Retour sur les travaux de la FRB pour mieux comprendre les enjeux autour des “Esod”.
Au beau milieu de l’été 2026, dans un contexte d’érosion accéléré de la biodiversité et alors que la France venait de vivre des épisodes climatiques extrêmes, des incendies de larges ampleurs à répétions, et, le nouvel arrêté triennal du 10 août, fixant la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod) a été promulgué au journal officiel par le ministère de la transition écologique.
Ce classement permet, dans certaines conditions, de déroger aux règles habituelles de protection d’ espèces et d’autoriser leur destruction. Le renard est une espèce particulièrement ciblée par ces dispositions. Classé Esod dans 88 départements lors du précédent arrêté triennal, entre 500 000 et un million d’individus sont tués chaque année. Pourtant, le renard contribue à de nombreux services de régulation dans les écosystèmes. Retour sur les travaux de la FRB pour vous permettre de mieux comprendre les enjeux autour de ces “Esods” ces enjeux.
Une synthèse de la littérature pour éclairer la réflexion
Au-delà des controverses autour des services, de régulations des populations de rongeurs par exemple, des “disservices”, tels que la prédation dans les poulaillers, et de leur coûts respectifs, la FRB s’est interrogée sur l’efficacité de la seule mesure de gestion proposée par l’Etat en s’appuyant sur un groupe d’experts scientifiques, ainsi que sur un comité sociétal.
De 2023 à 2025, la FRB a réalisé une synthèse des connaissances de la littérature scientifique afin de déterminer si les destructions autorisées au titre du classement Esod permettent réellement de réduire les dégâts qui sont attribués à ces espèces. Pour cela, 47 publications de différents pays européens ont été sélectionnées et analysées, et une dizaine d’experts ont été mobilisés.
Deux rapports ont été produits, l’un synthétisant les résultats de la revue de la littérature
et l’autre recueillant les avis des experts :
- Les prélèvements des Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod) réduisent-ils les dégâts qui leur sont imputés ?
- Synthèse de l’avis des experts scientifiques et sociétaux sur le classement des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod)
Les travaux de la Fondation montrent l’importance et l’efficacité des projets coconstruits entre les acteurs et les chercheurs pour apporter des éléments de réponses aux questions sociétales complexes et sensibles.
L’expertise de la FRB en soutien aux décisions publiques
Quelques mois après la publication des conclusions des travaux précités, la FRB a été auditionnée par une mission de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD) visant à évaluer l’efficacité et la pertinence scientifique de la politique actuelle de gestion des Esod. La FRB a notamment partagé les résultats de ses travaux sur l’efficacité des prélèvements d’Esod et leur capacité à réduire les dégâts qui leur sont imputés. La Fondation a ainsi signalé différents points faibles de cette politique, telles que l’absence de preuve d’efficacité des destructions d’Esod pour réduire les dégâts, le manque de contrôle ou de contradictoire dans les déclarations de dégâts, la difficulté d’imputer la responsabilité d’un dégât à une espèce.
Le rapport de l’IGEDD souligne une hétérogénéité extrême des pratiques entre départements, l’absence de méthodologie nationale de suivi des populations Esod, le caractère lacunaire des données utilisées pour justifier les classements, et l’absence quasi totale d’évaluation a posteriori de l’efficacité de la politique. Ce parangonnage questionne donc fortement cette méthode de gestion et conclut à la non-reconduction de l’arrêté triennal arrivé à échéance en 2026.
Les conclusions du travail mené par la FRB ont également alimenté scientifiquement une étude comparant le coût de cette politique de gestion, avec le coût des dégâts imputés aux Esod.
Jiguet, F., Morin, A., Courtines, H., Robert, A., Fontaine, B., Levrel, H., & Princé, K. (2026). Ecological and economic assessments of native vertebrate pest control in France. Biological Conservation, 316, 111719. https://doi.org/10.1016/j.biocon.2026.111719
Par ailleurs, les conclusions de l’étude FRB a permis de renforcer les arguments scientifiques mobilisés par plusieurs associations de protection de la nature dans leurs recours devant le Conseil d’État contre les décisions départementales relatives au classement des Esod. Ces actions en justices ont ainsi permis le déclassement sur l’ensemble du territoire français de la martre des pins, de la fouine dans 3 départements, ou encore du renard dans 14 départements, lors du précédent arrêté.
Enfin, forte de son expertise en matière de santé animale, de production agricole et de prévention des zoonoses, l’Association des Vétérinaires pour la biodiversité a conduit un travail de compilation d’expertise pour proposer une analyse critique et étayée de la politique des Esod en France dans un plaidoyer qui sortira début 2027. Des experts de la FRB ont participé à la rédaction des recommandations scientifiques issus des études présentées ci-dessus pour apporter des arguments, validés par la science, à la refonte complète du dispositif.
Zoom sur les retombées presse
Si le débat autour des Esod trouve un tel écho dans la société, c’est aussi parce qu’il concerne des animaux qui nous sont familiers. Renards, fouines, martres, corbeaux, ces espèces dites communes vivent à proximité de nos maisons, dans nos villes et nos campagnes. Cette proximité crée un lien particulier avec ces animaux et rend les questions de leur gestion particulièrement sensibles. L’intérêt médiatique suscité par les travaux de la FRB témoigne de cet écho dans la société. Le Monde, Mon Quotidien, Reporterre ou encore National Geographic se sont ainsi intéressés à ces enjeux.
- Le Monde I Réhabiliter le renard : des associations se mobilisent pour sortir l’animal de la liste des nuisibles ;
- Le Monde I Tuer des millions de renards, corbeaux ou corneilles chaque année est « inefficace et injustifiable économiquement », conclut une étude ;
- Reporterre I Une aberration » : l’autorisation de tuer les renards et autres animaux classés « nuisibles » renouvelée.