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Synthèses de publications scientifiques

La capacité de la population humaine à continuer de croître, ou à se stabiliser, dépend fortement des services écosystémiques. Or ces services se dégradent de plus en plus à mesure que le nombre d'individus augmente et que la biodiversité décline. Dans une étude parue dans la revue scientifique Science of The Total Environment, une équipe de scientifiques - menée par les chercheurs français Victor Cazalis et Michel Loreau - a répondu à la question : Devons-nous choisir entre nourrir l’humanité et protéger la nature ?

En construisant un modèle dynamique pour conceptualiser les liens entre la proportion mondiale d'habitats naturels et la démographie humaine à travers quatre catégories de services écosystémiques (approvisionnement, réglementation, loisirs culturels et informationnels), les chercheurs ont essayé de déterminer si la trajectoire actuelle du développement humain pouvait conduire à un effondrement de nos civilisations comme se fut le cas par le passé avec la disparition de plusieurs civilisations humaines, en Mésopotamie, en Scandinavie, chez les mayas ou sur l’île de Pâques.

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Les scientifiques ont démontré que la biodiversité est, pour de nombreux aspects, essentielle à la santé humaine.

Or, les régimes alimentaires humains composés d'une grande variété de plantes et d'animaux ont progressivement été remplacés par des régimes alimentaires composés principalement d'aliments transformés et comprenant un nombre limité de denrées alimentaires (Drewnowski et al., 1997). Alors qu’on estime à 300 000 les espèces de plantes comestibles disponibles pour l'homme, plus de la moitié des besoins énergétiques mondiaux sont actuellement satisfaits par quatre cultures : le riz, les pommes de terre, le blé et le maïs.

Ces nouveaux régimes de faible qualité nutritionnelle constituent le principal facteur de risque de mauvaise santé dans le monde entier (Abajobir et al., 2017). Or, les populations les plus concernées sont aussi souvent celles qui vivent dans un environnement dégradé où l’érosion de la biodiversité sauvage et cultivée réduit la diversité alimentaire disponible.

Ce cercle vicieux peut néanmoins être brisé en restaurant les écosystèmes et leurs fonctions et en promouvant un usage durable de la biodiversité alimentaire cultivée et sauvage pour remédier aux carences en micronutriments des populations vulnérables.

Ainsi, le soutien de systèmes de production avec une plus grande diversité d’espèces consommables peut permettre d’atteindre les deux objectifs de santé publique et de protection de la biodiversité. Ce pourrait être un levier majeur et une priorité de l’action publique, mais il est parfois compliqué d’évaluer les effets de ces actions sur la qualité des régimes alimentaires.

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L’étude présentée ici s’est attachée à identifier, parmi les indicateurs disponibles, ceux qui sont les plus pertinents pour mesurer la relation entre la biodiversité alimentaire et l’adéquation nutritionnelle des régimes alimentaires et ainsi donner des éléments pour justifier les politiques qui tendent à accompagner la transition vers une agriculture plus diversifiée.

Décrire la composition du monde vivant est l’un des objectifs fondamentaux de la recherche en biologie. Les découvertes accumulées au cours des siècles ont permis d’élaborer une image de plus en plus détaillée de la diversité des espèces qui peuplent la terre, mais la tâche apparaît sans fin quand on compare l’estimation du nombre total d’espèces vivantes (8,7 ± 1,3 millions d’après Mora et al., 2011)[1] au nombre de celles qui sont aujourd’hui décrites (1,4 millions). Un des défis majeurs posé par la biodiversité est sa complexité et les lacunes de connaissances qui s’y attachent.

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Comment, dans le contexte d’érosion accélérée de la biodiversité due au changement global, connaitre « l’ensemble connecté » des espèces vivantes ? Comment appréhender l’évolution des populations, leur potentiel d’adaptation aux pressions qu’elles subissent et inventer des solutions opérationnelles pour une gestion durable ? Au-delà de l’effort de mobilisation des compétences nécessaires pour élucider ces questions et de l’abondement pérenne des financements requis, la recherche sur la biodiversité dans toutes ses dimensions, des gènes aux écosystèmes, est plus que jamais une priorité.

La FRB a choisi de réaliser et diffuser pendant l’été des synthèses de résultats obtenus ces derniers mois par différentes équipes :

- Une première synthèse est celle de l’article relatif à la composition taxonomique de la biomasse vivante mondiale, publié par l’équipe de Yinnon M. Bar-On (PNAS, 2018).
- La deuxième est celle de l’article publié par l’équipe de Julien Troudet, qui traite du biais taxonomique qu’introduisent les préférences sociétales dans les données de biodiversité (Scientific Reports, 2017).
- La troisième est celle de l’article publié par l’équipe de Franck Courchamp, qui éclaire le paradoxe de l’extinction des espèces les plus charismatiques (PLoS Biology, 2018).

  

Synthèse 1 - Répartition globale de la biomasse au sein de la biosphère
The biomass distribution on Earth

Yinon M. Bar-On, Rob Phillips, and Ron Milo (2018). Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America 115 (25): 6506-6511. DOI:10.1073/pnas.1711842115

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Synthèse 2 - Les données de la biodiversité :
biais taxonomiques en lien avec les préférences sociétales
Taxonomic bias in biodiversity data and societal preferences

J. Troudet, P. Grandcolas, A. Blin, R. Vignes-Lebbe & . Legendre (2017). Nature - Scientific Reports 7:9132 DOI: 10.1073/10.1038/s41598-017-09084-6

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Synthèse 3 - L'extinction paradoxale des espèces charismatiques 
The paradoxical extinction of the most charismatic animals

F. Courchamp, I. Jaric, C. Albert, Y. Meinard, W.J. Ripple, G. Chapron (2018). PLoS Biol 16(4): e2003997. https://doi.org/10.1371/journal.pbio.2003997

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[1]Il s’agit principalement de l’estimation du nombre d'espèces eucaryotes : celles dont la structure de la cellule est complexe, caractérisée par un noyau entouré d’une membrane. Les espèces eucaryotes incluent tous les organismes pluricellulaires (animaux, végétaux et champignons) et aussi un groupe grandement diversifié d’organismes unicellulaires, les protistes. 

 

Les enjeux de biodiversité sont-ils moins bien couverts par les médias que ceux relatifs au changement climatique? C’est la question que s’est posée une équipe de chercheurs canadiens au vu de l’apparente domination de la question du changement climatique chez les décideurs et le grand public.

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En septembre 2017, une synthèse de données parue dans Nature a démontré qu’en conditions naturelles la production de biomasse[1], augmente avec la richesse en espèces. Si des centaines d’expérimentations en conditions contrôlées avaient déjà permis de montrer que la perte de biodiversité réduisait la productivité et la stabilité des écosystèmes, ce travail est le premier à montrer une relation positive entre biomasse et biodiversité en conditions naturelles. Par ailleurs, les études démontrent aussi que les effets de la biodiversité sur la biomasse sont comparables, ou plus forts, que les effets d'autres facteurs, tels que le climat et la disponibilité en éléments nutritifs. Ces résultats vont à l’encontre de l'opinion qui dominait au cours des deux dernières décennies selon laquelle la biodiversité aurait des effets rares ou faibles en conditions naturelles sur la productivité.

Le même mois, la revue PNAS a, quant à elle, publié les résultats d’une étude intitulée : « La productivité à l'échelle du paysage et la stabilité temporelle de celle-ci augmentent avec la diversité des plantes et des autres taxons. » Enfin, en février 2018, une équipe chinoise pa présenté dans la revue Scientific Reports ses résultats sur une forêt primaire à Pinus kesiya située dans la province du Yunnan. Les auteurs y ont observé que la richesse en espèces avait un impact positif sur la biomasse aérienne à travers toutes les strates de végétation forestière.

De tels résultats de recherche doivent inciter les décideurs à changer rapidement de paradigme et à considérer avec attention les solutions fondées sur la nature comme une alternative crédible, voire incontournable, aux solutions techniques ou technologiques, souvent plus chères et moins durables.

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[1] La masse des organismes vivants dans un biotope particulier

 

Les enjeux de biodiversité sont-ils moins bien couverts par les médias que ceux relatifs au changement climatique? C’est la question que s’est posée une équipe de chercheurs canadiens au vu de l’apparente domination de la question du changement climatique chez les décideurs et le grand public.

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Une équipe de chercheurs canadiens a examiné attentivement la littérature scientifique, le financement de la recherche et les articles de presse des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni sur les changements climatiques et la biodiversité entre 1991 et 2016.

Elle a constaté que la couverture médiatique du changement climatique est jusqu’à huit fois plus élevée que celle consacrée à la biodiversité, un écart que les différences entre les publications scientifiques sur l’un ou l’autre thème ne peuvent expliquer. Les chercheurs ont noté que la couverture médiatique sur le changement climatique est souvent liée à des événements spécifiques, du type plénière du Giec ou événement climatique exceptionnel, lien que l’on ne retrouve pas pour la couverture médiatique sur la biodiversité. Les auteurs ont quantifié avec précision leurs observations et en ont dégagé des pistes d’action pour que les chercheurs et leurs services en charge de la communication puissent mieux communiquer les points saillants de leurs travaux au grand public et aux politiques.