Face à ces constats, les politiques publiques de réduction des pesticides apparaissent déterminantes. Depuis 2008 et le Grenelle de l’environnement, les différents plans “Ecophyto” visent à réduire l’utilisation des produits phytopharmaceutiques, c’est-à-dire les pesticides, utilisés en zones agricoles et non agricoles. Face aux défis environnementaux, aux enjeux économiques et aux attentes sociétales particulièrement fortes sur le sujet, l’enjeu est colossal. Pour assurer une transition agroécologique, concilier les performances écologiques, économiques, sanitaires et sociales des exploitations agricoles et des secteurs concernés est une condition essentielle à la réussite du plan.
Dès 2002, l’utilisation durable des pesticides était l’une des sept stratégies thématiques du sixième programme communautaire européen d’action pour l’environnement (2002 – 2012). Celle-ci visait à favoriser « la réduction des risques et de l’utilisation des pesticides dans une mesure compatible avec la protection nécessaire des cultures ». Cette stratégie a été déclinée en 2006 au niveau français à travers le plan interministériel de réduction des risques liés aux pesticides, afin d’améliorer et de sécuriser les conditions de mise sur le marché et d’utilisation de ces produits phytosanitaires.
Depuis 2009, c’est la directive européenne 2009/128, dite directive SUD pour Sustainable Use of pesticide Directive qui instaure un cadre juridique communautaire pour parvenir à une utilisation durable des pesticides. Cette directive pose les bases de dispositifs règlementaires qui sont ensuite transposés dans le droit national de chaque État Membre. Dans ce contexte, le Président de la République a confié au ministre de l’Agriculture et de la Pêche l’élaboration d’un plan de réduction, nommé Ecophyto.
Le plan Ecophyto 1 comporte alors deux volets :
Bien qu’un certain nombre d’actions structurantes aient été mises en place, le plan n’a pas atteint les résultats escomptés à l’échelle nationale puisque l’on constate une légère augmentation de 5 % du recours à ces produits entre la période 2009-2011 et la période 2011-2013. Face à cet échec, les mêmes objectifs avaient été reportés à 2030 au travers du plan Ecophyto II puis Ecophyto II+.
Au cours de ces plans Ecophyto successifs, différents indicateurs ont été sélectionnés par les pilotes du Plan afin de mesurer la baisse de consommation des pesticides. On retrouve :
Ces différents indicateurs présentent néanmoins certaines limites et peuvent poser question :
Cela entraine des observations différentes selon l’indicateur choisi : entre 2009 et 2022, le NodU est passé de 82,0 à 89,4, soit une hausse de +9,0 %. Le HRI-1, lui, relativement stable sur la période 2011-2016, a diminué de 32,9 % sur l’année 2021 comparé à sa référence 2011-2013.
En 2025, le Comité scientifique et technique du plan Ecophyto a questionné l’utilisation de ces indicateurs et émit la conclusion suivante :
« Le HR1-1 est un indicateur récent. Il traduit davantage l’impact des politiques publiques plutôt que les changements de pratiques des agriculteurs. Dans un contexte de retrait soutenu des molécules, l’indicateur HRI-1 baissera plus fortement que le NodU. Ainsi, le retrait du mancozèbe en 2021, fongicide anti-mildiou et anti-rouille et 3e substance la plus vendue en France, permettrait théoriquement de faire baisser le HRI-1 de 44 % et ainsi, de quasiment atteindre les objectifs fixés par la stratégie. La substitution des molécules dont les doses actives sont élevées, par des molécules récentes qui ont besoin d’un plus faible dosage, risque de faire atteindre l’objectif prévu, sans réduire ni les risques, ni les usages… et ainsi faire du ‘greenwashing’ ».
Il convient donc de s’interroger sur la pertinence des indicateurs utilisés et de ce que l’on souhaite réellement suivre. Les pesticides étant par nature des substances dangereuses, il serait plus intéressant d’opter pour des indicateurs permettant de mieux apprécier soit le risque associé aux pesticides, soit les impacts réels de ces pesticides, à la fois sur la santé humaine mais également sur la biodiversité et l’environnement.
Ce travail se concentre sur les néonicotinoïdes, une famille d’insecticides utilisés en agriculture, et plus particulièrement sur l’imidaclopride, l’un des insecticides les plus puissants et le plus vendu dans le monde. Il s’attèle à mieux comprendre l’usage et la répartition dans l’environnement de ce produit phytosanitaire interdit en France depuis 2018. À ce travail s’ajoute également l’évaluation de la pression des autres pesticides afin de mieux prendre en compte leurs impacts sur la biodiversité et d’isoler l’effet de l’imidaclopride par rapport aux autres pesticides. À travers la publication d’articles dans des journaux à comité de lecture, plusieurs conclusions sont déjà disponibles.
En effet, l’action des pesticides ne se limite pas aux espèces ciblées, ni aux agrosystèmes : la contamination globale de l’environnement par ces molécules engendre de nombreux effets en cascade, non maîtrisés, qui se propagent à l’ensemble des chaînes trophiques. Les insectes non ciblés (pollinisateurs, carabes, araignées, vers de terres, etc.) sont ainsi directement affectés par ces substances, tout comme les oiseaux qui consomment des insectes ou des graines contaminées, ou encore les mammifères exposés de manière répétée à ces molécules dans l’environnement. L’ensemble de l’écosystème est donc fragilisé, avec des conséquences potentiellement dramatiques sur la biodiversité et, à terme, sur les ressources alimentaires.
Dans ce contexte, s’appuyer sur les connaissances scientifiques et comprendre le cadre réglementaire qui encadre l’usage des pesticides sont essentiels afin de saisir les arbitrages entre enjeux environnementaux, sanitaires et agricoles. La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) propose ainsi un éclairage pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre en France.