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Actualité Publié : 25 février 2026 I Mis à jour : 26 février 2026

Entretien avec Rémi Luglia, nouveau président du Cos de la FRB

À l’occasion du renouvellement de son Conseil d’orientation stratégique (Cos) pour la mandature 2026-2029, la FRB donne la parole au nouveau président du cos : Rémi Luglia

Entretien avec Rémi Luglia, nouveau président du Cos de la FRB
Pouvez-vous vous présenter et revenir sur les grandes étapes de votre parcours ?

Depuis mon plus jeune âge je me suis passionné pour la nature et l’observation des espèces dans leur habitat et en interaction les unes avec les autres.. Simultanément j’ai développé une forte attirance pour la connaissance du passé des humains et de leurs sociétés, ainsi que des paysages, en un mot pour l’histoire. J’y ai consacré mes études universitaires jusqu’à l’agrégation d’Histoire. Depuis j’enseigne dans le second degré, actuellement à des élèves de Terminale et à des étudiants de BTS Tourisme.

 

Parallèlement j’ai entrepris des recherches sur l’histoire de la protection de la nature et son éveil en France depuis le XIXe siècle. . Ma thèse est publiée aux Presses universitaires de Rennes. Chercheur associé aux universités de Caen-Normandie et de Tours, je continue à étudier les relations entre les sociétés humaines et le reste de la « nature » (que l’on peut objectiver comme l’écosphère). Je m’efforce de saisir ces questionnements sous l’angle des anthroposystèmes (ou « socio-écosystèmes »), c’est-à-dire en considérant que la réalité du monde est constituée par des assemblages situés et datés d’éléments naturels et d’éléments anthropiques qui produisent des paysages singuliers ainsi que des interactions et interrelations imbriquant étroitement les humains et le vivant autre qu’humain. Je m’efforce de déconstruire ces arrangements et leur permanente reconfiguration en considérant que ces deux pôles sont dotés d’agentivité, à des degrés variés. Je place ces analyses dans le contexte de l’anthropocène et de ses enjeux d’actualité (« crise écologique »), dont je piste les manifestations et les ressorts, plutôt dans un temps long à l’échelle de l’histoire contemporaine.

 

Enfin je suis engagé depuis longtemps dans le mouvement naturaliste de protection de la nature. Adhérent depuis 1991 de la Société nationale de protection de la nature (SNPN), je la préside depuis 2017 et je la représente au sein du Comité national de la biodiversité dont je copilote sa Commission spécialisée « Stratégies ». Je suis également vice-président de France Nature Environnement (FNE).

 

 

Quelles motivations vous ont amené à rejoindre le Cos de la FRB ?

La principale question de notre époque, est la durabilité des anthroposystèmes (socio-écosystèmes). Elle implique de co-construire, avec les acteurs socio-économiques, une trajectoire d’amélioration de leur résistance et de leur résilience. Cela nécessite des changements sociétaux importants et une mutation de nos systèmes économiques ainsi que l’affirmation d’une autre vision de l’aménagement du territoire, qu’il convient d’enclencher dès à présent et de développer de façon suivie et continue, en les incitant, en les anticipant, en les accompagnant.

 

Le second enjeu majeur, lié au premier, me paraît être celui de l’opposition, à déconstruire, entre humains et autres qu’humains, qui touche encore davantage aux représentations et aux pratiques, et donc particulièrement à l’éducation, à la culture, à la communication.

 

Une des façons de réfléchir à ces enjeux et à leurs solutions consiste à appliquer la science et la recherche, de façon inter voire transdisciplinaire, en lien avec les acteurs opérationnels, à ces questionnements sociaux, économiques et environnementaux.

 

Pour moi la FRB est un acteur majeur pour favoriser la transition urgente et nécessaire des sociétés et construire des socio-écosystèmes plus résistants et plus résilients face aux crises écologiques actuelles et futures. Le Cos est un des piliers de la FRB permettant de favoriser ce dialogue indispensable de la société avec les sciences, et porter la voix des parties prenantes.

 

 

Quel regard portez-vous sur l’évolution du rôle de la recherche scientifique dans les décisions publique et dans l’action en faveur de la biodiversité ?

La recherche scientifique a été une des principales origines de la prise de conscience depuis 200 ans des pressions anthropiques sur la nature et de l’effondrement de la biodiversité. Dire que c’est une des principales origines signifie que ce n’est pas la seule, et que d’autres approches existent et sont à (re)considérer. Mais la spécificité remarquable de la recherche scientifique est qu’elle documente et explique la crise écologique de façon cohérente, de plus en plus précise, en expliquant les pressions et en identifiant facteurs-clés, causes sous-jacentes et solutions.

 

La recherche scientifique féconde d’ailleurs assez largement la conception des politiques publiques et de l’action en faveur de la biodiversité, à tous les niveaux, avec toutefois certaines limites, dont j’en retiendrai ici deux qui concernent particulièrement la FRB.

 

La première est constituée par les héritages et les habitudes, par l’inertie des représentations et des pratiques mais aussi par la prégnance d’un modèle et d’une culture socio-techniques qui placent l’agir humain au cœur de toute réflexion, y compris des acteurs de la protection de la nature. Il existe donc un vrai enjeu de transmission de la recherche vers le reste de la société et notamment la décision publique, particulièrement dans son regard interdisciplinaire.

 

La seconde est que les chercheurs ont souvent tendance à affirmer leur vérité, en l’appuyant sur la très grande qualité de leurs travaux et le caractère incontestable de leurs conclusions. Pour autant la science ne peut être le seul acteur de la société et des décisions publiques, au risque de sombrer dans un gouvernement des experts. Elle doit donc être capable de dialoguer avec l’ensemble des parties prenantes pour influencer véritablement les visions et les décisions, y compris face à certains lobbies. Il y a là un véritable enjeu démocratique.

 

Je considère que la FRB et son Cos ont un rôle important à jouer pour relever ces deux enjeux.

 

 

Qu’attendez-vous de votre mandature ? Quels sont vos objectifs, les priorités que vous souhaitez porter et les axes de travail que vous jugez essentiels ?

Je souhaite que l’action du Cos se place résolument dans la continuité des mandats précédents et des présidences d’Allain Bougrain Dubourg, notamment en soutenant les programmes de la FRB, en portant la voix des parties prenantes, en communiquant en direction du public (messages positifs dans le podcast « écouter le vivant ») et en poursuivant un dialogue en confiance entre parties prenantes et avec le monde de la recherche scientifique. Je suis personnellement très attaché au dialogue et à la collégialité des décisions et des orientations au sein des instances.

 

Pour autant, l’Assemblée des parties prenantes et le Cos qui en est issu, me paraissent actuellement le pilier le moins influent de la FRB par rapport au Conseil scientifique et au Conseil d’administration. L’ambition de la mandature, qui ne peut être que collective, est de mettre progressivement le Cos à sa juste place dans la gouvernance de la FRB, d’être davantage force de propositions et associé aux décisions, et de mieux porter la voix des parties prenantes, par exemple en les impliquant davantage dans la définition de la vision et des orientations, et dans l’élaboration et la discussion des plans d’action. Le dialogue à consolider entre le Cos et le CS est sans doute un des principaux axes de ce travail.

 

Enfin les concepts « d’intégrité écologique » et de « souveraineté écologique » et les derniers rapports de l’IPBES sur les « causes sous-jacentes de l’érosion de la biodiversité », sur « les cinq crises interconnectées » et enfin sur les rapports entre « entreprises et biodiversité » paraissent en mesure de structurer notre travail dans les prochaines années.

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