Comment les données sur la biodiversité peuvent inciter à passer de l’engagement à l’action ? Sortie de 3 rapports européens
Longtemps documenté par la science mais longtemps sous-estimé dans les décisions économiques, le déclin de la biodiversité est désormais reconnu comme un risque économique et financier important. Le rapport 2026 sur les risques mondiaux, récemment publié par le Forum économique mondial de Davos, le classe parmi les menaces mondiales à long terme les plus graves, juste après les phénomènes météorologiques extrêmes.
C’est dans ce contexte que Biodiversa+, le partenariat européen pour la biodiversité, auquel contribue la FRB, publie trois nouveaux rapports montrant comment les entreprises et institutions financières peuvent transformer leurs données sur la biodiversité en actions concrètes.
Publiés la semaine dernière, lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial, et à quelques jours de l’adoption de l’évaluation IPBES sur les entreprises et la biodiversité (9 février 2026), ces rapports documentent concrètement et au niveau européen la manière dont les données relatives à la biodiversité sont produites, utilisées et partagées par les entreprises. Ils s’intéressent à l’importance de cette question en termes de gestion des risques, de responsabilité et de transitions positives pour la nature.
Alors que les entreprises sont de plus en plus tenues de rendre-compte et gérer les risques liés à la nature, les données sur la biodiversité restent fragmentées, utilisées de manière inégale et largement déconnectées du processus décisionnel. Ces trois rapports permettent une avancée significative pour réduire l’écart existant aujourd’hui entre attentes et réalité.
Plus de la moitié du PIB mondial dépend de la nature. Pourtant, la perte de biodiversité s’accélère, exposant entreprises et institutions financières à des risques opérationnels, réglementaires et réputationnels croissants.
Dans le même temps :
- Les entreprises collectent de grandes quantités de données sur la biodiversité, dans le cadre d’évaluations d’impact environnemental, d’activités de surveillance et liées au développement durable.
- De nouveaux cadres réglementaires et volontaires, notamment la directive CSRD, la taxonomie de l’UE et le TNFD, renforcent les attentes de l’UE.
- Investisseurs et régulateurs demandent de plus en plus aux entreprises si elles agissent en faveur de la biodiversité, mais si leurs actions fonctionnent.
Les décisions commerciales et les flux financiers exerçant une forte influence sur l’usage des terres, l’extraction des ressources et les chaînes d’approvisionnement, le secteur privé a un rôle décisif à jouer pour inverser la tendance à la perte de biodiversité, et les données sont essentielles pour rendre ce rôle mesurable et exploitable.
Les rapports Biodiversa+ s’emparent de cette question en insistant sur le rôle que peuvent jouer les données, comme pont entre recherches sur la biodiversité, décisions commerciales et politiques publiques. Ils inscrivent les données sur la biodiversité dans un flux d’informations : des observations et de la surveillance sur le terrain, à la prise de décision commerciale, l’établissement de rapports et les politiques publiques ; en passant par l’agrégation, l’interprétation et les normes.
La prochaine évaluation IPBES sur les entreprises et la biodiversité fournira la première évaluation scientifique mondiale sur comment les entreprises dépendent de la biodiversité, ont un impact sur celle-ci, et quels changements transformateurs sont nécessaires.
Les trois rapports Biodiversa+ complètent d’ores et déjà ces données mondiales en se concentrant sur la mise en œuvre : comment les données sur la biodiversité sont déjà utilisées par les entreprises, où persistent les obstacles et comment les données existantes peuvent être mobilisées plus efficacement. Ensemble, ils aident les organisations à s’y retrouver entre les exigences réglementaires telles que la CSRD et les cadres volontaires tels que le TNFD. Ils aident à passer de l’identification des risques à la prise de décision éclairée sur les impacts, les dépendances et les actions à mener.
Trois rapports, un récit
Les rapports traitent du même défi selon 3 approches complémentaires :
>> Cartographie du paysage des entreprises et de la biodiversité pour la recherche et l’innovation européennes : Ce rapport fournit une vue d’ensemble des acteurs, des politiques, des outils et des recherches qui façonnent le programme des entreprises en matière de biodiversité, en mettant en évidence la fragmentation, les lacunes et les points d’appui.
>> Guide visant à accélérer l’utilisation des données publiques sur la biodiversité par les entreprises : Ce rapport examine comment les entreprises utilisent concrètement les données sur la biodiversité dans leurs processus décisionnels, leurs évaluations des risques et leurs rapports, et ce que cela implique pour les fournisseurs de données, les décideurs politiques et les chercheurs.
>> Guide des meilleures pratiques en matière de partage des données sur la biodiversité pour les entreprises privées : Ce rapport fournit des conseils pratiques sur la manière dont les entreprises peuvent partager les données sur la biodiversité de manière responsable, conformément aux principes FAIR et aux plateformes existantes telles que GBIF et OBIS.
- La perte de biodiversité est un risque systémique pour les entreprises : une cartographie intersectorielle montre que presque toutes les activités commerciales ont un impact direct ou indirect sur la biodiversité. Les flux financiers néfastes à la biodiversité dépassent toujours largement les investissements positifs, ce qui souligne le rôle central de la finance dans la mise en œuvre du changement.
- Les entreprises utilisent déjà des données sur la biodiversité, mais principalement à des fins d’évaluation et de hiérarchisation et non dans le cadre de prise de décisions opérationnelles : des études de cas montrent que les entreprises s’appuient de plus en plus sur des ensembles de données publiques relatives à la biodiversité et des outils de sélection pour identifier les points sensibles, prioriser leurs actions et gérer les risques, souvent dans un contexte d’incertitude.
- Les données du secteur privé sur la biodiversité constituent une ressource inexploitée : malgré la collecte intensive de données par les entreprises, seule une très faible partie des ensembles de données mondiaux sur la biodiversité publiés sur des plateformes telles que GBIF provient actuellement du secteur privé. Une lacune qui représente une véritable opportunité pour la science et la décision.
- Le partage responsable des données est réalisable et stratégiquement pertinent : les rapports montrent que les obstacles juridiques, techniques et liés à la confidentialité peuvent être surmontés grâce à de nouvelles normes, à des intermédiaires et à des approches progressives. Lorsqu’il est intégré à la gouvernance, le partage des données devient un véritable levier pour la crédibilité, la préparation réglementaire et l’apprentissage opérationnel.
Les rapports ont été réalisés par Biodiversa+ en collaboration avec EY denkstatt Bulgaria, Innovation Fund Denmark, KPMG Netherlands, the Naturalis Biodiversity Center et l’Université de Twente.
Ce travail combine des expertises en sciences de la biodiversité, en développement durable et réglementation des entreprises, en infrastructures de données et en analyse des politiques. Il s’appuie sur des études de cas, des entretiens avec des experts et des contributions d’entreprises, d’institutions financières, de chercheurs et d’autorités publiques de différents secteurs.
Les rapports ont été examinés par les partenaires de Biodiversa+, dont la FRB qui est un co-auteur de la Cartographie du paysage des entreprises et de la biodiversité pour la recherche et l’innovation européennes, afin de garantir leur rigueur scientifique, leur pertinence politique et leur cohérence avec les objectifs européens en matière de biodiversité et de durabilité.
Les rapports sont disponibles ici : https://www.biodiversa.eu/business-biodiversity-toolkit/
Afin de soutenir la mise en œuvre pratique, Biodiversa+ organisera :
- une série de webinaires en février et mars 2026, en collaboration avec les partenaires du rapport.
- Un atelier dédié en présentiel suivra le 10 juin 2026 à Paris, en partenariat avec la Banque de France, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) et plusieurs autres projets européens.
Biodiversa+ est un partenariat européen de 800 millions d’euros cofinancé par la Commission européenne, qui soutient la recherche à fort impact sur la biodiversité et l’intégration des politiques. Il réunit 81 ministères, agences et organismes environnementaux de plus de 40 pays. Fort de plus de 20 ans de collaboration, il a financé plus de 200 projets transnationaux et mobilisé des milliers de chercheurs. Biodiversa+ stimule la transition écologique de l’Europe et contribue aux objectifs européens et mondiaux en matière de biodiversité.
La FRB accueille l’équipe opérationnelle de Biodiversa+ et assure la coordination quotidienne du réseau. Elle joue un rôle central dans l’animation, le suivi et la cohérence des activités menées par les partenaires. En outre, la FRB met également à la disposition du partenariat ses compétences stratégiques pour conduire ou co-coordonner plusieurs tâches clés du partenariat . Plus d’information