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Inspirantes biodiversité

La vigne marronne n’est pas qualifiée de « peste végétale » pour rien. Originaire d’Asie du Sud-Est et introduite accidentellement à la Réunion au 19ème siècle, son développement aux dépens des espèces locales est en effet comparable à celui d’une infection qui se répandrait dans un organisme. En absence de prédateur, sa progression ne connaît aucune limite. Jusqu’à présent, les méthodes de lutte mises en place, principalement mécaniques ou chimiques, étaient souvent coûteuses et inefficaces…

Finalement, c'est une petite abeille tout droit venue de Sumatra qui s’est avérée être le bon remède. Cibdela janthina, dite « la Mouche bleue », a suivi depuis 1997 toute une batterie de tests menés par le Cirad, avant d’être déclarée apte à soigner la biodiversité réunionnaise. Ce petit hyménoptère a la particularité de s’attaquer exclusivement au genre Rubus, dont fait partie la vigne marronne. Suite à son introduction sur l’île en 2007, les résultats ne se sont pas faits attendre ; 700 hectares autrefois colonisés ont aujourd’hui été rendus à la nature ! La vigne marronne ne prospère désormais plus qu’au-delà de 1200m d’altitude, dans les zones difficilement accessibles pour la mouche bleue.

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Larves de Cibdela janthina / Cibdela janthina adulte - © Antoine Franck – CIRAD
 

La lutte biologique contre une population envahissante s’apparente au test d’un nouveau traitement. Elle doit être étudiée, adaptée, spécifique. Parfois c’est une réussite, comme ce fut le cas pour la vigne marronne avec la mouche bleue. Dans d’autres cas, le traitement agit de la manière voulue mais entraîne des effets secondaires désastreux.


Être en mesure de soigner la biodiversité sans jouer au savant fou est une des ambitions du projet Coreids, développé au Cesab et porté par le chercheur en écologie François Massol et Patrice David. Il analyse à la loupe le fonctionnement des écosystèmes ; quelles sont les différentes espèces qui contribuent à leur équilibre ? Comment interagissent-elles ? Quels pourraient être les effets d’un perturbateur comme ce fut le cas avec la vigne marronne ? Tous ces éléments permettront, à terme, de mieux comprendre et anticiper les menaces qui pèsent sur la biodiversité… pour mieux prévenir et moins guérir.

 

Contacts :

François Massol, EEP CNRS, Lille :

http://www.cesab.org/index.php/fr/projets-en-cours/projets-2012/88-coreids

Si vous vous allongez sur un matelas de mousse, les pieds qui pendent depuis une falaise haute de 200 mètres, sous un ciel sub-antarctique gris et venteux, vous entendrez le piétinement de l'albatros hurleur (Diomedea exulans) alors qu'il se prépare à décoller pour son long voyage. Le vent s'engouffre dans ses ailes d'une envergure de 3 mètres de long et élève l'oiseau gigantesque dans les airs, le propulsant pour un nouveau voyage dans les vastes étendues de l'Océan Austral.

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Son incroyable voyage dure plusieurs mois pendant lesquels il fait le tour du globe. Pour nous, l'Océan Austral est un endroit difficile d'accès, dangereux même, mais pour les albatros, les conditions de vent extrêmes sont une aubaine. Leurs corps profilés et leurs longues ailes étroites leur donnent la possibilité d'utiliser le vent comme nul autre oiseau, extrayant l'énergie des vagues pour se maintenir aéroportés. Ce mode de locomotion est si efficace que les oiseaux peuvent voyager pendant des milliers de kilomètres sans battre une seule fois des ailes !

Que se passe-t-il pendant ce long voyage? Comment l’oiseau navigue-t-il autour du globe? Où trouve-t-il sa nourriture?

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Grâce à un petit enregistreur de données parfois relié aux satellites et qui est porté par l'oiseau, ces questions trouvent progressivement leurs réponses. L'appareil fournit des emplacements très précis plusieurs fois par jour. A l'aide de ces données combinées avec celles issues d'autres albatros, de phoques et de manchots, les chercheurs du groupe d'analyse et de synthèse « RAATD » pourront identifier quelles zones de l'immense Océan Austral sont particulièrement importantes pour tous ces animaux et, ainsi, mieux guider la conception de nouvelles stratégies de gestion pour protéger l'oiseau, ses descendants, et son écosystème pour de nombreuses générations à venir.

 

 

Contacts :

Yan Ropert Coudert, Directeur de Recherche au Centre d'Etudes Biologiques de Chizé, CNRS UMR 7372. Station d'Ecologie de Chizé-La Rochelle :

http://cesab.org/index.php/fr/projets-en-cours/projets-2015/187-raatd

En apparence, le rat taupe nu n’a rien pour plaire. Il n’est ni grand, à peine 33 cm de long, ni imposant, tout juste un petit kilo, ni beau avec sa peau fripée et ses dents saillantes. Par contre, sa physiologie est une énigme que les chercheurs tentent de décrypter depuis plusieurs années. En effet, non seulement il vit 10 fois plus longtemps que ses congénères murins, mais il reste fertile jusqu’à sa mort, résiste aussi aux polluants les plus agressifs et il ne développe jamais de maladies. Récemment, des scientifiques ont aussi démontré qu’il pouvait survivre près de 20 minutes sans oxygène.

 

rat-taupe nu

 

L’ambition de la Fondation pour la recherche en physiologie, dont le siège est situé à Woluwe-Saint-Lambert en Belgique, est de créer le premier élevage de rat taupe nu au niveau mondial pour promouvoir les recherches sur les mécanismes de protection développés par cet animal. 
En effet, cette petite souris nue qui vit dans les sous-sols de l’Afrique de l’est est un excellent modèle pour étudier les mécanismes du vieillissement, du cancer, des maladies cardiovasculaires ou neurodégératives et des maladies liées à l’âge pour à terme, lutter contre l’ensemble de ces pathologies chez l’homme.
Ce petit animal est un bon exemple des extraordinaires services que la biodiversité peut rendre à l’humanité. Préserver le potentiel de découvertes scientifiques passe donc par la préservation de la biodiversité en milieu naturel.

Contacts :
Dr Frédéric Saldmann, Praticien attaché à l’hôpital européen Georges Pompidou, Paris, directeur scientifique et coordinateur de la Fondation pour la recherche en physiologie
Edith Rebillon, vice-présidente de la Fondation pour la recherche en physiologie :
http://fondationphysiologie.org/

Et si la biodiversité nous permettait de lire notre avenir ?  C’est le constat de l’équipe de Régis CEREGHINO, chercheur à l’université de Toulouse qui étudie à la loupe les broméliacées. Nombre de ces plantes à fleur contiennent de petits réservoirs d’eau de pluie qui abritent algues, bactéries, champignons, larves d’invertébrés et petites grenouilles. Véritables versions miniatures des lacs, les broméliacées ont, entre autres avantages, de répondre rapidement au changement. Alors qu’il faut des dizaines voire des centaines d’années à un grand lac pour réagir à une mutation, les broméliacées répondent, quant à elles, en quelques semaines.

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(c) Jean-François Carrias

Ainsi suffit-il de manipuler leur environnement pour simuler une déforestation ou le changement climatique. De leur réponse, les chercheurs tirent des règles écologiques. Lorsqu’ils simulent le changement climatique où les pluies se font rares, les broméliacées s’assèchent. Les premières espèces à être touchées sont les petits prédateurs qui vont alors relâcher la pression sur leurs proies. Les conséquences vont être nombreuses, y compris pour l’homme. Dans ces systèmes stagnants se trouvent des larves de moustiques qui, en l’absence de prédateur, risquent de pulluler, et potentiellement transmettre des virus. La morale de l'histoire ? La biodiversité est un ensemble d’espèces en interaction. L’élimination d’espèces dans un contexte de changement global peut avoir des conséquences en cascade et un coût (très) élevé pour la société.

Référence :
http://www.cesab.org/index.php/fr/projets-en-cours/projets-2014/124-functionalwebs

Contact chercheur :

Je vis dans les sous-bois et suis composé d'une seule cellule de 10 mètres carré, je ne suis ni un animal, ni une plante, ni un champignon, ni une bactérie, je résiste au feu, mais je crains la lumière ou la congélation, je cicatrise en deux minutes, j'ai 720 types sexuels et plus de 1000 espèces, je suis dépourvu de système nerveux, mais je sais résoudre des problèmes : qui suis-je ?

Il s'agit d'un amibozoaire du genre Physarum surnommé le blob.
Cet organisme primitif de un milliard d'années présente des caractéristiques extraordinaires y compris en terme d'apprentissage et de mémorisation qui lui permettent de résoudre des problèmes d'accès à la nourriture de façon extrêmement rapide et efficace.

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 (c) Audrey Dussutour

Cet organisme est étudié depuis plusieurs années par Audrey Dussutour, chercheuse au CNRS (Université Toulouse III - Paul Sabatier) qui cherche à évaluer ses capacités "d'habituation", une forme d'apprentissage rudimentaire qui semble être très développée chez les blobs.
Un ouvrage grand public est sorti fin avril 2017 aux éditions Equateur-science et présente sur un mode vulgarisé les dernières avancées scientifiques incroyables sur la biologie et les capacités d'adaptation de cet organisme très particulier.
A se procurer ici ou

Références :
Habituation in non-neural organisms: Evidence from slime moulds, Romain P. Boisseau, David Vogel & Audrey Dussutour. Proceedings of the Royal Society B, 27 avril 2016. DOI : 10.1098/rspb.2016.0446


Contacts chercheurs : /