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Synthèses de publications scientifiques

Les enjeux de biodiversité sont-ils moins bien couverts par les médias que ceux relatifs au changement climatique? C’est la question que s’est posée une équipe de chercheurs canadiens au vu de l’apparente domination de la question du changement climatique chez les décideurs et le grand public.

2018 05 Synthese Biomasse Nature

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En septembre 2017, une synthèse de données parue dans Nature a démontré qu’en conditions naturelles la production de biomasse[1], augmente avec la richesse en espèces. Si des centaines d’expérimentations en conditions contrôlées avaient déjà permis de montrer que la perte de biodiversité réduisait la productivité et la stabilité des écosystèmes, ce travail est le premier à montrer une relation positive entre biomasse et biodiversité en conditions naturelles. Par ailleurs, les études démontrent aussi que les effets de la biodiversité sur la biomasse sont comparables, ou plus forts, que les effets d'autres facteurs, tels que le climat et la disponibilité en éléments nutritifs. Ces résultats vont à l’encontre de l'opinion qui dominait au cours des deux dernières décennies selon laquelle la biodiversité aurait des effets rares ou faibles en conditions naturelles sur la productivité.

Le même mois, la revue PNAS a, quant à elle, publié les résultats d’une étude intitulée : « La productivité à l'échelle du paysage et la stabilité temporelle de celle-ci augmentent avec la diversité des plantes et des autres taxons. » Enfin, en février 2018, une équipe chinoise pa présenté dans la revue Scientific Reports ses résultats sur une forêt primaire à Pinus kesiya située dans la province du Yunnan. Les auteurs y ont observé que la richesse en espèces avait un impact positif sur la biomasse aérienne à travers toutes les strates de végétation forestière.

De tels résultats de recherche doivent inciter les décideurs à changer rapidement de paradigme et à considérer avec attention les solutions fondées sur la nature comme une alternative crédible, voire incontournable, aux solutions techniques ou technologiques, souvent plus chères et moins durables.

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[1] La masse des organismes vivants dans un biotope particulier

 

Les enjeux de biodiversité sont-ils moins bien couverts par les médias que ceux relatifs au changement climatique? C’est la question que s’est posée une équipe de chercheurs canadiens au vu de l’apparente domination de la question du changement climatique chez les décideurs et le grand public.

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Une équipe de chercheurs canadiens a examiné attentivement la littérature scientifique, le financement de la recherche et les articles de presse des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni sur les changements climatiques et la biodiversité entre 1991 et 2016.

Elle a constaté que la couverture médiatique du changement climatique est jusqu’à huit fois plus élevée que celle consacrée à la biodiversité, un écart que les différences entre les publications scientifiques sur l’un ou l’autre thème ne peuvent expliquer. Les chercheurs ont noté que la couverture médiatique sur le changement climatique est souvent liée à des événements spécifiques, du type plénière du Giec ou événement climatique exceptionnel, lien que l’on ne retrouve pas pour la couverture médiatique sur la biodiversité. Les auteurs ont quantifié avec précision leurs observations et en ont dégagé des pistes d’action pour que les chercheurs et leurs services en charge de la communication puissent mieux communiquer les points saillants de leurs travaux au grand public et aux politiques.

Inciter des agriculteurs à adopter des pratiques respectueuses de l'environnement, rémunérer des producteurs pour maintenir la biodiversité, ou encore rétribuer des pays en développement pour ne pas déboiser... Tout ceci est aujourd'hui possible grâce aux Paiements pour Services Environnementaux (PSE). Depuis quelques années, les PSE se sont imposés comme des instruments clés pour encourager les pratiques favorables à l'environnement. Mais derrière ces trois lettres, les PSE abritent néanmoins des logiques contradictoires. La synthèse tirée de l'article l'Aspects économiques et légaux de l'additionnalité d

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Les Paiements pour Services Environnementaux (PSE) sont des rémunérations versées à des acteurs du monde rural, généralement des agriculteurs, des éleveurs ou des forestiers pour adopter, sur les terres qu'ils possèdent ou contrôlent, des méthodes de production respectueuses de l'environnement ou arrêter certaines pratiques, parfois légales, mais indésirables, comme l'épandage de pesticides ou la déforestation.

Ces instruments se déploient dans de nombreux pays en développement - l'exemple du Costa Rica est le plus connu - mais le principe est identique à celui des mesures agro-environnementales de la Politique Agricole Commune de l'Union Européenne. La nature de ces paiements fait toutefois débat.

S'agit-il de compenser [les acteurs pour : retirer] les coûts associés à l'adoption d'une pratiques plus écologique (ou pour le manque à gagner de l'abandon de certaines activités), ou s'agit-il de récompenser des acteurs aux comportements déjà écologiquement vertueux ? Par ailleurs, les PSE, dans de nombreux pays, rémunèrent les acteurs pour s'abstenir de faire des choses qui sont déjà prohibées par la réglementation, par exemple déboiser, avec le risque d'affaiblir la force intrinsèque des normes légales actuelles et futures. En effet, les acteurs n'appliqueraient les règles légales qu'à la condition d'être rémunérés.

À ces questions, l'article d'Alain Karsenty et al. propose de répondre à travers un double ciblage, géographique et social, des PSE. Dans les aires protégées, notamment, il peut être acceptable de rémunérer les producteurs pauvres pour le respect des règlements, à condition d'investir aussi [à leurs côtés : retirer] pour leur donner les moyens, à terme, de tirer des revenus suffisants de leurs activités économiques tout en respectant la contrainte légale.

Un collectif international (Nouvelle-Zélande, Canada, Royaume Unis, Norvège) de chercheurs reconnus dans le domaine de la biologie marine et des sciences sociales a publié en septembre 2017 dans le journal PNAS un article appelant à un accord international sur la lutte contre la pollution massive des océans par les plastiques.

Accédez à la traduction de l'article scientifique : Pourquoi un accord international sur la pollution de l‘océan par les plastiques est
indispensable

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La pollution par les plastiques est en effet inquiétante à trois niveaux. D’abord, elle est globale et massive : les résultats de recherche et les programmes de surveillance ont démontré que cette pollution atteint l’ensemble de la planète, notamment l’océan dans lequel sont déversées chaque année entre 4 et 13 millions de tonnes de plastiques. Elle imprègne tous les milieux, même ceux qui
ne sont pas colonisés par l’Homme (comme l’île Henderson dans le Pacifique Sud), tous les écosystèmes (plages, océans, baies et estuaires) et contamine tous les niveaux d’organisation de la biodiversité.
Ensuite, la pollution par les plastiques est de nature à transformer de manière irréversible les écosystèmes :

  1. par son action physique sur les organismes marins (capture, étranglement, étouffement, sans omettre le caractère vulnérant des débris milli- à centimétrique ingérés par une grande variété d’organismes marins), avec souvent des conséquences fatales ;
  2. par son action chimique (en particulier due aux molécules hydrophobes adsorbées à la surface de micro-débris de plastique, ainsi qu’aux divers additifs entrant dans leur fabrication),
  3. en agissant sur les organismes aux niveaux génétique, fonctionnel (baissede fertilité), populationnel (changement d’abondance) ou au niveau des communautés (perturbation des relations entre les organismes).

Enfin, cette pollution est susceptible de compromettre un grand nombre de services écosystémiques et, du fait de la contamination par les microplastiques — des fruits de mer au sel de table—, d’affecter la sécurité alimentaire et la santé humaine.

Il est donc important, d’une part de réduire la demande en produits en plastique à usage unique, d’autre part d’améliorer les processus de recyclage et enfin de mettre en place des politiques incitatives ou coercitives fortes pour enrayer la pollution par les plastiques.

Affirmant que la pollution plastique est une menace mondiale, les auteurs estiment qu’une des seules façons de se saisir du problème est un accord international définissant des objectifs pertinents et mesurables pour réduire la pollution plastique dans l’océan mondial, car si des solutions ont été mises en place au niveau local, elles n’ont pas une ampleur suffisante pour affronter un phénomène global en expansion rapide. Cet accord devra être couplé à un programme visant à étendre la responsabilité des producteurs qui, via l’intégration des coûts environnementaux dans le prix des produits, servira à créer un fonds mondial, sur le modèle du fonds Climat de l’UNCCC, afin d’aider les Etats participants à développer les filières appropriées de traitement des déchets plastiques.

A l’heure ou de nombreux pays se mettent en ordre de marche pour opérer leur transition énergétique, une étude parue dans Renewable and sustainable Energy Reviews recense les impacts des énergies renouvelables sur la biodiversité.

Accédez à la synthèse de l'article scientifique Energie renouvelable et biodiversité : les implications pour parvenir à une économie verte par Jean-François Silvain, président de la FRB et directeur de recherche à l'IRD


article

En raison de leur rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique, les filières de production d’énergie à partir de sources dites « renouvelables » sont souvent implicitement considérées comme favorables à l'environnement alors qu’elles ont toute des impacts, plus ou moins importants sur la biodiversité et les écosystèmes, ainsi que le démontre cette revue de la littérature qui a analysé plus de 500 références scientifiques.

Les impacts sont variés, mais ils seront d’autant plus importants que ces solutions énergétiques seront déployées à grande échelle pour permettre une transition rapide vers une économie verte. Si ces pressions varient considérablement entre les différentes filières et les contextes environnementaux dans lesquels elles opèrent, l’impact majeur, commun à toutes les filières, est la perte ou la modification des habitats. Mais d’autres effets négatifs existent comme les traumatismes parfois mortels, la pollution, l’émission de gaz à effet de serre, la compétition pour les usages de l’eau ou encore l’induction de comportement d’évitement, les invasions biologiques ou la modification des micro-climats locaux qui perturbent les écosystèmes. Le résumé des effets négatifs et positifs par filière listés dans la revue est présenté ci-après :

Energie solaire

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Perte ou fragmentation des habitats : c’est l’effet sur la biodiversité le mieux documenté
  • Collision des oiseaux avec les installations
  • Brûlures occasionnées aux oiseaux exposés aux flux solaires intenses. Ceci pourrait occasionner la mort de milliers d’oiseaux
  • Pollution des masses d'eau à partir de produits chimiques toxiques utilisés pour le traitement des panneaux solaires et des sols (herbicides)
  • Utilisation croissante de l'eau (en particulier dans les déserts)
  • Attraction et désorientation des insectes et des oiseaux causés par une lumière intense ou polarisée
  • Piège écologique en raison de mécanismes attracteurs cumulatifs
  • Perturbation du micro-climat local

Effets positifs possibles pour la biodiversité

  • Fourniture de zones de couverture ou d’habitat et d'alimentation (par exemple, pâturages) pour certains animaux

Energie éolienne terrestre

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Collision d'oiseaux et de chauves-souris avec des éoliennes.Comme pour les oiseaux les risques ne concernent pas seulement les espèces locales, mais aussi les espèces migratrices.
  • Traumatismes internes (barotrauma) chez les chauves-souris associés à des réductions soudaines de pression de l’air à proximité des pales.
  • Perturbation des voies migratoires pour certaines espèces d'oiseaux et de chauves-souris : c’est une des incidences les mieux documentées et le plus étudiées

Effets positifs possibles pour la biodiversité

  • Constitution de territoires favorables pour certaines espèces terrestres en raison de la réduction du trafic, de la disponibilité en ressources alimentaires et de la réduction de prédateurs

Energie hydraulique

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Disparition d’écosystèmes (lors de la mise en eau des barrages) y compris les réserves naturelles, fragmentation des habitats
  • Perturbation des flux hydriques en amont et en aval des installations hydroélectrique
  • Perturbation des voies migratoires de certaines espèces de poissons
  • Détérioration de la qualité de l'eau en raison des changements dans la charge en sédiments, la turbidité et l'eutrophisation
  • Émissions de GES par les réservoirs qui contribuent au changement climatique anthropique

Effets positifs possibles pour la biodiversité

  • Création de nouveaux habitats ou de nouveaux écosystèmes

Bioénergie

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Perte, fragmentation, simplification et homogénéisation des habitats en raison de la mise en place de monocultures intensives et pertes de biodiversité associées
  • Pollution du sol et de l'eau associée à l'utilisation d'engrais et pesticides qui provoque toxicité et eutrophisation,
  • Emissions de polluants dans l'air ambiant qui contribuent à l'acidification et à la formation d'ozone troposphérique, émission de GES pendant tout le cycle de vie de la production de bioénergie qui contribue au changement climatique anthropique
  • Modification des micro-climats locaux en raison des changements dans l'albédo et l'évapotranspiration
  • Concurrence avec la végétation indigène de certaines espèces utilisées comme matières premières (par exemple, Eucalyptus, Miscanthus)

Effets positifs possibles pour la biodiversité

  • Fourniture d’habitat, alimentation et autres services écosystémiques de soutien par certaines surfaces recouvertes de plantes énergétiques (par exemple : Miscanthus, Panicum virgatum –switchgrass-)

Energie des mers

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Perturbations des milieux liées à la construction des installations d'énergie océanique, (par exemple pollution sonore qui affecte certaines espèces aquatiques, en particulier les mammifères marins)
  • Perte ou changement d'habitats associés à la mise en place des fondations des installations ancrés dans le fond marin, la mise en eau permanente des portions des estuaires situés en amont des structures marémotrices, la modification des processus hydrodynamiques et de sédimentation
  • Augmentation de la turbidité dans la colonne d'eau due aux perturbations des fonds marins, changements dans la salinité, afflux d'eau plus oxygénée dans les structures marémotrices
  • Pollution électromagnétique associée aux câbles sous-marins et chimique provenant de lubrifiants et peintures toxiques
  • Changement de composition des communautés de poissons benthiques en raison de pertes d'habitats
  • Perturbation des déplacements et de l’alimentation des espèces locales et migratrices
  • Mortalités d'espèces dans les structures marémotrices, collision des oiseaux avec les éoliennes marines et des espèces aquatiques avec des dispositifs utilisant l’énergie des vagues
  • Mortalité des poissons tropicaux en raison des chocs thermiques générés par certaines installations

Effets positifs possibles pour la biodiversité

  • Protection de la biodiversité par la création de zones interdites d’accès aux activités de pêche et de transport (par exemple les champs d’éoliennes marines)
  • Abris pour certaines espèces notamment autour des parcs éoliens marins et les infrastructures basées sur l’exploitation des vagues et des marées

Energie géothermique

Effets négatifs sur la biodiversité

  • Perte d'habitat pendant la conversion des zones naturelles en installations géothermiques
  • Changement d'habitat au cours du déboisement du site, de la construction de routes, du forage des puits et des sondages sismiques qui affecte les processus de reproduction, de recherche de nourriture et de migration de certaines espèces
  • Émissions de polluants toxiques tels que le H2S, l'arsenic et l'acide borique qui peuvent défolier les plantes ou être incorporés par les organismes
  • Pollution par le bruit et la chaleur des installations géothermiques

La revue propose aussi pour chaque filière des mesures d’atténuation permettant d’éviter, minimiser, restaurer ou compenser les impacts, la plus emblématique d’entre elle étant la localisation des installations dans les zones à faible biodiversité, mais le choix de technologies moins impactantes, la planification en amont incluant des procédures de préservation de la biodiversité ou la mise en place systématique d’éléments favorables à la biodiversité au sein ou autour des infrastructures est aussi recommandé. Les auteurs préconisent également de profiter des emprises territoriales, parfois importantes, de ces infrastructures pour créer et maintenir des réserves naturelles dans lesquelles les activités humaines sont réduites.

Un important travail reste à conduire pour renforcer l’acquisition de connaissances sur les impacts réels de ces filières sur les différents compartiments de la biodiversité (des espèces aux écosystèmes) et développer des outils d’évaluation pertinents et efficients.

En effet, la transition énergétique ne pourra se passer de l’exploitation des ressources énergétiques renouvelables. Il est donc essentiel que son développement et les politiques publiques associées prenne en compte la biodiversité. Ceci est d’autant plus crucial que le développement à grande échelle de la transition vers une économie verte démultipliera, parfois de façon exponentielle les effets directs et indirects de ces filières sur l’environnement en général et la biodiversité en particulier.