Des sols aux forêts : construire la résilience climatique et enrayer la perte de biodiversité en Europe grâce aux sciences
Alors que le changement climatique s’accélère, l’Europe entre dans une ère où les sols perdent en fertilité, les forêts sont de plus en plus menacées par la sécheresse et les ravageurs, et les paysages font face à des pressions croissantes. De nouvelles recherches montrent que la biodiversité elle-même peut apporter une partie des réponses.
Le partenariat européen Biodiversa+ publie trois nouvelles notes issues de son programme de recherche BiodivClim, présentant des stratégies visant à renforcer la résilience de l’Europe en matière de sécurité alimentaire, de biodiversité et de protection des communautés locales.
Les résultats de ce programme soulignent que travailler avec la nature est l’un des moyens les plus efficaces de s’adapter au changement climatique. En restaurant et en gérant les écosystèmes tels que les forêts, les sols et les zones humides, les solutions fondées sur la nature peuvent offrir de multiples avantages : stocker davantage de carbone, améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’eau et soutenir la biodiversité. Parmi les innovations prometteuses, on peut citer les cultures pérennes telles que l’agropyre intermédiaire ou le riz pérenne qui repoussent chaque année sans avoir besoin d’être replantés. Les recherches montrent que ces cultures permettent de soulager les sols en réduisant le labour, l’utilisation d’engrais et la dépendance aux pesticides, tout en allégeant la charge de travail des agriculteurs. De même, la conservation de la diversité génétique des cultures et des plantes sauvages, telles que les fraises adaptées aux conditions climatiques extrêmes, pourrait s’avérer essentielle pour la sécurité alimentaire future.
Les forêts doivent également s’adapter. Autrefois pierre angulaire de la sylviculture européenne, l’épicéa de Norvège est aujourd’hui gravement menacé par le changement climatique. Les chercheurs appellent à passer des monocultures à des forêts mixtes adaptées aux conditions locales, combinant des arbres aux caractéristiques complémentaires afin d’améliorer la résilience de ces écosystèmes. Cependant, les modèles économiques montrent que sans incitations publiques, les propriétaires fonciers sont peu enclins à s’éloigner des monocultures à croissance rapide mais fragiles. Les notes soulignent le besoin urgent de mettre en place à l’échelle de l’Union Européenne des systèmes de surveillance et des politiques qui incitent à la mise en place d’une gestion forestière adaptée aux enjeux climatiques actuels et à venir.
Des sols sains sont essentiels à l’agriculture et au stockage du carbone, mais le changement climatique impacte les organismes vivants à l’œuvre. Des expériences simulant les conditions climatiques futures révèlent un compromis inquiétant : le blé peut pousser plus vite dans un environnement plus riche en CO₂, mais les rendements chutent fortement en cas de sécheresse, même si la teneur en protéines des grains augmente. Les recherches montrent également que la biodiversité des sols joue un rôle crucial dans la résilience, même si les avantages pour la productivité sont complexes et dépendent du contexte. Également, la diversité fongique, en particulier, apparaît comme un facteur clé de la stabilité des écosystèmes.
Ensemble, ces études constituent un appel à l’action clair qui passe par :
- intégrer la biodiversité dans les politiques climatiques européennes,
- garantir un financement à long terme pour l’adaptation,
- et favoriser la collaboration entre science, politique et société.
« La biodiversité n’est pas seulement victime du changement climatique, elle est aussi une alliée puissante dans notre réponse », a déclaré Ron Winkler, co-président de Biodiversa+. « La science peut nous montrer la bonne direction à suivre, mais c’est aux décideurs politiques d’agir avec détermination. »
- Systèmes vivants, solutions vivantes : promouvoir les solutions fondées sur la nature dans les paysages européens (version originale en anglais)
- Gestion de la biodiversité des sols : un levier d’action entre climat, écosystèmes et agriculture (version originale en anglais)
- Intégrer la résilience dans la politique de gestion de la forêt : d’écosystèmes diversifiés à des incitations financières sur mesure (version originale en anglais)
Le programme BiodivClim fait partie de l’initiative européenne Biodiversa+. Il finance la recherche internationale visant à comprendre les liens entre biodiversité et changement climatique, et à éclairer les politiques pour un avenir durable.
Le partenariat européen pour la biodiversité, Biodiversa+, est la réponse stratégique de l’Union européenne à la perte de biodiversité. Développé en collaboration avec la Commission européenne dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe, il rassemble 80 organisations de 40 pays, réunissant des bailleurs de fonds pour la recherche, des ministères, des agences et des institutions environnementales. En France, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) mais aussi l’ANR (agence nationale de la recherche), les ministères de la recherche et de l’environnement et loffice français pour la biodiversité sont partenaires. La FRB accueille une grande partie de l’équipe opérationnelle du partenariat.
Avec un financement de 800 millions d’euros sur sept ans (2021-2028), Biodiversa+ soutient la recherche internationale qui traduit la science en recommandations pratiques pour les décideurs politiques et les parties prenantes, favorisant ainsi la transition vers une Europe où la nature et les populations vivent en harmonie.