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Actions COP21 Climat

flech-verte   Les 13 et 14 octobre 2016 se sont tenues les 3e Journées FRB et rencontres IPBES - GIEC, organisées par la FRB et l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Près d'une trentaine de personnalités y sont intervenues sur les sujets « Climat et biodiversité » et sur « L'influence du GIEC et de l'IPBES sur la prise de décision ».

Plus de 150 personnes ont assisté à la conférence publique du premier jour intitulée « Comment les rapports scientifiques peuvent-ils aider à stopper l’érosion de la biodiversité et lutter contre le changement climatique ? Le pouvoir des décideurs, des chercheurs et des acteurs à travers les plateformes sciences-politique ». Un compte-rendu sera disponible courant novembre.

Le discours ci-dessous a été prononcé en ouverture de la conférence par
Jean-François Silvain, président de la FRB.



“Comment les rapports scientifiques, et au premier rang
de ceux-ci ceux du GIEC et de l’IPBES, peuvent-ils
aider à stopper l’érosion de la biodiversité
et lutter contre le changement climatique ?

jean-francois-silvain-president-frbCe titre, fort dans son contenu et surtout dans son ambition, prend tout son sens dans le contexte de l’accord de Paris, aujourd’hui en passe d’être mis en œuvre, dans celui de l’adoption des Objectifs du Développement Durable et dans celui des objectifs d’Aichi qui tous sous-entendent que des solutions soient trouvées pour réduire les pressions qui agissent sur l’environnement et que les scientifiques s’engagent activement dans l’identification de ces solutions. C’est là un changement fort dans les attentes des décideurs vis-à-vis de la recherche scientifique et très probablement un changement tout aussi fort dans le fonctionnement de la recherche et, par extension, dans le positionnement des chercheurs vis-à-vis de la société.

En effet, si la science a su, et tout particulièrement dans le domaine du climat, lancer des alertes étayées par des données rigoureuses qui ont conduit à une véritable prise de conscience des politiques aboutissant aux accords et objectifs cités précédemment ; ce que les décideurs lui demande aujourd’hui est différent et conduit à positionner de plus en plus les scientifiques dans un rôle d’appui à la décision. Cela change le regard que l’on peut avoir sur leur responsabilité tant dans l’élaboration des solutions que dans la mise en œuvre de celles-ci ou encore dans l’évaluation à moyen et long terme de la pertinence et de l’efficacité des solutions. Cela pose aussi, comme cela vient d’être clairement souligné dans un article récent, paru dans la revue Science, la question des incertitudes associées notamment aux phénomènes biologiques ;  incertitudes qui peuvent fortement impacter la précision des scénarios du futur. Il faut expliquer aux décideurs que de telles incertitudes doivent être prise en compte dans la décision.

Ce n’est pas la première fois que des scientifiques se retrouvent face au besoin de répondre à un besoin d’urgence décisionnelle découlant d’alertes qu’ils ont eux-mêmes lancées, je pense ici au projet Manhattan, mais c’est la première fois que cette dynamique touche une très large part de la communauté scientifique et que les conséquences de cet engagement engagent l’avenir de la planète.

Le GIEC a montré que les rapports scientifiques pouvaient faire bouger politiques, décideurs socio-économiques et citoyens. L’IPBES s’est donné une ambition similaire, mais on a vu dès la sortie du rapport sur les pollinisateurs et des recommandations qui l’accompagnaient des chercheurs, et en particulier nos amis de l’IDDRI, s’interroger sur la portée réelle de ces recommandations si celles-ci n’étaient pas accompagnées d’une analyse des politiques publiques. A partir de 2018 sortiront les évaluations régionales puis mondiales de l’IPBES et il faut espérer qu’à l’image des rapports du GIEC, celles-ci contribuent à une meilleure prise de conscience des décideurs de l’importance de la biodiversité et des menaces pesant sur celle-ci. Nous espérons que ces évaluations généreront un mouvement fort vers la recherche de solutions, en cohérence avec celles découlant du défi climatique.

On peut toutefois faire le pronostique que les choses vont être ici beaucoup plus difficile que dans le cas du changement climatique. Comme cela a été déjà dit la communauté scientifique oeuvrant dans le champ de la biodiversité ne dispose pas d’une mesure absolue et perceptible par tous, et en particulier les décideurs, de l’érosion de la biodiversité. Autrement dit nous n’avons  pas l’équivalent du 2°C des spécialistes du climat. Plus grave, notre communauté tend même à s’opposer sur le diagnostic et donc sur l’ampleur du phénomène d’érosion à la faveur d’analyses de données aux résultats a priori contradictoires. Il faut ici être prudent si on ne veut pas que les messages passés soient tout simplement illisibles par les décideurs. Il faut que la communauté des écologues travaille collectivement à la définition d’indicateurs universels aussi pertinents que possible. Parallèlement, et tout près de nous ici en France, dans les territoires et les départements, on constate que la décision publique peut tenir pour partie négligeable la connaissance scientifique dès lors cette dernière remet trop en cause des pratiques humaines, ou n’est perçue que comme l’annonce de nouvelles contraintes. Demandez aux blaireaux, aux renards ou aux bouquetins, pour ne citer que des exemples récents, ils vous expliqueront. Cela est grave car cela montre que, pour la biodiversité, il existe fréquemment un déficit d’écoute de la parole des scientifiques, déficit probablement de plus en plus fort à mesure que l’on se rapproche du quotidien des citoyens, ou du moins d’une partie de ceux-ci. C’est vrai pour la France et cela l’est certainement aussi pour la plupart des pays du monde.

On a donc devant nous de beaux et difficile défis, mais c’est aussi ce qui rend le quotidien des chercheurs passionnant et stimulant !

Cette première journée, animée par Frédéric Denhez, un journaliste qui connaît bien le thème traité, et qui seront nourries par des interventions de grands acteurs nationaux, devrait donc être passionnante et riches de débats.”

Discours d'ouverture des Journées FRB 2016, par Jean-François Silvain, président de la FRB.

Climat et biodiversité : les experts doivent évaluer les réussites et échecs des politiques publiques, tribune publiée dans le Figaro et initiée par la FRB et l'Iddri à l'occasion des Journées FRB 2016.

Les premières évaluations de l’IPBES sont-elles à la hauteur des attentes des chercheurs ? (pdf) par Jean-François Silvain, président de la FRB et Aleksandar Rankovic, chercheur à l'Iddri. Pour en savoir plus.

A l’occasion des Journées FRB-Iddri, la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité et l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) ont été à l'initiative de cette tribune publiée dans le Figaro.

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) tiendra sa 44e session à Bangkok à partir du 17 octobre. Son ordre du jour portera sur la demande des gouvernements, stipulée par l'accord de Paris adopté lors de la COP21, de réfléchir aux conditions de maintien du réchauffement climatique à 1,5 °C d'ici à la fin du XXIe siècle. Cette demande constitue un changement majeur dans la coopération internationale sur l'environnement. Si la recherche scientifique a joué un rôle déterminant pour alerter les gouvernements sur les changements planétaires en cours, elle est appelée à jouer un rôle plus actif pour élaborer des solutions permettant la mise en œuvre des décisions. [...]

La tribune en ligne sur le site du Figaro [nécessite un abonnement]


La liste complète des signataires:

  • Aleksandar Rankovic, Chercheur à l'Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (Iddri),
  • Jean-François Silvain, Président de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB), (Directeur de Recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD)),
  • Jean Jouzel, Directeur de recherches émérite au Commissariat à l'énergie atomique, ancien vice-président du Groupe 1 du Giec, président du conseil d'administration de l'Institut du développement durable et des relations internationales,
  • Laurence Tubiana directrice de la chaire de développement durable de Sciences Po,
  • Gilles Bœuf, professeur à l'université Pierre-et-Marie-Curie, ancien président du Muséum national d'histoire naturelle,
  • Hervé Le Treut, directeur de recherche au CNRS, directeur de l'Institut Pierre-Simon-Laplace et membre de l'Académie des sciences,
  • Luc Abbadie, Professeur à l'Université Pierre-et-Marie-Curie, Directeur de l'Institut d'Ecologie et des Sciences de l'Environnement de Paris, (Président du Conseil scientifique du Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN)),
  • Sébastien Barot, Directeur de Recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), (Vice-Président de la Société Française d'Écologie et du conseil scientifique de la FRB),
  • Audrey Coreau  Chercheur au Centre Alexandre Koyré et à AgroParisTech, Chargée de mission dans le cadre de l'installation de l'Agence Française pour la Biodiversité, 
  • Isabelle Dajoz, Professeur à l'Université Paris Diderot,
  • Nathalie Frascaria-Lacoste, Professeur à AgroParisTech,
  • François Sarrazin, Professeur à l'Université Pierre-et-Marie-Curie, (président du conseil scientifique de la FRB),
  • Sébastien Treyer, Directeur des Programmes de l'Iddri, (Président du comité scientifique et technique du Fonds Français pour l'Environnement Mondial (FFEM))
  • Sybille van den Hove, Présidente du comité scientifique de l'Agence Européenne de l'Environnement,
  • Sandra Lavorel, Directrice de Recherche au CNRS, membre de l'Académie des Sciences,
  • Claire Chenu, Professeur à AgroParisTech, experte IPBES ,
  • Xavier Leroux directeur de recherche à l'INRA,
  • Yann Laurans , directeur du programme biodiversité de l'IDDRI.

 

Régler le défi climatique sans régler le défi de l’érosion de la biodiversité laisserait l’humanité au milieu du gué la menant à un avenir durable.


Les scientifiques nous le disent clairement : les enjeux de la biodiversité sont liés à ceux du climat et le maintien, comme la restauration, de la biodiversité contribueront à réduire l’émission des gaz à effet de serre, à en atténuer les effets et aideront nos sociétés à s’adapter. Le Conseil d’orientation stratégique (COS) de la FRB invite donc les négociateurs représentant les parties de la Convention des Nations unies sur le changement climatique à prendre en compte la biodiversité, son fonctionnement et sa dynamique, dans les négociations sur le climat. L’ambition de limiter le réchauffement climatique doit aller de pair avec celle de réduire les atteintes à la biodiversité et à ses services dont l’humanité bénéficie.

La biodiversité joue un rôle essentiel dans la dynamique du climat. Le stockage du carbone, sur les continents comme en mer, dépend essentiellement de l’activité du monde vivant qui permet notamment ce stockage sous des formes variées : carbone organique, précipitations de carbonates… L’évapotranspiration des forêts et des autres milieux naturels joue un rôle essentiel dans le cycle de l’eau et influe donc sur le régime des précipitations. Cette diversité du vivant contribue aussi à une certaine résilience du système climatique. À contrario, les atteintes à la biodiversité, en modifiant le fonctionnement des écosystèmes, peuvent avoir une incidence sur les climats locaux, régionaux ou continentaux et contribuer au changement climatique et aux perturbations des services écosystémiques.

Le changement climatique est un des principaux facteurs qui, aujourd’hui, affecte la biodiversité sous toutes ses formes. Il est donc essentiel que des mesures fortes soient prises pour limiter les émissions des gaz à effet de serre et donc les effets actuels et futurs du réchauffement climatique en tenant compte des travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Le changement climatique n’est cependant pas la seule pression qui s’exerce sur la biodiversité. Les changements d’usages des terres, la fragmentation des habitats, la surexploitation des ressources, les pollutions, ou la multiplication des espèces exotiques envahissantes, représentent, en fonction de leur intensité ou des zones dans lesquelles ces pressions se développent, des menaces majeures sur la biodiversité. L’ensemble de ces pressions met aussi en péril plusieurs des services écosystémiques dont l’humanité bénéficie, avec des impacts directs sur le bien-être et le développement des sociétés humaines.

Consécutivement, le Conseil d’orientation stratégique de la FRB considère que :

1Il est essentiel que, parmi les solutions qui seront proposées, une attention toute particu­lière soit portée à la connaissance et la réduc­tion des pressions s’exerçant sur la biodiversité afin d’adopter des stratégies de gestion et de protec­tion de la biodiversité efficientes.

En particulier, les activités humaines doivent permettre de conserver les capacités adaptatives du vivant, en évitant notamment la fragmentation des milieux naturels et en portant une attention particulière à la préservation de la diversité génétique, sauvage, comme cultivée. Les objectifs de la Convention sur le changement climatique doivent rejoindre ceux de la Convention sur la diversité biologique et ceux de la Convention sur la lutte contre la désertification, qui toutes trois trouvent leur origine commune lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992.

 

2Les solutions élaborées, pour qu’elles soient durables, doivent s’appuyer sur la biodiversité et favoriser son évolution.

Afin d’atténuer les effets du changement climatique ou faciliter l’adaptation des sociétés humaines, une partie des solutions est à trouver dans le monde du vivant. Celui-ci est le fruit de processus évolutifs et adaptatifs qui se sont déroulés sur des centaines de millions d’années et ont favorisé des innovations dont l’humanité a la capacité de tirer parti à condition d’en comprendre les mécanismes, d’en estimer les limites et de les valoriser de manière durable et équitable. Face au changement climatique, des solutions inspirées de la nature sont aujourd’hui envisageables. Des développements économiques significatifs sont ici possibles.

 

3Il est essentiel de développer des recherches qui croisent les enjeux du climat et de la bio­diversité pour proposer des stratégies d’actions éclairées et faire évoluer les pratiques.

En particulier, la définition des stratégies et des moyens pour favoriser l’adaptation des écosystèmes est un enjeu majeur pour de nombreux gestionnaires d’espaces. Par ailleurs, les scénarii du futur de la biodiversité que les acteurs devront appréhender doivent prendre en compte les scénarii de changement climatique et ceux relatifs au devenir des systèmes socio-économiques.

 

4Les démarches de scénarisation des futurs de la biodiversité doivent être encouragées par les États dans leur politique de recherche en veillant à la participation des parties prenantes à ces exercices.

Ces scénarii doivent être pris en compte lors de l’élaboration des plans d’adaptation au changement climatique mis en œuvre par les États, les autorités locales ou les entreprises pour tenir compte notamment des changements prévisibles des services écosystémiques dont dépendent les sociétés humaines. Pour être pertinents, les scénarii doivent intégrer les résultats des travaux de recherche sur les mécanismes de réponse et d’adaptation mis en œuvre par le vivant.

 

5Une large part des financements, des actions incitatives destinées à lutter contre le réchauffement climatique ou à favoriser l’adaptation à celui-ci, doit aller à la recherche, au développement et à la mise en œuvre de solutions qui, en plus de leur effet sur le climat, soutiennent et renforcent la biodiversité et sa résilience.

Toutes les actions visant à réduire les gaz à effets de serre, favoriser le stockage du carbone et permettre l’adaptation des sociétés humaines, devront être analysées en fonction des impacts potentiels qu’elles pourraient avoir sur la biodiversité, de manière à ce que de tels impacts soient évités, réduits et, en dernier recours, compensés. Compte-tenu de l’état encore lacunaire des connaissances, cette évaluation doit être accompagnée de programmes nationaux et internationaux de surveillance des milieux. À ce titre, le COS de la FRB considère qu’une part des financements qui seront mobilisés pour lutter contre le réchauffement climatique doit être dédiée à l’évaluation de l’incidence des solutions sur la biodiversité, au suivi des écosystèmes et au renforcement des compétences pour l’évaluation des impacts, notamment en s’appuyant sur les recommandations et les initiatives de la Convention sur la diversité biologique.

 

Enfin, à l’instar de la FRB et de ses partenaires qui ont suscité au niveau français des rencontres entre les experts du GIEC et de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques), les gouvernements et les acteurs de la recherche doivent mobiliser leur communauté scientifique pour que les travaux menés sur le climat et la biodiversité puissent se compléter pour offrir aux décideurs les clés de compréhension nécessaires à leurs actions. C’est pourquoi le COS de la FRB considère que :

6Les États parties doivent s’engager à assurer la mise en œuvre du programme de travail de l’IPBES d’ici 2020 dans son intégralité en apportant le budget nécessaire à cette plateforme, dont seulement la moitié est actuellement assurée.

Les États parties doivent aussi assurer la participation des experts en toute indépendance aux évaluations et autres livrables de ce programmes de travail. En particulier, compte-tenu du rôle essentiel des océans pour le climat et la biodiversité, la réalisation d’une évaluation de l’IPBES sur les océans est essentielle. Parallèlement, les États parties des deux conventions sur le changement climatique et sur la diversité biologique doivent appeler à l’émergence d’un programme commun de travail des plateformes GIEC et IPBES pour apporter aux décideurs des scénarii qui prennent pleinement en compte les effets croisés du climat et de la biodiversité.

 

Climat et biodiversité même combat ! Dans le cadre de la COP21, Jean-François Silvain, Président de la FRB et Membre du Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité (CSPNB) a été interviewé sur les relations biodiversité et changement climatique par FranceEcologieEnergie

 

Climat et biodiversité, des enjeux liés

Les enjeux de biodiversité sont intiment liés à ceux du climat. Nous devons agir sur les émissions de gaz à effet de serre pour limiter les effets du changement climatique sur l’environnement planétaire (niveau des océans, forces et fréquence des intempéries, sécheresse,…) mais aussi pour permettre à l’ensemble des espèces, y compris l’Homme, qui forment le tissu vivant de la planète de s’adapter. Mais nous devons garder à l’esprit que pour que cette adaptation des espèces, et au-delà des écosystèmes, puisse se faire, il faut en préserver les mécanismes de réponse et d’adaptation et donc limiter les pressions qui s’exercent sur la biodiversité et peuvent altérer sa capacité à évoluer et à s’adapter à un environnement changeant rapidement.

La biodiversité, de par son rôle dans le fonctionnement des écosystèmes, peut aussi contribuer significativement à l’atténuation des effets du changement climatique car elle est en interaction permanente avec le climat, sur terre comme dans les océans, à travers le vaste cycle du carbone.  L’Homme peut trouver aussi dans la biodiversité des moyens d’adaptation aux changements auxquels les activités humaines vont faire face : nouvelles ressources génétiques pour les plantes cultivées ou les espèces domestiques, nouvelles ressources alimentaires, protection des zones littorales, lutte contre les îlots de chaleur urbains, régulation des régimes hydriques, des parasites ou des ravageurs,…

Climat et biodiversité, des interactions croisées

La biodiversité est un des premiers indicateurs de l’effet des changements climatiques qui sont déjà à l’œuvre avec l’observation des stratégies d’adaptation de nombreuses espèces : modification des migrations, apparition d’espèces dans des zones où elles n’étaient pas présentes (processionnaire du pin, poissons de la mer Rouge ou de l’Atlantique tropical, moustiques,…), modification des dates de bourgeonnement ou d’éclosion,… Nous disposons ainsi déjà pour certains écosystèmes, notamment forestiers, de projections des modifications profondes que connaîtront nos paysages dans quelques dizaines d’années seulement. Mais nous ne sommes encore qu’au début d’une compréhension des phénomènes en jeu et donc des capacités de modélisation des changements en cours et d’élaboration de scénarios de l’avenir de la biodiversité sous l’effet des changements climatiques. Ainsi, l’acidification des océans, directement liées à la teneur en carbone dans l’atmosphère, est un phénomène connu mais dont les conséquences à grande échelle sur les écosystèmes marins sont encore peu décrites et encore moins prises en compte par les décideurs.

Mais la capacité d’adaptation des espèces et, au-delà des écosystèmes dans lesquelles ces espèces évoluent, est menacée. La rapidité du changement climatique peut être une première cause, évidemment, notamment pour les espèces dont le cycle de vie est long ou la capacité à se déplacer très limitée. Mais le plus grand risque est le cumul avec les autres menaces qui pèsent sur la biodiversité : fragmentation et destructions de habitats, surexploitation des ressources, pollutions des milieux, dissémination d’espèces exotiques envahissantes,…

Or la biodiversité influence aussi le climat : suivant leur nature, leur composition, leur variété, les forêts ne jouent pas le même rôle comme puits de carbone ; l’activité du phytoplancton dans les océans est un acteur essentiel dans la machinerie climatique. Des phénomènes complexes de rétroactions sont ainsi à l’œuvre à des échelles de temps et d’espace variables.

En n’agissant pas sur tous les fronts des menaces qui pèsent sur la biodiversité, nous prenons le risque encore plus grand de devoir faire face à la fois aux conséquences du changement climatique et dans le même temps à une accentuation de la crise de la biodiversité que beaucoup de scientifiques assimilent déjà aujourd’hui à une 6ème crise d’extinction des espèces. Or nos activités humaines sont très dépendantes de la biodiversité dont nous retirons des services irremplaçables ou à coût très faible, ce qui pose la question de la capacité de la survie de nos sociétés humaines telles que nous les connaissons aujourd’hui. Des signaux positifs se dessinent, il faut les renforcer en fondant l’action sur la connaissance et le partage de celle-ci.