur l’imidaclopride
Commercialisé en France dès 1991, l’imidaclopride est le principal néonicotinoïde utilisé sur le territoire. Il a par la suite été interdit par la réglementation européenne en 2013 pour les cultures à fleurs, puis en 2018 pour l’ensemble des cultures au sein de l’Union européenne (UE). Toutefois, des dérogations annuelles ont été accordées pour les cultures de betteraves sucrières entre 2021 et 2022.

Par son usage, l’imidaclopride contamine les milieux. En effet, seuls 2 à 20 % de ces néonicotinoïdes sont réellement absorbés par les cultures. Le reste demeure dans le sol ou s’infiltre dans les eaux de surface. Solubles dans l’eau, les molécules sont transportées et contaminent des écosystèmes aquatiques et terrestres, même dans des territoires où l’insecticide n’a pas été appliqué. L’équipe de recherche a ainsi mis en évidence une contamination des bassins versants par cet insecticide, soit les départements traversés par la Loire et la Vilaine, avec des concentrations suffisantes pour pouvoir impacter la biodiversité de ces territoires.

 

Ces résultats permettront, dans la suite du projet, d’estimer l’impact environnemental induit par l’utilisation de cette molécule en France métropolitaine et d’identifier les zones prioritaires pour des mesures d’atténuation et de restauration.

 

+ d’infos

 

 

 

QUID DE LA TOXICITÉ DE L’IMIDACLOPRIDE PAR RAPPORT AUX AUTRES PESTICIDES ?

Référence : Perrot, T., Wolfram, J., Schulz, R., & Fontaine, C. (2025). Temporal trends in pesticide pressure differ among non-target species groups but show spatially consistent patterns across France. Journal Of Hazardous Materials, 497, 139695. https://doi.org/10.1016/j.jhazmat.2025.139695

 

 

Dans cette étude, les scientifiques se sont intéressés à la caractérisation de la toxicité de l’imidaclopride par rapport aux autres pesticides.

 

Ce travail s’appuie sur l’indice de toxicité appliquée totale (TAT) pour caractériser les tendances spatiales et temporelles des pesticides utilisés en France entre 2008 et 2022. Ces toxicités appliquées correspondent à la masse des pesticides appliqués, standardisée par leur toxicité mesurée sur différents taxons. L’indice TAT a été calculé pour huit groupes d’espèces jouant un rôle majeur dans le fonctionnement des écosystèmes : les plantes aquatiques et terrestres, invertébrés aquatiques et terrestres, pollinisateurs, organismes du sol, poissons et vertébrés terrestres.

 

FRB_Champs_betterave

 

Le TAT a permis d’évaluer la pression des pesticides sur la biodiversité, en tenant compte de la forte variabilité de leur toxicité. Il a également été utilisé par les chercheurs pour identifier les zones où les stratégies d’atténuation devraient être prioritaires. Ainsi, les départements présentant des TAT élevés étaient positivement associés aux surfaces cultivées en céréales, betteraves, pommes de terre dans le nord et l’ouest de la France. Sur ces territoires, l’indice de toxicité appliquée totale montre principalement une forte toxicité de l’imidaclopride sur les pollinisateurs et les invertébrés terrestres qui ne se retrouvent pas dans les autres groupes

 

Sa contamination généralisée et sa forte toxicité sur les insectes non ciblés font de l’imidaclopride une potentielle cause majeure du déclin des populations d’insectes et autres invertébrés terrestres et aquatiques ainsi que les espèces qui s’en nourrissent comme les oiseaux, chauve-souris ou les hérissons. Cette pression est également spatialement corrélée avec une baisse des populations d’oiseaux insectivores, qui se retrouvent privés de leurs principales ressources alimentaires.

 

 

QUELS LIENS ENTRE UTILISATION DES NÉONICOTINOÏDES ET ABONDANCE DES OISEAUX EN FRANCE ?

Référence : Perrot, T., Princé, K., Porcher, E., Wolfram, J., Schulz, R., & Fontaine, C. (2025b). Weak recovery of insectivorous bird populations after ban of neonicotinoids in France, hinting at lasting impacts. Environmental Pollution, 385, 127132. https://doi.org/10.1016/j.envpol.2025.127132

 

 

Cette étude examine les liens entre utilisation des néonicotinoïdes et abondance des oiseaux en France entre 2013 et 2022 et le rétablissement potentiel des populations après leur interdiction en 2018.

 

Cette famille d’insecticides joue un rôle important dans le déclin des populations d’oiseaux en raison de leurs effets néfastes sur leurs ressources alimentaires tels que les insectes. L’étude a porté sur 57 espèces d’oiseaux insectivores, granivores et généralistes recensées sur environ 2 000 parcelles.

> Focus méthodologique
Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs ont pris en compte les effets potentiels d’autres pesticides en calculant la toxicité totale appliquée pour différents groupes d’espèces, plantes terrestres, invertébrés terrestres, pollinisateurs, ou oiseaux, ainsi que les facteurs paysagers et climatiques.

Ses résultats montrent que l’utilisation de l’imidaclopride a un effet négatif sur l’abondance des populations d’oiseaux insectivores. Avant l’interdiction de l’utilisation de l’imidaclopride sur le territoire français en 2018, on constate une différence d’abondance de ces oiseaux “mangeurs d’insectes” de 12,7 % entre les sites à forte utilisation de cet insecticide et celles n’en utilisant pas. Dès 2018, cette différence s’avère moins marquée (~ 9 %), ce qui suggère une faible reprise de leurs populations après l’interdiction réglementaire sur l’utilisation de cet insecticide. En revanche, l’étude montre que l’imidaclopride a peu d’effets sur les espèces d’oiseaux granivores et généralistes.

> Panorama non-exhaustif des articles, reportages et analyses publiés à la suite de l’étude

GoodPlanet|27 novembre 2025

Mon jardin & Ma maison| 26 novembre 2025

 

rfi25 novembre 2025

 

Vibration|25 novembre 2025

 

Le Monde|20 novembre 2025

 

France Info|20 novembre 2025

 

La Relève et La Peste|20 novembre 2025

 

LPO|20 novembre 2025

 

Conso Glob|20 novembre 2025

 

Courrier international|19 novembre 2025

 

Libération|19 novembre 2025

 

Science & Vie|18 novembre 2025

 

The Guardian|17 novembre 2025

 

Ecolopop|17 novembre 2025

 

Reporterre|17 novembre 2025

 

Géo|17 novembre 2025

Ces travaux de recherche confirment l’impact néfaste de l’imidaclopride sur les oiseaux insectivores. Ils soulignent également qu’à elles seules, les interdictions de pesticides ne garantissent pas une restauration immédiate de la biodiversité.

 

 

DES DONNÉES MISES À DISPOSITION POUR DE NOUVEAUX TRAVAUX

Référence : Rigal, S., Perrot, T. Pesticides in France: ten years of combined exposure to active substances in land, air and surface water. Sci Data 12, 512 (2025). https://doi.org/10.1038/s41597-025-04864-6

 

 

Cet article dit « datapaper » vise à porter à connaissance et mettre à disposition des jeux de données pour les communautés de recherche et pour les parties prenantes, et ainsi faciliter leurs reprises et leurs utilisations dans d’autres travaux.

 

L’omniprésence des pesticides dans l’environnement est attestée par de nombreuses analyses. Néanmoins, les données sont souvent éparses, non disponibles ou manquantes malgré un besoin d’analyses temporelles à grande échelle obligatoire pour mieux déterminer les risques associés à leur utilisation dans nos territoires.

 

Des experts d’Inrae et de la FRB ont compilé des données sur l’achat de plus d’une centaine de substances actives les plus toxiques (carcinogène, mutagène et reprotoxique) ainsi que des mesures de pollution de l’air et des eaux de surface par ces substances. Ces informations ont permis de proposer différentes cartes du territoire français présentant à l’échelle des communes l’utilisation de pesticides, la concentration de pesticides dans l’air et la concentration de pesticides dans l’eau. En combinant ces trois métriques, on obtient une carte globale du niveau moyen auquel les êtres vivants, dont les humains, ont été potentiellement exposés entre 2013 et 2022 en France métropolitaine. Ces cartes pourront par exemple être interprétées ou intégrées dans d’autres analyses. 

 

 

Carte : Niveau moyen d’exposition combinée aux pesticides
par l’utilisation de substances actives et la concentration dans l’air et l’eau entre 2013 et 2022.
Échelle standardisée entre 0 et 1,5

 

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Ressources
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Perrot, T., Bonmatin, J. M., Jactel, J., Leboulanger, C., Goffaux, R., Gaba, S. (2024). Temporal and spatial trends of imidacloprid-related hazards in France. Science of The Total Environment. https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2024.173950

 

Perrot, T., Wolfram, J., Schulz, R., & Fontaine, C. (2025). Temporal trends in pesticide pressure differ among non-target species groups but show spatially consistent patterns across France. Journal Of Hazardous Materials, 497, 139695. https://doi.org/10.1016/j.jhazmat.2025.139695

 

Perrot, T., Princé, K., Porcher, E., Wolfram, J., Schulz, R., & Fontaine, C. (2025b). Weak recovery of insectivorous bird populations after ban of neonicotinoids in France, hinting at lasting impacts. Environmental Pollution, 385, 127132. https://doi.org/10.1016/j.envpol.2025.127132

 

Rigal, S., Perrot, T. Pesticides in France: ten years of combined exposure to active substances in land, air and surface water. Sci Data 12, 512 (2025). https://doi.org/10.1038/s41597-025-04864-6

Contacts

 

CHERCHEUR

Thomas Perrot

FicheMail

PRESSE

Pauline Coulomb

Responsable du pôle Communication et valorisation scientifique

 

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