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Dossier Publié : 15 octobre 2026 I Mis à jour : 20 octobre 2026

Entreprises et biodiversité : zoom sur le rapport de l’Ipbes

Lecture : 20 min

Depuis le XIXe siècle, les entreprises ont contribué à la croissance économique mondiale et à l’amélioration des niveaux de vie. Mais cette croissance a aussi participé au déclin majeur de la biodiversité et des services écosystémiques. L’évaluation Ipbes « Entreprises et biodiversité » rassemble les meilleures données scientifiques disponibles sur les impacts et les dépendances des entreprises à l’égard de la biodiversité. Elle décrit les actions que les différents acteurs peuvent entreprendre pour lutter contre sa perte. 

Les conditions actuelles dans lesquelles opèrent les entreprises ne sont pas compatibles avec un avenir durable. Plusieurs facteurs perpétuent le statu quo :

  • Des incitations économiques inadaptées et des subventions favorisant des activités néfastes, estimées à 7 300 milliards de dollars dans le monde en 2023 (dont les deux tiers d’origine privée) ;
  • Un manque de sanctions et de récompenses appropriées face aux comportements dommageables ;
  • Une faible obligation de transparence sur les impacts environnementaux ;
  • Un décalage profond entre les cycles économiques et les cycles écologiques.

 

Ces conditions entretiennent une sous-évaluation systémique de la biodiversité dans les systèmes économiques, les structures de gouvernance et les marchés financiers.

 

 

CHIFFRES CLÉS

 

  • La valeur des services écosystémiques représente 2 à 8 % du PIB des pays ;
  • La pollinisation améliore la valeur marchande annuelle de 5 à 8 %, estimée entre 235 et 577 milliards de dollars à l’échelle mondiale ;

  • Les récifs coralliens sont évalués à 172 milliards de dollars (OCDE, 2022) ;

  • Les contributions des océans ont été évaluées à 6 900 milliards de dollars ;

  • Le secteur financier : entre 36 % et 98 % des portefeuilles des banques centrales évaluées sont fortement dépendants des services écosystémiques (Lituanie : 98 %, UE : 75 %, France : 42 %).

 

 

Opportunités liées à la protection de la biodiversité

 

La protection de la biodiversité offre aux entreprises des opportunités d’avoir des impacts positifs et de se différencier sur le marché :

  • Investissements dans la protection, la restauration et la gestion durable des terres, comme alternatives rentables aux infrastructures traditionnelles ;
  • Pratiques bénéficiant à la biodiversité ou à la séquestration du carbone (par ex. agroécologie, agriculture de conservation) ;
  • Nouvelles technologies de surveillance et de reporting via imagerie satellitaire, intelligence artificielle ou blockchain ;
  • Produits et services innovants répondant à la demande croissante pour des pratiques durables ;
  • Modèles d’entreprise fondés sur la nature (écotourisme, bioprospection responsable) ;
  • Anticipation réglementaire pour éviter les litiges et minimiser les coûts de conformité ;
  • Accès à de nouveaux financements grâce aux bonnes performances environnementales.

 

 

DÉFINITIONS CLÉS

 

  • Une entreprise est une entité qui participe volontairement à la production, à l’échange et à la distribution de biens ou de services vendus contre de l’argent.
  • L’écoblanchiment (greenwashing) est l’absence de (i) crédibilité des engagements vis-à-vis de la nature, (ii) compréhension des impacts et dépendances, (iii) démonstration des progrès et (iv) transparence sur ces trois sujets ;
  • La décision sociétale est la combinaison d’objectifs planétaires négociés avec les politiques nationales (lois, réglementations) et les attentes de la société civile. 

 

 

Pour aller plus loin : 

 

 

Toutes les entreprises ont des impacts sur la biodiversité et les services écosystémiques

Ces impacts s’exercent directement ou indirectement, à travers leurs opérations et l’ensemble de leurs chaînes de valeur.

 

Les activités des entreprises contribuent aux cinq pressions principales sur la biodiversité identifiée par l’Ipbes :

 

 

Figure 1.
Impacts des entreprises sur la biodiversité et les services rendus par la nature.

 

Ces impacts peuvent être directs (opérations de l’entreprise), liés à la chaîne de valeur (activités en amont et en aval), indirects (activités induites au-delà de cette chaîne) ou cumulatifs (effets combinés de plusieurs acteurs, du site à l’échelle mondiale).

 

 

La nature et l’ampleur de ces impacts varient selon le type d’activité, son échelle spatiale et temporelle, sa fréquence et sa localisation. Ils peuvent s’accumuler et entraîner une perte irréversible de biodiversité ou des points de bascule écologiques.

 

Les impacts des entreprises peuvent être négatifs ou positifs, directs ou indirects. Ils se produisent dans toutes les chaînes de valeur et affectent tous les aspects de la biodiversité : les gènes, les espèces et les écosystèmes, ainsi que les services écosystémiques matériels, régulateurs et non matériels.

 

>> L’agriculture, la foresterie, la pêche et l’aquaculture sont les secteurs ayant les impacts les plus significatifs.

 

Les impacts peuvent être gérés sans mesure exhaustive, mais leur mesure précise est essentielle pour orienter une action efficace. Si les grandes entreprises peuvent avoir un impact plus important, la taille seule — nombre d’employés ou chiffre d’affaires — ne suffit pas à le quantifier ni à comparer les entreprises.

 

 

Mais les impacts varient selon :

  • La superficie des terres utilisées (les secteurs à forte empreinte spatiale comme l’agriculture ont des impacts plus visibles) ;
  • L’intensité des pressions exercées (certains secteurs comme les mines ou le secteur pétrolier ont des impacts forts sur de petites surfaces) ;
  • La position dans les chaînes de valeur (la finance et les assurances ont des impacts indirects via leurs investissements et leurs prêts).

 

Les méthodes actuelles peinent encore à attribuer précisément les impacts aux secteurs, notamment pour les secteurs en fin de chaîne de valeur comme la finance.

 

💡​Aux Pays-Bas, plus de 45 % des pertes de biodiversité liées aux chaînes d’approvisionnement se produisent en amont des fournisseurs directs.

 

 

La perte de biodiversité induite par les activités humaines affecte de façon disproportionnée les peuples autochtones et communautés locales. Les impacts se caractérisent par :

  • La diminution des populations fauniques et la perturbation des ressources en eau et alimentaires ;
  • Des bouleversements culturels et une atteinte aux pratiques spirituelles ;
  • Des augmentations de charge de travail, pertes de revenus et dégradations de la santé ;
  • Une exposition accrue aux violences, notamment pour les femmes et enfants opposés aux activités extractives.

 

La transition énergétique elle-même peut paradoxalement aggraver ces impacts, par exemple via l’extraction minière pour les véhicules électriques ou les projets de plantation pour la compensation carbone, qui affectent prioritairement les territoires autochtones.

 

 

 

 

Tous les secteurs dépendent de la biodiversité

On estime que 44 à 58 billions de dollars, soit 50 à 55 % du PIB mondial, dépendent modérément ou fortement des services écosystémiques. Par contraste, seulement 22 % de la valeur de la nature est reflétée dans le PIB, alors que les services écosystémiques représentent une valeur équivalente à environ 36 % du PIB.

 

Évaluer et comprendre les dépendances permet d’atténuer les risques liés à la perte de biodiversité, de saisir des opportunités et d’impulser un changement transformateur pour la durabilité des sociétés et des économies.

1. Dépendances directes opérationnelles
Les espèces vivantes sont des matières premières exploitées par l’économie : nourriture, médicaments, fibres, bois, microorganismes, gènes, paysages. Ces dépendances directes sont les plus visibles et les mieux documentées.
 

2. Dépendances directes structurelles
La biodiversité soutient la production en régulant le climat, les pathogènes, les crues, la qualité de l’eau et de l’air, la pollinisation, le stockage du carbone, les cycles biogéochimiques et la fertilité des sols. Elle fournit aussi des services culturels (identités, apprentissage, inspiration).
  • 30 à 35 % de la production agricole mondiale dépend de la pollinisation ;
  • Les oiseaux et chauves-souris réduisent les ravageurs de 35 à 25 % dans les plantations de café au Costa Rica ;
  • Les mangroves protègent contre les cyclones tropicaux dans 22 pays tropicaux (Hochard et al., 2019) ;
  • En 2018, environ 21 % des plus grandes compagnies mondiales (soit 20 000 milliards de dollars) étaient exposées à des dépendances matérielles à la biodiversité.
 
3. Dépendances indirectes via la chaîne de valeur
Les espèces vivantes et les services de régulation peuvent être indispensables aux opérations de l’entreprise, en amont comme en aval de son activité. Ces dépendances sont souvent invisibles pour l’entreprise elle-même.

4. Dépendances spatiales et temporelles
Les relations et échanges entre entreprises modifient les stocks et flux de biodiversité à différentes échelles :
  • Dépendances lointaines (télécouplage) : contrôle biologique par espèces migratrices, régulation des crues dans les territoires de production tropicale ;
  • Dépendances de proximité (méta-couplage) : régulation de l’eau en amont, pollinisation, fertilisation azotée par les oiseaux marins ;
  • Dépendances temporelles liées aux saisons, aux périodes de floraison, au climat.
 

5. Des dépendances aux risques
Les principaux risques évalués par les entreprises concernent la régulation de l’eau, la pollinisation et la fertilité des sols. Le risque est la combinaison du danger (perte de services), de l’exposition (dépendance sur toute la chaîne de valeur) et de la vulnérabilité (manque de capacité à s’adapter). On retrouve : 
  • Risque physique – Perte de biodiversité et de services déstabilisant les chaînes de valeur. 
  • Risque de transition – Changements de réglementation ou de pratiques liés à la transition.
  • Risque systémique – Effets en cascade non linéaires sur la production, les prix mondiaux, les systèmes écologiques et financiers.

 

Ignorer les risques physiques peut conduire à une surexploitation qui aggrave la perte de biodiversité. Les corrections nécessaires sur les marchés peuvent alors accroître les risques de transition et rendre les risques systémiques plus probables.

 

Quelques exemples illustrent cette dynamique :

  • La perte de pollinisation pourrait réduire le PIB mondial de 1 à 3 % ;
  • La résistance aux antimicrobiens pourrait réduire le PIB du Royaume-Uni de 12 %, dépassant les pertes liées à la COVID-19 ;
  • La raréfaction des ressources naturelles pourrait générer jusqu’à 2,75 fois plus de pertes financières dans l’Union européenne.

 

 

Malgré ces risques, les dépendances ne sont évaluées que par 30 % des entreprises. Les raisons principales sont :

  • La difficulté à évaluer les services écosystémiques de façon standardisée ;
  • Les réticences à prendre des mesures favorables à la biodiversité ;
  • Le manque d’expertise scientifique en interne et de données comparables ;
  • L’absence de méthodes standardisées permettant les comparaisons intersectorielles.

 

Une étude portant sur 349 indicateurs a révélé que seuls 54 (15 %) mesuraient directement les dépendances, 33 (9 %) les mesuraient indirectement et 8 (2 %) rendaient compte des conséquences financières de la perte de services écosystémiques.

 

 

Figure 2.
Impacts et dépendances des entreprises à l’égard de la biodiversité et des contributions de la nature aux populations. 

 

Ces relations génèrent des risques physiques, de transition ou systémiques, mais aussi des opportunités : nouveaux produits, gains d’efficacité et résilience accrue. La gestion des risques peut créer des opportunités. 

 

 

 

Les méthodes de mesure des impacts et dépendances

L’Ipbes décrit cinq grandes approches méthodologiques disponibles pour les entreprises, de l’échelle macro à l’échelle micro.

 

Aucune méthode ni aucun indicateur ne peut rendre compte à lui seul de toutes les dimensions des impacts et des dépendances. Plusieurs méthodes doivent être combinées pour appréhender les relations à la nature.

 

Tableau 1.
Les cinq approches méthodologiques

 

 

 

Ces approches méthodologiques répondent à quatre objectifs :

  • Inventorier l’ensemble des options disponibles, y compris les plus originales et disruptives ;
  • Comparer les potentialités de ces options, quantifier les bénéfices associés au maintien et à la restauration de la nature ;
  • Suivre les conséquences des décisions de l’entreprise et l’effectivité de ses actions de restauration ;
  • Suivre les changements de la nature dont l’entreprise n’est pas directement responsable, mais qui peuvent affecter son avenir, ses risques et ses opportunités.

 

Malgré la disponibilité des méthodes, leur application reste faible et inégale. Les obstacles sont multiples :

  • Lacunes dans les données cohérentes et autodéclarées, les données spatiales détaillées et les données de référence pour les espèces peu étudiées ;
  • Manque de transparence et de traçabilité dans les chaînes de valeur ;
  • Complexité perçue et insuffisance des incitations pour l’adoption des méthodes ;
  • Difficulté à intégrer les connaissances, valeurs et visions du monde autochtones et locales ;
  • Difficulté à traduire les objectifs mondiaux de biodiversité en cibles pour les entreprises.

 

 

En pratique, seules les deux premières approches (macro-écologiques et biophysiques) sont couramment utilisées et comprises par les entreprises pour mesurer leurs impacts et dépendances. Les trois autres restent encore confinées à la sphère de la recherche scientifique.

 

Sur les 28 outils évalués, 25 s’intéressent aux impacts et 3 aux risques. Presque tous intègrent des facteurs terrestres, mais les milieux aquatiques et marins sont moins fréquemment couverts. La majorité ciblent les entreprises individuelles et reposent sur des analyses du cycle de vie.

 

Les lacunes méthodologiques présentent deux risques majeurs : le manque d’approches comparables et systématiques peut retarder l’action et les imperfections des évaluations d’impact environnemental peuvent permettre leur manipulation politique et réduire leur efficacité.

 

La Natural Capital Finance Alliance (NCFA) propose une base de données appelée ENCORE (Exploring Natural Capital Opportunities, Risks and Exposures) qui prend en compte toute la chaîne de valeur et permet d’identifier les dépendances, les risques et les opportunités selon les secteurs. Elle classe la matérialité de faible à très élevée dans divers secteurs d’activité.

 

Intégrer les peuples autochtones et communautés locales dans l’évaluation des dépendances

 

Lorsqu’elles perçoivent la nature uniquement comme un capital à mesurer, les entreprises négligent souvent les effets de leurs dépendances sur les valeurs, les droits et les relations des peuples autochtones avec la biodiversité. Leurs évaluations restent alors incomplètes.

 

Les savoirs autochtones et locaux englobent les systèmes de gouvernance, les lois coutumières et les connaissances écologiques (alimentation, médecine, gestion des écosystèmes). Ces savoirs, développés sur des générations, comprennent une compréhension nuancée du comportement des espèces et de la variabilité écologique, dépassant souvent la résolution temporelle et spatiale du suivi écologique conventionnel.

 

Par exemple, le peuple Yolngu en Australie possède une expertise approfondie des cycles saisonniers pour la gestion des ressources en eau et alimentaires. En Colombie, des pépinières détenues par des peuples autochtones soutiennent le reboisement et la préservation de la biodiversité.

 

 

 

Les quatre niveaux d'action des entreprises

Pour le monde économique et financier, l’Ipbes identifie quatre niveaux de décision où les organisations peuvent et doivent améliorer leurs relations à la nature.

Niveau 1 — opérationnel
Le niveau opérationnel concerne les territoires où les entreprises exercent leurs activités : extraction, exploitation, construction d’infrastructures, fourniture de produits et services. Il s’agit d’y mesurer et comprendre leurs impacts et leurs dépendances, puis de mettre en place des actions sur le terrain.
 

Niveau 2 — chaîne de valeur
Le niveau des chaînes de valeur élargit l’évaluation à l’ensemble des activités économiques dont dépend l’entreprise. Il s’agit d’influencer les acteurs de la chaîne : fournisseurs, distributeurs, détaillants et consommateurs.
 

Niveau 3 — stratégie (le modèle économique)
Le niveau central est celui du modèle économique : les stratégies de pérennisation des activités, le maintien sur les marchés de biens et services, et la place accordée à la nature dans cette compétition marchande. C’est ici que l’entreprise intègre les dépendances à la biodiversité dans son modèle, en révisant ses priorités stratégiques.
 

Niveau 4 — financier (le modèle d’investissement)
Le niveau décisionnel le plus anticipateur et le plus puissant est celui du modèle financier : les modes d’investissement et l’utilisation des bénéfices. Ces choix déterminent les systèmes économiques et financiers futurs. L’anticipation devrait y occuper une place centrale pour réorienter les investissements vers des activités positives pour la biodiversité.

Ces quatre niveaux d’action correspondent à quatre cadres d’évaluation des méthodes, permettant aux entreprises de :

  • Identifier les opportunités et répertorier leur diversité, y compris les options les plus disruptives ;
  • Comparer les potentialités, avantages et inconvénients des différentes options ;
  • Observer les changements effectifs des impacts et dépendances après les décisions de l’entreprise ;
  • Anticiper les changements de la nature dont elles ne sont pas directement responsables mais qui affectent leurs risques.

 

 

 

L'environnement porteur : cinq champs sociétaux pour accompagner la transformation

La notion d’« environnement porteur » désigne un cadre de décision et d’action qui dépasse le monde économique et financier. Elle concerne toutes les parties prenantes, de l’État à la société civile, en passant par les acteurs financiers. Elle comprend cinq champs sociétaux : normes et valeurs, données et technologies, capacités et connaissances, politique et réglementation, économie et finance.

 

 

Tableau 2.
Responsabilités de toutes les parties prenantes selon les cinq types de champs sociétaux

 

En gris : les responsabilités motrices de chaque type d’acteur, dont l’effectivité dépend néanmoins du soutien des autres parties prenantes. 

 

 

Compromis et synergies entre intérêts individuels et collectifs

 

Les compromis relèvent de la concurrence pour les ressources, du partage équitable des ressources rares ou de l’arbitrage entre des priorités de court terme et des objectifs de long terme. Ils surviennent lorsque les entreprises surexploitent des ressources naturelles importantes pour la société civile.

 

Quelques exemples :

  • Les technologies de l’information nécessitent de l’eau fraîche pour refroidir leurs installations (57 % est de l’eau potable), générant une compétition avec d’autres usages ;
  • L’utilisation des ressources en eau pour les produits agricoles restreint l’accès des peuples autochtones et communautés locales ;
  • Les aires marines protégées bénéficient au tourisme de plongée, mais l’exclusion des pêcheurs locaux peut engendrer une insécurité alimentaire ;
  • Le passage à une agriculture plus efficace via l’innovation technologique peut améliorer les revenus agricoles, mais pénalise les petits exploitants aux ressources limitées ;
  • La pollution de l’eau par les plantations d’eucalyptus en Équateur a entraîné la mort du bétail des petits exploitants.

 

Les synergies apparaissent lorsque la protection de la biodiversité bénéficie à plusieurs parties prenantes. Les collaborations entre peuples autochtones et entreprises, intégrant les savoirs locaux aux pratiques commerciales, peuvent permettre de gérer de façon équilibrée les dépendances, les impacts, les risques et les opportunités.

 

L’intégration de processus décisionnels inclusifs et participatifs, le renforcement des droits des peuples autochtones et l’investissement dans des initiatives communautaires fondées sur la nature peuvent atténuer les effets néfastes de la perte de biodiversité et favoriser des sociétés plus résilientes.

 

 

 

Vers un changement transformateur

Le changement transformateur se heurte à plusieurs obstacles structurels : des objectifs divergents entre acteurs et des décisions économiques dominées par le court terme ; une gouvernance cloisonnée ou inefficace ; un manque de priorité politique accordée à la biodiversité ; des asymétries de pouvoir qui perpétuent la non-reconnaissance des droits des peuples autochtones. Le manque de ressources techniques et financières et l’exposition inégale aux risques liés à la nature freinent aussi le passage à l’action.

 

Les entreprises peuvent devenir des actrices majeures de cette transformation. Elles doivent mieux mesurer leurs impacts et leurs dépendances, avec des méthodes complémentaires adaptées à leurs objectifs. Elles doivent aussi réduire leurs impacts négatifs et renforcer leurs impacts positifs, en respectant la hiérarchie d’atténuation. Cela suppose d’intégrer leurs dépendances à la biodiversité dans leurs modèles économiques et de saisir les opportunités de la protection de la nature pour se différencier sur le marché et créer une valeur durable.

 

Cette transformation ne peut reposer sur les seules entreprises. Elle exige la mobilisation coordonnée de trois types d’acteurs complémentaires : la société civile, qui fait évoluer les valeurs et les normes ; l’État, garant de la régulation, de l’incitation et des limites légales ; les entreprises, qui déploient les actions sous leur regard et leur vigilance.

 

 

 

 

À une échelle plus large, les sociétés sont appelées à revisiter leurs conceptions de la croissance et du développement. Il s’agit d’adapter les outils des États, du secteur privé et de la société civile pour orienter les modes de régulation économique, la fiscalité en particulier, de manière à faire de la durabilité l’option à la fois la plus souhaitable économiquement et la plus acceptable politiquement. Ces pistes rejoignent les théories post-croissance issues des sciences économiques, qui proposent notamment des combinaisons entre une économie conviviale et un cœur industriel réorienté. Dans ce cadre, les indicateurs économiques traditionnels comme le PIB, dont le rôle premier est d’estimer les ressources dont dispose l’État pour financer ses politiques, doivent être complétés par des mesures plus englobantes du bien-être, à l’image de l’Indice de Développement Humain (IDH).

 

Sur le plan des méthodes, une évolution vers la mesure des impacts et dépendances absolus s’impose, c’est-à-dire l’évaluation de l’évolution de l’état de la biodiversité par rapport à un état de référence. Les efforts doivent se concentrer sur l’atténuation des facteurs directs et indirects de perte de biodiversité. Les normes de reporting réglementaires jouent à cet égard un rôle déterminant : l’adoption des méthodes de mesure est aujourd’hui nettement plus avancée dans les secteurs soumis à une réglementation de site, comme l’exploitation minière, ou à des obligations de déclaration, comme les services financiers.

 

Enfin, la transition écologique ne pourra être pleinement légitime et efficace que si les citoyens et les consommateurs sont mieux informés des conséquences de la perte de biodiversité sur leur quotidien et leur avenir : disponibilité et coût des produits, sécurité alimentaire, santé mentale, bien-être, aspirations et possibilités d’action.

Consulter le rapport Ipbes

IPBES (2026). Summary for Policymakers of the Methodological Assessment Report on the Impact and Dependence of Business on Biodiversity and Nature’s Contributions to People. Jones M., Polasky S., Rueda X., Brooks S., Carter Ingram J., Egoh B. N., von Hase A., Kohsaka R., Kulak M., Leach K., Loyola R., Mandle L., Rodriguez-Osuna V., Schaafsma M. and Sonter L. J. (eds.). IPBES secretariat, Bonn, Germany. DOI: https://doi.org/10.5281/zenodo.15369060

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