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Article Publié : 26 janvier 2026

Les suivis de la biodiversité, des instruments stratégiques des entreprises

Lecture : 4 min

Longtemps perçu comme une contrainte environnementale, le suivi du vivant devient un levier central de gestion des risques, de pilotage de la transition et de création de valeur. En s’appuyant sur leurs données de biodiversité, aujourd’hui largement sous-exploitées, les entreprises entrent dans une nouvelle ère où la transparence et la preuve scientifique deviennent des atouts concurrentiels.

Un trésor de données encore invisible

Les entreprises accumulent depuis des années des données issues d’études d’impact, de projets de construction ou d’évaluations liées à des certifications environnementales. Pourtant, une infime partie de ces informations est rendue publique. Le rapport Biodiversa+ “Guide on best practices sharing biodiversity data for private companies” rappelle que moins de 1 % des données figurant sur les grandes plateformes de biodiversité proviennent du secteur privé, alors que celui-ci intervient sur des zones écologiquement sensibles et collecte des informations potentiellement cruciales pour la recherche. Ce décalage ne reflète pas une absence d’intérêt, mais un ensemble de freins : crainte de divulgation commerciale, incertitudes juridiques, hétérogénéité des formats ou manque de compétences internes ou de moyens.

 

 

De la mesure à la décision : la biodiversité s’invite dans le pilotage

Le suivi du vivant repose aujourd’hui sur des standards éprouvés, tels que Darwin Core ou les Essential Biodiversity Variables, qui permettent de structurer et d’interpréter les observations collectées sur le terrain. Ces outils facilitent l’intégration de données provenant d’entreprises, de chercheurs ou de citoyens, et ouvrent la voie à un pilotage plus précis des impacts. Dans l’industrie énergétique, par exemple, le suivi de la recolonisation d’espèces après un chantier documente la performance de plans de restauration. Dans l’agroalimentaire, la mesure de la diversité floristique d’un bassin de culture permet d’ajuster les pratiques agricoles. Ce type de monitoring montre que les données ne sont plus seulement un élément de conformité réglementaire, mais un instrument de gestion opérationnelle.

 

 

 

Une nouvelle responsabilité : rendre visible ce qui compte

Le rapport souligne que la qualité du suivi conditionne désormais la crédibilité des engagements des entreprises. Les réglementations européennes exigent des preuves mesurables et vérifiables des impacts sur la nature ; les investisseurs attendent des données robustes pour évaluer les risques liés aux écosystèmes ; les projets de crédits ou certificats biodiversité reposent sur des métriques fiables. Dans ce contexte, la transparence n’est plus un effort volontaire mais une dimension stratégique. Le partage des données peut être sécurisé par l’anonymisation spatiale, des licences adaptées ou des plateformes intermédiaires, mais il exige surtout une évolution culturelle : reconnaître que la donnée écologique, loin d’être un risque, constitue un actif générateur de confiance.

 

 

Vers une économie de la preuve

Une fois structurées et partagées, les données de biodiversité nourrissent la recherche, éclairent la décision publique et renforcent la résilience des entreprises. Elles permettent aussi de développer de nouveaux modèles économiques, autour des technologies environnementales, des services d’analyse ou des mécanismes de financement fondés sur les résultats écologiques. Le rapport insiste sur un point déterminant : dans un contexte où les discours environnementaux abondent, seules les entreprises capables de démontrer scientifiquement leurs effets sur la nature, positifs ou négatifs, bénéficieront d’un avantage concurrentiel durable. Le suivi de la biodiversité devient le socle d’un nouveau contrat entre entreprises, science et société — un contrat fondé sur la transparence, la rigueur et la preuve.

Contact

Julie de BOUVILLE

Responsable de la communication internationale

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Ipbes 12

À l’approche de la douzième plénière de l’Ipbes et de la sortie du rapport sur les entreprises et la biodiversité, la FRB publie un dossier composé d’articles permettant d’éclairer les grandes thématiques liées à celles du rapport et de mieux comprendre les enjeux qui en découlent.

 

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