Au-delà des facteurs économiques : le rôle des comportements sociaux dans l’établissement des aires protégées
Alors que les États se sont engagés à protéger 30 % des terres et des océans d’ici 2030 dans le cadre du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, une étude publiée dans Biological Conservation montre que les différences entre pays ne s’expliquent pas uniquement par des facteurs économiques ou institutionnels. Menée par Cathleen Petit-Cailleux, post-doctorante au sein du projet Spatman, soutenu par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), à travers son Centre de synthèse (Cesab), et financé par le ministère de la transition écologique (MTE), en partenariat avec l’Office français pour la biodiversité (OFB), à travers le programme “Pressions anthropiques et impacts sur la biodiversité terrestre”, cette étude met en évidence une association entre certains comportements sociaux des populations et la proportion d’aires protégées.
Les comportements collectifs comme facteur explicatif
Les chercheurs ont analysé les données de 71 pays en croisant des enquêtes internationales sur les comportements humains avec des données géographiques relatives aux aires protégées.
Quatre dimensions comportementales, issues du Global Preferences Survey, ont été étudiées : la confiance envers autrui, l’altruisme, la patience et la propension à prendre des risques.
Un seul de ces traits montre une association significative : les pays où les individus déclarent faire davantage confiance aux autres présentent, en moyenne, une proportion plus faible d’aires protégées.

Figure. Relation négative entre la confiance envers autrui et le pourcentage d’aires protégées. Chaque point est un pays.
Une hypothèse avancée par les auteurs est que, dans les sociétés où la confiance entre personnes est élevée, la préservation des ressources naturelles pourrait davantage reposer sur des formes de coopération informelles, réduisant le recours à des dispositifs réglementaires tels que les aires protégées. À l’inverse, dans les sociétés où la méfiance est plus importante, la protection de la biodiversité passerait plus souvent par des mécanismes institutionnels formalisés.
Attention cependant, cette étude porte sur la superficie des aires protégées suivant les critères de I’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), et non sur leur efficacité réelle en matière de conservation. Elle ne permet donc pas de déterminer si ces espaces atteignent effectivement leurs objectifs de protection de la biodiversité, une question centrale dans les débats scientifiques, notamment en raison de l’existence de certaines « paper parks » (aires protégées dont la protection reste largement théorique).
Une nouvelle dimension à intégrer aux politiques de conservation
Ces résultats suggèrent que les comportements collectifs constituent l’un des nombreux facteurs susceptibles d’influencer les stratégies nationales de conservation. Ces comportements collectifs peuvent s’ajouter à d’autres facteurs déjà identifiés, tels que l’histoire, les institutions, les priorités politiques ou les ressources économiques, qui expliquent des différences observées dans la proportion d’aires protégées entre pays.
Ces résultats ne doivent pas être interprétés comme un argument en faveur d’une réduction des aires protégées dans les sociétés où la confiance est élevée : ils mettent en évidence une association à l’échelle internationale, sans établir de relation de causalité, et suggèrent que les caractéristiques comportementales des populations constituent une nouvelle dimension pour mieux comprendre les différences entre pays.
L’objectif est avant tout d’améliorer notre compréhension sur une implication des facteurs sociaux susceptibles d’influencer les choix de conservation. L’étude invite ainsi à proposer des alternatives aux politiques de conservation qui pourraient être davantage adaptées aux contextes sociaux et culturels locaux, plutôt que de supposer qu’un modèle unique puisse être appliqué avec la même efficacité dans tous les pays.
Pour aller plus loin – En apprendre plus sur le projet Spatman
Petit-Cailleux, C., Journé, V., & Dagorn, E. (2026). Human population behavioural traits matter for explaining terrestrial protected area coverage. Biological Conservation, 321, 111971. doi.org/10.1016/
Référence image : Rapha Wide, Unspash.
Rédaction : Violette Silve (FRB)
Relectures : Pauline Coulomb (FRB), Cathleen Petit-Cailleux (FRB), Etienne Dagorn (Université de Lille)
