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Actualités

Diffusion de connaissances

"La vie est d'abord une affaire de diversité" [1]
- Robert Barbault

Le monde vivant (les animaux, les plantes et les microorganismes) est d'une immense diversité représentée par de très nombreuses espèces. On pense en effet qu'il y a entre 8 et 9 millions d'espèces différentes ; nous n'en connaissons que 1,7 million. Cette diversité existe aussi à l'intérieur de chaque espèce, avec des différences entre les individus comme par exemple différentes tailles, formes, couleurs, rythmes de croissance ainsi que des adaptations diverses au milieu environnant et à ses changements. Cette diversité apparente de chaque individu est l'expression de la diversité génétique. Et c'est cette diversité qui constitue autant d'atouts pour le maintien et l'évolution, dans le temps et dans l'espace, des espèces.

L'homme a constamment recours à ces ressources génétiques comme par exemple dans l'agriculture et l'élevage, la médecine et l'industrie. Les ressources génétiques ont aussi un fort impact social et culturel car elles sont intimement liées à nos pratiques culturelles, à nos modes de vie et à la forme de nos paysages. Elles se rattachent à beaucoup de nos traditions, de nos techniques et savoir-faire. Elles impactent notre identité et appartenance sociale.

Les ressources génétiques sont donc d'une extrême importance pour l'humain et l'ensemble du vivant dont nous faisons partie. Ces ressources sont vivantes et évolutives ; elles sont aussi fragiles et menacées. Il convient de veiller sur ce patrimoine et de le gérer pour le long terme.


[1] Robert Barbault, dans Un éléphant dans un jeu de quille, Seuil, 2006

 


 


UNE CHARTE NATIONALE POUR PRESERVER ET VALORISER LES RESSOURCES GENETIQUES

Les actions destinées à préserver et à valoriser les ressources génétiques impliquent différents acteurs et sont conduites à des échelles géographiques différentes : locale, régionale, nationale ou internationale. Conscients de la valeur de ces actions mais aussi de leur dispersion et de leur fragilité dans le temps, les pouvoirs publics français ont élaboré et mis en œuvre une politique nationale en matière de ressources génétiques, dans le respect des engagements internationaux auxquels la France souscrit.

C'est dans cet esprit que les pouvoirs publics français ont adopté la Charte Nationale pour la gestion des ressources génétiques. Elle s'applique à toutes les ressources génétiques dont la responsabilité de conservation incombe à la France (territoire français), pour les espèces animales, végétales et microbiennes d'intérêt agricole, industriel, économique, scientifique, social et culturel, gérées et exploitées par l'homme. La Charte intègre un important volet recherches pour consolider les bases scientifiques des dispositifs de gestion des ressources génétiques préconisés pour le long terme. Elle est déclinée en chartes de réseaux afin de s’adapter aux caractéristiques de chaque espèce ou groupes d’espèces et de la communauté d’acteurs qui les gèrent.

 


 


ORGANISATION DE LA CONSERVATION

ANIMAUX

La gestion et l'amélioration du cheptel des races animales sont opérées par de nombreux acteurs : éleveurs regroupés en coopératives et associations de races qui sont encadrés et conseillés notamment par le personnel des instituts techniques et des chambres d'agriculture.

La conservation d'animaux vivants de races fortement menacées (effectifs très faibles) s'effectue chez certains éleveurs et dans des structures conservatoires (conservatoires, parcs zoologiques, aquariums ...) pour permettre un dispositif très encadré de suivi et de gestion de la diversité génétique. Un programme qui vise à limiter les phénomènes de dérive génétique et d'élévation de la consanguinité qui induisent respectivement la perte de certains caractères (qui peuvent être favorables) et la fixation de caractères rares (qui peuvent être défavorables) est alors conduit.

Le stockage de sperme et d'embryons offre une voie complémentaire pour conserver les races sur le long terme ; il est réalisé au sein de la Cryobanque nationale.

L’accompagnement des activités de gestion est réalisé au sein de « Groupes Pilotes » qui rassemblent les partenaires associatifs, institutionnels, professionnels de l'élevage et du secteur de la recherche et de l'enseignement. Ces groupes sont soutenus par un « Groupe d'appui méthodologique », développant les recherches adaptées et facilitant le transfert des méthodes et des résultats vers les acteurs de la gestion de la variabilité génétique des races.


VEGETAUX

La France est riche en ressources génétiques pour toutes les espèces cultivées sur son territoire, en zones tempérée et tropicale. Leur conservation est assurée par différents acteurs et à différents niveaux et les ressources génétiques végétales préservées sont regroupées en Collections nationales et en Collections internationales.

Les Collections nationales sont constituées des ressources génétiques dont la responsabilité de conservation incombe à la France. Ces ressources, tempérées et tropicales, sont diversifiées et originales - variétés anciennes et modernes, populations locales, formes sauvages apparentées. Elles sont gérées par des réseaux de partenaires, pour les espèces tempérées (réseaux et collections pour les espèces fruitières, les espèces de grandes cultures, les espèces maraîchères…), ou au sein d'une plate-forme commune à l'ensemble des espèces tropicales et méditerranéennes.

La France a, dans le cadre d'accords de coopération internationaux, la responsabilité du maintien de certaines Collections internationales. La gestion du matériel correspondant est réalisée au sein de la plate-forme pour les espèces tropicales et méditerranéennes.


FORETS

La Commission des Ressources Génétiques Forestières (CRGF) travaille sur la diversité génétique des principales espèces de la forêt française ou sur des espèces disséminées, rares ou en disparition. Parmi ses activités, elle définit les méthodes et stratégies de conservation par espèce et coordonne les travaux des réseaux de gestion et de conservation. Des méthodes de conservation in situ ou ex situ sont définies au cas par cas, espèce par espèce.

Le réseau de conservation in situ des ressources génétiques forestières est constitué d'unités conservatoires (UC) auxquelles l'objectif de conservation des ressources est assigné par arrêté ministériel. Ces UC sont des portions de forêts précisément définies, dont la gestion sylvicole fait l'objet d'une charte, et situées presque toujours en forêt publique ou, plus rarement, dans des réserves. Une unité conservatoire est donc à la fois une portion de territoire et une population génétique clairement définies.

Le réseau ex situ est constitué de collections de clones maintenues sous forme de parcs à pieds mères, complétés dans certains cas par de la cryoconservation. La Collection Nationale est issue de la mise en commun de collections ou parties de collections « privées » d'organismes, sa composition est définie par arrêté ministériel du ministère de l’agriculture.


MICROORGANISMES

Les microorganismes constituent un groupe à la charnière des thématiques de la biodiversité et des ressources génétiques, encore mal connu du fait de leur très grand nombre et des difficultés à les isoler. La stratégie nationale est centrée sur les questions relatives à la conservation ex situ. La gestion des collections de souches microbiennes est organisée autour des :
- réseaux de gestion de matériel et d'informations, structurés par thématiques, milieux ou types de microorganismes communs et s'insérant, autant que faire se peut, dans une dynamique européenne ;
- collections d'intérêt national, chargées d'assurer un service particulier pour la collectivité (industrie alimentaire, relation hôte-pathogène, dépollution…).


COOPERATION INTERNATIONALE

L’ampleur des actions nécessaires à la conservation de la diversité génétique, l’interdépendance des pays en ce domaine, demandent à une coopération régionale. La région Europe a développé un cadre de coopération qui s'appuie sur les actions nationales, qu’elle prolonge et coordonne. Ce dispositif comprend trois réseaux :

  • European Cooperative Programme for Crop Genetic Resources Networks (ECRGR), créé en 1980 et regroupant 37 Etats.
  • European Forest Genetic Resources Programme (EuForGen), opérationnel depuis 1994 et regroupant 32 Etats.
  • Point Focal Régional Européen pour les ressources génétiques animales (ERFP), formellement constitué en 2000 et regroupant les coordonnateurs nationaux de la région Europe.

Les ressources génétiques microbiennes font essentiellement l’objet d’initiatives d'opérateurs tels que les gestionnaires de collections, comme par exemple le projet European Biological Resource Centers Network (EBRCN).


 

Diversité du vivant et ressources génétiques

La biodiversité, c’est l'ensemble des êtres vivants, micro-organismes, plantes, champignons ou animaux. Ce sont aussi les interactions qui les relient entre eux et avec le milieu où ils vivent. Nous, les êtres humains, faisons partie des êtres vivants, et nous interagissons dans le temps et dans l'espace avec les autres composantes de la biodiversité. C'est pourquoi on a pu en dire que c'est "le tissu vivant de la planète"  ou « la vie, dans ce qu’elle a de divers »**.

La biodiversité est donc un concept beaucoup plus vaste que la simple collection d’espèces animales et végétales à laquelle on la réduit souvent : c'est la diversité de la vie à tous ses niveaux d’organisation, du gène aux espèces et aux écosystèmes. Ces niveaux sont en dynamique et interactions permanentes et sont le cadre de l'évolution du vivant.  

  • Diversité génétique : Chaque être vivant a des caractéristiques génétiques uniques. La diversité génétique recouvre la diversité des gènes de tous les organismes vivants. Les gènes sont supportés par l’ADN. Ils sont transmis lors de la reproduction. La diversité des gènes influence la diversité des caractères d'une individu, d’une population ou d'une espèce (par exemple la couleur des yeux ou la résistance à une maladie).

  • Diversité spécifique : La classification des êtres vivants s'appuie largement sur le concept d'espèce. Il existe plusieurs définitions de ce concept, mais la plus classique rassemble des individus potentiellement capables de se reproduire entre eux et de donner une descendance viable et elle-même féconde. On a identifié actuellement un peu moins de deux millions d'espèces. On estime qu'il en reste peut-être 5 à 10 fois autant à découvrir.

  • Diversité écosystémique : Des ensembles de populations d'espèces différentes, formant des communautés,  interagissent entre elle et avec leur milieu ambiant (air, terre, eau, ...) et constituent ainsi des écosystèmes. Une forêt, une mare, l'homme et sa flore intestinale sont par exemple des écosystèmes.
    Cette diversité comprend la richesse des relations et des flux de matière et d’énergie entre les populations des différentes espèces, entre elles et avec leur environnement physico chimique. Les relations entre espèces recouvrent toutes sortes de fonctions et d'adaptations : chaîne alimentaire, parasitisme, symbiose, prédation, compétition, coopération….
    Les paysages qui nous entourent expriment la diversité des écosystèmes, fruit de l'histoire de l'évolution et des influences humaines.

 *Le mot « biodiversité » est une contraction, en anglais, de « biological diversity », apparu pour la première fois dans le titre d’un ouvrage de Edward O. Wilson (1984).
**Expression de Robert Barbault qui était professeur à l'université de Paris-VI, directeur du département d'écologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d'Histoire naturelle
***Expression de Patrick Blandin, professeur au Muséum national d'Histoire naturelle


 

La biodiversité constitue un champ d'étude vaste et complexe. Il va de l’identification et de la description des composants de la biodiversité (les espèces) à la compréhension des interactions qui lient ces derniers et assurent, avec d'autres variables telles que le climat, le fonctionnement des écosystèmes. Il s'intéresse aussi à son évolution et à sa dynamique, et conçoit des scénarios sur son devenir possible. Il s'agit notamment d'enrayer son érosion et de proposer des actions pour sa restauration. Pour cela, il est nécessaire de regrouper des expertises différentes, et de monter des collaborations interdisciplinaires, inter-organismes et souvent internationales.

Ces travaux de recherche sur la biodiversité permettent d’apporter des éléments de réponse à des questions fondamentales telles que

  1. la compréhension de l'importance de la biodiversité dans le fonctionnement, la dynamique et la résilience des écosystèmes,
  2. l’analyse des capacités de réponse des espèces aux facteurs de pressions associés aux changements globaux,
  3. l’évaluation de l'impact de ces changements sur la structure et le fonctionnement des communautés, etc.

La recherche est en outre indispensable pour mieux utiliser et gérer la biodiversité, par exemple en s’intéressant aux conditions de préservation des espèces et de leurs interactions, en contrôlant les espèces envahissantes, ou en développant des méthodes moins destructrices de régulation des ravageurs des cultures ou des vecteurs de maladies, etc. La recherche fournit ainsi aux décideurs des éléments de connaissance qui les aideront à la prise de décision concernant la biodiversité.

La recherche française est reconnue pour son excellence au niveau européen et international, entre autres par ses contributions d'experts à la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les écosystèmes (IPBES). C'est pour coordonner et encourager cette recherche, pour renforcer la mobilisation et l'expertise qu'elle apporte, et pour contribuer à sa valorisation et à la mobilisation de tous, que la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) a été créée.

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