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Agrobiodiversité et réseaux sociaux : comment les systèmes d’échange de semences agissent sur la diversité des plantes domestiquées

Porteur de projet : Doyle McKey, Université Montpellier 2

Des réseaux sociaux au secours de l’agrobiodiversité

La conservation de l’agrobiodiversité est l’un des enjeux majeurs du XXIe siècle. Retour sur cette composante essentielle de la biodiversité globale et sur le rôle clé des réseaux d’échanges de semences dans sa préservation.

Les plantes, les animaux, les insectes, mais aussi les bactéries et les champignons du sol… Toute cette diversité du vivant cultivée ou sauvage associée au fonctionnement de l’écosystème agricole est englobée sous le terme d’agrobiodiversité. La conservation et la gestion de l’agrobiodiversité sont des enjeux majeurs pour une agriculture planétaire qui devra nourrir 9 milliards d’êtres humains en 2050. Le maintien de l’agrobiodiversité est également l’une des clés de l’adaptation des écosystèmes agricoles au réchauffement climatique. En effet, des écosystèmes qui hébergent une grande diversité d’espèces montrent une plus grande résilience* aux perturbations et aux évènements imprévus. Des systèmes agricoles avec de multiples espèces permettent aussi de diminuer les pertes dues à des maladies et des parasites puisqu’avec davantage d’espèces, on augmente la probabilité que certaines ne soient pas atteintes. « La diversité de plantes d’un écosystème permet aussi d’améliorer ses capacités de fonctionnement », explique Doyle McKey, professeur à l’université Montpellier II et porteur du projet NETSEED. Par exemple, plusieurs variétés de plantes avec différentes tailles de racines peuvent pousser sur un même sol. Les plantes avec des racines courtes pourront capter plus facilement les éléments dont elles se nourrissent en surface. Par contre, si une sécheresse survient, les plantes avec de plus longues racines seront favorisées puisqu’elles pourront aller chercher l’eau en profondeur. Grâce à cette diversité de plantes, le bon fonctionnement de l’écosystème sera donc assuré même sous de mauvaises conditions climatiques.

L’érosion de l’agrobiodiversité

Dans de nombreuses régions du monde, l’agrobiodiversité est en déclin. Selon la FAO (Organisation des nations unis pour l’alimentation et l’agriculture), 75 % de la diversité des cultures aurait disparu au cours du siècle dernier et seules douze espèces végétales et quatorze espèces animales assureraient désormais l’essentiel de l’alimentation de la planète.

On assiste par exemple à une disparition généralisée des variétés locales* avec des causes nombreuses et très variables selon les régions du monde. Le changement climatique, des politiques agricoles mal adaptées, l'intensification de l’utilisation des terres, mais aussi la commercialisation qui nécessite des plantes « standard » sont les causes les plus souvent évoquées pour expliquer l’érosion de la biodiversité. « Une diminution de la diversité culturelle peut également entraîner une baisse de la biodiversité agricole », explique Sophie Caillon, ethnobiologiste spécialiste des relations Homme-milieux et de l’agrobiodiversité et membre du groupe de travail NETSEED. Pour illustrer ses propos, la chercheuse raconte qu’au Vanuatu, un archipel d’Océanie, les habitants font pousser 96 variétés différentes de Taro. Ces plantes ne sont pas cultivées pour leur intérêt agricole ou culinaire, mais pour des raisons culturelles puisque chaque variété porte le nom d’un ancêtre. Si cette tradition culturelle se perd, en raison par exemple de l’introduction de l’écriture qui permettrait de conserver autrement ce souvenir des ancêtres, les habitants vont arrêter de cultiver toutes ces variétés de Taro.

Le rôle clé des réseaux sociaux d’agriculteurs

Comment est-il encore possible aujourd’hui de maintenir une diversité dans les espèces cultivées ? « Les agriculteurs jouent un rôle essentiel dans cette conservation », explique Sophie Caillon. En effet, partout dans le monde, des agriculteurs produisent, sélectionnent et conservent la biodiversité agricole. Intégrés dans des réseaux sociaux plus ou moins organisés, ils peuvent échanger des semences, des plantes, mais aussi des savoir-faire. Ces réseaux d’échanges de semences permettent donc le maintien de la diversité des cultures. Le groupe de travail NETSEED, constitué d’anthropologues, d’écologues, d’ethnobiologistes, de géographes et de modélisateurs, mène des études sur des réseaux d’échanges de semences dans différentes régions de la planète. Par une approche multidisciplinaire inédite, ces chercheurs développent des outils et des méthodologies permettant de mieux comprendre le fonctionnement et la structure de ces réseaux sociaux de manière à améliorer la conservation des variétés locales et leur utilisation durable autour du monde. D’une manière plus générale, ces recherches pourront permettre de révéler des liens encore inconnus entre la société et la biodiversité et d’aider les communautés à s’adapter aux changements culturels, économiques et environnementaux à venir.


Encadrés :

*Une variété locale : Il s’agit d’une variété traditionnelle de culture adaptée à un environnement, avec des origines historiques et une signification culturelle forte.

* La résilience d’un écosystème : Ce terme désigne la capacité d’un écosystème à retrouver son fonctionnement initial après avoir subi une perturbation importante comme une pollution, un incendie, une sécheresse, une inondation, etc.


Publication :

“Seed exchange networks for agrobiodiversity conservation. A review”, Pautasso et al. Agronomy for Sustainable Development (2013) 33, 151–175.