Imidaclopride : décrypter l’impact des pesticides sur le vivant
Auteur : Robin Almansa
Relectures : Thomas Perrot, Robin Goffaux, Hélène Soubelet, Denis Couvet
Depuis 2023, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), avec le soutien de la LPO, étudie le lien entre utilisation des pesticides sur le territoire français et biodiversité.
Ce travail se concentre sur les néonicotinoïdes, une famille d’insecticides utilisés en agriculture, et plus particulièrement sur l’imidaclopride, l’un des insecticides les plus puissants et le plus vendu dans le monde. Il s’attèle à mieux comprendre l’usage et la répartition dans l’environnement de ce produit phytosanitaire interdit en France depuis 2018. À ce travail s’ajoute également l’évaluation de la pression des autres pesticides afin de mieux prendre en compte leurs impacts sur la biodiversité et d’isoler l’effet de l’imidaclopride par rapport aux autres pesticides. À travers la publication d’articles dans des journaux à comité de lecture, plusieurs conclusions sont déjà disponibles.
La première évaluation issue du projet s’intéresse à la pression de l’imidaclopride sur la biodiversité et de sa contamination de l’environnement en France.
Les résultats de ces travaux montrent que l’usage de l’imidaclopride est plus important dans les régions nord et ouest de la France métropolitaine, en lien avec les cultures de céréales et de betteraves. Ils mettent en évidence une corrélation spatiale et temporelle entre utilisation de l’imidaclopride et niveau de contamination des eaux de surface.
Pour arriver à ces conclusions, l’équipe de recherche a estimé l’utilisation des pesticides en s’appuyant sur une base de données des ventes de ces produits à l’échelle des départements. Elle a ensuite estimé la contamination de l’environnement grâce au suivi des pesticides dans les eaux de surfaces.
Par son usage, l’imidaclopride contamine les milieux. En effet, seuls 2 à 20 % de ces néonicotinoïdes sont réellement absorbés par les cultures. Le reste demeure dans le sol ou s’infiltre dans les eaux de surface. Solubles dans l’eau, les molécules sont transportées et contaminent des écosystèmes aquatiques et terrestres, même dans des territoires où l’insecticide n’a pas été appliqué. L’équipe de recherche a ainsi mis en évidence une contamination des bassins versants par cet insecticide, soit les départements traversés par la Loire et la Vilaine, avec des concentrations suffisantes pour pouvoir impacter la biodiversité de ces territoires.
Ces résultats permettront, dans la suite du projet, d’estimer l’impact environnemental induit par l’utilisation de cette molécule en France métropolitaine et d’identifier les zones prioritaires pour des mesures d’atténuation et de restauration.
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Dans cette étude, les scientifiques se sont intéressés à la caractérisation de la toxicité de l’imidaclopride par rapport aux autres pesticides.
Ce travail s’appuie sur l’indice de toxicité appliquée totale (TAT) pour caractériser les tendances spatiales et temporelles des pesticides utilisés en France entre 2008 et 2022. Ces toxicités appliquées correspondent à la masse des pesticides appliqués, standardisée par leur toxicité mesurée sur différents taxons. L’indice TAT a été calculé pour huit groupes d’espèces jouant un rôle majeur dans le fonctionnement des écosystèmes : les plantes aquatiques et terrestres, invertébrés aquatiques et terrestres, pollinisateurs, organismes du sol, poissons et vertébrés terrestres.

Le TAT a permis d’évaluer la pression des pesticides sur la biodiversité, en tenant compte de la forte variabilité de leur toxicité. Il a également été utilisé par les chercheurs pour identifier les zones où les stratégies d’atténuation devraient être prioritaires. Ainsi, les départements présentant des TAT élevés étaient positivement associés aux surfaces cultivées en céréales, betteraves, pommes de terre dans le nord et l’ouest de la France. Sur ces territoires, l’indice de toxicité appliquée totale montre principalement une forte toxicité de l’imidaclopride sur les pollinisateurs et les invertébrés terrestres qui ne se retrouvent pas dans les autres groupes
Sa contamination généralisée et sa forte toxicité sur les insectes non ciblés font de l’imidaclopride une potentielle cause majeure du déclin des populations d’insectes et autres invertébrés terrestres et aquatiques ainsi que les espèces qui s’en nourrissent comme les oiseaux, chauve-souris ou les hérissons. Cette pression est également spatialement corrélée avec une baisse des populations d’oiseaux insectivores, qui se retrouvent privés de leurs principales ressources alimentaires.
Cette étude examine les liens entre utilisation des néonicotinoïdes et abondance des oiseaux en France entre 2013 et 2022 et le rétablissement potentiel des populations après leur interdiction en 2018.
Cette famille d’insecticides joue un rôle important dans le déclin des populations d’oiseaux en raison de leurs effets néfastes sur leurs ressources alimentaires tels que les insectes. L’étude a porté sur 57 espèces d’oiseaux insectivores, granivores et généralistes recensées sur environ 2 000 parcelles.
Ses résultats montrent que l’utilisation de l’imidaclopride a un effet négatif sur l’abondance des populations d’oiseaux insectivores. Avant l’interdiction de l’utilisation de l’imidaclopride sur le territoire français en 2018, on constate une différence d’abondance de ces oiseaux “mangeurs d’insectes” de 12,7 % entre les sites à forte utilisation de cet insecticide et celles n’en utilisant pas. Dès 2018, cette différence s’avère moins marquée (~ 9 %), ce qui suggère une faible reprise de leurs populations après l’interdiction réglementaire sur l’utilisation de cet insecticide. En revanche, l’étude montre que l’imidaclopride a peu d’effets sur les espèces d’oiseaux granivores et généralistes.
GoodPlanet|27 novembre 2025
Mon jardin & Ma maison| 26 novembre 2025
rfi|25 novembre 2025
Vibration|25 novembre 2025
Le Monde|20 novembre 2025
France Info|20 novembre 2025
La Relève et La Peste|20 novembre 2025
LPO|20 novembre 2025
Conso Glob|20 novembre 2025
Courrier international|19 novembre 2025
Libération|19 novembre 2025
Science & Vie|18 novembre 2025
The Guardian|17 novembre 2025
Ecolopop|17 novembre 2025
Reporterre|17 novembre 2025
Géo|17 novembre 2025
Ces travaux de recherche confirment l’impact néfaste de l’imidaclopride sur les oiseaux insectivores. Ils soulignent également qu’à elles seules, les interdictions de pesticides ne garantissent pas une restauration immédiate de la biodiversité.
Cet article dit « datapaper » vise à porter à connaissance et mettre à disposition des jeux de données pour les communautés de recherche et pour les parties prenantes, et ainsi faciliter leurs reprises et leurs utilisations dans d’autres travaux.
L’omniprésence des pesticides dans l’environnement est attestée par de nombreuses analyses. Néanmoins, les données sont souvent éparses, non disponibles ou manquantes malgré un besoin d’analyses temporelles à grande échelle obligatoire pour mieux déterminer les risques associés à leur utilisation dans nos territoires.
Des experts d’Inrae et de la FRB ont compilé des données sur l’achat de plus d’une centaine de substances actives les plus toxiques (carcinogène, mutagène et reprotoxique) ainsi que des mesures de pollution de l’air et des eaux de surface par ces substances. Ces informations ont permis de proposer différentes cartes du territoire français présentant à l’échelle des communes l’utilisation de pesticides, la concentration de pesticides dans l’air et la concentration de pesticides dans l’eau. En combinant ces trois métriques, on obtient une carte globale du niveau moyen auquel les êtres vivants, dont les humains, ont été potentiellement exposés entre 2013 et 2022 en France métropolitaine. Ces cartes pourront par exemple être interprétées ou intégrées dans d’autres analyses.

Carte : Niveau moyen d’exposition combinée aux pesticides
par l’utilisation de substances actives et la concentration dans l’air et l’eau entre 2013 et 2022.
Échelle standardisée entre 0 et 1,5
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- IMIDACLOPRIDE : QUELLE PRESSION SUR LA BIODIVERSITÉ ET CONTAMINATION DE L’ENVIRONNEMENT EN FRANCE ?
- QUID DE LA TOXICITÉ DE L’IMIDACLOPRIDE PAR RAPPORT AUX AUTRES PESTICIDES ?
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