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L’IPBES, une ambition qui se concrétise et des limites qui s’imposent, ou quand les décideurs ne peuvent se cacher derrière les scientifiques

par Jean-François SILVAIN, Président de la FRB

La quatrième plénière de l’IPBES, souvent appelée « le GIEC de la biodiversité », vient de s’achever. Le résumé pour décideur de la première évaluation  thématique menée par la plate-forme internationale, celle sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire, a été adopté par la plénière, marquant ainsi le début de la restitution des travaux de la plate-forme.

En France, cette plénière a été accompagnée par des articles de presse souvent critiques avant et pendant le déroulé de ses travaux (cf. A lire, en fin d’article). La question de l’existence de conflits d’intérêt majeurs susceptibles de biaiser les évaluations a été posée et les limites de la démarche de la plate-forme en matière d’analyse critique des politiques publiques et de définition des pistes d’action questionnées, ouvrant ainsi la porte à une interrogation sur la liberté d’expression et de proposition de la plate-forme.

Ces analyses et critiques sont utiles tout particulièrement dans le cas d’une structure internationale jeune dont le fonctionnement peut évoluer pour améliorer notamment la pertinence des évaluations qu’elle produit et en faciliter la prise en compte par les décideurs. Cela étant dit, il est possible que certaines de ces critiques découlent d’une appréhension partielle, ou pour partie biaisée, de ce que sont la plate-forme, son mandat et son fonctionnement.

Ce qu’est la plate forme, ce qu’elle n’est pas et les limites de l’exercice

Le titre de l’IPBES - plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques – est important car, au-delà de son objet, la biodiversité et les services, il rappelle que l’on est en présence d’une structure intergouvernementale où la science a pour objectif de fournir une information scientifique aux politiques. Il convient aussi de rappeler que les évaluations thématiques, et l’ensemble du programme de travail, ont été mis en place en réponse aux demandes des Etats membres de la plate-forme qui approuvent lors de la plénière ce programme de travail. On n’est donc pas devant une structure de réflexion scientifique internationale qui s’auto-saisit de sujets perçus comme cruciaux pour cette communauté scientifique et qui va en retirer des avis détachés des attentes politiques locales ou internationales. A ce niveau, il faut se souvenir aussi que l’organe scientifique de la plate-forme, le groupe d’experts multidisciplinaire, a été nommé ainsi lors de la plénière fondatrice de Panama en lieu et place d’un comité scientifique multidisciplinaire. Il y avait là volonté d’afficher un concept d’expertise non réduit à la seule expertise académique classique. Cette volonté s’est heurtée à des réticences, mais a été validée par l’ICSU (le Conseil international pour la science), émanation des académies internationales.

Donc la plate-forme met, par définition, la science et l’expertise au service des politiques. Elle le fait d’une part dans un contexte profondément onusien et, d’autre part, en s’inscrivant dans un cadre conceptuel particulier. Par ailleurs les décisions sont prises à l’unanimité.

La plate-forme est de fait sous l’autorité du PNUE (UNEP), le programme des Nations-Unies pour l’environnement. Le PNUE est aussi la structure mère de la CDB, la Convention sur la Diversité Biologique, qui a défini un plan stratégique 2011-2020 pour la diversité biologique, incluant les objectifs d’Aichi pour la biodiversité. Les relations entre l’IPBES et la CDB, et notamment l’organe subsidiaire scientifique de celle-ci, le SBSTTA, sont à la fois nécessaires, compliquées et contraignantes. Dans un souci de complémentarité et de non duplication des efforts, les sorties de l’IPBES, notamment pour ce qui est de l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services, doivent être raisonnées en fonction de la stratégie et des indicateurs de la CDB, ce qui peut rendre difficile, ou même empêcher l’exploration d’autres pistes d’analyses des sorties des évaluations concernant le devenir de la biodiversité.

Le cadre conceptuel de l’IPBES, complexe dans sa présentation et lourd d’un vocabulaire très politique, apparaît quelque peu daté dans son contenu en ce sens qu’il relève d’une vision anthropocentrée des relations entre l’Homme et la Nature ; vision qui peut même être perçue par certains comme très utilitariste et qui commence donc à l’éloigner de visions plus modernes prenant en compte à la fois les impératifs de bien–être humain et ceux de préserver les capacités d’évolution des non-humains.

Ces deux éléments tendent à générer des éléments de cadrage de l’activité de la plate-forme relativement contraignants, d’autant qu’il a été bien spécifié dès la mise en place de l’IPBES que celle-ci s’inscrivait dans une démarche « relevant but non prescriptive » ; en d’autres termes que les avis de l’IPBES ne pouvaient pas être de près ou de loin contraignants ou même directifs vis-à-vis des Etats membres. Celles et ceux qui ont assisté à la dernière plénière ont pu bien noter que plusieurs délégations insistaient lourdement pour éliminer toute expression pouvant aller dans cette direction dans les textes soumis à approbation. L’IPBES informe, mais n’impose pas. Il est important de garder ces éléments de cadrage à l’esprit pour ne pas être tenté d’imaginer la plate-forme agir dans des directions qu’elle ne peut suivre ou de faire dire à l’IPBES des choses qu’il ne lui est pas possible d’exprimer.

Le dernier point sur lequel il convient d’insister pour bien comprendre le fonctionnement de l’IPBES et les contraintes qui peuvent sembler limiter son action est que les décisions prises par la plénière l’ont toujours été selon la règle de l’unanimité, alors qu’une procédure de vote est possible. Cela signifie qu’il faut parvenir sur tous les sujets à un consensus au niveau de la plénière. Un consensus amène nécessairement à des compromis et potentiellement à des positions consensuelles éloignées de celles que les partisans de telles ou telles options maximalistes auraient pu espérer. Lors de la plénière de Kuala Lumpur il y a eu expression de positions divergentes sur différents sujets mais, grâce à l’attitude positive des différentes délégations, des compromis ont été trouvés, soit en termes d’adoption de tournures de phrase susceptibles de satisfaire l’ensemble des parties soit par abandon de positions apparaissant trop minoritaires. Dans le cas où les discussions semblaient conduire à une impasse, à un blocage, le président de séance en appelait à un groupe ouvert d’amis du président qui, se réunissant en aparté, était en charge de résoudre la difficulté. Cela a été le cas pour le paragraphe sur les effets des insecticides dans le résumé pour décideurs.

Les enseignements de l’adoption du rapport pour décideurs sur les pollinisateurs

Tout ce qui précède, la délégation française à la quatrième plénière de l’IPBES l’avait bien en tête lorsqu’elle a préparé ses interventions, notamment en vue de l’analyse et de l’adoption du résumé pour décideurs, ses éléments d’information générale, ses messages clés et son tableau de leviers d’actions. Il s’agissait pour la délégation de vérifier que les éléments majeurs du rapport complet étaient transcrits dans les éléments d’information générale et surtout qu’ils généraient des messages clés clairs et non biaisés dans un sens ou dans un autre. Le résultat de ces interventions, et d’autres issues de différentes délégations, apparaît satisfaisant en ce sens que l’état des connaissances scientifiques à la date de remise du rapport complet est retranscrit dans le résumé pour décideurs sans, a priori, que des groupes de pression aient pu orienter de manière subjective le sens des phrases employées. C’est là que l’on peut regretter que certains articles de presse n’aient pas su attendre la finalisation du lourd processus d’approbation du texte du résumé pour décideurs et pas su faire confiance à des délégations averties des risques et, au moins pour la délégation française, s’étant référée préalablement aux experts du domaine. Il n’en reste pas moins vrai que la question des conflits d’intérêts est une question majeure et que les alertes récentes doivent inciter le comité en charge de ces questions à l’IPBES à la plus grande vigilance et à prendre en compte les différences de perception qui peuvent exister entre les Etats en matière de conflits d’intérêt.

L’IPBES, au travers du résumé pour décideurs synthétisant l’évaluation des pollinisateurs et de la pollinisation, pouvait-elle aller plus loin en matière de préconisations ? C’est vrai qu’au niveau français les médias s’attendaient à ce que la plate-forme aille jusqu’à préconiser l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes et que, a contrario, la lecture du fameux tableau résumant les leviers d’action peut, en première analyse, décevoir et laisser l’impression d’une liste de propositions pour le moins évidentes et surtout non « binaires ». En fait, loin de tout sensationnalisme, c’est un catalogue riche et raisonné des possibles en matière d’interventions au bénéfice des pollinisateurs qui d’une part ouvre la porte à de multiples formes de décisions publiques et privées et d’autre part ne ferme pas la porte à des positionnement plus drastiques en fonction des réalités locales, des avancées des connaissances et des choix politiques. Ce tableau des leviers d’action devait se garder de toute spécificité régionale ou sociale. C’est vrai que les leviers d’actions proposés sont relativement techniques, pratiques et opérationnels et n’impliquent pas directement des changements dans les politiques publiques et, en particulier, des incitations à changer des politiques directement ou indirectement dommageables à la biodiversité, et ici aux pollinisateurs. La critique formulée doit donc être prise en compte, mais elle doit être intégrée dans le processus complexe allant de la prise de connaissance et l’analyse du contenu et des recommandations de ce rapport pour décideurs sur la pollinisation, aux décisions ultérieures des Etats et des acteurs publics ou privés.

Comme cela a été écrit, ce rapport « alerte », et cela était tout à fait nécessaire au plan mondial sur ce sujet d’importance, et il propose des leviers d’action. On peut cependant considérer que, compte tenu des fortes contraintes politiques qui pèsent sur la rédaction d’un tel document, il n’a pas procédé à une analyse critique suffisante des politiques des Etats membres de la plate-forme en matière de préservation de la biodiversité. Dans le cadre d’un rapport thématique couvrant l’ensemble de la planète, ce n’était certainement pas aisé et même peut-être impossible compte tenu de la diversité des situations. Se focaliser sur le cas de la France ou des Etats-Unis par exemple n’aurait pas été pertinent pour éclairer la décision publique au Vietnam ou au Nigéria. Il n’en reste pas moins vrai qu’une fois l’alerte faite, la balle décisionnaire est dans les mains des Etats. Rien n’interdit non plus aux communautés scientifiques, ou aux organisations non gouvernementales, de venir compléter les enseignements d’un tel rapport mondial et de préconiser une meilleure évaluation des politiques publiques à l’échelle de chaque pays et de pousser à des choix de solutions nécessitant à la fois un accord et une volonté politique forte et les moyens dont disposent les Etats pour les imposer.

Soutenir l’IPBES et conforter la plate-forme

Même si certaines critiques sont justifiées et doivent être prises en compte, il ne faut pas affaiblir la démarche IPBES. Cette démarche est difficile du fait même que la biodiversité recouvre une réalité incroyablement complexe et qu’elle touche et implique chaque habitant de cette planète, incluant une multitude de décideurs. L’IPBES fait face à des difficultés budgétaires qui limitent sévèrement l’ambition même de son programme de travail et les perspectives de réalisation de celui-ci. Seul un petit nombre de pays, dont la France, contribue à son financement – celui-ci repose sur le volontariat - et il manque environ 18 millions de dollars pour boucler le budget destiné à couvrir le programme de travail 2014-2018, une somme que l’on peut qualifier de ridicule en regard des enjeux de la biodiversité mondiale et des montants dépensés par ailleurs pour de simples travaux d’infrastructures (équivalent de 18 ronds-points circulaires en France par exemple). La comparaison du coût global du programme de l’IPBES, destiné à évaluer l’état de la vie sur terre (45 millions de $) avec les dépenses prévues pour la partie européenne du programme ExoMars de recherche de la vie sur Mars (1,3 milliards d’€) se passe de commentaire (2,7%).

Il faut conforter, relayer et complémenter les travaux de l’IPBES en étant bien conscient des contraintes qui s’exercent sur la plate-forme.

L’IPBES doit aussi faire des efforts majeurs, son cadre conceptuel ne doit pas devenir un carcan dogmatique, un « livre saint » intouchable, le cadre onusien ne doit pas interdire d’explorer de nouvelles pistes d’analyses de l’état et du devenir de la biodiversité, les relations avec la CDB doivent être clarifiées dans un souci évident de complémentarité, mais sans que la plate-forme en sorte dépouillée ou trop liée, les relations avec le GIEC doivent être renforcées compte tenu des enjeux et outils communs. La communication institutionnelle de l’IPBES doit être développée à la hauteur des enjeux de la biodiversité et de la qualité des premières sorties de la plate-forme. Enfin, la nouvelle présidence du bureau de l’IPBES doit tirer avantage de sa connaissance des autorités mondiales pour tenter de débloquer la situation budgétaire de la plate-forme et permettre l’accomplissement de l’ensemble du programme de travail prévu ; cela passe à la fois par le recours au mécénat et par le développement des contributions volontaires des Etats membres de la plate forme. En attendant, compte tenu de la réalité de la situation budgétaire, des choix doivent être faits et des priorités définies et partagées.

Le facteur ne repassera pas deux fois en matière de plate-forme internationale sur la biodiversité et les services écosystémiques. Eu égard aux menaces très graves qui pèsent au plan mondial sur la biodiversité et les services qui y sont associés, on est ici condamné à la réussite, et ce rapidement. L’outil existe ; il vient de montrer son efficacité et il peut être amélioré. La France, à travers sa communauté scientifique, son comité français pour l’IPBES et le secrétariat scientifique de celui-ci intégré à la FRB, a contribué à la mise en place de l’IPBES et contribue activement chaque année à ses activités. Cet effort doit se poursuivre et même s’intensifier au bénéfice de la biodiversité.

Merci à Pierre-Edouard Guillain, Agnès Hallosserie et François Sarrazin pour leurs suggestions rédactionnelles très pertinentes

A lire :

- Boughriet R., Actu-Environnement, 2 mars 2016 : Pollinisateurs : le Giec de la biodiversité tire la sonnette d'alarme.

- Foucart S., Le Monde, 23 février 2016 : Conflits d’intérêts au « GIEC de la biodiversité ».

- Foucart S., Le Monde, 26 février 2016 : Le « GIEC de la biodiversité » consacre l’importance cruciale des pollinisateurs.

- FRB : Premier rapport de l’IPBES : Pollinisation, pollinisateurs et production alimentaire, un état des connaissances pour l'action publique et privée (http://www.fondationbiodiversite.fr/fr/societe/avec-la-societe/appui-a-la-decision/interfaces-internationales/ipbes/rapport-ipbes-pollinisation-pollinisateurs-production-alimentaire.html)

- Rankovic A., Le Monde, 26 février 2016 : « GIEC de la biodiversité » : l’étude globale sur la pollinisation fera-t-elle mouche ?

Et pour celles et ceux qui souhaitent un éclairage sur les différences entre l’IPBES et le GIEC/IPCC :

- Brooks T.M., Lamoreux J.F., Soberon J. 2014. IPBES  ≠ IPCC. Trends in Ecology & Evolution, Vol. 29, No. 10: 543-545.

 


La séance est levée : fin de la 4ème session plénière de l’IPBES

Dimanche 28 février 2016

La 4ème session plénière de l’IPBES a pris fin dimanche 28 février peu avant 14h, sur les trois coups de marteau du président sortant, le Professeur Zakri. Comme prévu, le vice-président de la région « Europe occidentale et autres Etats », Sir Robert Watson, prend sa relève. Dans son discours d’intronisation, le Professeur Watson a rappelé qu’avec le changement climatique, le déclin de la biodiversité est un problème environnemental majeur pour la communauté mondiale. Ancien président du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il a souligné l’incroyable interrelation entre ces deux défis qui se posent à nos sociétés. En effet, les changements climatiques représentent une pression parmi de nombreuses autres sur la biodiversité, mais la biodiversité peut fournir aux hommes des solutions pour atténuer et s’adapter au changement climatique (en savoir plus).

La Plénière a également adopté le deuxième résumé pour décideurs de l’IPBES, celui portant sur les scénarios et modèles de la biodiversité et des services écosystémiques. Le Professeur Zakri a comparé ces travaux au fantôme des Noëls à venir de l’œuvre de Dickens Un conte de Noël : en nous permettant d’entrevoir ce qui se passera dans le futur suite à nos choix actuels, les scénarios et modèles nous permettent de corriger notre comportement présent,  afin d’atteindre un mode de vie durable où la biodiversité prospère.

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Le nouveau président du Bureau, Pr. Robert Watson (Royaume-Uni) et le président sortant, Pr. Abdul Hamid Zakri (Malaisie) (Photo ©IISD/ENB)

Malgré une situation financière délicate, un compromis sur le budget a été trouvé. Les activités commencées avant 2016 vont se poursuivre comme prévu : les équipes spéciales sont maintenues et continueront d’appuyer les travaux des groupes d’experts en charge des évaluations régionales et de l’évaluation sur la dégradation et la restauration des terres. Le lancement de l’évaluation globale ayant été approuvé selon le calendrier prévu, les équipes spéciales appuieront également les travaux du groupe, qui sera constitué d’ici quelques semaines. La Plénière a demandé à ce que le rapport de cadrage de l’évaluation sur l’utilisation durable de la biodiversité soit révisé par un groupe d’experts qui sera créé au cours de l’année, afin d’être réexaminé à la 5ème session plénière. Pour des raisons budgétaires, le lancement des évaluations sur les différentes conceptualisations des valeurs et sur les espèces exotiques envahissantes, dont les rapports de cadrage ont été adoptés, est repoussé. La question sera réexaminée en 2017. En ce qui concerne les travaux sur les valeurs, une solution intérimaire a été adoptée, où deux experts ayant travaillé à la conception du guide préliminaire sur les valeurs viendront appuyer les travaux des évaluations en cours. Le mandat du groupe d’experts travaillant à l’établissement d’un catalogue d’outils et méthodes d’appui aux politiques est reconduit pour un an, afin de pouvoir progresser sur ce point. De plus, la Plénière a demandé au Secrétariat de développer une stratégie pour la levée de fonds d’ici la prochaine réunion et la délégation française a rappelé au président du Bureau sa tâche de mobilisation des ressources afin de permettre la bonne mise en œuvre du programme de travail.

L’assemblée a grandement remercié les organisateurs et partenaires malaisiens pour leur accueil, leur extraordinaire hospitalité et la qualité du cadre dans lequel les négociations ont pu se dérouler. Le Mexique a quant à lui donné rendez-vous à tous pour la COP 13 de la Convention sur la diversité biologique, qui se tiendra à Cancun en décembre prochain.

 


Les groupes de travail à l’IPBES 4 s’activent pour finaliser leurs travaux

Samedi 27 février 2016

En cet avant-dernier jour de réunion, les groupes ont finalisé tous les chantiers en cours, en vue de la session plénière qui clora cette quatrième réunion de la Plateforme.

La Plénière avait prévu de se réunir en début d’après midi pour adopter le résumé pour décideurs sur les scénarios et modèles de biodiversité et services écosystémiques, mais les groupes avaient encore trop à faire et la séance a donc été levée. De plus, la délégation française a précisé qu’elle ne pouvait adopter le résumé qu’une fois en possession de la traduction du document ; le Secrétariat l’a assurée que le texte sera disponible en français pour la session de demain.

Le rapport de cadrage de l’évaluation méthodologique sur les différentes conceptualisations des valeurs multiples de la nature et de ses bénéfices, y compris la biodiversité et les services écosystémiques a été examiné par un groupe qui a souligné à plusieurs reprise l’extrême importance de ce sujet pour les travaux de l’IPBES. Des vues divergeaient surtout sur le calendrier pour entreprendre cette évaluation, certains Etats la percevant comme essentielle aux évaluations en cours, d’autres considérant qu’elle devrait avoir lieu à la fin du programme actuel. Les échanges entre les gouvernements et les membres du Groupe d’experts multidisciplinaire en charge, Unai Pascual, Marie Stenseke et Brigitte Baptiste, furent très intéressants et ont permis quelques améliorations du document, notamment l’éclaircissement de plusieurs points.

Le rapport de cadrage de l’évaluation thématique sur les espèces exotiques envahissantes a été entièrement traité ce jour. La définition de l’expression « espèces exotiques envahissantes » a soulevé beaucoup de commentaires, le document original proposant une définition tronquée tirée de la Convention sur la diversité biologique. D’autres définitions ont été mises en avant, notamment celle développée par l’UICN.

Réunion surprise pour le groupe discutant du budget à 13h ! Il est temps maintenant de faire les choix que personne ne veut faire : couper sur certaines activités prévues, faute de fonds. Malgré les promesses de dons de l’ordre de 2 millions de dollars formulées au cours de la semaine, l’IPBES aurait toujours besoin d’environ 16 millions de dollars pour mettre en œuvre l’ensemble du programme de travail adopté en 2013, selon le calendrier original. Une position claire sur le budget s’est donc dégagée en début d’après-midi, avant de s’affirmer lors d’une session nocturne. 

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Le groupe sur le budget en réunion tardive, preuve à l’appui ! (crédits : Agnès Hallosserie)

Un accord a également été trouvé pour la suite des travaux sur les scénarios et modèles, la procédure d’examen de la Plateforme, le catalogue des outils et méthodes d’appui aux politiques et le rapport de cadrage de l’évaluation sur l’utilisation durable de la biodiversité.

 


La première évaluation de l’IPBES est acceptée !

Vendredi 26 février 2016

Ce n’est pas sans une certaine émotion que les Etats membres et les parties prenantes de l’IPBES réunis en plénière ont adopté le premier résumé pour décideurs sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire à 13h, heure de Kuala Lumpur. Les chapitres de l’évaluation dans son ensemble sont considérés comme acceptés. Les auteurs de l’évaluation qui étaient présents sont tombés dans les bras des uns et des autres, savourant cet événement historique pour la recherche sur la biodiversité après deux années de travail intense et de longues discussions, impliquant également des représentants des communautés autochtones et locales (voir le rapport de l’atelier mondial sur les savoirs traditionnels et locaux sur la pollinisation et les pollinisateurs associés à la production alimentaire). Le Secrétariat de l’IPBES a organisé une conférence de presse à 11h00, heure de Paris, qui a été broadcastée. Le matériel à destination des médias est disponible et sera complété régulièrement suite à la finalisation des autres produits de la Plateforme. 

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Le président de l’IPBES, Pr. Abdul Hamid Zakri, entérine l’adoption du résumé pour décideurs sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire (Photo ©IISD/ENB)

La journée avait commencé, comme tous les matins, par une réunion de coordination de l’Union européenne, organisée par la présidence néerlandaise. Bien que l’U.E. ne soit pas membre de la Plateforme, les Etats membres qui participent à la Plateforme ont choisi de coordonner leurs positions sur un certain nombre de sujets. Les 20 pays concernés peuvent donc s’exprimer d’une seule voix, ce qui n’est pas négligeable lorsque 124 délégations interviennent une à une ! En contrepartie, cela nécessite une communication régulière et abondante pour réagir conjointement en fonction des évolutions des négociations.

Le rapport de cadrage de l’évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques a été finalisé pour adoption par la Plénière dimanche. Le groupe travaillant sur les systèmes de savoirs autochtones et locaux s’est également mis d’accord sur un projet de décision. Le groupe examinant le résumé pour décideurs sur les scénarios et modèles a beaucoup progressé et pourra finir ses travaux demain, une fois que les modifications discutées auront été intégrées dans le document de travail.

 


Bilan à mi-parcours : bonnes avancées des négociations à l’IPBES

Jeudi 25 février 2016

Nous voilà à mi-chemin de la 4èmesession plénière de l’IPBES et les discussions avancent à un bon rythme, avec un retard léger sur l’ordre du jour initial.

Le groupe examinant le résumé pour décideurs sur les pollinisateurs a fini ses travaux, et les délégations impliquées semblent très satisfaites à ce stade. Le document est donc prêt pour adoption au cours de la session plénière de demain, comme prévu. Il reste peu de paragraphes à examiner pour le rapport de cadrage de l’évaluation mondiale sur la biodiversité, qui devrait être finalisé ce soir.

Le groupe sur le budget s’est réuni pour la deuxième fois cette semaine. Il a notamment examiné un document produit par le Secrétariat au cours des derniers jours faisant état des nouvelles contributions annoncées par les Etats pour 2016-2018 et des simulations budgétaires portant sur différentes activités proposées pour le reste de ce programme de travail. Une ligne claire se dégage pour donner la priorité au lancement de l'évaluation mondiale.

Le groupe consacré au résumé pour décideurs sur les scénarios et modèles et celui sur  les travaux relatifs aux systèmes de connaissance traditionnels et locaux se sont réunis pour la première fois. Les discussions progressent lentement mais soulèvent des points intéressants qui seront approfondis dans les jours à venir. 

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Sortie tardive suite aux discussions de groupe – dans les environs du Centre de convention de Kuala Lumpur (crédits : Agnès Hallosserie)

 


Séquence « suivi des modifications » à l’IPBES 4

Mercredi 24 février 2016

Les discussions se sont poursuivies aujourd’hui au Centre de convention de Kuala Lumpur. Les délégations participent de manière constructive à l’élaboration des documents qui sont attendus en sortie de cette plénière dimanche. Les modifications des documents sont affichées en mode « suivi des modifications » sur l’écran et discutées par l’ensemble des participants.

On assiste là à un réel dialogue, non seulement entre les pays, mais également entre les experts et les pays. Les délégations demandent des clarifications sur les concepts et termes employés dans les documents produits par les experts ; les experts fournissent leurs explications. Les délégations proposent l’emploi d’un autre terme, plus proche du vocabulaire des politiques ; les experts considèrent que cela ne reflète pas l’intégralité du concept initial. Après un jeu de maïeutique mené par les facilitateurs, le consensus est atteint : ça, c’est une interface Science – Politique !

Un groupe s’est penché sur le catalogue d’outils et méthodes d’appui aux politiques, qui sera accessible en ligne sur BES-net. Il devrait être alimenté prochainement avec les outils d’aide à la décision identifiés dans les évaluations IPBES. Ce catalogue servira notamment à aider les décideurs à utiliser les outils produits par l’IPBES, et contribuera donc à son objectif général de renforcement des capacités.

Le renforcement des capacités était d’ailleurs un point à part entière à l’ordre du jour, et plus spécifiquement le programme d’échange, de formation et de bourses lancé par l’IPBES en 2015, le forum sur le renforcement des capacités et le modèle expérimental de dispositif de liaison entre les financements et les besoins. Ce dispositif innovant devrait permettre à l’offre (des Etats ou autres parties prenantes disposant de fonds) de rencontrer la demande en matière de renforcement des capacités. Le groupe s’est mis d’accord sur une proposition de décisions à soumettre à la Plénière. 

Le groupe travaillant sur le rapport de cadrage de l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques
Le groupe travaillant sur le rapport de cadrage de l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques (Photo ©IISD/ENB)

Des membres du Groupe d’experts multidisciplinaire (GEM) ont préparé des propositions de reformulation du rapport de cadrage pour l’évaluation mondiale suite aux premières réactions des Etats. Ces derniers étaient particulièrement soucieux de permettre les meilleures synergies possibles avec d’autres processus internationaux, tels le Global Biodiversity Outlook produit par la Convention sur la diversité biologique (CDB) ou l’Evaluation mondiale des océans par les Nations Unies (WOA). Les négociations sur les propositions ont commencé mais avancent lentement.

Le groupe qui a examiné le rapport de cadrage de l’évaluation sur l’utilisation durable de la biodiversité a suivi le même processus mais le GEM n’est pas encore revenu auprès du groupe avec ses suggestions.

Le travail sur le résumé pour décideurs sur les pollinisateurs et la pollinisation a progressé de façon significative et une version devrait pouvoir être soumise à la Plénière pour adoption comme prévu vendredi matin. 

 


La ruche s’active : deuxième jour de la 4ème session plénière de l’IPBES

Mardi 23 février 2016

La Plénière s’est réunie ce matin avant de se répartir dans les deux groupes de travail pour le reste de la semaine. Le Secrétariat et les membres du Groupe d’experts multidisciplinaire (GEM) ont présenté les points à l’ordre du jour, notamment les rapports de cadrage définissant les contours des évaluations à venir : évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques, évaluation sur les différentes conceptualisations des valeurs multiples de la nature, évaluation sur les espèces exotiques envahissantes et évaluation sur l’utilisation durable de la biodiversité. Les Etats, et notamment la France, ont pu intervenir pour faire des remarques préliminaires. Les discussions ligne à ligne des documents ont ensuite débuté l’après-midi dans des groupes dédiés. Un groupe examine le résumé pour décideurs sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire jusqu'à mercredi soir au moins. Un deuxième examine le rapport de cadrage pour l’évaluation globale sur la biodiversité et les services écosystémiques. Le troisième quant à lui examine les arrangements budgétaires et financiers pour la Plateforme pour la période 2014-2018.

M. Xavier Sticker, Ambassadeur délégué à l’environnement, chef de la délégation française à l’IPBES 4
M. Xavier Sticker, Ambassadeur délégué à l’environnement, chef de la délégation française à l’IPBES 4 (Photo ©IISD/ENB)


Plusieurs Etats ont renouvelé leurs contributions au fonds fiduciaire de la Plateforme, dont la France qui a promis 230 000€ pour l’année 2016, conjointement versés par les Ministères chargés de la Recherche, des Affaires étrangères et de l’Environnement.

Les différents groupes régionaux des Nations-Unies ont été invités à présenter leurs candidats pour le Bureau, qui sera officiellement élu dimanche. A ce stade, seule la région « Europe occidentale et autres Etats » était en mesure de présenter ses deux candidats : le Britannique Robert Watson et le Norvégien Ivar Baste. Il s’agira d’un renouvellement de leur mandat, ces deux experts ayant siégé au Bureau au cours des quatre dernières années. 

 


« Selamat datang », bienvenue en Malaisie : ouverture de la 4ème session plénière

Lundi 22 février 2016

La 4e session plénière de l’IPBES a été ouverte ce matin par son Président, le Professeur Abdul Hamid Zakri, dont le mandat arrive à son terme après 4 ans à la tête de la Plateforme. Près de 500 participants, représentants des Etats membres de l’IPBES et des parties prenantes, sont réunis à Kuala Lumpur pour cet événement. La Malaisie avait déjà accueilli en 2008 une première réunion intergouvernementale et multipartite concernant la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, qui a conduit en 2012 à l’établissement officiel de la Plateforme. Depuis, l’IPBES est devenue complètement opérationnelle, et est prête à remplir sa mission d’interface science-politique afin de répondre aux défis actuels en matière de conservation de la biodiversité et de développement durable.

Un de ces défis est la question du déclin des pollinisateurs, associés à la production alimentaire. C’est justement l’objet de la première évaluation thématique de l’IPBES, dont l’adoption du « résumé à l’intention des décideurs » est à l’ordre du jour de la Plénière et devrait être effective d’ici la fin de la semaine. L’autre résumé pour décideurs qui sera examiné par la Plénière porte sur les scénarios et modèles pour la biodiversité et les services écosystémiques. Le développement et l’utilisation de ces scénarios, dans le cadre des travaux de l’IPBES et au-delà, seront des outils d’une valeur incommensurable pour entrevoir les trajectoires futures de la biodiversité et comment y répondre. Les discussions autour des résumés pour décideurs représenteront un véritable dialogue à l’interface science-politique et un apprentissage : les experts apprendront des délégués des Etats membres comment produire un rapport pertinent pour la prise de décision, et les délégués des Etats membres comment prendre en compte les connaissances dans l’élaboration des politiques.

Les experts, issus de multiples pays, organisations et disciplines, ont volontairement contribué à la réalisation de ces évaluations, examinant des milliers de publications. Ils ont largement été remerciés et félicités par l’assemblée pour le travail fourni.

Un autre point clé à l’ordre du jour est l’examen du rapport de cadrage pour l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques, rapport qui devra être accepté par la Plénière avant qu’elle puisse décider de lancer l’évaluation. Prévu pour 2019, ce produit pourrait jouer un rôle essentiel pour l’évaluation des résultats atteints dans le cadre de la Stratégie pour la Biodiversité 2010-2020 et le développement de la Stratégie post-2020, comme l’a précisé Braulio Ferreira de Souza Dias, Secrétaire exécutif de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB), lors de son intervention auprès de la Plénière. Au delà de la CDB, l’évaluation mondiale de l’IPBES contribuerait grandement  aux progrès sur de nombreux Objectifs du Développement Durable (Agenda 2030) et d’autres accords multilatéraux environnementaux. Le Secrétaire a également souligné l’intérêt de la sortie des premières évaluations de l’IPBES pour les travaux de la CDB.

Cette ouverture de l’IPBES a également été l’occasion pour le gouvernement malaisien de lancer sa nouvelle politique sur la biodiversité 2016-2025. Elle a été remise officiellement au Premier Ministre de la Malaisie, Najib Razak, par un singe nasique !

 2222018