Petits mais essentiels : les escargots d’eau douce à la croisée des enjeux environnementaux

Un petit animal pour penser grand : pourquoi s’intéresser aux escargots ?

 

Quand on pense escargot, on pense à celui dans le jardin après la pluie, ou bien à celui dans les assiettes. Pourtant, les escargots d’eau douce sont des organismes fascinants : il existe une immense diversité d’espèces, de formes de coquilles et de modes de vie. Mais surtout au niveau scientifique, ils sont un exemple parfait d’espèces à la croisée entre invasions biologiques, changement climatique et même santé humaine (et oui !) ce qui les rend particulièrement intéressants à étudier.

 

 

Tu évoques leur rôle dans la santé humaine : peux-tu nous en dire plus ?

 

C’est un aspect méconnu : les escargots d’eau douce sont les troisièmes animaux les plus mortels pour l’humain, derrière les moustiques et les serpents. Leur responsabilité vient du fait qu’ils servent d’hôtes intermédiaires à certains parasites, notamment ceux de la schistosomiase et de la fasciolose.

 

  • La schistosomiase, par exemple, touche entre 150 et 240 millions de personnes chaque année. Le parasite passe par l’escargot avant d’infecter les humains au contact de l’eau. À Perpignan, un laboratoire associé a travaillé sur des lignées d’escargots résistantes à ce parasite. Nous avons mis en évidence une fécondité plus faible chez les lignées résistantes. Cette association est compatible avec l’hypothèse d’un compromis entre immunité et reproduction, bien que d’autres mécanismes puissent également intervenir.

 

  • La fasciolose, elle, touche surtout le bétail. Elle entraîne des pertes économiques considérables, de plusieurs milliards d’euros par an, car touchant la production de lait, de viande ou de laine. Les différences de prévalence selon les régions sont directement liées à la présence locale des espèces d’escargots vectrices.

 

Crédit photo : Marco Fernandes, Unsplash

 

Ces études illustrent le concept du One Health : la santé humaine, animale et environnementale sont profondément liées.

 

 

Tu parlais également d’invasions biologiques. Vu la vitesse à laquelle les escargots se déplacent, on imagine mal qu’ils puissent aller bien loin ! Comment se dispersent-ils exactement ? 

 

Les escargots voyagent bien plus que ce que l’on peut penser. De manière “naturelle”, ils peuvent se faire transporter aux pattes d’oiseaux. Cependant leur mobilité est surtout due à l’aquariophilie qui transporte de nombreuses espèces. Cela amène de nouvelles problématiques pour la santé des écosystèmes avec l’introduction d’espèces exotiques envahissantes comme Physa acuta, qui modifient les équilibres locaux et peuvent réactiver des cycles de maladies.

 

Physa acuta et un poisson tétraodon en aquarium.

 

Dans certaines régions, ces introductions ont favorisé la réémergence de la fasciolose, maladie dont on parlait précédemment. Dans d’autres, les espèces locales, confrontées à ces compétitrices, modifient rapidement leur cycle de vie : elles se reproduisent plus vite, vivent moins longtemps, ou se déplacent vers d’autres habitats.

Ces réponses rapides montrent à quel point les organismes aquatiques réagissent finement et rapidement aux pressions biologiques.

 

 

Ok pour la santé humaine, les invasions biologiques… et qu’est-ce qui rend les escargots particulièrement intéressants à étudier par rapport au changement climatique ?

 

Certaines espèces d’escargots, comme Galba truncatula, une espèce vectrice de la fasciolose, vivent désormais dans des habitats plus temporaires, soumis à des assèchements saisonniers. En effet, le changement climatique modifie la disponibilité et la “temporalité” de l’eau douce.

 

Crédit photo : Carlett Badenhorst, Unsplash

 

Les études montrent que ces escargots adaptent leurs traits de vie : ils sont plus grands et plus résistants à la dessiccation (élimination de l’humidité de leur corps). Même avec une faible diversité génétique, ils parviennent à ajuster leur physiologie à la variabilité climatique.

Ce type de plasticité constitue un signal d’alerte pour les gestionnaires : les cycles de transmission et la distribution des parasites pourraient déjà être influencés par les modifications climatiques en cours.

Les escargots apparaissent comme des indicateurs précoces de transformations écologiques associées au changement climatique, parfois détectables à l’échelle locale avant qu’elles ne deviennent visibles à plus grande échelle.

 

 

En prenant les escargots comme modèles, que peuvent-ils nous apprendre concrètement ?

 

Ce sont des modèles complexes. Climat, invasion, polluants, économie, santé … Aucun de ces phénomènes n’agit de manière isolée. Le climat influence la reproduction des escargots ; les espèces invasives modifient les cycles parasitaires ; les polluants (comme les microplastiques) perturbent les interactions entre hôtes et parasites … Toutes ces interactions illustrent la nécessité d’emprunter des approches intégrées et transdisciplinaires.

Pour les entreprises et les collectivités cela éclaire plusieurs axes stratégiques :

  • La gestion durable de l’eau : les escargots comme bioindicateurs de la qualité des milieux.
  • La surveillance sanitaire : la détection précoce des risques zoonotiques liés à l’eau.
  • L’évaluation des impacts climatiques : comprendre les réponses biologiques à la variabilité hydrologique.
  • La prévention des invasions : la gestion des flux d’espèces dans les activités liées à l’aquaculture, aux plantes aquatiques ou à la restauration écologique.

 

 

Petits mais importants : les escargots comme sentinelles du Nexus (i.e. climat, eau, biodiversité, alimentation, santé) ?

Sous leur apparente lenteur, les escargots d’eau douce condensent les grandes dynamiques de la planète : les relations entre eau, santé, biodiversité, climat et activités humaines.

Les comprendre, c’est anticiper les transformations des écosystèmes et orienter les stratégies de durabilité et de gestion du vivant. Là où il n’est possible d’y voir que de simples mollusques, j’y vois des alliés précieux pour penser les équilibres du futur !

 

Ecouter le vivant – Vivre en harmonie avec le vivant, le seul pari d’avenir pour nos enfants

Face aux crises écologiques, l’humanité a tendance à croire en des innovations technologiques pour réparer ce que nous avons fragilisé.

 

L’exemple des pesticides est particulièrement éclairant. Pendant longtemps, leur usage massif a été présenté comme un gage de productivité. Or, les travaux scientifiques montrent aujourd’hui l’inverse. À long terme, ces pratiques fragilisent les sols, réduisent la biodiversité, et rendent les systèmes agricoles moins productifs et moins résilients. Les conséquences sont donc économique et écologique mais aussi sanitaire : exposition aux pesticides des populations vivants à proximité des terres agricoles, effets sur la santé humaine, et dégradation de la qualité de l’eau et des aliments.

 

Pourtant nous savons que des écosystèmes en bon état écologique rendent à nos sociétés des services gratuits et irremplaçables. Ils sont également nos meilleurs alliés pour nous adapter au changement climatique : sols vivants pour retenir l’eau, zones humides contre les inondations, forêts pour atténuer les canicules, mangroves pour protéger les zones côtières.

 

Cet épisode montre que les bienfaits de la biodiversité ne sont pas une utopie, mais une réalité scientifiquement étayée : protéger et coopérer avec le vivant nous permet de construire des sociétés plus justes, résilientes et solidaires. Un message de conclusion plein d’espoir pour une saison qui rappelle que le vivant n’est ni un décor ni une abstraction, il est au cœur de nos vies, de nos choix et de notre avenir.

 

Cette première saison du podcast se compose de cinq épisodes. Chacun consacré à un bienfait majeur de la biodiversité, scientifiquement documenté et illustré par des exemples concrets, à l’échelle d’un territoire ou d’un écosystème.

 

Chaque épisode donne la parole à la recherche pour montrer comment le vivant contribue à rendre nos sociétés plus justes, plus résiliantes et plus désirables.

 

Ecouter le vivant – Quand le vivant soigne

Aujourd’hui encore, la nature ne cesse de nous inspirer et de nous apprendre : venins transformés en médicaments, bactéries à l’origine de thérapies révolutionnaires, forêts capables d’influencer notre système immunitaire, etc., alors que la médecine moderne cherche à concilier efficacité, durabilité et respect du vivant, cette bibliothèque continue de nous surprendre.

 

Dans cet épisode, nous explorons une idée forte : le vivant n’est plus seulement une ressource, il devient un véritable partenaire de santé. Un partenaire capable de transformer en profondeur notre manière de prévenir, de soigner, et même de repenser la médecine humaine.

 

À travers l’exemple fascinant du ver de sable Arenicola marina et de l’hémoglobine extracellulaire M101, découvrez comment l’observation du vivant permet de développer de nouvelles thérapies. Ces innovations démontrent que collaborer avec la nature n’est pas un retour en arrière, mais une avancée majeure pour la santé humaine. En observant le monde naturel avec rigueur scientifique et humilité, nous découvrons que certaines des solutions les plus avancées pour la santé humaine existent déjà, sous nos yeux, depuis des millions d’années.

 

Le vivant soigne. Et il pourrait bien continuer à révolutionner la médecine de demain. 

 

 

Cette première saison du podcast se compose de cinq épisodes. Chacun consacré à un bienfait majeur de la biodiversité, scientifiquement documenté et illustré par des exemples concrets, à l’échelle d’un territoire ou d’un écosystème.

 

Chaque épisode donne la parole à la recherche pour montrer comment le vivant contribue à rendre nos sociétés plus justes, plus résiliantes et plus désirables.

Ecouter le vivant – La biodiversité comme fondement et avenir de notre économie

Depuis le rapport 2019 de l’Ipbes, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, nous savons que plus de 50 % du PIB mondial dépend directement ou indirectement de la nature. Pourquoi ? Car sans sols vivants, sans eau de qualité, sans pollinisateurs, sans forêts ou océans, l’économie ne peut tout simplement pas fonctionner.

 

La biodiversité n’est pas un simple décor : c’est la colonne vertébrale de nos sociétés. Chaque jour, la nature nous rend des services colossaux : production alimentaire, régulation du climat, purification de l’eau, protection contre les catastrophes naturelles. Des services dont la valeur est estimée à des dizaines de milliers de milliards de dollars par an, soit plus que le PIB mondial. Investir dans la biodiversité est donc un investissement rentable. Chaque euro investi dans la restauration d’écosystèmes génère plusieurs euros de bénéfices, notamment en réduisant les risques liés au changement climatique, à la santé ou à l’approvisionnement en ressources. 

 

Ce nouvel épisode nous révèle que miser sur la biodiversité, c’est choisir une économie plus robuste, plus innovante et plus juste, capable de créer des emplois locaux et durables et de répondre aux attentes des générations futures.

 

Cette première saison du podcast se compose de cinq épisodes. Chacun consacré à un bienfait majeur de la biodiversité, scientifiquement documenté et illustré par des exemples concrets, à l’échelle d’un territoire ou d’un écosystème.

 

Chaque épisode donne la parole à la recherche pour montrer comment le vivant contribue à rendre nos sociétés plus justes, plus résiliantes et plus désirables.

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